II
Sépulture de Jovin. Eglise Jovinienne ou église de Saint-Agricole et Saint- Vitale depuis Saint-Nicaise.
'L'inscription suivante, conservée par Flodoard, ne kiisse aucun doute sur l'endroit choisi par Jovin pour sa sépulture.
Félix militiae svmpsit devola Jovinvs Cingvla, virlvlvm cvlmen provectvs in altvm, Bisqve datvs meritis eqvitvm peditvmqve magister, ExtvHt aeternvm saeclorvm in saecvla nomen ; Sed pietate gravi lanta haec praeconia vicit, Insignesqve trivmphos relligione dicavit , Vt qvem fama dabat rebvs svperaret honorem El vitam factis posset sperare perennem.
Conscivs liic sancto manantis fonte salvtis Sedem vivacem moribvndis ponere membris , Corporis hospitivm Iaet\ s metator adornat, Reddendos vitae salvari providet artvs.
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOVINIENNE. 133^
OmnipotcDS Xristvs, ivdex veuerabilis atqve Terribilis, pie longanimis, spes fida precantvm, Nobilis eximios famviis non impvtat actvs :
Plvs îvsto fidei ac piclalis pracmia vincant.
a Jovin embrassa avec succès le métier des armes : il parvint au comble des honneurs militaires, et élevé deux fois par ^es services à la dignité de maître de la cavalerie et de l'infanterie, il s'est acquis un nom immortel pour les siècles des siècles. Mais sa haute piété mérite encore de plus grands éloges : il a sanctifié par la religion ses triomphes éclatants, il s'est élevé ainsi au-dessus de la gloire que la renommée accordait à ses hauts faits, et il s'est assuré par ses œuvres l'espérance de la vie éternelle. Il choisit ce lieu, où coulent les eaux saintes du salut, pour que ses restes y puisent une vie nouvelle, et c'est avec la joie de l'espérance qu'il embellit l'asile où ils doivent attendre la résurrection des corps. Le Christ tout-puissant, juge adorable et terrible, et cependant bon et miséricordieux, fidèle espoir de ceux qui rimplorent, ne tient pas compte à ses serviteurs de leurs actions d'éclat : mettons donc au premier rang les œuvres de la foi et de la piété, i
Voilà ce qu'on lisait en lettres d'or sur le portail ou à l'entrée de l'église bàlie par les soins de Jovin (1).
Lacourl (2), qui n'est pas de facile composition en
(1) Flodoaru, loc. cit
(2) Jean Lacourt, chanoine de Notre-Dame de Reims, mort en 1730, auteur de notes sur Y Histoire de D. Marlot et de nombreux manuscrits que possède la bibliothèque de Reims, particulièrement surFhistoirede cette ville. M. Louis Paris en a publié un fragment sous le titre de Durocort, ou les Rémois sous les Homains (Reims, 1844, in- 18).
fait de tradition, et qui aime surtout h s'en prendre à Flodoard , ne croit pas que celle inscription soit eontemporaine de Jovin. 11 ne peut admettre que le général se donne ainsi de Tencens, et croit que toute cette rhétorique est du IX^ siècle , qu'elle se ressent du style et du génie d'Hincmar.
Ces raisons ne nous paraissent pas assez fortes pour rejejer une pièce sur la valeur de laquelle Flodoard pouvait être parfaitement renseigné, puisque, selon toute apparence, on voyait encore celle inscrip- ,tion de son temps. On a, du reste, des inscriptions en Tcrs de la même époque ; leur style ne diffère guère de celle-ci que par une plus^ grande sécheresse. La richesse exubérante qui la rend suspecte accuse peutêtre une main ecclésiastique : aussi bien n'avonsnous pas la prétention de l'attribuer au pieux soldat dont elle célèbre la munificence et les vertus. Si celte inscription avail été l'œuvre d'Hincmar, il est probable que Flodoard l'aurait su, lui qui a recueilli avec tant de soin et, pour ainsi dire, entassé dans son ouvrage tout ce qu'il a pu trouver de ce prélat, et qui vivait à une époque encore pleine de son souvenir.
