‹ Règne de Charles VIIIChapitre 35 sur 53 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ils en em-ent à peine le temps , un hourra des stradiotes de Forte-Braccio venait de coininencer la bataille. Ces Grecs, sortant tout à coup de leur bois , s'étaient rués sur notre camp vide , et jusques dansFornoue. Ils y avaient surpris la queue de nos baga^^es, pillé ceux du roi , et tué vine centaine de valets. Comines lui-même, non loin de là , sur la grève où il attendait une réponse , surpris par la brutalité de celle-ci , eut à peine le temps d'y échapper. Derrière lui, son paû;e, et deux de ses gens qui l'accompagnaient , périrent.

Aucune troupe n'avait été laissée à Odet de Riberac , pour défendre ses bagages et contenir ceux qui les conduisaient. Depuis le matin , ce capitaine seul aux prises avec ces misérables , s'était vainement épuisé à en débrouiller la cohue. C'était un tumulte de juremens, de clameurs , un chaos de mouvemens , où tout se mêlait ; « Vini voulait marcher » , dit La Vigne ,

qui par bonheur n'y perdit point son journal , " l'autre, non ; l'un boire, l'autre manger ; d'autres encore voulaient ou faire repaître leurs ânes , mulets ou chevaux ; d'autres partir devant, pour arriver les premiers au quartier-général, cpi'ils disaient marqué pour le soir » ; comme s'il avait été possible d'en désigner un avant la bataille ! Les premiers boulets qui étaient tombés au milieu de cette foule, en augmentant sa confusion , avaient hâté son départ. Dès lors , la masse informe se déroulant en une inégale et longue traînée, avait couvert de son désordre les collines de la rive gauche du vallon.

Pendant qu'un frissonnement et des cris éperdus d'épouvante , se propageant de la queue à la tête de cette sale colonne , annonçaient qu'à sa suite Forte-Braccio passait le torrent vers Fornoue : Gonzague et Caïazzo , sur deux autres points, et à une demi-lieue l'un de l'autre , descendaient dans son ravin; puis, remontant avec effort au travers des saules de sa berge opposée , ils se déployaient l'un en tête de notre avantgarde, l'autre en queue de notre arrière -garde; forçant l'une à s'arrêter , l'autre à se retourner pour lui tenir tête, et suspendant ainsi toute notre marche.

C'étaient trois batailles, an lieu d'une. Notre armée, déjà si faible dans son ensemble, et bien

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plus encore, étant surprise ainsi disloquée en trois pai^ties, allait se faire écraser en détail. Heureusement, les deux derniers coips, moins distendus, purent s'entr'aider. En effet, les clameurs cpii s'élevaient des baga£:;es , et les cris des premiers éclaireurs, avertirent le roi. Ce prince, trop loin de son avant-i^arde pour voir et entendre son comJiat , et la sachant d'ailleurs assez nombreuse , n'hésita pas. Il se sépara encore plus de cet appui oii était sa retraite et sa plus grande force , fit volte face avec son corps de bataille, et revint sur ses pas au secours de son arrièregarde. Elle reculait , mais en bon ordre; bientôt le roi la rallie à sa droite, s'arrête, et avec trois mille chevaux seulement , contre quinze mille hommes , la tctc et le coeur plus hauts que jamais , il présente à l'ennemi un front redoutable.

Celui des Italiens l'était bien plus encore! on voyait au travers d'une grosse pluie , sous un ciel noir, et à la lueur des éclairs , leur large et profonde ligne toute d'acier, venir bien serrée et au petit pas. Rien n'y manquait; hommes et chevaux, tous étaient bien empanachés, bardés, armés de pied en cap , avec belles hourdonasses ' , enfin accompagnée d'arbalcstriers et de

• Lances creuses pour les tournois.

