‹ Reims pendant la domination romaine d'après les inscriptions avec une dissertation sur leChapitre 10 sur 51 · OI-BELG-HOC-IN · texte numérisé non relu

OI-BELG-HOC-IN

LOCO-MAIESTA

TE-ETNVMINE

EIVS-SERVATVS

(1) Loco citato.

(2) Lakza , Sagio storico-statiico-medico sopra Vantiqua citlà di Narona — Hei^zen , 6750.

Le terme prœpositiis , employé pour marquer le grade de Tofficier, nous paraît caractériser l'époque de celle inscriplion : elle ne doil pas être des premiers siècles.

Revenons à nos soldats.

Le service militaire était de 10 ans pour la cavalerie, et de 25 ans pour Tinfanlerie , réduits à 20 pour cette dernière par Auguste (1). On y entrait à 17 ans, et on en sortait au moyen de diverses espèces de congés que nous rapporterons sommairement.

On distinguait le congé régulier et le congé irrégulier, missio justa, missio injmta (2). Le premier éloil de deux sortes : 1° Missio honesta, congé que le soldat obtenait après avoir fait son temps. Ceux qui voulaient encore continuer à servir étaient mis au rang des vétérans ou volontaires, jouissaient, h ce litre, de certains privilèges, et notamment n'étaient pas assujettis à tous les travaux habituels du soldat; ils obtenaient comme retraite une récompense proportionnée à leurs états de service. 2^ Missio eausaria^ congé motivé par la maladie, les blessures, etc. Une loi de Valentinien nous apprend que ce dernier congé n'enlevait pas h ceux qui l'obtenaient leurs droits à la récompense de leurs travaux.

Le congé illégal ou irrégulier, missio injuria, était aussi de deux sortes : celui que l'on obtenait par

(i) Tacit. Annal,, I, 78, 3, — D'après Tite-Lîve, XXVII, 2, les chevaliers n'étaient tenus qu*à 10 ans — V. Skrvius m JEtieid., Il,

;âj Macbb, de Re milit,, II. 2; Xm, 2.

faveur, missio gratiosa ; et le renvoi pour crime ou jâchetéy missio ignaminiosa.

Nos deux vétérans étaient honorablement sortis du service ; ils ne pouvaient manquer de nous le dire, suivant une habitude commune à tous ceux de leur profession dont les monuments funéraires nous sont parvenus. Mais ils ne nous apprennent pas à quel âge ils l'avaient quitté. Or une inscription du règne d'Hadrien mentionne un vétéran qui reçut son congé au bout de 26 ans (1) ; une autre^ parle également d'un vétéran qui servit 26 ans, mais sans qu'il y ait mention de congé (2). Etait-ce la limite ordinaire? Nous n'oserions l'assurer sur ces seuls témoignages.

Nos vétérans ne disent pas non plus par quelles circonstances ils habitaient la colonie de Lyon. Leur qualité de vétéran autorise à penser qu'ils y avaient acquis quelque bien à titre de récompense militaire. Dès les derniers temps de la république , les chefs avaient assuré une retraite à leurs soldats en leur donnant des terres d'abord dans l'Italie, puis dans les différenies provinces de l'empire. Tout le monde se rappelle la plainte de Mélibée (3) :

Impius bœc tam culta novalia miles habebit?

Barbarus bas segetes ?

Ces distributions de terres, fréquentes à la suite des guerres civiles, le devinrent davantage encore sous

(1) SciiKFFBR, de Mil. Nav., IV, 1.

(«) S. PiTiscus, ad verbum Mi»sio, <S) ViHGiL., Eclog. I, 71.

rem pire, dont le maîlre pouvait toat avec la milice, et rien qu'avec la milice, surtout avec la milice prétorienne.

Assurément, la retraite par laquelle on récompensait leurs services était pour ceux qui portaient les armes le plus puissant encouragement qu'on pût proposera leur émulation. Ces établissements avaient encore d'autres avantages. Us débarrassaient le centre de Tempire d'une population gênante , si elle demeurait inoccupée , et la rendaient de plus fort utile, on appliquant sa mâle activité à l'agriculture, et particulièrement au défrichement des terres. Enfin, c'était un moyen de domination des plus assurés, que de transporter au loin les lois et les usages de Rome, et de placer de distance en distance, dans les provinces suspectes, ces nojaux de population romaine qui devenaient comme les jalons et les postes avancés de sa puissance.

