‹ Règne de Charles VIIIChapitre 15 sur 53 · RAFLES · texte numérisé non relu

RAFLES

saisirent, expliqua tout. Dès la veille, les deux premiers caissons et les chevaux de son maître , restés en arrière , étaient retournés sur leurs pas ; quant à lui-même , arrivé à Velletri , après avoir conduit avec affectation le roi jusqu'à son appartement, il s'était retiré dans le sien , attendante déclaration de Fooseca, qui distrairait de lui, et la nuit non moins favorable. C'était alors que ce cardinal légat, déguisé en palefrenier, s'était évadé, et que, se glissant furtivement dans l'ombre au travers de nos postes, il avait gagné la campagne. Le valet ajouta que, retrouvant là ses chevaux , son maître était rentré ventre à terre et avant le jour dans Rome, où son père, le pape, l'attendait, et où tous deux se réjouissaient en ce moment du succès de leur ruse.

Alors, ceux des nôtres qui , pendant les fêtes de Rome , s'étaient fait illusion sur les précédentes perfidies du saint-père, s'en voyant victimes à leur tour, changèrent de langage. Ils s'écrièrent (( que ce fils de pape avait faussé hon-' teusement et lâchement sa paiole si solennellement donnée ; que lui et son père, en se parjurant de cette sorte, s'étaient fait un honteux sujet d'accusatiov; poin- toujours î ' » Quant au

' Laviunc.

go CHARLES VIH. PART. lir,LlV. Mil.

roi, il en jura à plusieurs reprises par lafoy de son corps l C'était son exclamation habituelle, et il n'eut ose davantai^e.

Des témoins ont ajouté ; « que voj ant le vilain tour que lui avait joué cet infâme traître , tout rempli qu'il était d'indignation contre ce déloyal, il envoya le duc de Bresse portera Rome ses reproches et ses mépris. « Il pouvait dire plus , car déjà Gem commençait à souIlVir d'une manière suspecte. A peine hors de Rome, toute la trahison éclatait à la fois.

Alexandre VI démentit l'action de Borgia , ce qui était encore un mensonge. Rome députa également pour désapprouver et se mettre à couvert; elle redoutait la colère du roi, qui semblait hésiter ; car, soit étonnement de ces deux éclats, soit incertitude enti'c la vengeance et une politique plus prudente , soit raison de guerre , il resta fixé à cette même place quatre jours entiers.

On venait pourtant de lui annoncer la prise des premiers forts assiégés. Le plus remarquable était Monte-Fortino , citadelle sm^ la route de San-Germano, et qui en barrait le chemin. Le comte de Nevers et les Allemands l'avaient emporté d'assaut. Tout encore y avait été massacré. Cette fois ce fut non seulement par humeur contre des prisonniers ([ui ne se rachetaient

NÂPLES. gi

plus, mais aussi par irritation contre le gouverneur, qui était un transfuge.

Le i"^ et le i février, on crut donc qu'on allait marcher en avant ; mais c'était le jour de la Chandeleur, et l'on demeura. Le journal dit c[ue ce fut par respect pour cette fête ; ce cpii s'explique, parce qu'il y avait là une grande cathédrale, six évêques, quatre cardinaux, des spectateurs , et que rien ne manquait pour une cérémonie; parcequ'enfin, ilfallaitau désoeuvrement du roi des spectacles quelconques , et que , depuis sept jours, il en était privé.

Ce qui est sûr, c'est qu'une si longue stagnation aux portes de Rome n'étonna personne. Quant à la déclaration si menaçante de Fonseca , elle eût pu en arrêter d'autres ; mais cette armée déjeunes chevaliers n'en prit aucun souci : on ne regarda ni derrière soi , ni derrière la France; on ne songea qu'à Naples; il n'y eut pas ladessus un instant d'hésitation.

CHAmiKE III.

Le 5 février, Charles regagna par un chemin de traverse la route du rentre, celle d'attaque; il alla coucher à Valmontone, et le 4 à Ferentino. 11 en partait le 5 quand un juif vint se jeter à ses genoux, le suppliant de l'assister au saint baptême qu'il demandait, grâce qu'il sembla plutôt faire qu'obtenir, t.mt la joie du roi fut grande. Il en oublia son départ; et prenant aussitôt par la main le nouvel adepte, il le conduisit aux fonts baptismaux, où il lui donna son nom, «afin qu'il fut mieux mémoratif d'un fait de si grande conséquence. Puis , après une si grande action et un si grai^l bien spirituel , il lui fit de surcroît largesses temporelles. » '

Le 6 , il poussa jusfpi'à Veroli , où il resta jusqu'au 1 1 , (juatre jours encore , comme a Velletri. Ce séjour redoublé, après tant d'autres, les expli([uc. 11 n'j avail là ni plaisirs comme n Lyon , ni négociations comme à Florence et à

' l^avigno.