Lacourl ajoute, il est vrai, que, si Jovin avait fait placer lui-même cette inscription , il eût parlé de son consulat. Mais comment supposer^ dirons-nous a notre tour, qu'Hincmar n'eût dit mot de ce nouveau litre de Jovin, lui si curieux de tout ce qui pouvait contribuer h la gloire de Reims?
Nous n'avons pas besoin de prouver que les vers, qui ont pris ici la place du style lapidaire, appartiennent aussi bien , comme forme épigraphique , à
INSCRIPTION DE L'ÉGLISE JOVINIENNE. iSb
l'époque de Jovîn qu'à celle d'Ilincmar. Sans descendre à Forlunat et à saint Martin de Prague, qui ont écrit des légendes murales, plusieurs, notamment, destinées, comme la nôtre, à décorer la porte d'une église, saint Remy lui-même, au Y» siècle, nous a laissé un exemple du genre pour un calice (1), et saint Damase a plusieurs pièces semblables écrites pour des monuments exécutés sous ses yeux (2). Ce pape était contemporain de Jovin.
Si donc une inscription de Trêves, que M. Edm. Le Blant croit être du V^ siècle, reproduit une .des idées principales de la nôtre (vers dixième et onzième), et même à peu près dans les mêmes termes, tout porte à croire que l'imitation est du côté de l'inscription de Trêves, d'autant plus qu'elle a été composée pour une restauration du temple auquel elle appartenait (3).
Au reste, comme l'a remarqué M. Edm. Le Blant, les deux présents adomaty providet, du onzième et dudouzième vers, font assez connaître que l'inscription fut exécutée du vivant de Jovin : saint Damase ne s'exprime pas autrement dans les inscriptions dont
(1) Flodoard. HistrRem. Eccl,, lib. 1, c. 10.
(s) Elle se lisait dans roratorium de saint Euchaire , auprès de qai saint Cyrille se préparait une sépulture. La voici : Qvam bene concordes divina potentia jvngit , Membra sacerdotvm qvae ornât locvs iste duorvm Evcharivm loqvitvr Valerivmqve simvl ; Sedem yictvris gavdens componere membris , Fratribvs hoc sanctis ponens al tare Cyrillvs Corporis hospitivm sanctvs metator adornat.
(Edm. Le Blant, op, cit., n. 242.)
nous avons parlé ; saint Théodulfe , qui écrira plus lard dans le même genre et dans des circonstances analogues, parlera également au présent (1).
Nous ferons encore, avec M. Le Blant, que nous nous plaisons à citer ici, quelques remarques sur la contexlure de noire inscription.
Les mois hospitium et metaior , qui semblent appartenir à l'esprit purement chrétien , se retrouvent cependant dans le lang^ige des païens. Ainsi, le premier mot figure avec le même sens dans des monuments funèbres qui n'ont rien de chrétien (2); le second désigne, dans Végèce (8), l'officier chargé de préparer les campements : « Melatores, qui praecedentes, locum eligunl caslris. » L'association seule des mêmes mois a quelque chose de neuf, mais sans caractère propre à la religion.
Enfin, il y a un vers faux, le qualorzième. Faut-il en donner le tort aux copistes? Nous ne savons.
Une fois admise l'authenticité de notre inscription,, il sera facile d'en déterminer à peu près la date. Elle mentionne les deux fois que Jovin fut élevé à la dignité de maître de la milice, sans parler de son consulat; conséquemment elle doit se placer entre les années 363 et 367 de Jésus-Chrisl, dont la première est la date du rétablissement de Jovin dans le .commandement supérieur qui lui avait été un instant
(1) SlBMOND, 0pp., t. II, p. 779.
(2) Orulli^ n. 4532 et 48i7.
(3) Lib.11,7. —Cf. Optât. Milevit. lit; Pancirol., JSfotit. Dignité imp, Orient.y c. 47 et G6 ; Guther , de O/pc. dont. Aug,, II. 15.
