XXV. — Documents relatifs a i/ affaire du TRENT
Rapport adressé par le commandant du San «facinto au ministre de la marine à Washington , sur l'arrestation des envoyés du S,ud*
A bord du San Jacinto, le 16 novembre 1854.
Monsieur, dans ma dépêche qui vous a été transmise par je commandant Tayior, je me suis borné à vous faire connaître |a route suivie par mon bâtiment et les faits relatifs à la Capture de MM. Màson, Slidell , Eustis et Mac Farland. Je me suis réservé de vous rendre compte des motifs qui m'ont aniené à capturer ces prisonniers.
Quand j'appris à Cienfuegos, sur la rive méridionale (Je Cuba, que ces commissaires avaient débarqué dans Tîle et qu'ils étaient à la Havane, d'où ils partiraient le 7 novembre, à bord du steamer anglais, je résolus de les intercepter, et je consultai avec soin tous les auteurs que j'avais sous la main, savoir: Kent, WJieatôh, Vattel, et plusieurs décisions de sir William Scott et d'autres juges de l'Amirauté anglaise, qui traitaient du droit des neutres et dé leur responsabilité. Les gouvernements de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Espagne ayant déclaré, dans des proclamations,
que les États confédérés seraient considérés et traités comme des belligérants, et en effet les ports de la Grande-Bretagne, de la France, de TEspagne, de Hollande et des Indes occidentales étant ouverts aux bâtiments confédérés , qui y trouvent la même courtoisie et la même protection que les bâtiments des États-Unis, il m'a semblé prouvé que les puissances susmentionnées acceptaient évidemment en principe l'existence du Sud comme puissaqce belligérante et que par conséquent , elles tombaient sous le coup de la loi internationale et du droit de visite. Je n'ai donc pas bésité à aborder et à visiter les bâtiments de toute nation que j'ai rencontrés.
La question s'est présentée à mon esprit de savoir si j'avais le droit de capturer ces commissaires. Il n'était pas douteux que j'avais le droit de capturer des bâtiments transportant des dépêches écrites; cela est dit expressément par tous les auteurs, et un bâtiment peut être condamné si le capitaine sait qu'il y a des dépêches à bord. Mais ces messieurs n'étaient pas des dépêches, dans le sens littéral du mot; ils ne semblaient donc pas tomber sons le texte littéral de la loi , et je n'ai pu trouver de précédent analogue.
Il était évidemment prouvé qu'ils étaient des commissaires, car ils en ont fait l'aveu; qu'ils étaient chargés d'une mission hostile et déloyale contre leur pays; qu'ils cherchaient à renverser ses institutions et à contracter des traités d'alliance avec des États étrangers, ce qui est expressément défendu par la constitution.
Ils avaient été présentés au capitaine général de Cuba par le consul général de Sa Majesté Britannique; mais le capitaine général m'a dit qu'ils n'avaient pas été reçus à titre officiel, et seulement en qualité d'étrangers distingués.'
Je les ai donc considérés comme l'incarnation (emhodièment) de dépèches; et, comme ils avaient déclaré ouvertement qu'ils étaient chargés par les confédérés de conclure des traités d'alliance nécessaires à leur indépendance , j'ai acquis la conviction que leur mission était hostile à l'Union et criminelle, et qu'il était de mon devoir d'empêcher leur voyage et de les arrêter s'ils n'étaient pas porteurs de passe-ports du gouvernement fédéral , conformément à la loi des nations , qui est ainsi conçue : « Les ministres étrangers d'une puissance belligéraïite doivent être porteurs de passe-ports de Tautre partie belligérante lorsqu'ils sont à bord de vaisseaux neutres. »
Le bruit public leur décernait le titre de ministres près de la France et près de l'Angleterre; mais comme ils n'avaient pas été reçus en cette qualité par ces puissances, je ne les ai pas considérés omme couverts par les immunités attachées à la personne des
ambassadeurs. Ils n'étaient que des conspirateurs échappés qui tramaient la ruine des États-Unis, et ils n'avaient aucun droit aux privilèges du titrequ'ils prétendaient se décerner.
Quant au steamer sur lequel ils ont pris passage, j'ai su à la Havane que c'était un bâtiment marchand faisant le service entre Yera-Cruz, la Havane et Saiot-Thomas, et chargé de la malle par contrat. L'agent qui était â bord, fils du consul anglais à la Havane, n'ignorait nullement la mission dont ces personnes étaient chargées lorsqu'elles ont retenu un passage sur ce navire, Le consul, père de l'agent, est venu leur rendre visite et les a présentées en qualité de ministres des États confédérés se rendant en Angleterre et en France. Ils se sont embarqués sur le bâtiment avec le consentement du capitaine, qui a ensuite tenté de dissimuler leur présence en refusant de produire la liste des passagers et les papiers de bord. Il est hors de doute que le capitaine savait que ces commissaires portaient d'importantes dépèches et qu'ils étaient chargés d'instructions bostlles aux États-Unis. De tout cela il résulte que son bâtiment , quoique neutre , était de bonne prise, et je résolus de m'en emparer et, comme je l'ai dit dans mon rapport, de l'envoyer à Key-West pour y être mis en adjudication; il aurait été évidemment condamné pour avoir transporté les personnes en question et pour avoir résisté au droit de visite. La cargaison était aussi de bonne prise , tous les armateurs connaissaient la présence à bord de ces dépêches vivantes et le motif traitreux de leurs actions.
Je me suis néanmoins abstenu de saisir le navire, parce que mon équipage était trop peu nombreux, et aussi parce qu'un grand nombre de personnes innocentes auraient sou£fert des conséquences de cet acte, enfin parce que beaucoup de passagers se seraient trouvés dans un grave embarras s'ils n'avaient pu rejoindre le steamer se rendant de Saint-Thomas en Europe. J'ai donc résolu de sacrifier les intérêts de mes officiers et de mon équipage, et j'ai laissé le steamer continuer sa route, l'arrêtant seulement pendant le temps nécessaire pour transférer ces commissaires à mon bord ; j'ai ainsi atteint le but important que je me proposais et qui seul intéresse notre pays, et j'ai arrêté les desseins des confédérés.
J'ajouterai que les sujets de Sa Majesté Britannique, tant officiels que simples particuliers, ont montré peu de respect et d'obéissance envers la proclamation royale de neutralité, car ils ont aidé et encouragé les commissaires confédérés, et tenté de les cacher. Je vous ai indiqué les motifs qui m'ont fait agir, ma conviction étant que je devais capturer ces personnes et les conduire aux États- Unis. Quoiqu'en renonçant à cette prise j'aie sacrifié les intérêts de mes officiers et de mon équipage, je suis sûr qu'ils ne regrettent II. 33