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Bracciano , ni solennités comme à Rome; l'ennemi , non plus , n'arrêtait guère : deux cents hommes d'armes qui, le 6, avaient voulu tâter le maréchal de Rieux, avaient été détruits sans combat en un clin d'œil. Il faut donc croire que nous nous étions à nous-mêmes un obstacle : c'était notre artillerie de siège qui nous allourdissait ainsi. Quoi qu'ait dit Paul Jove de sa rapidité , des pièces pesant six à sept milliers , engagées dans les mauvais chemins d'un hiver pluvieux, devaient être lentes à se mouvoir. Ajoutez, tout ce qu'elles entraînent après elles, et la nécessité d'assiéger plusieurs forteresses : leurs approches , dès cette époque, se faisant en règle, c'est-à-dire par tranchées ', taudis , mines et fortins.

En ce moment c'était mont Saint-Jean qui arrêtait. Dès son premier pas sur la frontière napolitaine , la tête de la colonne royale vint se heurter contre ce fort; il en défendait l'entrée. Sa garnison de cinq cents bandits désespérés, joints à trois cents soldats , passait pour redoutable. On la somma ; elle insulta , elle tua même nos parlementaires; et quelle que fût l'indignation de notre avant-garde, entre l'outrage et la ven-

■ Jean de Troyes -. Jean Charlier ; Bonlioms ; Molini ; Mouteil.

g4 CHARLES VIII. — PART. III, I.IV. VIII.

geance, il fallut l'intervalle d'un siège. Il dura trois jours , du 7 au 9 , jour où le roi accourut de Veroli à Bauco , où il déjeuna , dîna , puis enfin parut devant la place. On voit que ce fut après le siège de Sarzanne , qui tourna si court , son second fait d'armes de cette campagne.

Mont Saint-Jean passait pour imprenable; il avait résiste aux Aragonaissept ans entiers, quant à nous , quatre heures de feu nous suffirent ' . En ce peu d'heures , la muraille , battue et démolie , s'écroula dans son fossé. Sur cet éboulement, nos hommes d'armes tout bottes, armés de pied en cap et tabourins battans, s'élancèrent; tout fut envahi. Une heure après, la garnison entière et les bourgeois massacrés , étaient jetés par-dessus les remparts, la ville entièrement pillée brûlait; et il est trop vrai que, sans l'ordre exprès du roi et les eiforts de deux ofliciers qu'il chargea d'en surveiller l'exécution , les femmes et les enfans n'eussent pas même été épargnés. Ce coup de main nous coûta quarante tués, et sans doute le double de blessés , ce qui est la proportion ordinaire.

Aujourd'hui, tout pas rétrograde, un seul temps d'arrêt après un tel avantage , paraîtrait inex-

' Correspondance de Charles avec le duc de Bourbon.

NAPLES. g5

plicable , et pourtant le retour du roi à Veroli , le séjour qu'il y fit le lo février pour ne revenir que le 1 1 coucher à Bauco , parurent alors tout naturels. On trouva qu'il fallait bien ce teinps pour retirer du siège l'artillerie et la remettre en ordre. Ajoutez , la pesanteur d'une gensd'armerie toute de fer et suivie de tant de bagages, sa dispersion chaque soir , indispensable pour vivre dans un pays dont la route et les environs venaient d'être ruinés tout exprès , et enfin notre indiscipline. Elle étonnait les Italiens eux-mêmes. Ils nous voyaient marcher à portée de l'ennemi ; en désordre , sans enseignes , en files traînantes , entrecoupées et interrompues ; comme voyageurs plutôt que comme soldats. Les hommes d'armes, loin de leurs chevaux de bataille, cheminaient montés négligemment sur leurs courtauds, à demi désarmés , en vestes du matin et en pantoufles garnies d'un éperon de bois; un grand nombre s'écartaient tantôt sur un flanc , tantôt sur l'autre, s'arrètant à volonté partout où ils trouvaient à piller ou à se repaitre.