Ole et la seconde celle de son consulat. Ainsi, nous semble-t-il, sera tîxé également le temps où fut terminée l'église de Saint-Agricole,
Adrien de Valois (1) insinue, il est vrai, que le consulat de Jovin esl implicitement relaté dans ces mo(s de l'inscription :
. . Virtvtvm cviraen provecivs in altvm , Extvlit aeteruvm saeclorvm in saecvia nomen.
Ils signifieraient, uelon lui, que « Jovin fut élevé à la plus haute dignité de l'Etat, c'est-à-dire au consulat, et que, porté, en raison de cette dignité, sur les tablettes historiques de l'empire, son nom passera d'âge en âge jusqu'à la postérité la plus reculée. »
Cette explication alambiquée, et que justifierait à peine l'esprit du temps où vivait Jovin, ne trouve aucun appui dans la contexture de notre inscription. Malgré l'autorité de l'illustre érudit, il est clair pour nous que ces expressions plus ou moins poétiques sont tout uniment des formules élogieuses motivées par l'admiration de l'auteur de l'inscription pour son héros.
Nous devons dire encore que la date donnée plus haut n'est pas celle que Marlot assigne à la construction de l'église. « J'estime, dit-il, que Jovin fit bastir l'église de Saint-Agricole vers l'année 330, puisque, dix
(I) Ad Ammian. lifarcellin.. Jib. XXVHI, cap. 3; édit. deLeyde, t693.
1â8 REIMS PENDANT LA DOMINATION ROMAINE.
ans après, le vénérable Aper, cinquiesme archevesque de Reims, y fut inhumé (1). i^ Le testament de saint Remy nous apprend, en effet, que les cinq prédécesseurs immédiats de saint Nicaise furent inhumés dans l'église Jovinienne ; Aper, qui mourut vers 350 , est l'un des cinq évéques ainsi désignés, sans que le testament le nomme cependant, non plus que les autres, de sorte que Marlot lui-même, ne trouvant rien de certain sur la mort et la sépulture de ce prélat, pas plus que sur sa vie, dit, quelques pages plus loin, et cette fois d'une manière beaucoup moins affirmative, que « Aper semble esire Tundes cinq confesseurs qui furent inhumés en l'église Saint-Agricole. » Cette différence dans le langage du savant bénédictin montre, sinon que nous avons raison , du moins que nous pouvons n'avoir pas tort.
Du resie , si l'église élevée par Jovin devint la sépulture des évêques dont nous venons de parler , la qualité de cimetière que lui donne Flodoard nous autorise à penser qu'anlérieurement a ces évêques, le lieu choisi par la piété de Jovin était déjà vénérable par la sépulture de plusieurs confesseurs de la foi ; de même que , à Rome , les basiliques les plus anciennes , celles élevées par Constantin notamment, eurent pour fondements les cryptes où les premiers chrétiens avaient abrité leur vie contre la persécution , et où leurs frères avaient recelé leurs corps
(l) Lacourt adopte à peu près les calculs Je Marlot pour Tépoque de la fondation de l'église, et relève, à ce propos, les expressions de Flodoard. Celui-ci dit que légUse était bâtie depuis longtemps quand saint Nicaise y fut enterré, tandis que l'intervalle ne devait être que d'une soixantaine d'années.
î^près leur mort. Il esl donc permis de croire qn'Aper a élé inhumé en ce lieu avant la construction de l'église Jovinienne , avant son achèvement du moins, achèvement que suppose l'inscription dont nous nous occupons.
Ceci semble trancher négativement la question de savoir si l'église Jovinienne était ou non un oratoire privé , attaché à la maison du fondateur ou même compris dans cette maison. A Rome, les tituli privés de Gaudentius , de Pudens, d'Aquila et de Priscilla , comme le remarque M. Le B'ant, se confondaient avec ceux des basiliques de Sainte-Cécile, de Sainte- Pudentienne et de Sainl-Prisque. Mais, si l'emploi simultané des deux dénominations pour la basilique rémoise permet de l'assimiler , è certains égards , à celles que nous venons de nommer , la comparaison ne peut être absolue , les circonstances n'étant pas les mêmes dans les deux cas ; et comme Jovin parait avoir seulement remplacé un modeste sanctuaire par un temple plus vaste et plus riche , on ne peut dire qu'il en ait été le premier fondateur, que l'oratoire privé soit devenu un édifice public , et qu'ainsi se soient confondus les titres de basilique Jovinienne et d'église de Saint-Agricole et de Saint- Vital (1).