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£*ens de pied en nombre infini ; et tout cela bien reposé , plein de santé , de vin , de nourriture et se sentant cinq contre un , tandis qne , hors le cœur, chez nous tout défaillait; le tiers de nos combattans étaient des domestiques mal armés ; nos hommes d'armes , les chevaliers eux-mêmes , étaient la plupart mal montés , mal équipés ; une pièce d'armure manquant à l'un , et plusieurs à l'autre ; tous étaient affiiiblis par les bivouacs , par le besoin , par des maladies rapportées de Naples , enfin par la fatigue et les privations des dernières marches dans la montagne. Mais nul ne songea à ces désavantages, ni même à s'incpiiéter de cette autre grosse troupe encore immobile du bâtard d'Urbain, qui, de l'autre rive, semblait prête à se précipiter sur notre flanc , ou sur nos derrières , dès que nous serions occupés en face. Le roi surtout ne s'en souciait guère. Tout enthousiasmé de son danger, tout ravi de cette occasion de gloire , il ne voyait cpi'elle ; et non cette gloire de général au milieu des batailles , mais seulement une renommée de roi chevalier , une gloire de champ-clos. Et en effet , tout entier à son devoir de preux , à ce surnom de chevalier sans peur et sans reproche que déjà portait la TjiTmouille , et que des rangs des simples gens-d'armes qui le suivaient, Bajard allait

élever si haut , il lui suffisait d'être prêt à combattre à outrance. Du reste , il ne songeait à rien prévoir, il ne se mêlait de rien prescrire , et s'en rapportait pour cela à la Chastre et à ses capitaines.

Dans cette situation critique , sa naïve , sa douce et bonne âme, suivant sa disposition naturelle , qu'accroissait une forte émotion , accueillait l'obsession d'une foule de solliciteurs qui lui dérobaient la vue des mouvemens de Gonzague; il ne s'occupait qu'à Icui- prodiguer l'ordre de chevalerie, qu'ils requéraient de sa main royale.

Pourtant les ennemis étaient déjà si près que, de son poste en avant de notre ligne , le bâtard de Bourljon vit leurs hommes d'armes s'affermir sur leurs étriers, rassembler leurs chevaux et commencer à coucher les lances. Aussitôt il cria au roi : « Accourez, sire, il n'est meshuy temps (( de s'amuser à faire des chevaliers; voici l'cn- (( nemi , allons à lui ! »

Plus près du roi , un simple gentilhomme , mais renommé, le brave Dumoulin, ajouta, « Passez donc , sire , passez ! » et chacun s'empressa (le faire place, poin^ le laisser s'avancer au poste le plus périlleux. C'était cependant leur bon petit roi , c[ue les plus jeunes chérissaient par conformité d'âge et de goûts; les moins jeunes.

comme leur nouiTisson , comme leur élève ; tous par fraternité d'armes, et à la fois comme leur protecteur et leur protégé ; enfin , comme l'espoir de la France. Mais ils l'aimaient selon leurs moeurs , à leur manière ; et comme il convenait aux idées d'alors qu'il fût en tête d'eux tous , devant son enseigne , à la place la plus dangereuse , où tout l'effort du premier choc allait avoir lieu , quoi qu'il pût advenir , ils l'y poussaient ! ^ .

II n'en était besoin , C{uoiqu'il fût temps. Car en ce moment la ligne ennemie , qui n'était plus qu'à cent pas de la nôtre , prenait le galop ; mais au premier mot le roi s'était précipité, et déjà, la lance en arrêt , il entraînait tout après lui.

Le choc fut rude , la mêlée vive , et son effet formidable. Qu'on imagine le cliquetis de tant d'armures , le bruyant piétinement de deux lourdes masses de sept mille puissans chevaux , appesantis par tant de fer , et lancés au galop sur un lit de cailloux mouvans ; enfin le bruit des chutes de plusieurs centaines de ces corps tout cuirassés , sur une grève retentissante. Ajoutez qu'aux clameurs, à tout ce vacarme des batailles , se mêla tout h coup le bruissement pressé d'une gi'osse grêle , et les éclats répétés de la foudre; car c'est un fait , que dans ce choc ([u[

devait décider du sort de la France et de l'Italie , tout à la fois sembla combattre, le ciel comme la terre. Mais dans cette lutte simultanée d'hommes et d'élémens , celle des hommes finit la première; elle ne dura pas un quart d'heui'e.

