ACTE n, SCÈNE VIII. 3i
Mâis^ lorsque le vainqueur vient la lui proposer. Les Romains, dites- vous, doivent....
La refuser.
Si vous méconnaissez la voix de la Prudence , Ah ! du moins entendez celle de la Vengeance. Avez-vous oublié ces jours, ces jours de deuil. Où l'Afrique pour nous fut un vaste cercueil ? Où les Carthaginois , effrayés de leur gloire , Vainqueurs tremblans, doutaient de leur propre victoire; Où la mort moissonnait pour l'immortalité ; Où les Romains, jouets de la fatalité.
Mais du sort jusqu'au bout défiant les injures , Combattaientsans espoir ettombaientsansmurmures? Vains efforts! l'Africain eut les dieux pour appui. L'audace était pour nous, le nombre était pour lui; Nous fûmes accablés. De ce jour de carnage Faut-il que ma douleur vous retrace l'image ? J'ai vu , Sénat, j'ai vu, dans nos rangs saccagés, Par le fer du vainqueur les vaincus égorgés.
De Xantippe soldant la gloire mercenaire , J'ai vu tous nos trésors devenir le salaire D'un Grec vainqueur barbare, et qui dans nos soldats Insultait lâchement aux vertus qu'il n'a pas ! Et d'un péril nouveau le Sénat s'inquiète !
Sénateurs, dans les cieux conquis par leur défaite. Des martyrs de la gloire entendez-vous les cris? Sur leurs tombeaux déserts vos devoirs sont écrits ! De tant de citoyens tous morts pour vous défendre. Par un lâche repos loin d'outrager la cendre ,
33t RÉGtJLUS.
Partez... D'un vain traité sachez prévoir la fin.
On vous Tofifre aujourd'hui pour le rompre demain^
Pour le rompre , aussitôt qu'une armée impuissante
Aura pu ranimer sa force languissante.
D'un usage immortel' pourquoi dôiic s'écarter ?
Quand Rome fait la paix, Rome doit la dicter;
Dictez Ja sur ces murs que j'assiégeais naguère.
Une imprudente paix éternise la guerre.
Vos frères ont péri , leurs mânes insultés
Vous demandent du sang ; il en faut Combattez
AMILCAR
Je l'avoûrai. Sénat , j'étais loin 'de m'atiendre Aux discours violens qu'ici je viens d'entendre. Vainqueurs, mais assez grands pour n'en pas abuser. Nous proposions la paix ; nous saurons l'imposer. . La guerre donc ! Mais quoi! victimes de nos haines, Gémiront-ils encor sous le poids de leurs chaînes Tous ces guerriers captifs qui peuplent les cachots ? Qu'un échange du moins les rende à leurs drapeaux. Au sacrifice affreux qui dans nos murs s'apprête , Ainsi de.Régulus vous dérobez la tête ; Et vous fermez sa tombe en ouvrant sa prison/ Telle est ma dernière offre; y souscrirez-vous ?
Non.
MANLIUS
Quoi!
KÉGULUS.
Non, dis- je. Vengeurs des injures du Tibre, Quand nos aïeux fondaient les d roits d'un peuple libre;