Nous avons vu dans l'inscription n» 1 qu'un Rémois du nom de M. Quartinius, après avoir servi en qualité de fantassin de la Vil® cohorte prétorienne Antonine, s'était établi dans la Sabine. C*est celui qui, pour raccomplissemcnt d'un vœu, éleva le curieux monument que nous avons décrit aux divinités galloromaines Arduina, Saturne, Jupiter, Mercure et Hercule. Le barbare qui, dans Virgile, récolte les moissons du laboureur italien, n'est-ce pas , h la lettre, notre Rémois Quartinius et tout autre étranger enrichi, comme lui, par Octave, par les Antonins ou par d'autres, aux dépens d'un ancien propriétaire dépossédé? Je n'assurerai pas que le poète manlouan nous eût moins touché , si nous avions su que l'usur-

pâleur^ maudit dans ses vers, fût quelqu'un de nos pères ; mais, à coup sûr, nous n'avons pas pris tellement au sérieux son récit, que les preuves de son exactitude n'aient pour nous quelque chose de surprenant et à la fois de piquant aujourd'hui.

L'établissement de vétérans dans le voisinage de Lyon et de plusieurs autres dans notre pays nous porte naturellement h rechercher sommairement quelles étaient les conditions de cet établissement.

En parlant (1) de la douceur avec laquelle s'imposa le pouvoir du vainqueur après la conquête , nous avons dit que les terres demeurèrent dans les mains de ceux qui en étaient en possession ; à part la Narbonnaise, dont les habitants ne furent pas aussi favorablemenl traités, paraîl-il (2), la Gaule ne nous fera pas entendre des plaintes semblables à celles de Mélibèe. Même à la fin du IV'^ siècle , les aaciens possesseurs n'étaient pas troublés dans leur jouissance, malgré la présence d'un grand nombre d'Italiens et aussi de vétérans de diverses nations. Entre autres lois de ce temps qui favorisent l'agriculture dans 1« s Gaules et qui assurent le sort des habitants de la campagne, nous en trouvons une, adressée en 370 par les empereurs Valentinien, Valens et Gratien à notre Jovin, chef militaire des Gaules , magister militum per Gallias ^ qui invite les vétérans h défricher les terres que leur position inaccessible ou

(1) Inscription n* 5.

(S) Discours de Critognate aux Gaulois assiégés dans Alise. César, De Bello gall,\. VII, 77.

l'abandon des propriétaires rend incultes , et lear en assure la libre jouissance (1).

Les vétérans étaient rarement disséminés. D'ordinaire, ceux d'une même légion allaient peupler les colonies établies dans les endroits que la guerre avait ruinés, et le territoire assigné à la colonie était partagé entre eux. Ainsi Pline nous fait connaître la colonie d'Arles, formée de soldats de la VI^ légion ; celle de Béziers, formée de soldats de la VII« légion ; celle de Fréjus, de soldats de la Ville; celle d'Orange, de soldats de la II* (2).

Au reste ^ les vétérans étaient loin de s'occuper exclusivement de la culture des terres. Une loi des mêmes princes, datée de Vervins, en 366, et adressée à Dagalaïfe, maître de la milice avant Jovin^ quand celui-ci n'était que maître de la cavalerie , ordonne de laisser les vétérans acheter, vendre et faire négoce, sans qu'ils aient à payer pour ce aucuns impôts ou redevances (3).

(1) Cod. Tlieod,, t. II, p. 433. — D. Bouquet, Rec, des histor, de France, t. I. p. 75 i — Bréquigny, Table chronol. des diplômes,,,, t. I, p. 4.

(S) Golonia Arôlate Sextanorum; Ck)lonia Bliterras Septuanorum; Forum Julii Octavanorum Colonia; Colonia Arausio Sccundanoruin. Hist, nat.f lib. III, c. 4.

(3) D. Bouquet, loc. cit., p. 750.

Lie. AETIGC 1 . V etera.leg.pri.a divtrIci5 .piae.fI delis.et.se^vndi X NE . COllVGI .IPSE.S

(Diis Manibvs et Memoriae) || Licmit Aetfoci , v || ete* rant \e%ionis frïmae a [j divtricis, piae, fi || delis et Secvndi || n(a)e co(n)ivgi, ipse s || (ibi posvit).