Une mêlée de dix minutes , dans nos charges modernes de cavalerie , où même l'on se joint si rarement, paraîtrait fabuleuse; elle parut courte alors, en raison des armures, à cause de la grande supériorité de nombre des premiers qui se rebutèrent , et de l'importance de la querelle. Pourtant , la chevalerie italienne y fît bravement son devoir , mais plusieurs causes contribuèrent à son écrasement subit. Dans leur gens-d'armeric un mélange de beaucoup de mercenaires qui quittèrent leurs rangs; dans la nôtre un grand ensemble , une bien plus grande h.ibitude et expérience des armes. Puis , soit inattention du jeune chef italien , ou bien que les saules du bord du torrent eussent brisé sa ligne de bataille, et dérobé à ses yeux l'étendue de la nôtre ; soit encore que les sinuosités du Taro , contrariant sa marche, l'eussent dirigé trop à gauche, il arriva qu'au moment où les deux lignes se heurtèrent , sa droite se trouva débordée par notre aile opposée , qui, se rabattant sur son liane droit , le rompit.

En même temps , une autre faute et une ruse de ces Italiens tournèrent également contre eux, et leur ôtèrent la supériorité du nombre. D'abord , au lieu de nous faire envelopper en liane et en queue par leur réserve , ils la laissèrent sans instruction sui' l'autre rive. L'habitude les domina ; ils se figurèrent que , comme dans leurs combats ordinaires de cavalerie, la journée se passerait en charges successives et indécises. On s'en rapporta donc au vieux Gonzague , pour appeler à temps cette réserve; mais tout mancjua à la fois , Gonzague d'abord , et le temps ensuite ; Les premiers coups de lance ayant tué ce brave chef, et le premier cpiart d'heure ayant décidé de la bataille. Le bâtard d'Urbain , avec tout son corps de réserve, resta donc inactif.

Toutefois, cinq mille fantassins et plusieurs milliers de chevau-légers qui suivaient le jeune Gonzague deMantoue, suffisaient encore; c'était assez pour aider ses trois mille six cents hommes d'élite à en vaincre trois mille autres, si fatigués, mal m^ontés et si mal armés; mais on a vu que le mar([uis de Mantoue avait jeté Forte- Braccio sur nos bagages , dont la longue traînée couvrait la pente des collines de gauche du vallon. Il crut l'inconséquence et l'indiscipline de nos Français plus grandes encore que leur valeur.

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11 s'attendit à ce qu'au bruit des clameurs de leurs valets , à l'insupportable vue du pillage de leur butin, beaucoup de nos chevaliers, quittant leurs rangs , se précipiteraient au secours , et qu'il nous surprendrait dans ce désordre; mais ce fut tout le contraire : les nôtres restèrent impassibles ; ce furent les siens , beaucoup de ses fantassins , toute sa cavalerie légère et bon nombre de ses gens-d'armes mercenaires que ce pillage attira. Pour courir à cette proie facile , abandonnant la charge, on les vit s'échapper par nuées de la queue et des ilancs de leur colonne d'attaque. Mais ces débandés eurent à peine le temps d'atteindre leur but ; et nous n'aurions presque rien perdu, sans nos valets de bagages, autres misérables, d'abord effarés, mais qui s'entendirent bientôt avec rennemi pour piller leurs maitres. Au reste, de leur infilme action, les maraudeurs italiens n'eurent que la honte : le bruit du combat qu'ils avaient déserté , les troubla. Ils n'avaient pas saisi une cin(|uantaine de nos mulets, ([u'au retentissement du choc des deux armées , détournant la tête vers la plage, ils virent toutes les lances voler en éclats, ou tomber abandonnées ; puis les masses d'armes et les longues épées briller à leur tour ; puis prescpi'aussitôt , les escadrons vénitiens heurtés dans leur liane droit

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et en tête , culbutés , et toute l'élite de leur cavalerie désarçonnée. Un moment de plus , et la déroute des uns, la poursuite des autres, découvrant l'arène , la leur montrèrent jonchée de corps étendus captifs dans leurs armures.

