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toire de Ludovic, celui-ci le fit saisir ainsi que les ordres du roi dont il était porteur. Enfin, quand leur duplicata , qu envoya redemander Florence, fut arrivé, l'audacieuse effronterie de Ligny en annula l'effet. Ce favori osa mander à d'Entragues de désobéir sous un prétexte quelconque , et ses ordres furent mieux exécutés cpie
ceux du roi.
On a voulu colorer le crime de d'Entragues ,
en l'attribuant à l'égarement d'un fol amour pour une Pisane ; mais son infamie fut complète ; sa cupidité trahit tout le monde : il vendit Pise, tout à la fois , à Florence et à Pise elle-même ; et , après avoir reçu de l'argent de toutes mains, il finit par céder, au poids de l'or, la citadelle de cette ville à ses liabitaus. A son exemple et d'après les mêmes ordres, tous les autres forts, et même Pietra-Santa et Sarzanne, furent également vendus par leurs commandans français , soit à Lucques : soit aux Génois et aux Vénitiens, nos ennemis : soit au lieutenant du duc de Milan lui-même. Livourne seule fut loyalement et gratuitement rendue à Florence.
Du reste , la plupart de nos garnisons d'aventuriers gascons , à force de massacrer autour d'elles , avaient appris aux indigènes à les massacrer elles-mêmes. Le peu cjui en revint laissa
le pays bouleversé , révolutionné , la mollesse des moeurs militaires italiennes changée en cupidité féroce et barbare. Les prisonniers, qu'un an plus tôt on se contentait d'abandonner dépouillés seulement de leur armure , furent désormais massacrés, éventrés et fouillés jusques au fond des entrailles pour en retirer l'or qu'ils avaient pris l'habitude d'avaler. Enfin, dans toute la Toscane, le nom français faillit rester en horreur. Mais l'intelligence italienne , déjà si développée , sut distinguer de ces bandes si indignem.ent commandées , cette armée de chevaliers si brillans et si braves. Elle se souvint qu'à leur passage, elle les avait vus généreusement enthousiastes de la noble cause de Pise , et prêts à verser tout leur or comme leur sang, pour la défendi-e.
Il faut le dire pour l'honneur de Charles : à la nouvelle des brigandages de d'Entragues, un noble mouvement d'indignation le fit jaillir hors de la molle douceur de son pâle et faible caractère. L'éruption fut courte, mais vive; il chassa Lignj de sa présence ; il fit enlever de sa chambre le lit de ce favori, dont il ne pouvait pas plus se passer la nuit que le jour ; enfin d'Entragues fut banni du royaume ! mais alors le bon petit roi, épuisé par .cet élan contre nature, et
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rentrant dans le vide de lui-même , ne put s'y soutenir. Ses penchans étaient trop bornés, ses idées trop courtes pour s'étendre et s'appuyer long-temps sur la politique et sur l'intérêt de ses peuples ; il retomba donc dans son cadre habituel , celui de sa camarilla : intérieiu^ de mignons qu'il venait de troubler ! N'en pouvant soutenir le mécontentement , il lui rendit bientôt toute sa douceur en rappelant Ligny, qui fit effrontément rentrer en grâce d'Entragues luimême.
Hàtons-nous de dire que sous le règne suivant, écrasé sous la réprobation de Louis Xll , qui lui refusa tout commandement en Italie , l'indigne favori et sa malheureuse femme moururent de honte et de regrets.
Cependant , à Asti , dix jours venaient de s'écouler, et rien n'avançait. Ce n'était pas qu'à l'exception du parti d'Orléans, tous ne voulussent un accommodement : les Italiens euxmêmes, la guerre n'étant à leurs yeux ([u'un moyen de négociation de plus. Mais la iiertc d'un coté , la politique de l'autre retenaient, et personne ne voulait faire le premier pas. On songea donc à la duchesse de Savoie pour intermédiaire. Alors, sans s'être senti excité par la détresse du duc d'Orléarts ^t par le voisinage de
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l'ennemi, Charles partit le in juillet pour Turin; il espérait y mieux néi^ocier, moins s'enuujer : enfin il se sentait, dans cette ville, plus près de la paix et de la France.