« Aux dieux Mânes et à la mémoire de Licinius Aeticcius, Téléran de la première légion Adjutrice , pieuse , fidèle , et de Secundine^ son épouse. Elevé par lui de son vivant, i^

Musée de Reims.

Ce monunfîent funéraire a 1 m. 3 cent, de long , 43 cent, dans sa plus grande largeur et 1 m. 10 cent, d'épaisseur. Il est en pierre de TAisne. Les lettres sont de la meilleure époque; elles portent 65 millim. aux lignes 1 , 2 et 6 , et ont moins de hauteur dans les autres. Deux I, dans la quatrième ligne , dépassent la longueur des autres lettres. Dans la sixième , on remarquera la répétition de TI de conivgi^ en remplacement de TN, suivant un usage assez fréquent dans les premiers siècles. Le bas et le haut

de rinscription manquent, mais se devinenl facilement; elle est complète dans sa largeur, sauf deux ou trois lettres de la gauche , dont l'indécision empêche de connaître sûrement le nom du vétéran.

Le nom d'Adjutrix prima donné à la légion désigna suffisamment le corps auquel il avait appartenu. Plusieurs légions furent ainsi appelées, dit Panciroli (1), parce qu'elles avaient été, lors de leur création, destinées a porter secours à d'autres dans le combat ou à les seconder dans quelque opération militaire. On en trouve trois de ce nom dans Gruter , la première, la deuxième et la troisième, et particulièrement la première (aux pages 387 , n«> 8 ; 436 , n» 7 ; 493 , no 1), avec les qualifications pia et fidelis qu'elle tenait de la reconnaissance des empereurs pour ses services. Tacite paraît attribuer sa création h Othon (2). La deuxième du même nom a déjà été mentionnée' plus haut dans les inscriptions n^s 5 et 6 : Hadrien y servit en qualité de tribun, avant que de parvenir à. l'empire (3).

On voit dans la Notice des dignités de l'empire d*Occident qu'elles furent placées toutes les deux sous les ordres du duc de la province Valeria Ripensis, c'est-à-dire du pays situé entre le Danube et la Drave. La même Notice donne l'indication des endroits où elles étaient en quartier (4); Dion (5) indique la

(1) /n Notitiam imp, Occid, Comment., cap. LXXXII.

(2) Hislor., lib. II, 43.

(S) SpAiiTiANUS in Adrianum, 2.

(4) Panciroli , loc. cit.,p. 169.

(5) Hist, row., lib. LV.

Pannonie comme étant , de son temps , la résidence de la seconde.

L'auteur des Recherches sur les origines des églises de Reims y de Soissons et de Châlons (1) prétend tirer de celle inscription , et de celle que nous avons rap* portée sous le n^ 1 , celle induction, que la première légion se recrutait à Reims. On pourrait demander d'abord ce que l'auteur entend par première légion ; car il parait oublier que, sous l'empire, pour désigner ou ènumérer les légions, on ne suivait pas seulement une série de numéros, et que, selon les temps, on joignait au numéro d'ordre une dénomination tirée du nom de celui qui avait créé la légion, du pays dans lequel elle avait pris naissance ou s'était illustrée, de sa destination ou des qualités par lesquelles elle se recommandait. C'est ainsi que, dans une même inscription, on trouve mentionnées à la fois une première légion Minervienne, une première Âdjutrice et une première Parthique (2).

En second lieu, la manière dont l'auteur que nous citons a lu l'inscription n* \ ne nous paraît pas supporter la critique, et l'induction qu'il prétend en tirer tombe d'elle-même. L'inscription dont nous nous sommes occupé en dernier lieu ne la justifie pas davantage; on nesauraitmême s'en servir pour établir que la première légion Adjuirice a stationné dans noire pays. Il n'en est pas ainsi peut-être de l'inscription n"" 6, dans laquelle nous avons vu un tribun de la 2« légion du même nom devenir magis-

(1) Introduction, p. XXIX.

(2) Panciroli, lococit.j p. 23.

Et AT MILITAIRE. 405

Irai rémois : comment , en effel, ce chef militaire aurait-il mérité l'attention des Rémois , s'il n'avait séjourné et vécu parmi eux?