(1) Nous trouvons la même opinion dans un manuscrit de la fin du XV« siècle appartenant à la bibliothèque de Reims, petit in-folio de 56 feuillets, qui a pour titre : Le premier Cahier des antiquitez de Reims. L'auteur inconnu de ce fragment soutient de plus que la basilique Jovinienne a remplacé Téglise de Saint-Pierre bâtie par saint Sixte.
K De l'ancienneté du temple des martyrs saincts Vilalet Agricole. » . . . . Sur quoi il faut réduire en mémoire comme nostre premier
Quoi qu'il en soil , le litre le plus usité fut longtemps le premier. C'est celui qu'emploie le testament de saint Remy : « Eeclesia Joviniana tituli Sancti Agricolae , ubi ipse vir chrislianissimus Jovinus et
sanctus marlyrNicasius requiescunt (1); » et on le
trouve jusque dans le X^ siècle, sous Philippe I^r.
Le document que nous venons de citer démontre que Jovin avait sa sépulture dans l'église même^ et l'inscription s'exprime aussi nettement à cet égard. C'est
évcsque saiucl Xystc, bastissaut diverses églises pour la commodité de ses nouveaux chrestiens, entre autres bastit une hors de la ville, laquelle il dédiaà Dieu soubz la mémoire de son bon maistre sainct Pierre , et près d'icelle fut assis et prins le cimetier pour ensépulturer ceux qui viendroient à mourir, selon la coustume qui pour le temps estoit alors observée , que de mettre en terre les corps hors de la ville. Comme noz anciens hystoriens maintiennent qu'elle fut bastie d'un chrestien nommé Jovinus, chef de Tarmée romaine, dévotieux à Dieu au possible , lequel vivoit du temps du grand Constantin ; ce qui n'est loing de la vérité : mais je ne leur peu accorder qu'il ayt esté le premier bastisseur. Bien est vray qu'il suffira de voire , que seullement il l'a remis en meilleur estât pour son bastiment, Tayant dédié pour sa dévotion au vray Dieu soubz la mémoire des saincts martyrs Vital et Agricole, qui moururent en la persécution de Dioclétien : car auparavant le corps de celui Evre (Aper) a esté là ensépulturé, mais aussi quatre autres après luy ses successeurs, appelles Maternian, Donatian, Vivant et Sévère, assez longtemps avant que celuy Jovinus commença à le rebastir. Ce que j'ay bien voulu icy discourir en passant, pour oster l'erreur de ceulx qui voient et maintiennent par un faulx donné à entendre des hystoriens anciens que celle petite église proche celle icy, que coomiunément on nomme l'église de Sainct-Xyste » est celle qui premièrement fut bastie pour la commodité des premiers chrestiens par ce bon évesque sainct Xyste, incontinent qu'il eut prins la charge du gouvernement du peuple de Rheims. »
(1) Flodoard., Uisi, Rem, Eccl.y lib. I, cap. t8.
donc à tort que M. Fleury a écrit dans la Chronique de Champagne (1) que son tombeau était dans le cimetière placé le long de la voie Césarée , au voisinage du temple ; induit en erreur par le nom de cimetière donné à l'église, Fauteur de Tarlicle que nous rappelons n'avait qu'à se reporter à Flodoard pour comprendre le sens de cette dénomination. Le chroniqueur du IX® siècle dit encore , dans un autre endroit , que saint Nicaise fut enterré a in cœroeterio Sancti Âgricolse, templo quondam a Jovino fundato magnificeque decorato (2) j : dans le cimetière de Saint- Agricoky c'est-à-dire dans l'église fondée et magnifiquement ornée par Jovin.
