LE RIRE DE VIVIANE
Légère et jetant aux oiseaux Son rire, tel un fruit acerbe, Elle s'en vient à pieds déchaux Dans la populace de l'herbe.
Son manteau est fait d'un lampas Brodé du rêve des nuits closes ; Elle s'avance, et sur ses pas, Il naît un empire de roses.
A ses côtés, parmi le soir, Tout rôde ou s'exhale ou murmure ; Un parfum se souvient d'avoir Jadis aimé sa chevelure.
Le chœur lascif des faons mutins, Devant elle qui le repousse, Froisse, en jouant, le bleu satin Du clair de lune sur la mousse.
Et Viviane, sans pitié Pour ce qui lâdule ou soupire.
Fleurit les herbes de son pied Et le silence de son rire.
Le joli son de sa gaîté
S'écoule en blanche cascatelle.
Et par son royaume enchanté
Tout demande ; a Pourquoi rit-elle ! »
Rit elle du lourd champignon Qui, près des fraises, ces promises, La salue en franc compagnon Sous son béret de laine bise ?
De l'écureuil du noisetier Qui saute dans un jour de grotte, Tant et si bien que l'arbre entier Semble jouer à la pelote ?
POÈifES CHOISIS 8l
Serait-ce du faisan royal En grand arroi, vêtu de brune, De quelque rossignol fatal Nourri de silence et de lune ?
Elle rit ! Et les farfadets, Les lutins commis à sa garde, Lui font une escorte aux aguets Dont les yeux troubles m.e regardent.
Tremblant pour elle, à chaque bruit, Sous les branches qui s'entrebaisent, Ils suivent fondus dans la nuit, La piste sanglante des fraises.
Mais la fée, en riant, s'élance.
Emule jalousé du vent.
Et son rire semble une danse De vierges au soleil levant.