Nous voyons par le récit de Tacite que les légions étaient plus retenues h l'égard des peuples qui avaient fait alliance avec Rome. « Nullas nisi.... legiones fœdcribus Galliarum obslrictas (1). Au reste, nous avons donné (2) les raisons qui nous portent à croire que les Rémois obtinrent la condition la plus, favorable dans leurs rapports avec les vainqueurs de la Gaule , et qu'ils s^y maintinrent pendant tout le temps que dura la domination romaine. Nous pensons notamment qu'après la soumission entière des cantons beiges , leur pays fut de ceux dont la tranquillité dispensa les Romains d'y multiplier les corps de troupes et les stations militaires. Cependant, d'une part, le séjour à Reims de hauts dignitaires de l'empire dut y occasionner fré^ quemment la présence d'un corps de troupes considérable et y amener les chefs des détachements répandus dans le voisinage (3). En outre, telle circon-

(1) Hist., lib. IV, 76.

(js) Inscription n" ô.

(3) La Notice des dignités place dans la Seconde Belgique, entre les Rémois et les Ambiens, un corps de Sarmates; à Reims et h Senlis , un corps de Létes Gentils ; à Noviomagus , un corps de Létes Betaves :

« Preefectus Sarmatarum Gentilium inter Remos et Ambianos provinciœ Belgicas Secundœ ;

» Prœfcctus Lsetorum Gentilium Remos et Silvanectas Belgica? Secundœ ;

» Prsfectus La^torum Batavorum Contraginensium Noviomago Belgicœ Secunda?. »

i06 REIMS PENDANT LA DOMINATION ROMAINE.

stance donnée put faire de Reims le quartier général des armées de l'empire et lui donner une certaine importance militaire.

Ainsi, l'an 35o, Julien, nommé César, fut envoyé en Gaule, au moment où les provinces de l'Est étaient envahies par les Allemands: c'est à Reims qu'il concentra d'abord les légions qui s'étaient retirées jusqu'à la Marne et la Seine ; c'est là qu'il disposa tout pour la grande expédition dans laquelle il refoula l'ennemi au-delà du Rhin et dégagea Strasbourg, Saverne , Coblôntz et C40logne (1)

La prédilection de Julien pour notre ville et le séjour qu'il y fit plusieurs fois , à l'occasion de ses expéditions contre les Allemands, fixèrent-ils à Reims le siège habituel des chers militaires de la Gaule? D. Bouquet (2) croit pouvoir assurer, d'après Ammien Marcellin, que le mailre de la milice des Gaules y avait sa résidence ; et si nous ne trouvons pas Ammien tout-à-fait concluant sur ce point, nous ne pouvons, du moins, oublier que Jovin , dont nous parlerons bientôt, parcourut les hauts grades de l'armée sous Julien, jusqu'à celui de maître de la milice , magister militum , ou magister equitum peditumque , et qu'après être parvenu à cette haute position, il parait avoir fait sa résidence habituelle

Ce sont les seuls corps en station dans notre voisinage, dont elle fasse mention. Dubos a essayé d'expliquer les dénominations qulls portaient.

(1) Ammikn Marcell., XVI, 2.

(2) Rec. des histor. de la France, t. I, p. 750. — ««Ut ex Amm* Marccllino colligimus lib. 25, » dit le savant bénédictin.

à Reims. De plus, quand Jovien , à son avènement , voulut dépouiller Jovin du commandement militaire qui lui était confié^ c'est à Reims que Lucilien, beaupère de l'empereur, vint faire reconnaître Tautorité de cette décision, comme au centre de l'action gouvernementale et au quartier général des armées romaines dans la Gaule. C'est encore à Reims que les lettres de Jovien vinrent trouver Jovin, pour l'engager à reprendre ses fonctions et à lui donner le concours de sa prudence et de son autorité personnelle. Enfin, plusieurs lois relatives au service militaire, à la même époque, surtout pendant le consulat de Lupicinus et de Jovin, en 367, sont datées de Reims.

Pour compléter ce que nous pouvons dire sur l'état militaire de Reims , il nous reste à examiner quelle fut , du côté de la guerre, la puissance des Rémois , avant la conquête ; puis quelle part ils prirent au service militaire , comme sujets de l'empire.