Ils gisaient immobiles sous les pieds d'une foule de chevaux errant sans maîtres. Aux couleurs de ces vaincus , ils purent reconnaître l'oncle de leur général , Gonzague de Mantoue , cinq chevaliers de son nom, soixante gentilshommes de ses terres. Trois mille autres succombaient encore, et parmi eux Beroaldi , Strozzi , Piccinino,]VIontone petit-fils du grand Braccio; toute la fleur, tout l'espoir de la Péninsule!

Au milieu de ce désastre de l'It.ilie et de cette victoire de la France , un chevalier , Tépée au poing, suivi d un petit homme mal armé , restait seul debout comme le maître de ce champ de bataille ,• c'était Charles VIII , avec Antoine des Ambus son valet de chambre. Le premier à vaincre , il dédaignait de poursuivre.

Alors , de toutes leurs viles passions la peur l'emportant, les pillards italiens se joignent à la déroute. De son côté, surprise d'être débarrassée si soudainement, la grande séquelle de nos valets et de nos vivandières regarde à son tour, et accourant de leur colline , toute cette nuée de

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gens de proie fondit sur ce champ de carnage. Là , rassemblés par trois et quatre et courbés autour de chacun des chevaliers italiens renversés , ils s'acharnèrent, à grands coups de hache à bois , à démolir, à briser les armures de ces infortunés sur leurs figures ; puis , les ayant mises à découvert , ils jouissaient de la détresse qu'elles exprimaient , et , sans pitié, hachaient ensuite.

On les laissa faire , on ne fît de quartier à personne. Guinegate , où la chevalerie française avait perdu par le pillage une bataille gagnée valeureusement, était présente à nos hommes d'armes ! Soiwe/iez - vous de Guinegate ! se criaient-ils entre eux ! Aussi, dans leur poursuite et d'un premier élan non interrompu, ils poussèrent tête baissée jusfpies dans Fornoue , pêlemêle avec les vaincus , renversant , massacrant toujours.

Le bâtard de Bourbon alla même plus loin; il franchit le Taro et toucha au camp ennemi , devant lequel il fut abattu, saisi et blessé mortellement. On ne sait s'il fut emporté par son ardeur ou par son cheval; soit qu'il le connût mal, en ayant changé au moment du combat, pour en choisir un autre pareil à celui du roi et détourner sur lui les coups (ju'on destinait à son prince; soit, comme on la dit encore, que

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dans la charité, un coup d'épée eût coupé ses rênes.

Quant aux autres, Fornoue, le Taro, et l'essoufflement de leurs grands chevaux sur cette plage pierreuse et mouvante, les arrêtèrent, et surtout l'étonnement, au milieu de leur victoire, de voir tomber Julien Bourgneuf , un des leurs, un capitaine , mais mal armé , et qu'un Italien oublié derrière eux tua en passant. Cela les rendit à eux-miêmes j ils s'avisèrent alors de regarder où ils en étaient , et avec qui , et où en était la bataille?

Cette réaction , ce retour d'une grande exaltation à la réflexion fut si complet , que, dans leur préoccupation, ils virent indifîererament passer près d'eux une trentaine de ces hommes d'armes italiens, sur lesquels un moment plus tôt ils s'acharnaient si impitoyablement. Dans la mêlée, ils les avaient dépassés sans y prendre garde; mais d'où venaient ces ennemis? N'étaitce pas du lieu où le roi devait être encore? Leur petit roi ! qu'eux tous , ses mignons, ses gardes , ses preux eux-mêmes, avaient tant juré de défendre , et qu'ils ne voyaient plus avec eux ! Où était-il? A cette remarque subite un cri précipité : « Où est le roi? allons au roi! au roi ! » courut de bouche en bouche ; et tous, au grand

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trot de leurs chevaux , reviineut sur leurs pas, interrogeant , dévorant de regards inquiets cette longue arcne , couverte de cadavres.

