CHAPITRE XII
Les négociations ne souffrirent pas de cet incident. On vit bientôt le marquis de Mantoue venir au quartier du roi et lui rendre le bâtard de Bourbon , rétabli de ses blessures. On remarqua même , qu'après une splendide réception , le général italien s'en retourna sur un beau cheval de bataille, dont Charles venait de lui faire présent.
Cependant , depuis le 1 8 septembre , les Suisses commençaient à arriver. On se souvient que le roi n'en attendait que cinq mille , mais les Orléanistes avaient écrit secrètement au bailli de Dijon d'en envo yer le plus possible. D'ailleurs , la Péninsule était devenue pour ces pâtres une terre promise. Climat enchanteur , richesses éblouissantes , moeurs voluptueuses , toutes ces saveurs de l'Italie dont ils avaient goûté, les attiraient ; aussi, vingt mille de ces aflamés accouraient , transportés de cupidité , d'espoir de pillage et de luxure !
Et ce n'était pas tout encore , au récit des
leurs , revenus tle Naples , et à l'aspect de ces chaudes et florissantes plaines de la Lombardie , que du haut de leurs glaciers ils contemplaient, femmes, enfans, vieillards, des populations entières, s'étaient présentées. Enfin l'on assure cpie, débordant et se précipitant en foule du sommet de leurs rocs , ils eussent inondé l'Italie , si le Piémont effrayé pour lui-même, n'eût fait garder soigneusement tous les passages. « Vrai est que (( le souvenir de Louis XI y fut pour quelque f( chose ; et y vint beaucoup de capitaines de (( soixante-douze ans passés : mais la principale (( cause estoit avarice et grandes pauvretés. Tout (( ce qu'ils estoient de gens combattans y vinrent, (( et tant de beaux hommes y estoient, que jamais (( ne vis si belle compaignie ! » '
A mesure qu'ils arrivaient , et c£ue renaissaient les forces des affiunés sortis de Novarre, le cœur et la parole enflaient aux Orléanistes. Ils ne parlaient que guerre , ne rêvaient que conquêtes ! 11 ne s'agissait plus de Novarre, c'était Milan qu'ils demandaient! Trivulce, aragonaisaufond du coeur , mais avant tout ennemi de Ludovic , échauffait encore leur espoir. Sa haine s'aUiant à d'autres aversions indigènes , changeait en ex-
' Comines.
citations près de Charles , le ton menaçant des alliés. Il répondait de leur déroule au seul bruit d'une marche agressive.
De son coté , le duc d'Orléans poussait sourdement les Suisses à demander hautement les hostilités promises à leur ardeur. Mais le prince d'Orange , la Trémouille , Comines , Gié , de Pienne et les autres vieux capitaines dégoûtés , ou de la guerre , ou de la manière dont elle était conduite , contrebalançaient ces influences.
Ce dissentiment éclata vers le 1 octobre. Un 4 grand conseil en fut le théâtre; Briçonnet, d'Amboise , Ligny et nos capitaines italiens y demandèrent une bataille. (( Dix mille Suisses venaient d'arriver; on en annonçait dix mille autres! Et quel zèle les transportait! n'entendait-on pas leurs cris de guerre ? C'était avec nos deux corps d'armée enfin réunis, ceux de trente mille hommes d'élite! Pourquoi donc hésiter, quand trois jours suffisaient , l'un pour joindre , l'autre pour vaincre l'ennemi , le troisième pour recueillir les fruits de la victoire, et dominer de Milan l'Italie entière ! n
A ces discours très fondés en raison , les partisans de la paix , et le prince d'Orange surtout, opposèrent «la saison, ses pluies, le défoncement des i-outes, le grand nombre des ennemis , leurs