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fois en un jour, venait de s'enfler si follement? » Pendant ce débat, rarinée s'étant toute ralliée, ses chefs s'étaient réunis autour du roi. Là , sur les bords du torrent , au bruit de ses flots, en vue du camp ennemi, et sous une pluie continuelle, à quoi les armures d'alors rendaient peu sensible , ou tint conseil. Trivulce et Vitelli poussèrent en avant, et surtout le vieux Francesco Secco ; il montra la route de Parme tout en mouvement; « c'était j) , assurait-il, « une grande déroute ! ([u'on marchât seulement , et le camp italien serait pris , son armée détruite , Parm^e déjà toute branlante tomberait entre nos mains, Novarre et Louis d'Orléans seraient délivrés , Milan soulevée , Sforce en fuite , toute l'Italie soumise! Qu'importait un torrent, seul obstacle à vaincre? Pour tant de bien et de gloire , il ne fallait que poursuivre comme on voyait fuir, lâcher la bride aux chevaux, quelques coups d'éperons, pas même un coup de lance ! »
Plusieurs, et Comines entre autres, l'approuvt^rent, mais menudcment : « Francesco », a-t-il écrit depuis , (( étoit un sage et hardj chevalier ! « il disoit vrai, tout fujoit, les chefs ennemis en (( sont depuis convenus. C'eût été la plus belle et (( grande victoire et la plus profitable ! Mais les u capitaines fiançois furenl d un autre avis. »
Celui de Gié devint contagieux. Soit amourpropre ou conviction , soit qu'il lui convînt de faire partager sa faute, il y persévéra. Les autres capitaines, las dun premier effort, de la fatigue des jours précédens , et que la faim et le poids des aiines depuis le matin , portaient au repos , se rangèrent de son avis. La plupart des jeunes mignons , de Lign j et le roi surtout , à qui peu de gloire suffisait , ennuyés de l'Italie , ' et qui étaient de ces déterminés qui commencent tout sans rien finir, n'aspiraient qu'à revoir la France : satisfaits de s'en être ouvert le chemin , ils n'en demandaient pas davantage. Ils préférèrent tourner le dos à l'ennemi , qu'à ce nouveau but de tous leurs désirs.
On allégua donc, contre l'avis de nos braves chefs italiens , la fatigue des chevaux , les mugissemens , les bonds écumeux du Taro , qui croissait de plus en plus et qui empêchait presque de s'entendre; enfin, l'imprudence d'engager une autre bataille dans le désordre d'un tel passage , entre ce torrent et les retranchemens ennemis, dont on apercevait la crête toute bordée de casques , toute hérissée de lances !
En efTet, dans le camp italien l'attitude changeait. Au milieu du tumulte d'une bataille si désordonnée , des Ursins et Pitigliano , depuis
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Naples nos prisonniers sur parole , et juscpie-là fidèles à l'honneur, s'étaient échappés. L'un, des Ursins, avait été se cacher dans cpielque maison, pour retourner de là , près du pape ; mais Pitigliano, plus guerrier, s'était joint aux défenseurs de son pays , dont cette fois il sauva tout , fors l'honneur. D'abord entraîné dans la déroute générale sur le chemin de Parme, il courut plus de deux grandes heures en criant : Pitigliano ! Pitigliano ! Cri de guerre et de ralliement alors bien connu, nom redoutable ! Ce capitaine avait enfin réussi à se faire reconnaître de ces effarés; il les avait suppliés de s'arrêter, leur disant les Français plus étonnés , plus en désordre cpi'euxmêmes et tout prêts de fuir à leur tour. Et il est vrai qu'à la faveur de l'inconcevable circonspection du maréchal de Gié , et des tergiversations de nos capitaines, lui et Gonzague étaient parvenus à reformer un corps d'observation, et à décorer le camp ennemi d'une apparence redoutable.
Toutefois , contre ce troupeau d'hommes effarouchés, plutôt paixjués que campés dans ce retranchement, qui les défendait plus qu'ils n^eii étaient défenseurs, un simulacre d'attaque eût suffi. Mais leur peur inerte suffit elle-même contre le dégoût de gloire dont nos capitaines se
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trouvèrent saisis. Cependant , Trivulce et FrancescoSecco se dépitaient! l'occasion , cette rapide et puissante divinité des batailles , que leurs yeux italiens reconnaissaient mieux que les nôtres , après l'avoir vue s'ofFrir cette fois si long-temps et si complaisamment à Charles \ III , ils la sentaient peu à peu s'échapper ! elle s'évanouit enfin avec l'un des plus longs jours de l'année 1495.
Depuis six heures du matin , il n'y avait eu que deux heures de marche et de ralliement ; qu'une heure de combat et de poursuite , et l'on n'avait fait qu'une demi-lieue. Tout le reste du jour, onze heures entières , s'étaient donc perdues en poui^parlers avec l'ennemi d'abord , entre soi ensuite. Pour trois heures remplies, il y en avait quinze qu'on était à cheval, et le jour finissait. Cette joui'née à la fois si grande et si vide, était passée ; Charles l'avait rappetissée à sa mesure. Au lieu de l'Italie entière , il en recueillait la possession d'une demi-lieue de terrain ensanglanté ; au lieu d'une grande conquête , une retraite !
La nuit venue, chacun ne songea qu'à aller chercher un abri , Gonzague dans son camp , et Charles dans la métairie de Vergera, à un quart de lieue du torrent. Il resta maître du champ de
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Jjataille , où coucha son armée ; triste honneur ! alors et long-temps depuis très recherché , mais qui ne prouverait guère aujourd'hui qu'une victoire stérile.
Cette journée allait faire époque. La dernière des grandes batailles du moyen âge venait de finir. Lutte de barbares , sans plan , sans art , sans grandes manoeuvres , sans ensemble enfin; réunion de combats partiels, plutôt que bataille ; où l'inspiration de chacun , ou la conscience de sa propre valeur , bien plus que la foi dans l'habileté du chef, force indispensable des armées de nos jours , semblaient suffire.
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