‹ Règne de Charles VIIIChapitre 41 sur 53 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Pendant cpie la suite du roi , sa cour guerrière, ses évèques et geus de parlement, et les envoyés étrangers, tels que ceux de Florence , se répandaient dans Asti , le reste de l'armée , les gens-d'armes eux-mêmes , campèrent à ses portes : car on ne les cantonna m.ême pas. Mais au bruit de leur détresse , les vivres affluèrent de toutes parts.

On a remarqué l'admiration dont furent saisis tous ces hommes amaigris et afiamés , à la vue de cette réunion de denrées à tous les marchés si ordinaire. A l'avidité de leurs regards, aux exclamations qui leur échappèrent, et que l'un d'eux nous a transmises , on put juger de l'étendue de leurs privations depuis Sarzanne , et de quelle impression profonde leurs souffrances les 'avaient frappés. Dix-huit jours avaient sufïi pour leur faire perdre l'habitude, et presque le souvenir, du bien-être et de l'abondance.

On dut comprendre aussi de quelle difïicull(''

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ii allait être de retenir sous leurs enseignes , et presqu'en vue de leurs foyers , tous ces hommes d'armes dégoûtés et presque désorganisés. C'était bien une cavalerie permanente, mais un corps d'officiers, de volontaires se pourvoyant de tout; ce qui , malgré l'ensemble qu'avait dû lem^ donner cette longue et lointaine expédition , leur laissait un fond d'indépendance.

Ajoutez que ces jeunes gentilshommes , la plupart fils de famille , et obligés de se remonter , rééquiper et réarmer à leurs frais se trouvaient épuisés d'argent ' ; leur paye annuelle ne suffisant pas à l'entretien de six hommes et de onze chevaux, qui devaient compléter leiu' lance.

Il leur fallait donc du repos et qu'ils allassent se refaire chez eux , sans quoi , avec de tels élémens , une réorganisation n'était guère possible. Mais h peine avait-on mis pied à terre , qu'on apprit non seulement la perte de Naples, la destruction de la flotte , et le revers de Gênes , mais aussi que la grande armée alliée , dont on s'était cru poursuivi depuis huit jours , bien loin de là , avait tourné sur Novarre ; que , réunie au corps milanais de San-Severino, elle devait ètfe de cinquante mille hommes, dont mille hommes

' Voir Comincs , eh. XXTT ^ page 9.02 , v. xiir.

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d'armes allemands et dix mille lansquenets, troupe redoutable; que cette multitude assiégeait et resserrait dans Novarre le duc d'Orléans, et sept mille cinq cents Suisses et Français d'élite ; et qu'enfin cet autre prince inconsidéré commençait à y souffrir de la faim , ne s'étant pas aperçu au milieu de la moisson et d'un pays si fertile , qu'il s'était laissé renfermer dans des ma-

gasins vides.

Ainsi, au lieu de ce retour en France tant désiré, il fallait aller au secours de celui-là même dont la mission avait été de secourir. L'humeur fut d'abord si grande au quartier royal , qu'on osa , dit -on, y parler tout haut d'abandonner ce prince à sa fortune !

La honte retint , et , dans ce pays insidieux , l'appât toujours offert de quelque négociation souterraine. Trivulce en menait une; Comines, assez intrigant lui-même, en conduisait une autre. Dès le 1 5 juillet, jour de son arrivée à Asti , il avait envoyé prévenir le duc d'Orléans, le pressant de venir de sa personne près du roi pour diriger cette négociation, ou pour obtenir un prompt secours. Mais ce prince, soit embari asde sa faute, soit pudeur qui le retînt au milieu de tant de braves gens qu'il avait compromis, soit influence

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(le SOU favori d'Amboise , s'obstina à rester dans Novaire et à y appeler le roi et la France.

11 faut savoir qu'alors la cour de Charles se partageait en plusieurs intrigues , les unes à la paix, et une autre tout opposée, celle du duc d'Orléans, conduite par d'Amboise , archevêque de Rouen, qui venait d'y gagner Briçonnet. Une promesse de dix mille ducats de rentes pour l'un des fils de ce cardinal , avait suffi. Ce parti voulait Milan et la guerre.

Quant au roi , toujouis rassasié de gloire , il ne se souciait point d accroître , par la concpiéte du Milanais, la puissance déjà gênante de son cousin ; il préférait les négociations. On ne retrouvait son entêtement, si remarquable dans un caractère aussi doux et auvssi faible , que dès qu'il s'agissait de Naples. Il est vrai que Ligny s'y était marié à une princesse d'Alta-Mura , et que l'intérêt de ce favori tout puissant contribuait à ramener toujours ce bon petit roi au souvenir de sa conquête. C'est pourquoi, d'Asti même, il envoya à Nice son maîtie-d'hotel Perron de la Blache. Cet oHicier devait y presser r;!rmement d'une flotte chargée de ravitailler d'hommes , de vivres et de munitions les châteaux de cette ville de Naples , où Montpensier était assiégé.

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Cependant, Ligny ne put empêcher qu'en même temps, le crédit de Briçonnet et les opiniâtres sollicitations de l'envoyé florentin, n'obtinssent enfin l'ordre de restituer à sa répulilique Pise et toutes les places et ports de la Toscane. Pietra-Sauta et Sarzanne furent exceptées : Charles les gardait comme clés de ce pays. Son prétexte fut que Gênes les réclamait , et qu'il fallait attendre sa soumission pour juger ce différend.

Ce traité n'était cjne l'accomplissement tardif de mille sermens; et pourtant Charles se le fit payer au prix de cent mille ducats : sur cette rançon, trente mille ducats, reste des sommes déjà stipulées, servirent ii recruter des Suisses, et soixante-dix mille durent être envoyés à Montpensier pour solder l'armée d'occupation de Naples. Florence promit en outre d'y joindre, pendant trois mois, deux cent cinquante lances. Rien, de ce côté, ne fut donc négligé. Mais deux malheurs qui arrivèrent, retardèrent l'exécution de ce traité, qu'ensuite un crime annula.

D'abord, notre flotte sortie de Nice, rencontra la flotte ennemie si supérieure en nombre , qu'elle fut forcée de se réfugier à Livourne , où , tous ses soldats ayant déserté, elle devint inutile. D'autre part , l'envoyé florentin près de Charles, ayant passé étourdiment sur le terri-

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