BALLADE D'EXTRÊME-AUTOMNE
Au fond des forêts consacrées Par la présence du printemps, Le long des sentes mordorées, Près des sources et des étangs, Mon cœur s'écrie et je l'entends Et c'est comme un appel d'alarme :
Ah ! les matins n'ont plus vingt ans.
Le jour est long comme une larme.
L'automne a repris ses soirées, La neige a donné ses bals blancs.
Au sein des foules affairées On vend à cris intermittents Chrysanthèmes couleur d'antans Et la violette de Parme ; Mais les matins n'ont plus vingt ans.
Le jour est long comme une larme.
En vain les œuvres préparées
Et les chefs-d'œuvre miroitants
Tendent leurs voiles bigarrées
Au grand souffle venu des temps,
Ma pensée est lasse et s'étend
Comme un guerrier mort sous son arme ;
Car les matins n'ont plus vingt ans.
Le jour est long comme une larme.