Et pourtant on savait, qu'aussitôt après avoir pris possession de la couronne, Ferdinand était accouru sur cette frontière avec toute son armée, et qu'il venait de se poster en travers de notre route. C'était dans la célèbre position de San-

g6 CH.VKLES VIII. PART. III , LIV. VIII.

Germano , où la i^iando route, resseri'ée tantôt par la montagne et par de vastes marais, tantôt entre des bois ou dans une gorge étroite , offrait un long et dangereux défilé. On n'ignorait pas que, pour nous fermer cette porte de son royaume , abattis , moiivemens de terre , redoutes formidables , il n'avait rien oublié , et que sur ce sol tout hérissé, retranché jusqu'aux dents, il avait juré de périr.

Il fallut donc se rallier comme pour un choc décisif. Mais pendant qu'autour de notre quartier royal , encombré de présidens, de conseillers au parlement et d'évéques , de ministres €t d'ambassadeurs , de gentilshommes et de serviteurs de tous métiers , on se remettait péniblement ensemble et en ordre, Louis d'Armagnac, duc de Guise et de Nemours, marchait avec l'avantgarde. Déjà même, dans la nuit du ii au i2 février, il était en présence de l'ennemi, tandis que notre jeune roi dormait paisiblement dans Bauco, son quartier-général.

Vers miiniit, un officier accourant en toute hâte de l'avant-garde , le réveille ; il lui apprend que , devant eux , toute l'armée ennemie , se dissipant comme par enchantement, vient de disparaître ! ([n'eDiayée à sa droite et sur ses derrières du retenlissement des pas de notre colonne des

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Abriizzes et des échos redoublés de l'iiisurrection générale ; que surtout , terrifiée du sac de mont Saint-Jean, foudroyé presqu'à ses yeux, cette armée fuit tout entière vers Capoue , entraînant après elle son prince, désormais impuissant et désespéré.

Il y avait de Bauco, ou de mont Saint-Jean à San-Germano — lieues. Nemours y entra le 12, et le roi le i5. Il y séjourna le 14 ; ne sachant que faire de sa fortune, et rassemblant un grand conseil pour savoir s'il devait se décider à en profiter. Ses lettres, datées de là au duc de Bourbon , montrent cpi'il ne songeait déjà plus à Constantinople." On attribua aussi ce séjour à San- Germano au désir d'en visiter les curiosités. II voyageait.

Charles y contempla avec dévotion le corps de saint Benoît, fécond encore en miracles, et avec orgueil la forteresse de la ville, qu'on assurait avoir été bâtie par ce Charlemagne, si victorieux, si rapide, dont il se disait l'émule, et qu'il croyait son modèle.

En dépit de ce souvenir, le lendemain i5^ il n'alla pas plus loin que Mignano. Le 16, il s'arrêta encore à Théano , sans jalousie de cette révolution napolitaine qui le devançait, et à qui il laissait tout faire. Parti de Rome le 28janvier,

98 CHARLES Vin. — - PART. 111, LIV. VIIF.

il ne devait entrer dans Naples que le 22 février; pour quarante lieues, vingt-six jours! c'est-à-dire comme de Florence à Rome , toujours trois fois plus de temps cpi'il n'en faudrait aujourd'hui pour une marche semblable.

Cependant, l'insurrection napolitaine marchait avec une rapidité vraiment méridionale. Déjà dans Théano, Charles apprenait que Capoue et le Vulturne , cette seconde et dernière ligne de défense du royaume , allait s'effacer comme celle de San-Germano devant la renonunée de ses armes ; que Naples elle-même s'agitait , et cjue par le pillage de ses juifs sa révolution était comraiencée. Vainement le jeune Ferdinand volant de l'une à l'autre de ces défections , et se multipliant à la manière des héros, avait d'abord contenu celle-ci; ne pouvant être partout à la fois, pour ressaisir Naples , il lui avait fallu quitter Capoue, et pendant quelques instans y livrer son armée à elle-même. Quatre lieues seulemeiît séparent ces deux villes; quelques heures suffiraient , avait-il dit à ses capitaines , et dès le lendemain , ils le reverraient à leur tête. Ceux-ci étaient encore loin de l'ennemi , dans une ville forte , derrière un fleuve encaissé et profond : Ferdinand ne leur demandait qu'un jour de fidélité , et il ne put l'obtenir.