Nous avons dit plus haut quelle était l'origine de ce nom de cimetière. Le bourg Saint-Remy possédait plusieurs églises ainsi dénommées et qui s'étaient élevées sur les cryptes où la foi chrétienne naissante s'était longtemps abritée. Le caveau de Saint-Martin, dontLévesque de Pouilly nous a laissé la description, et dont l'origine chrétienne nous a été révélée en même temps par M. Ravenez (3) et par le savant et modeste auteur des Inscriptions chrétiennes de la
(1) Tome IV, page i. — M. Jacob Koib, dans sa Description historique de Rheims, p 61, dit la même chose.
(2) Hist., lib I, cap. 6. — M. Amédée Thierry, dans l'ouvrage intitulé: Charlemagne et les Huns (Revue des Deux-Mondes , année 18r)6, 1. 1*", p. 782), a parlé en termes inexacts du martyre de sainte Eutropie, sœur de saint Nicaise. • Reims, dit-il. montrait les cadavres décollés de Nicaise et d'Eutropie » Or, aucun historien n'a écrit que sainte Eutropie ait été décapitée. Flodoard dit que les ennemis furieux regorgèrent.
(3) Recherches sur les origines des églises de Reims, de Soissons, de Chdlons, etc.
Gaule y cette crypte, disons-nous^ fait connaître ce que devait être originairement le lieu où s'éleva réglise de Saint-Agricole. Nous avons donc appris sans étonnement que les fouilles occasionnées par la destruction de Saint-Nicaise avaient mis au jour, de ISIA à 1817, des chambres sépulcrales du même genre. Le regrettable Povillon-Piérard , qui a été l'unique témoin de ces fouilles , en a consigné les résultats dans ses notes manuscrites (1). Le zélé archéologue n'avait malheureusement , pour l'aider dans ses recherchés, que la complaisance plus ou moins grande de M. l'exploitaleur (2), comme il rappelle, et celle de ses ouvriers. L'insouciance des administrations et celle des habitants, qu'expliquent assez les préoccupations d'une pareille époque , ne devaient pas porter bonheur au monument le plus repectable peut-être que notre sol ait jamais recelé; et, si la crypte chrétienne de Saint-Martin disparut dans les mains dédaigneuses et légères du XVIIIe siècle, après qu'on l'eut décrite et gravée (3), celles de
(1) Monuments religieux de la tille de Reims, 2"" partie; Ilistoire abrégée du célèbre monastère de Saint-Nicaise (Manuscrits de la bibliothcqac de Reims).
(2) M. CorauxBoulanger.
(3) M. Lacatte-Joltrois, dans son manuscrit intitulé: Mémoires histor. sur la ville de Reims, topographie, dit que le caveau subsista, avec Téglise Saint-Martin, jusqu'en 1793, ctque sa démolition n eut lieu qu'après le refus de Tautoritc municipale d'en faire Facquisition. Ce monument vénérable aurait donc vécu plus longtemps que nous ne le pensions Toutefois, nous devons dire que M. Lacatte seul en parle dans ces termes; il a pu confondre la crypte de Saint-Martin avec celles de Saint-Nicaise, dont il ne parle pas, et dont Tacquisitiou fut proposée à l'administration, suivant Tovillon-Piérard.
l'église Saint-Agricole n'eurent pas même l'honneur d'occuper le crayon des artistes ni la plume des savants; le peu de renseignements que nous en avons est enfoui dans les manuscrits du naïf archéologue, qui croyait y voir les restes et même différentes pièces du palais de Jovin, sans réfléchir que ce général avait dû faire construire l'église, non pas sur l'emplacement de son palais, mais à proximité. Il n'imaginait pas que les fragments de mosaïque qu'il avait trouvés pouvaient avoir appartenu à des chambres sépulcrales : et cependant les peintures dont l'une de ces chambres était revêtue, et dont il nous a conservé le dessin (1), expliquaient suffisamment leur présence; il pouvait encore les regarder comme provenant de l'ancienne église, quand, au-dessus de ces débris et de ces chambres ou caveaux , se rencontraient des fragments de sculpture d'une époque intermédiaire.