Le malheur voulut que ce jour-là même , en chevauchant à petites journées , et non en poste, l'usage n'en étant encore établi que pour les courriers, il s'arrêtât à Chieri. Là, pendant qu'il soupait, l'un des plus notables du lieu, exalté par la renommée d'un si grand conquérant et par l'honneur de l'avoir logé à son premier passage , vint le complimenter avec sa femme et sa jeune fille. C'étUt cette même Anne Soleri dont le souvenir, depuis plusieurs mois , était gravé dans le cœur de Charles, u Laquelle, en toute « humilité, douceur et bénigne révérence, dit u et proféra par cœur, tenant les meilleurs « gestes du monde , une harangue à la louange « du roi, si sagement que l'on ne pourroit mieux, « sans fléchir, tousser, cracher, n'y varier en (c aucune manière ! » '
Tant de grâces produisirent leur infaillible effet! Dès ce moment, Charles oublia tout le reste; il alla bien enfin le 5o juillet à Turin , mais pour trois jours seulement, car, le 3 août , il était de retour à Chieri ; il y était revenu le 7^
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et jusqu'au 1 1 rien n'avait pu l'en arracher. Le i8, le 26, le 3o août, le 5 même et jusqu'au 8 septembre, on l'y retrouve encore. Il allait, il venait, y séjournant sans cesse, et ne donnant ailleurs qu'une attention vague et distraite.
11 avait pourtant bien fallu cjue du 12 au 17 il s'^occupât de guerre, car d'Araboise et Briçonnet l'avaient emporté. Ces deux prêtres, en écartant Comines des négociations pour la paix, les avaient réunies dans les mains de la duchesse de Savoie , où ils en embrouillèrent si bien tous les fils, qu'il n'y eut bientôt plus un moment à perdre pour sauver le duc d'OrJéefiis par la guerre. La famine le dévorait dans Novarre. On avait bien fait avancer l'armée, d'Asti à Verceil , mais sans paraître avoir songé à son énorme disproportion avec l'ennemi. Enfin, le 1 5 aoiit seulement, on s'avisa d'envoyer en Suisse le bailli de Dijon, pour y lever cinq mille hommes de renfort. Un mois entier avait donc été perdu en vains plaisirs et en lenteurs diplomatiques !
Bientôt après, les amours du roi semblent s'épuiser; le 8 septembre parait leur terme. Alors seulement , au grand nombre des siens fjni requièrent des congés, au plus grand nombre qui part sans les attendre , Charles s'aperçoit de ce dégoût général dont il venait de se distraire. Il
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Yoit que les maladies, suite ordinaire des bivouacs ou de ces éternels campemens; effet des pluies d'automne; résultat enfin de ces vives émotions, de ces grandes variations de fortune qu'amènent surtout les guerres conquérantes , déciment chaque jour son armée. Néanmoins , une grande troupe de Suisses , qu'il passe en revue , traverse son quartier royal pour aller rejoindre INIontpensier ; et quel que soit le besoin qu'il en a pour sauver Novarre, Naples lui tient toujours tant au cœur, qu'il les laisse continuer leur chemin.
Mais les lettres du duc d'Orléans se multiplient; sa détresse augmente, et Charles , moins distrait, commence à s'en préoccuper. Ici, quelques velléités guerrières reparaissent; ses jeux changent et redeviennent militaires. On remarque qu'il se plait à pointer lui-même les fauconneaux qui passent à son quartier, et que, comme tous les rois du monde , il met plus près du but que ses courtisans.
La prise et le pillage par les gens de Milan, d'une petite ville du Piémont, l'indignent. Le 1 1 septembre enfin , il est à Verceil. De là il voit Novarre à toute extrémité ; ses malheureux défenseurs y périssent de faim par centaines , et Louis d'Orléans , cause de leur famine, persiste
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à la partager. Quelques elFoits pour le secoui'ir ont échoué. Un dernier convoi de vivres vient de tomber encore aux mains de l'ennemi ; le jeune Chastillon et sa compagnie d'hommes d'armes l'escortaient : ils sont anéantis.
