II
^42 CHARLES vin. PAUT. III, LIV. IX.
larges gouttes de pluie mais des nappes entières d'eau qui s'épanchaient du ciel. Déjà les sillons éblouissans de la foudre fendaient la nue, et laissaient apparaître comme de grands ossemens, les rocs de F Apennin.
Les éclats de ces tonnerres retentissant en mille bruyans échos dans toutes les gorges de la montagne : les mugissemens des trois torrens soudainement gonllés , dont les flots se heurtaient avant de s'unir, en roulantdcs quartiers de roc, avec un fracas formidable; toutes ces horreurs réunies, aOectèrent de terreurs diverses les esprits fatigués de nos gens. Comines , lui-même, en fut ému. lise disait bien (pie dans cette chaude saison, et dans cette contrée méridionale et montagneuse , ce phénomène n'avait rien que de naturel , et pourtant , u ii voir une si merveilleuse pluie », ajoutait -il, u éclairs et tonnerres si grands , qu'on ne sauroit dire plus , il scmbloit c(ue le ciel et la terre fondissent , ou que cela signifioit (pielque grand inconvénient advenir! »
Depuis , il est convenu que cette lutte, que ce choc d'élémcns sur le lieu même où, par un autre choc si disproportionné , allait se décider le sort de litalic et celui de la France, lui avait fait l'impression d'un sinistre augure .
Les stradiotes , que cette convulsion de la na
1 OR.\OUE. " ■" 2L\Ji
ture n'étonnait pas, en profitèrent, ainsi que de notre incurie. Deux fois encore , et juscpi'à deux heures du matin, ils troublèrent toute l'armée paideux alertes, arrachant les uns à leurs précautions contre l'orage , et les autres, aux repas et au repos si tard commencés , et dont ils avaient un si gi^and'besoin. ■> ^ ■...'■• ■
De son côté, Charles, assez embarrassé du lendemain , avait retenu Briçonnet dans sa tente ; ils devisaient , et dans leur double inexpérience des batailles , ils décidaient cp.ie le jour revenu , on mettrait le torrent entre soi et l'ennemi ; qu'ensuite , on marcherait en bon ordre le long du camp des alliés , « en lâchant ([uelques coups de canon en leur ost , pour faire la guerre, puis, qu'on passeroit oustre , sans s'arrêter. »
Ce singulier plan convenu , vers minuit Briçonnet en vint donner avis à Comines. On comptait sur lui, pour ces pourparlers avec les chefs ennemis, qui tous le connaissaient; on espérait qu'il saurait les amuser pendant les premiers raouvemens de notre marche. Comijies resta confondu d'une si naïve confiance. Il s'étonnait f{ue Charles se fût persuadé que deux armées pussent passer si près l'une de l'autre sans que la moindre escarmouche les forçant de s'arrêter, n'engageât une bataille. Il ne comprenait pas
244 CHARLES Vlir. PART. 111, LIV. IX.
plus que , dans un moment si critique, on se fût décidé sans les conseils des hommes de guerre. Mais se rappelant que lorsqu'on prenait leur avis on ne le suivait pas davinitage , et quant au sien qu'il était sans crédit , il ne lit que laisser entrevoir son opinion, (c n'osant fort, dit-il, s'entremettre, afin de ne se faire point ennemy de ceux que le roi n'escoutoit que trop. »