NA.PLES. Qf)

A peine les a-t-il c[uittés ([uel'im des plus braves et des plus loyaux , Jean-Jacc[ues Trivulce l'abandonne. C'était ce grand de Milan, devenu aragonais par haine contre Ludovic; fidèle seulement à cette haine, il se décida à la porter dans le camp de Charles, sûr rpie bientôt ce prince la partagerait. C'est pourcpioi , dans cette Capoue qu'il commandait, au milieu de cette même assemblée de chefs, auxquels Ferdinand vient de confier sa fortune , il se lève , il déclare : (( que la cause de ce prince est perdue; ([u'il est temps pour le royaume, pour l'armée , pour Ferdinand luimême, de traiter avec le vainqueur ; que lui s'en charge. » Et tout aussitôt , malgré la faible opposition des autres chefs , il sort de la ville , et la tête haute, il va dans Calvi se présenter à cheval, et tout armé, au milieu du quartier royal.

On l'attendait. Charles promit tout à ce transfuge, et, pour Ferdinand, un établissement convenable, mais au sein de la France. Le nom de Ferdinand n'était mêlé à cette perfidie que pour la rendre moins odieuse. C'était une vaine forme. Trivulce n'y tint guère ; pressé de conclure son marché, il l'abandonna. Ce fut avec les mêmes hommes d'armes et aux mêmes gages <[ue ce condottiere s'engagea à passer d'un camp dans l'autre , ce qu'il fit aussitôt.

lOO CHARLES VIII. PAKT. lll , LIV. Mil.

Sa bruscpe trahison , la seule de toute la vie de ce capitaine , fut comme un signal; elle fit explosion. Toute l'armée napolitaine se désorganisa sur-le-champ. Capouc soulevée nous ouvrit ses portes ; les autres capitaines s'enfuirent vers Nola ; leur défection fut plus lâche mais moins eOrontée tpie celle de Trivulce. Ils trahirent aussi , mais d'une trahison graduelle, passive et comme négative. Des Ursins surtout, qui du moins se laissa faire prisonnier par les hommes d'armes du comte de Ligny. 11 est vrai qu'alors on se rappela ses complaisances de Bracciano, quand il avait livré ce passage à l'expédition mourante; et comme en mettant bas les armes il se réclama avec succès près du roi d'une convention secrète , on vit bien que, parmi ces condottieri, l'un valait à peu près l'autre; qu'avec de «tels ennemis , si notre marche avait été désordonnée, elle n'avait pas du moins été imprudente, et qu'enfin Charles n'avait pas été moins bien servi par l'armée de Ferdinand cpie par la sienne.

Sur toute cette armée, à peine quelques centaines de fantassins restèrent fidèles; c'étaient des Allemands ([u'un brave capitaine, nommé Gaspard, commandait; étrangers à la langue et à ces mœurs, leur simple droiture ne comprit

NAPLES. lOÎ

rien à ce mouveinenl d'esprits si mobiles; chargés de défendre Capoue, et voyant s'approcheinos premiers éclairenrs, ils étaient bravement sortis pour les repousser; mais à peine hors des portes, elles avaient été refermées derrière eux; l'infâme populace, toujours et partout la même, nous les livrait. Ce ne fut qu'à force de supplications, à genoux, désnrmés , et par troupes de dix seulement , qu'elle leur permit de rentrei dans leur ville pour la traverser.

Dans leur humiliante retraite, ils atteignaient Aversa quand ils rencontrèrent Ferdinand, f[ui accoui'ait de Naples en toute hâte; leur récit attéra ce jeune prince; il n'en put croire ses oreilles, et poussa jusqu'en vue de Capoue; mais déjà flottaient sur ses remparts les couleurs françaises. A cet aspect, l'infortuné si digne d'un meilleur sort s'arrêta consterné; puis se ranimant, il essaja quelques elTorts, implorant les siens, leur tendant ses mains suppliantes , les conjurant de lui rendre un seul , un dernier champ de bataille; mais vainement. Alors, de grosses larmes s'échappèrent silencieusement de ses yeux, et tournant bride il reprit tristement le chemin de sa capitale.

Il la revit, mais comme Capoue, déjà toute française et fermée pour lui. A peine l'avait -il

quittée le matin même, qu'à la nouvelle de la trahison de Trivulce, la population s'était insurgée derechef. Ainsi, entouré de révoltes, allant de l'une à l'autre , repoussé de partout, il semblait, selon la prédiction de l'ombre de son grand-père , qu'à chacun de ses pas , cette terre volcanique se soulevât bouleversée , et cpie l'environnant d'éruptions menaçantes , elle le rejetât convulsivement de son sein. Il n'aurait pas même pu rentrer une dernière fois dans son palais, sans les forts qui lui étaient restés fidèles. 11 y pénétra par la Coronata , mais pour y trouver le peuple qui en commençait le pillage.