La chambre la mieux conservée, visitée en Juillet 1817, était recouverte par trois grandes dalles de pierre formant plafond. Cette fermeture n'était pas primitive et doit être reportée à l'une des reconslructions de l'église ; car une des pierres, provenant apparemment d'une sépulture, ou peut-être de l'intérieur même de la chambre, dans laquelle se retrouvait une couleur analogue, était encadrée d'un cordon peint en rouge et portait, également en rouge, une inscription que nous reproduisons {fig. 6,), sans espérer qu'on puisse tirer quelque parti d'une esquisse
(t) Monuments religieux de la ville de Reims, deuxième partie, page 312 ; Histoire abrégée du célèbre monastère de Saint-Nicaise, page 173.
dans Texaclilude de laquelle nous n'avons pas une entière confiance.
A défaut de témoignages écrits, ces débris, malheureusement perdus , nous auraient peut-être appris quelque chose sur les sépultures que renfermait la basilique Jovinienne. Le silence de nos historiens démontre assez Toubli dans lequel elles étaient tombées; les moines eux-mêmes avaient cessé d'honorer la place qu'elles occupaient, à part le lieu où avaient été déposés les corps de saint Nicaise et de sainte Eutropie (1 ).
1) Il est douteux que le cénotaphe de marbre blanc placé en cet endroit ait renfermé les restes de saint Nicaise et de sainte Eutropie. Il semble, du moins, que la tradition qui se rattache à ce moDumcnt soit contredite par le témoignage de Flodoard (livre I, chap. 7) et par rinscription suivante, qui se lisait au bas du cénotaphe :
« Cy est le lieu et la place où que Monsieur saint Nicaise , jadis » archcvesquede Reims, et Madame sainte Eutropie. sa sœur, furent » inhumés en terre , après que furent martyrs pour la foy chres- » tienue. » ^Marlot français, t. I, p. 003.)
Aurait-on voulu faire honneur aux saints martyrs, en exhumant leurs restes et en les déposant dans ce tombeau antique , dont la sculpture rappelle les premiers siècles du christianisme? Les annales de l'abbaye n'ont pas conservé la date de cette translation. D'après Marlot (page 605), ce serait seulement au VU* siècle que le tombeau aurait été ouvert; et après une translation solennelle t l'église Jovinienne n'aurait plus conservé qu'une partie du corps de saint Nicaise. D'autres (il^manacA d» Reimt, 1772 , art.de l'abbé Billet, p. 75) veulent que le corps de saint Nicaise ait été enlevé en grande partie à une époque qu'on ne pouvait préciser, peut être celle où l'église fut abandonnée, qu'on retrouva à Tournay ces restes précieux, et que Gervais les fît réintégrer dans l'église relevée par ses soins. Encore aurait-elle, suivant Flodoard, sous l'archevêque Foulque, cédé ces reliques, avec le corps de sainteEutropie, à l'églisedeNotre-Dame.
Ainsi, selon toute apparence, le monument connu sous le nom de tombeau de saint Nicaise n'avait qu'un caractère commémoratif. Il en était de lui comme du monument élevé à sainte Eutropie, dans
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOVINIENNE. 145
Il y a apparence , enfin , qu'elles avaient lout-à-faît disparu , de même que l'inscription du portail , aU milieu des vicissitudes que subit rédifice.