Ce revers de l'un de ses mignons , les cris de d'AmJjoise , les conseils de Briçonnet , excitent le roi. Le 1 4 septemJjre , au milieu de son camp de Verceil , on le voit à cheval , prêt à marcher à l'ennemi. Cependant la mort de la jeune marquise de Montferrat avait appelé Comines à Casai. Sa mission était de régler la tutelle de cette principauté j mais un envoyé du marquis de Mantoue, général de l'armée ennemie, se trouvait dans cette ville. Comines avait profité de cette rencontre, il négociait; c'est pourquoi, le jour même où Charles va recommencer la guerre, un trompette ennemi se présente, parle, et suspend notre mouvement déjà commencé.
Cela fut heureux, car réellement , et quoique dans leurs bravades les Orléanistes et nos capitaines italiens eussent prétendu le contraire, la position de l'ennemi était bonne, sa résolution ferme , et la disproportion des forces grande , nos Suisses n'étant pas encore arrivés. Ainsi notre camp déjà levé, se rasseoit, et le surlendemain 1 ôseptemljre , on voit , au soin que Charles prend.
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de sa parure et au luxe qu'il étale , qu'il s'attend à quelque solennité.
En effet , grâce à Comines, les généraux alliés, qui se prétendaient plus que Charles, comme représentans de deux rois, d'un pape et d'un empereur, venaient de consentir à faire les premiers pas; ra^ais toujours insidieux, quand Novarre tom^be d'inanition , quand elle n'a plus de lendemain, c'est un armistice de quatre jours qu'ils demandent. Charles irrité leur réplique ; « qu'ils en aillent chercher ailleurs, qu'il t( n'en veut point , et que sur-le-champ, dût-il « lui en coûter son rojnume , il saura s'ouvrir « le chemin de Novarre. »
Sa résolution imposa. Les envoyés italiens consentirent à un ravitaillement limité, et la trêve eut lieu.
Ils avaient refusé à nos parlementaires la vue de leur camp ; nos chevaliers fiers d'eux-mêmes , et s'inquiétant peu de leur petit nombre , ne craignirent pas de leur montrer tout le nôtre î Ce fut le 17 que les conférences commencèrent h Verceil ; Ludovic demandait Novarre comme sa propriété, et Gènes comme fief de la France. Charles biaisa , humilié de recevoir des conditions de ce duc , il proposa de remettre Novarre à Maximilien comme ville d'empire. Ce subter-
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fVige fut rejeté; néanmoins Comines, dePienne, de Gannay et le conseiller Morvilliers pour le latin y n'en continuèrent pas moins les négociations. En cela tous furent d'accord ; les Orléanistes eux-mêmes cherchèrent à les prolonger. Ils attendaient les Suisses.
Mais le 1 8 septembre , le jour même où parurent leurs premières bandes , les grandes pluies d'automine commencèrent. Aussitôt, les nuages de poussière des routes se transforment en une mer de boue profonde et tenace. La Sésia gonflée devient impétueuse, inguéable.Elle coulait entre le camp fiançais et Verceil, où était le quartier rojal. Ainsi, ce camp mal pourvu de tentes, trempé , noyé , se trouve séparé de son roi , de ses renforts , et de toute retraite !
Ici , Charles se montre actif et bien conseillé. Toutes les emb;ircalions, jusqucs h celles du Pô, sont requises ; lui-même sur le bord du torrent, presse le travail, et vingt-quatre heures suffisent, pour qu'un pont de bateaux le réunisse ù son armée.
Mais le 22 , de nouveaux torrens que le ciel épanche sans cesse, rompent , emportent et dispersent au loin ce fragile passage. Pendant qu'on s'efforce de le reconstruire, un conseil a lieu, et le parti delà guerre, vaincu par ces contre-temps,
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par les négociations de Comines, par les cris désespérés du duc d'Orléans et de NoTarre mourante, se décourage, il cède; ce jour-là même l'évacuation successive de Novarre se décide , le duc la commencera , la garnison devra suivre ; trente Français seulement , nourris jouiniellement par Ludovic, garderont la citadelle, et les bourgeois leur ville ; la paix fera le reste.
Le lendemain , Charles VIII et le duc d'Orléans se revirent; un tendre et généreux épanchement l'emporta d'abord; ils soupèrent ensemble ; on ne remarqua pas même un reproche. La nature était épuisée pour long-temps de médians princes. Nos rois n'avaient plus c£u'à jouir d'une autorité chaque jour moins contestée. Dans leurs cours, les intrigues remplaçaient les conspirations; et les vives, les riantes , les brillantes passions du bonheur, succédaient aux sombres défiances, aux inquiètes et noires jalousies, et aux âpres vengeances.
