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CHAPITRE SIXIÈME

SOMMAIRE

Utilité variée de la mer. — Sous le rapport des communications de peuple à peuple , la mer est un immense bienfait de la nature.

L'utilité de la mer a été appréciée par les anciens.

Accroissement des communications internationales par la voie de mer dans les temps modernes. — Le progrès des sciences physiques , appliqué à la navigation, permet de concevoir un accroissement plus grand encore.

La mer est une grande voie de communication qui relie les continents entre eux, et les îles aux continents.

Dans les plaines de l'Océan , solitudes immenses et uniformes où, pendant des mois entiers de navigation, pas un objet s'élevant au-dessus des eaux n'apparaît au voyageur pour lui servir de guide ou de jalon ; où l'œil , plongeant dans un horizon ouvert à lui de toutes parts , ne rencontre que le ciel et l'eau , le génie de l'homme a su se tracer en tous sens une route sûre.

A l'aide d'un phénomène physique, que n'avaient point apprécié les anciens , le navigateur connaît à chaque instant la direction qu'il doit suivre ; par un procédé des plus simples, il mesure avec facilité le chemin qu'il vient de parcourir. Déjà ces données sont suffisantes pour lui permettre d'accomplir avec quelque certitude de longs voyages.

Mais pour conduire avec plus de sûreté, avec une précision mathématique, ses cités et ses citadelles flottantes,

il appelle à son secours la pbis sublime de toutes les sciences : l'astronomie lui ouvre le grand livre du firmament. Le pilote intelligent interroge dans les cieux. les planètes qui y roulent en décrivant éternellement leurs orbites, les astres lumineux par eux-mêmes qui y sont fixés. De leurs rapports, de leur situation relative, il sait déduire par des calculs précis la sienne propre au milieu de TOcéan. De nos jours, quelle que soit la distance de deux points de notre globe séparés par la mer, on arrive de l'un à l'autre avec autant de précision que si l'arc de grand cercte ep» les jora* tous ctofix était tracé d'uwe manière visible, et qu'on n'en eût jamais dévié.

La mer est pour les Jïommes d'une utilité variée? la chasse, sous îe nom de pêche, y est organisée aussi bien que sur terre, ôû péeha e& pleine mer efe le Long des côtes . Les produits marins sent recherchés et réeottés avec soiu; parmi ces produits sont le corail, les perles» l'aœbre gris, et l'ambre jauae même, que la mer d&aâhft al entraîne des roches et des. falaises escarpées.

filais c'est surtout sous le rapport des communie» tiras de peuple à peuple qu'elle est un immense bienfait de la nature; elle rend ces communications plus promptes et plus faciles. C'est la mer qui doore au commerce sa plus vivifiante extension;, les peuples séparés par Fa mer échangent plus abondamment et plus facilement leurs produits que ceux, situés au milieu d'un même continent, La mer est une barrière pins franchissable qu'une chaîne de montagnes, que des accidents de terrain ;t un chemin plus économique pour les transports que toutes les voies de terre.

Son utilité, si grande sous le dernier point de vue, est tellement sentie , que l'homme s'ingéniant dans cer-

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Laines localités pour en accroître retendue , travaille à loi frayer un passage à travers les terres. La postérité comptera au nombre des gloires de notre époque la construction! du canal maritime navigable qui bientôt va rebev directement ta Méditerranée à la mer ftouge. Encore nn peu de temp6, et cette œuvre grandiose, cette œuvre due à L'initiative française, déjà plus d'à moitié faite, sera accomplie. Des études sont aussi poursuivies sur la possibilité de Caire communiquer les deux océans Atlantique et Pacifique a travers le continent américain.

La mythologie païenne , dans ses fables ingénieuses,* rendu un hommage poétique st L'utilité de la mer.

Suivant ces fables, c'est un demi-dieu qui, sépara*! l'Europe de l'Afrique, a ouvert à l'Océan cette entrée majestueuse dans la Méditerranée que forme le détroit de Gibraltar.

C'est que la découverte de ce-passage fut , pour L'époque, un immense événement, bien digne d'être célébré par les poètes.

Les villes commerçantes de l'Achaïe, du Péloponèse, des îles de la mer Egée et de la mer Cretoise , de la Grèce asiatique et de la Grande-Grèce, celles- du littoral de k mer Syriaque et de l'Egypte , purent dès lors expédier leurs vaisseaux dans des régions jusque-là inexplorées.

Les Phéniciens , chez lesquels brillaient Sidon et Tyr, Tyr, cette cité fameuse dont le prophète Ézéchiel , dans le chapitre vingt-septième de son livre, dépeint si magnifiquement te grand commerce et la puissance sur la mer: les Phéniciens franchirent les premiers le Fretum hercukumf et vinrent mouiller leurs flottes à l'Ile T<xrte$$ua, vers l'embouchure du fleuve Bœtis, aujourd'hui le Guadalquivir. Plus tard, doublant le Sacrum Promontorium

de Ptolémée, maintenant le cap Saint-Vincent, ils visitèrent les ports de la Lusitanie, de la Galice et des Asturies. Ils retournaient de là dans leur patrie, chargés d'or et d'argent. Suivant Diodore de Sicile , « lorsque la charge » de leurs vaisseaux était complète , et qu'il restait cèpen- » dant encore de L'argent sur le marché, ils coupaient » les plombs Rattachés aux ancres , et y substituaient des » lingots d'argent pour remplir le même office (1) ».

Strabon fait le même récit. Àristote prétend qu'aux environs du fleuve Bœtis, ils trouvèrent l'argent en si grande abondance, qu'ils l'employèrent à faire leurs ancres.

Que de villes célèbres doivent .leur origine aux peuples marins et commerçants de l'antiquité: Marseille, fille dès Phocéens, Cadix, colonie de Tyr, et tant d'antres florissantes encore de nos jours ! L'on sait , dit Volney (2), que Tyr étendait sa navigation jusque dans l'Océan , et la portait au nord par delà l'Angleterre , et aulsud par delà les Canaries.

Ainsi, dès les temps les plus reculés, la mer fut le lien commun des peuples; malgré les périls de la navigation, bien plus grands anciennement que de nos jours (3), ce fut par la voie de mer que les nations policées importèrent leur civilisation chez d'autres nations barbares (4).

(4) Diodore de Sicile, traduit du grec par M. A. F. Jfiot, t. 2, 1. 5, §35.

(2) Voyage en Syrie et en Egypte, t. 2, p. 405.

(3) « Qui navigant mare enarrent pericula ejus : et audientes auribus nostris admirabimur. » Eccîesiasticus, cap. 43, * 26.

(4) a Tua autem, Pater, providentia gubernat : quoniam dedisti el in mari viam , et inter fluctus semitam firmissimam. — Sed ut non essent vacua sapitentiae tuae opéra : propter hoc et exiguo ligno credunt homines animas suas, et transeuntes mare per ratem liberati sunt. » Lib. sapientiœ, cap. 44, \ 3-5. \

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