Nous avons mentionné déjà une ancienne chronique de Tabbaye, où Ton a puisé différents faits relatifs à Jovin. Adéfautderorigiaal qui esl perdu, Marlot en a laissé un extrait en français, à la suite d'un Coutumier de l'abbaye conservé aujourd'hui dans la bibliothèque de Reims (1). Ony voîtque l'église etle domaine qui lui appartenait devinrent la proie de laïques puissants, mais peu soucieux de la gloire de Dieu, et que les saints mystères avaient cessé, depuis de longues années, d'y être célébrés, si ce n'est d'aventure, par quelque' prêtre de passage, lorsque l'archevêciue Gervais, ému' de pitié à la vue des combles effondrés, des murs et du portail tombant en ruines, ne put s'empêcher de pleurer la négligence de ceux qui avaient laissé dépérir un si somptueux bâtiment. Il racheta donc du comte de Champagne Thibault I^^ qui le détenait, le domaine de l'église , pour le rendre à sa première destination, et entreprit, en 1056, la reconstruction de l'église. Plus tard , celle-ci prit le nopi de Saintliiôaise; plus tard encore, en 1229, elle fut re-
la même église, en 1690, par un ancien religieux nommé Le Fondeur, lequel était de pierre 'et couvert de bois , au rapport de Dom Lespagnol (Manuscrit de la bibliothèque de Reims),
On voit combien les traditions qui paraissent le mieux établies ont souvent de peine à se soutenir, quand on les met en regard des témoignages véritablement historiques.
(I) Manuscrite pj-|. Ce fragment a pour titre : J^ Principe, ritabUssérMnt et tuitet de la célèbre abbaye de Saint-Nieaise de Bêims,
construite telle que nos pères l'ont vue , et détroile, enfin, de fond en comble sous nos yeux«
Mai et description du monument connu sous le nom
de tombeau de Jovtn,
Ce moDuraent esl un grand coffre (i) de marbre blanc, d'un seul bloc, portant 2 mètres 84 centimetrès de longueur sur 1 mètre 40 centimètres de largeur (2), et 1 mètre 50 centimètres de hauteur.
Le marbre n'est pas de premier choix comme teinte : sa masse présente , en outre, des inégalités de grain , surtout prononcées sur les faces latérales; et une longue paille ou fente , qui part de sa base et s'étend jusqu'à près des deux tiers de la hauteur, semble menacer de séparer, quelque jour, la face principale en deux parties.
Ce côté seul est sculpté en plein relief, tandis que les deux autres présentent une simple ébauche où la main de l'artiste, peut-être même celle d'un ouvrier moins habile, a dessiné à grands traits quelques figures sans saillie , ainsi qu'on le fait pour des parties •de moindre importance.
(1) Les Italiens nomment ce genre de monuments area iepolerale. (3) n est engagé de 30 centimètres environ dans la baie dont il ^occupe Anjou rd'hui Touverture.
INSCRIPTION DE l'ÉGUSE JOVINIENNE. 147
Mais, malgré cette différence dans le travail, il. est facile de voir que le sujet est unique et qu'il se continue sans interruption sur les Taces latérales.
On compte dans l'ensemble du monument quatorze personnes d'âge, de sexe et de condition divers, dont le costume diffère aussi, sauf le manteau (abolla ou ^agfwm, suivant Tampleur et la nature de l'étoffe), que la plupart portent agrafé sur l'épaule droite au moyen d'une broche (fibula).
Le personnage le plus apparent est le premier en avant, à gauche de la face antérieure ; il a les cheveux courts et la face imberbe {lonsus)^ et porte le costume des chefs militaires d'un grade élevé , tel qu'on le voit généralement dans les monuments du Ile siècle, savoir : le caleçon ( femoralia ) couvrant les cuisses au-dessus du mollet ; la tunique étroite , courte et sans manches (colobium) ; la cuirasse ou corselet, suivant, ou mieux, figurant les formes du corps sans le comprimer , composée d'écaillés qui imitent les plumes d'un oiseau {lorica plumata), ornée vers le bas d'un double rang de lambrequins longs à panaches ou enroulements^ et aux épaulières d'un rang de lambrequins également roulés ; le manteau court, agrafé sur l'épaule droite , relevé sur la gauche; enfin, aux pieds, les brodequins à orteils découverts (campagm) , ornés de mufles et de rinceaux en relief. Sa main droite, dont les doigts sont brisés , tenait probablement un épieu (venabulum) ; la gauche est cassée au poignet.
