‹ Régulus: tragédie en trois actesChapitre 27 sur 61 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

Moi-même. O Rome, ô ma patrie!

11 y va de la gloire, et l'on pense à ma vie!

Des dieux du Capitole enfans dégénérés ,

Ces dieux vous verront-ils dans leurs temples sacrés

Fléchir devant le sort qui n a pu vous abattre?

Vainqueurs, vous traiterez; vaincus, il faut combattre.

Après tant de maux , quoi ! prompte à les oublier,

Rome à la foi punique oserait Se fier !

Sur VOS vrais intérêts faut-il qu'on vous éclaire ?

Puisqu'elle veut la paix, Carthage craint la guerre. Ecrasés sous le poids de succès imprévus , De semblables vainqueurs sont à moitié vaincus ; Et ce même Amilcar, qui cherche à vous convaincre, Vous combattrait encor s'il espérait vous vaincre. Par des discours trompeurs vous laissant abuser, En subissant la paix, vous croyez l'imposer ! Jugez mieux à quel prix les vainqueu rs vous la vendent. Sur la terre et les flots vos drapeaux vous attendent : Oui, quelques jours encor , la Sicile est à vous ; L'Afrique sans défense est ouverte à vos coups ; L'Espagne se révolte, et Carthage alarmée A pour la contenir divisé son armée.

Ces avis sont certains. Qu'attendez -vous de plus? Ah ! dussiez-vous tenter des efforts superflus , La victoire fût-elle et moins sûre et moins prompte, Romains, c'est en bravant le sort qu'on le surmonte. Oui , pour venger vos maux et présens et passés , N eussiez-vous que du fer, sénateurs, c'est,assez. Le fer seul peut sauver les droits d'un peuple libre.

3o RÉGULUS.

Entre deux nadons maintient-on l'équilibre Par ces trêves d'un jour , inutiles traités Que rompent en espoir ceux qui les ont dictés? Non, songez à Brennus : parjure à sa parole.

Un Gaulois rançonnait les dieux du Capitole; Mais Camille exilé reparut ; tout changea :

La paix eût perdu Rome, et le fer la sauva.

Imitez cet exemple, et d'un esprit plus sage Comparez les appuis de Rome et de Carthage :

\ Tandis que vos guerriers, laboureurs et soldats,

\ S'éJancent tour à tour du travail aux combats ,

Voyez- vous l'Africain , inhabile aux batailles. D'une horde étrangère entourant ses murailles , Payer au poids de l'or, par un trafic honteux , Et sa propre défense et celle de ses dieux ?

Ce peuple sans vertus , ces soldats sans patrie , Sont-ils faits pour dicter des lois à l'Italie? Non, non, vous possédez de plus fermes soutiens. Carthage a des soldats, Rome a des citoyens.

Et l'Afrique dût-elle avec mille cohortes Menacer vos remparts et heurter à vos portes ; Tandis que chaque jour en ses murs envahis Où tout homme est soldat pour sauver son pays, Rome verrait grandir ses forces rajeunies , De Carthage bientôt les hordes affaiblies Périraient sous le poids d'un désastre éternel. On détruit une armée ; un peuple est immortel.

MANLIUS

Rome, sur les débris du Capitole en cendre ,

A demander la paix n'eût pas daigné descendre.

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