César ne dit rien des forces des Rémois* parce que, suivant la remarque de Lacourt (1), leur canton se rangea dés le commencement à son obéissance, et qu'il n'eut point de part aux premiers troubles excités dans le nord de la Gaule. Mais on en peut juger par conjecture , quand on sait , d'après le témoignage même des députés rémois qui vinrent trouver César, que ceux de Soissons pouvaient mettre 50,000 hommes sur pied , et ceux de Beauvais jusqu'à 100,000. Le pays rémois ne le cédait point à ceux que nous venons de nommer, en étendue comme en population ; sa capitale était irès-peuplée, au dire de Strabon; il

(I) Gaîlo Belgica, ms , f" 91.

comptait plusieurs villes fortifiées, suivant le témoignage des députés rémois que nous avons déjà cités et qui exposèrent a César l'état du pays : « Paratî oppidis recipere ; » et l'on peut juger de la force de ces places par le siège de Bibrax , Tune d'elles. Cette ville était bien fortifiée; elle avait ses portes, ses murailles, ses remparts; Iccius, l'un des principaux de la nation, y commandait; sous ses ordres, elle soutint bravement l'effort des Belges réunis, dont le nombre était tel que leur camp occupait une étendue de plus de deux lieues.

Comme c'est un point controversé que de savoir si, les Rémois appartenaient à la Celtique ou à la Belgique , nous ne pourrions faire valoir en faveur des Rémois la réputation de courage qu'avaient les Belges, sans essayer en même temps de les laver du reproche d'avoir trahi la cause de ces derniers. Ceôînous mènerait trop loin. Mais, que nos pères fussent belges ou nem, nous n'en maintiendrons pas moins pour eux le mérite de la valeur guerrière.

Lucain , près de nous montrer César sortant de la Gaule avec ses légions pour courir à une autre conquête , celle de l'empire , passe en revue les peuples les plus belliqueux de la Gaule : à côté des Lingones armés de glaives colorés , du riverain de la Seine adroit à faire manœuvrer le cheval , et du Soissonnais au corps souple et aux longues armes, il a soin de mentionnerles Rémois , dont le bras est habile à lancer le dard :

Opiinius cxcusso Leuciis Remusque lacerlo (i;. (I) Pharsal., I, 423.

César, du reste, les employa souvent dans ses nampagneis de Gaule , comme auxiliaires, et il se loue beaucoup des services qu'il en reçut.

Suivons-le particulièrement , avec Hirtius, dans la dernière guerre contre les Bellovaques; là, nous verrons avec quelle ardeur la cavalerie rémoise charge l'ennemi, puis se précipite a sa poursuite. Entourés malheureusement par des troupes supérieures en nombre, les Rémois ne parviennent pas à vaincre cet obstacle inattendu, mais ils ne se retirent qu'après avoir perdu leur chef dans l'action. Vertisque était un homme consommé dans le métier des armes, mais, affaibli par les années , il pouvait a peine se soutenir à cheval; cependant, il n'avait pas pensé que son grand âge le dispensât du commandement et n'avait pas permis que Ton combattit sans lui. Ses forces trahirent son courage, et sa perte entraîna la déroute des siens. Conduits par un homme d'un coup d'œil plus sûr, sinon plus exercé, nos compatriotes n'eussent pas essuyé cet échec ; nftiis, en se retirant du combat, ils pouvaient être fiers, et de la brillante valeur qu'ils y avaient déployée, et de la constance du chef qui leur avait donné l'exemple.

Après des traits de ce genre, nous n'aurions pas beaucoup d'efforts à faire pour prouver notre thèse, et nous pourrions, avec quelque apparence de raison, invoquer en l'honneur des Rémois la dévotion singulière pour le dieu de la guerre que certaines inscriptions semblent leur attribuer (1).

(l) Inscriptions n<** 1 et 2.

En constatant la présence d'un certain nombre de Rémois dans les légions romaines, et même de cohortes entières fournies par les Belges et incorporées à ces légions (1), il ne faut pas perdre de vue que c'était le seul parti qui restât, sous l'empire, à ceux qui choisissaient le métier des armes. On enrôlait pour le service de l'empire les hommes vigoureux qui n'avaient pas de ressources assurées ; la profession militaire et mêjne l'usage des armes étaient interdits au reste des citoyens (2).

