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1^8 CHARLES vin. PART. III , LIV. VIIl.
i^onveriieur , secrétaire et favori. Son ingi'atitilde révolta. L'iiiJii>nation générale en lit justice. Et , pour avoir voulu remplir de soi tout le monde , le triste rhéteur , honni de tous , en mourut de honte et de regrets.
Il faut pourtant convenir qu'à dater de ce moment, c'est-à-dire du 12 jusqu'au 20 mai, on remarqua dans notre jeune roi plus d'esprit de conduite. Pendant ces huit derniers jours , il parut sentir enfin (ju'il était temps de songer à laisser dans les coeurs napolitains des traces favorables de son passage. Du i5 au 17, il donna donc audience aux députés des villes et provinces c[iie son couronnement et son départ avaient attirés. Ce ({ui marqua le 18 , fut un grand banquet, auquel il les convia. Il eut lieu dans le château Neuf, au bruit des clairons et des trompettes. Le sénéchal de Naples l'y servit à cheval et armé de toutes pièces. Dans cette même soirée , le roi reçut le serment de toute cette noblesse. Le 19 fut consacré aux apprêts du départ, et à un grand dîner chez le prince de Salerne.
Le lendemain 20 mai fut un jour de tristesse pour les uns, de joie poui- les autres, d'attendrissement pour tous. Cette journée commença par ini grand conseil , puis la messe; à son retour, le roi trouva réunie dans son palais toute
napt.es. im)
ia haute nol)lesse napolitaine. 11 lui présenta pour vice-roi Montpensier. En un tel moment , et dans ce pays le plus démonstratif de l'Europe , les pix)testations , les exclamations d'amour et de dévouement ne pouvaient manquer. On crut avec raison à la fidélité des prince et duc de Bisignano , mais aussi aux vains sermens des condottieri Prosper et Fabrice Colonne et d'Antonello Savelli. Ceux-ci avaient été comblés de prodigalités ; Charles avait entassé dans leurs miains les châteaux , les villes , les com^tés , les duchés même ! Mais au lieu d'acquéi ir exclusivement à sa cause ces Italiens , c'était à tant de biens qu'il les avait attachés; et ces chefs inquiets cherchaient déjà par quelle trahison envers leur bienfaiteur, ils pourraient conserver le bienfait. Quant aux Français , on pouvait facilement distinguer à l'air leste , animé, transporté même des uns, et k l'attitude muette, soucieuse et contractée , à l'air de concentration douloureuse des autres , ceux qui allaient s'élancer vers la France , de ceux que le devoir et l'honneur forçaient à demeurer. Charles lui - même ne put cacher sa joie de repartii' et sa pitié pour ceux qui restaientr Elle perçait dans ses promesses de secours en hommes et en argent , qu'il leur réitérait.
l8o CHARLES vin. — PART. III , LIV. VIIT.
Parmi les uns et les autres , des fif^ures souffrantes se faisaient remarquer. Une maladie secrète et nouvelle accablait ou déchirait ces jeunes guerriers. Il y avait peu de mois que quelque Espagnol, revenant du Nouveau Monde, Tavail apportée dans Naples. La France et le reste de l'Italie en étaient vierges encore. Peutêtre eût-on alors pu étouffer, dans sa naissance , un germie si fatal aux sources mêmes de l'espèce humaine; mais personne n'y songea , et notre expédition, l'emportant avec elle dans son mouvement rétrograde, ne contribua que trop aie répandre.
FORNOUE. l8l