VIII PRÉFACE
surtout, à laquelle cette arme est intimement liée : c'est celle des principes qui doivent régir les rapports de peuple k peuple.
Éloigné de son pays, le marin n'en est jamais entièrement séparé ; son vaisseau porle partout la patrie,1 il la met en contact immédiat avec l'étranger.
L'officier commandant un bâtiment de guerre est revêtu d'une sorle de caractère représentatif de la souveraineté de l'État auquel il appartient -, il a pour mission permanente de soutenir au loin l'honneur du pavillon, emblème de cette souveraineté-, ses actes sont souvent actes de relations internationales -, souvent il est forcé d'agir par lui-même, en l'absence de tout organe accrédité de son gouvernement-, quelquefois il est lui-même cet organe accrédité.
Aussi les hommes d'État à la tête du gouvernement de la patrie suivent-ils avec sollicitude le marin dans ses navigations lointaines, parce qu'ils savent que sa conduite peut influer puissamment sur les intérêts de ce gouvernement.
Le ministre des affaires étrangères reconnaissait naguère, a la tribune nationale, cette influence décisive résultant de certains actes du marin a l'étranger.
« Pendant que nos marins, disait M. Guizot, portent la » patrie sur nos vaisseaux à quatre mille lieues, est-ce qu'il » ne reste pas ici la grande patrie? Est-ce qu'il n'y a pas des » intérêts généraux engagés dans leur conduite, dans leurs » actes? Est-ce qu'il n'y a pas ici trente-cinq millions de Français sur qui un seul acte de ce marin, qui vogue a quatre >/ mille lieuçs de son pays, peut exercer une influence déci- » sive? Est-ce qu'il ne peut pas disposer un moment, par un » seul acte, de la destinée du pays, delà paix et de la guerre, » du bonheur et du malheur de ces trente-cinq millions » d'homibes Cl)?»
S'il en est ainsi, combien, grande est quelquefois la responsabilité qui pèse sur le marin éloigné de son pays! Que de
(4) Séance de la Chambre des Députés du Ier mars 4844.