Ils l'aperçurent enfin, et il était temps. Il y avait quelques minutes qu'une bande d'hommes d'armes échappes à notre avant-gaide , et n'ayant osé retraverser le Taro déjà gonflé, en avait, dans sa fuite, remonté la rive. Ces fuyards venaient, en passant, de remarquer ce chevalier si richement armé et son isolement ; ils s'étaient précipités sur lui. Le jeune roi, seul coutre trente, eût été d'abord pris ou tué, sans sa bonne épée, dont il joua hardiment , et sans les bonds agiles de son cheval Savoie. Ce brave coursier avait aidé son jeune maître , secondé par des Ambus , à se multiplier et à faire de tous côtés tète à forage. 11 succombait cependant , quand ces Italiens , voyant arriver du secours, lâchèrent prise , et fuirent au travers du torrent. Les nôtres accouraient; il y avait bien trois quarts d'heure qu'ils avaient perdu de vue leur prince ; mais le bon petit roi , » qui jamais ne sut dire un mot fâcheux à personne » , n'en eut garde en ce moment. L'effroi des siens , leurs remords d'un si fol a])andon , leur enthousiasme de sa valeur , et 1 heureux à-propos de leur retour lui sullirenl . surtout au milieu de sa joie si naturelle au sortir

d'un grand danger, dont il ne lui restait ([uc la gloire.

En ce moment de bonheur, un jeune chevalier, simple homme d'armes de la compagnie de Ligny, grand , maigre , encore tout échauffé , tout sanglant du combat, et qui maniait son courtaud avec une dextérité remarquable , s'approcha du roi ; un étendard ennemi qu'il avait remporté, était entre ses mains ,• il venait lui en faire hommage. Charles reconnut en lui ce page cpi'il avait reçu du duc de Savoie, et dont il avait souvent distingué le mérite et prophétisé la gloire. 11 l'accueillit bien ; mais il dut être surpris, dans un tel jour, de ne point voir sur son grand cheval de bataille un homme d'armes si habile en écpiitation , et si jaloux de sa tenue militaire. On lui apprit les grands coups dont il s'était signalé , et cpie ses deux chevaux venaient d'être tués sous lui. Charles l'aimait ; il lui fit compter 5oo écus d'or : c'était Bayard.

Ainsi , ce combat si fameux avait duré dix minutes, et la poursuite trois quarts d'heure. Le massacre continuait , surtout celui des fantassins ennemis dispersés, qui erraient vainement des collines au torrent , afin d'échapper à nos archers. Déjà les cadavres de trois mille trois cents Italiens couvraient la plage, et seulement environ

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deux cents des nôtres , dont trente-deux gentilshommes , neuf Écossais , une soixantaine d'archers , et le reste serviteurs d'épée ou valets de bagages.

Mais ce n'était qu'une victoire , et il en fallait une seconde. Car, grâce à l'impéritie du chef, en ne sachant pas même marcher ensemble et serrés devant l'ennemi, quoiqu'on fut déjà trop peu, tous réunis, pour une seule bataille, on s'en était attiré deux. Charles ignorait où en était l'autre , celle du maréchal de Gié , de la meilleure partie de l'armée et de son avant-garde. On fit donc promptement ramasser les lances italiennes ; la . plupart étaient entières , et si bien peintes qu'elles faisaient envie ; mais alors on s'aperçut qu'elles étaient creuses , et à peine du poids d'une javeline. C'étaient des lances de tournoi; néanmoins on s'en réarma ; puis , de l'avis de La Chastre et de quelques autres , on se remit en marche vers l 'avant-garde.

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