Tant d'alFronts n'avaient pas encore épuisé tout ce que pouvait renfermer d'indignation ce coeur héroïque ; on le vit donc s'élancer au milieu de cette populace, et la disperser de la voix, du regard et du geste , sans toutefois descendre à la frapper, tant ses nobles mœurs étaient douces. Alors s'arrétant , il regarde autour de lui, et se voyant entouré de gens moins indignes de le comprendre, il élève une voix émue; il leur annonce qu'il cède à sa fortune; mais en lui tout est généreux, même le découragement qui l'inspiie. u Dieu lui en est témoin ; s'il accepta le trône, ce fut pour faire oublier aux Napoli-

tains les torts de son père et de son aïeul. S'il en tombe, ce n'est point la \alem' française, c'est son malheur seul qui en est cause ; l'Italie , l'Espagne , accouraient pourtant à son secours; il n'eût fallu que ralentir l'invasion; mais ce sont ses sujets eux-mêmes qui vont au-devant d'elle ! Ils lui refusent jusqu'à la gloire de mourir pour les défendre. Qu'elle cesse donc cette lutte, inutile pour lui , pour eux dangereuse , et pour qu'avec la vie ils conservent l'honneur, qu'ils acceptent de lui-même l'autorisation de reconnaître pour roi Charles VIII ! Puisse leur soumission fléchir l'orgueil français! Puissent-ils être heureux sous cette domination étrangère et barbare! Lui, ne troublera point leur repos. Il voulait leui^ bonheur, il le respectera, quelle qu'en puisse être l'origine; mais s'il leur rend leurs seraiens, il garde les siens. S'ils tombent donc à leur tour dans l'infortune, qu'ils comptent sur lui. Toujours prêt à répondre à leurs vœux, il accourra s'ils le rappellent ! » Puis s'attendrissant, il leur tend les bras; il prononce de touchans adieux ; il s'écrie : « qu'il emporte dans son exil une conscience puix , celle de n'avoir aucun tort envers ses peuples ! Que leur foi , (jue son sceptre et tous ses biens , il les leiu"

10/(. CHARLES Vlir. PART. III , LIV. VIII.

abandonne; qu'il ne leur demande que leur reconnaissance , et qu'il ne met d'autre prix à tant de sacrifices que leur souvenir. »

Des larmes, des sanglots, lui répondirent; mais pas un bras, pas même une voix ne s'éleva pour sa cause. Ils l'admiraient sans l'imiter.

Ainsi, tout lui échappe; toutefois, lui seul ne s'abandonne point encore; il met en défense les châteaux de sa capitale ; et suivi de Pescaire et de cinq cents Allemands, il se jette dans le château de l'OEuf. Mais soit que la contagion eût gagné ces étrangers, ou que son malheur se déliât, il comprend qu'il n'a plus qu'à fuir; la terre lui manquant , il se confie à la mer ; il jette un dernier regard sur ce rojaume qu'il abandonne , et se résignant , il s'écrie à plusieurs reprises, comme le prophète : « qu il est donc u vrai que c'est bien en vain tpi'il veille, celui u (|ui garde la cité que Dieu ne garde pas ! » Alors, pendant qu'il amuse les siens du pillage qu'il leur abandonne, il s'échappe par la porte du secours, s'embarque avec sa famille, et suivi de vingt vaisseaux légers il cingle vers Ischia.

Une nouvelle trahison l'y attendait : le gouverneur de cette lie ( Giusto de la Candina ) était Espagnol , et pourtant il lui en refusa l'entrée. Ferdinand oblinl à peine , seul, et pour

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quelques instans , la permission d'y descendre. Non seulement il osa mettre pied à terre ; mais bien plus, apercevant le traître au milieu des officiers, sans hésiter il marche droit à lui, l'approche, et tout à coup le saisissant h la gorge d'une main, le poignard dans l'autre, il l'écrase d'une subite terreur ; puis tout à la fois , sans se souiller de ce \il sang, il harangue la garnison stupéfaite, s'en rend maître, lui fait enchaîner son chef, et se repose enfin dans cet asile , qu'en dépit de son indigne fortune , vient de lui conquérir son héroïsme.

loG CHARLES VIII. — PART. III , LIV. Vlll,

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