La qualité de confédérés qu'avaient les Rémois et celle de libres donnée à d'autres peuples assurèrentelles, de ce côté, une condition meilleure à ceux qui les possédaient? Dubos (3) est pour l'alïirraalive. Les passages de Jornandès, de Procope, de Sidoine Apollinaire, d'Aurelius Victor et de Rulilius, qu'il cite à ce propos, démontrent à peu près uniquement l'admission au service de l'empire d'auxiliaires fournis par les nations barbares qui ne lui étaient pas soumises; mais la Notice des dignités, sur laquelle il s'appuie également, fait connaître certains corps de troupes dont les noms se comprendraient diflScilement, si on n'étendait ce fait aux cantons libres ou confédérés de la Gaule. Tels sont les Lêtes Bataves, les Lêtes Lingones, les Lêtes Nerviens et autres. Et ce qui est vrai de l'époque avancée à laquelle appartient le document dont nous venons de parler, ressort assez évidemment, pour

cl) lusciiplion de Sulpicius Calvio cilée plus haut.

(2) Dion., Hist. rom.y lib. LUI. — Hebodian. Hist., lib. II.

(3) Histoire de l'établissement de la monarchie françoise. livre I, chap. 10.

les premiers siècles, des passages où Tacite parle des auxiliaires gaulois et même belges (1). Loin de les confondre avec les troupes de l'empire, il en parle de façon à ne pas laisser croire que ces corps étaient levés et soudoyés par les empereurs, mais demandés aux peuples alliés et fournis par eux pour aider les légions dans les circonstances où leur concours pouvait être utile.

Quoi qu'il en soit, on ne saurait admettre qu'en temps ordinaire, les cités en possession d'un reste d'autonomie eussent conservé intact le droit d'entretenir une milice armée, et qu'elles en usassent autrement que pour le maintien de la police et de la paix intérieure.

Dès les premiers temps , comme on le voit par le discours de Cérialis à ceux de Trêves et de Langres, dansTacite (2), les Romains se chargent entièrement, avec leurs légions, de maintenir la paix dans la Gaule €i de la protéger contre les ennemis du dehors. Les habitants sont affranchis de tout soin à cet égards mais non pas de tout souci, réduits qu'ils sont à placer dans un maître étranger l'espoir de leur propre salut (3). Nous avons rapporté l'exemple de Julien nommé César et accourant à la défense de la Gaule envahie par les Allemands ; nous citerions bien d'autres circonstances où les malheureux habitants de ce pays faillirent succomber, faute d'être secourus à temps.

(1) Histor., lib. IV, c. 17, 20, 26 et 67.

(2) Histor,, lib. IV. cap. 73.

(3) Excerpta de légation. Labbr, de Byzant, hist, scriptor,, 1648, p. 61.

En 440 , sous Valeniinien II el Théodose , Tédil De reddilo jure armorum (1) ». permit, il est vrai, aux citoyens de s'armer comme ils le pourraient pour défendre leurs personnes el leurs biens contre l'ennemi. Mais cette loi , faite dans la prévision d'un péril qui menaçait quelques provinces, fut à peine mise en vigueur et ne profita en rien à la liberté et à la sûreté des sujets de l'empire.

Nous rappellerons en finissant que Reims possédait une fabrique d'armes. <l Sub dispositione viri illus-

tris magistri officiorum Remensis spataria, i» dit

la Notice des dignités de Tempire d'Occident , que l'on sait avoir été rédigée sous Valeniinien III , dans la première moitié du V^ siècle (2).

« En 1791 , une populace ignorante détruisit les bas-reliefs d'une maison voisine de la ci-devant Congrégation , et ces ornements n'étaient autres que des trophées , signes d'une très-ancienne manufacture d'armes de guerre , appelées en latin spatharia , et dont on a retrouvé des vestiges dans l'emplacement du nouveau collège (aujourd'hui rue Herbert). »

L*avocalHavé, à qui nous empruntons ce détail (3), se trompe quant à l'interprétation grammaticale du mot spatharia. Dans le langage de la Notice des dignités, il est inséparable de fabrica.

{\) Leg. nov, Theodos,^ lib. I, tit. 20.

(2) D. Bouquet, Bec, des histor, de la France, t. 1", p. 126. — Vakcirol, in Notit. dignit, Commentar,, cap. 33. — Guthbbius» de Offic. domus aug,, lib. III, c. là.

(3) Journal de Reims (suite aux Affiches, annonces et autV divers), 24 Juin 1796.

Les armes qui se fabriquaient à Reims élaient de grands sabres, larges, tranchants, que Ton maniait à deux mains, en hûn spatha (d'où Tilalien ^/}ada^ Fespagnol espada et le français espée), dont usaient les peuples du Nord, et particulièrement les anciens Gaulois, suivant Diodore (1) etTite-Live (2).

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GRENSCES .

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