Les jours suivans, on ne songea qu'à rappeler à la vie ce qui restait de Novarre. Ces malheureux s'étaient défiés de leur prince; craignant d'en être abandonnés , ils ne l'avaient laissé sortir le premier qu'après en avoir exigé un otage. C'étaient encore cinq mille cinq cents hommes; plus de deux mille avaient péri de famine, u Le
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« reste étoit si maii^re qu'ils serabloieiit mieux « morts que vifs. II n'en restoit pas six cents (( en état de se défendre : cjuant aux chevaux, ils >< étoient maniées ! et crois que jamais hommes « n'endurèrent plus de faim ! » '
Six lieues seulement séparent Novarre de Verceil ; beaucoup moururent dans ce court trajet , et malgré la pitié de l'ennemi qui les secourut. Comines sauva, dit-il, pour un écu, et avec quelques soupes , cinquante de ces malheureux, lis s'étaient traînés dans un jardin et y périssaient couchés par terre , sans avoir la force de se relever. Plusieurs centaines succombèrent encore dans Verceil; les uns d'épuisement, la plupart de voracité. Après quoi , survinrent de ces maladies qui achèvent les armées dont le moral comme le physique ont trop pâti ; épidémies qui s'attaquent non seulement aux débris des vieux corps échappés aux privations et aux intempéries des bivouacs , aux misères des marches, aux dangers des combats, mais aux recrues fraîches, arrivant de leurs foyers.
Parmi ces victimes, on remarqua le jeune comte de Bourbon-Vcndùnie ; il était accouru de France au bruit d'une bataille : le typhus le saisit et remporta en peu d'heures. La douleur de
' Comiucs.
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sa perte fut universelle : « Hélas! il le valoit » , s'écrioit Lavigne en voyant passer son convoi , « c'étoit l'escarboucle des princes de son temps « en beauté, bonté, humanité, sagesse, douceur, « et bénignité; il faut savoir que le roi en est si « marry que personne ne peut le reconforter. »
Au plus fort de cette détresse, le 26 septembre , jour de l'évacuation du reste de cette malheureuse garnison , Verceil fut inopinément bouleversée par la plus chaude des alertes! En attendant ce dernier détachement, chacun se livrait au repos du milieu du jour, quand soudain, une nouvelle éclate partout à la fois! On annonce « que San-Severino , que le général ennemi lui-même, vient de se saisir des deux derniers canons français sortant de Novarre. Les nôtres les ramenaient; lui, d'après la trêve, devait les escorter , et c'est lui, dit-on , qui s'en empare! »
On a remarqué l'amour-propre que l'armée attachait à son artillerie. Au premier bruit d'un affront si insupportalîle, de toutes les bouches part un cri de rage! Chacun s'élance sur ses armes, se précipite hors de son quartier, et sans ordre court en tumulte à la vengeance. Charles aussi n'a songé ([u'à suivre son premier mouvement; mais son cheval embourbé dans cette foule
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ivre de colère, ne peut avancer. Le duc d'Orléans , encore plus enllammé , n'a pas même attendu sa monture; il court à pied et se jette au travers de cette cohue , sans armure , sans épée et un arc seul à la main ! Ses écuyers s'efforcent pour le joindre; ils lui apportent ses armes, qu'ils lui attachent avec peine , au milieu de la rue et de ce désordre.
Déjà , le pont de Verceil surchargé, encombré par le poids de cette masse toujours grossissante, ployait et semblait prêt à se rompre. Déjà, ceux qui avaient pu dégorger de ce défilé, se ruaient impétueusement sur la route de Novarre, quand on apprit que San-Severino lui-même avait réprimé l'insolence des siens , et fait restituer aux nôtres leurs pièces un moment détournées.
Alors, à l'essoufilcment, à l'exaspération, succéda une gaîté moqueuse de soi-même et des autres ; et, dit Lavigne , « chacun reprenant le (( chemin de Verceil , retourna à sa chacune ! n
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