‹ Règne de Charles VIIIChapitre 39 sur 53 · II · texte numérisé non relu

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2gO CHARLES VIII. — FAUT. III, LiV. IX.

sur SOU autre rive, la TiTl)I)i.i , deveuant notre alliée, eût assuré notre repos. Ils méprisèrent cette précaution et s'en repentirent.

C'est un fait réel que ce torrent ainsi dédaigné, sembla susceptible de colère : on l'eût cru jadis du moins; car, tant que dura le jour, calme, limpide et silencieux , son cours n'inspira nulle isHjuIétude. Mais la nuit venue , vers dix heures, il se trouble; ses flots deviennent turbulens, ils grondent, s'enflent, et bientôt bruyans et tumultueux, ils débordent et réveillent nos gens. L'armée, qui se croyait réunie, se voit séparée en deux camps : l'un est sans communication avec l'autre, sans retraite et à la merci de l'armée ennemie : car Caïazzo , ses chevau-légers et ses stradiotes venaient de l'atteindre. Alors, désespérés du péril de leurs compagnons, le roi et ceux des siens qui avaient passé l'obstacle, bordent sa rive gauche; ils sondent le goullie, ils tentent ses gués , qui tous ont disparu. Malgré la fatigue du jour précédent, ils s'épuisèrent pendant cette nuit tout entière en efforts infructueux, maudissant leur incurie , qui tournait contre eux ce phénomène , que , pom' la seconde fois comme au Taro , le ciel semblait avoir envoyé pour assurer leur salut.

Enfin , vers cinq heures du malin , à l'heure

i. FOR^VOUE. 2QI

des attaques, ces eaux s'abaissèrent d'ellesmêmes. Aussitôt, d'une rive à l'autre, on s'empressa de tendre des cordages pour marquer les gués et assurer la marche : car il fallut que ces Suisses , enfoncés dans l'eau jusqu'aux épaules , fendissent de leur poitrine ce courant dangereux et rapide encore.

Heureusement, le fond du torrent étant solide, on put , en noyant les canons et à force de chevaux, leur faire traverser sous les eaux son lit de pierres.

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