Ce personnage parait donner un ordre auquel ré. pondent : 1» le jeune homme placé à sa gauche en
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arrière, à la figure imberbe, à la chevelure abondante {comatiis), coiffé d'un élégant bonnet phrygien, t|ui tient par la bride le cheval prêt à recevoir son maître ; 2° un autre jeune homme à pieds et jambes nus, à tête échevelée (crinis spar^ Sius), vêtu d'un manteau et d'une tunique courte à, manches, nouée à la hauteur des reins, qui s'avance derrière le cheval et remplit avec lui la face gauche, présentant à son maître un casque a mentonnières {bucculœ), et tenant de l'autre main une pique {hasta)^ dont la hampe est appuyée sur son épaule ; 3^ un enfant entièrement nu , sauf le manteau qui couvre ses épaules, soutenant un casque à la grecque, formant masque pour la figure, avec une tête de bélier sur le côté, et dont le cimier est brisé. L'enfant sembla également offrir ce casque au personnage placé près de lui ; nous remarquerons, toutefois, que celte coiffure parait trop petite pour ce dernier, mais aussi trop grande pour l'enfant.
A l'arrière-plan est un homme â cheveux courts, à barbe épaisse et bouclée (cincinnu^), vêtu comme les autres, autant qu'on en. peut juger par 1er peu qu'il montre de son corps. 11 paraît s'entretenir avec le jeune homme au bonnet phrygiea.
En avançant vers la droite , nous trouvons um jeune femme au regard fier, à l'attitude hvme et tranquille, bien que son attention soit tout entière à la scène émouvante qui se passe sous ses yeux et qu'elle soit prête à y prendre une part active. Sa tête est couverte d'un casque à cimier, portant deux ou trois crêtes {iriphaleia), dont Tune est briisée : un^
abondante chevelure s'en échappe (1) et laisse tomber une boucle [antia) jusque sur son épaule droite^ qui est nue comme le bras, comme le sein du même côté {expapillata) y grâce à la forme de sa tunique, qui est ouverte d'un côté {exomis)y de façon à laisser plus de liberté à ses mouvements, tandis que, de l'autre, elle est maintenue par une broche eï formée un nœud à plis abondants. Ce vêtement est serré à la fois aux reins et au-dessous du sein {succincia). Nous retrouvons ensuite les chausses collantes du principal personnage que nous avons vu précédemment. Quant à la chaussure, elle tient à la fois du campagus et de la crepida ; la partie inférieure a la forme d'un chausson découvert dont les bords, percés d'œillels (ansœ), sont tendus par une courroie {pbstragulum). Le haut est disposé h peu près comme nous l'avons vu dans le personnage que nous venons de rappeler. La main droite de notre amazone tient un épieu; un vaste bouclier ovale (clypeus) est passé à son bras gauche^ et sa main, du même côté, s'appuie sur la garde de son épée (parazonium) .
A leurs pieds , par-derrière , sont deux animaux tués, dont un sanglier et un cerf à bois aplati, qui paraît être un intermédiaire entre le genre cerf proprement dit et le renne. On sait que les animaux de ce dernier genre abondaient dans les Pyrénées à l'époque à laquelle nous attribuons notre monument; la différence du climat devait lui donner des allures plus vives que celles qu'on connaît au renne des
<t) La ctieveittfe devait avoir plus de saitlie; elle parait stvoir été brisée et retouctiée avec peu de soin.
contrées seplenlrionales, el le rendre propre à la chasse à l'égal du cerf commun.
Plus loin, à peu près au centre, un personnage à cheval, imberbe, à cheveux courts, vêtu d'une tunique à manches longues ( tunica manicata ) , serrée aux reins, et du manteau, les jambes couvertes déchausses collantes , tient de la main gauche les rênes de son cheval , et s'apprête de la droite à percer le lion qui s'avance à sa rencontre. Le pied droit est brisé et Ton ne voit pas de quelle forme était la chaussure. Le trait qui va atteindre le lion ne dépassait pas, dans sa longueur, la main gauche du chasseur, car on voit, à la hauteur de sa poitrine, le commencement du fer. Quant au lion , il a déjà la poitrine transpercée par une arme semblable , dont le fer sort au-dessus de son épaule, et dont la hampe brisée se voit en avant. Un homme renversé à terre essaie, à l'aide d'un bouclier ovale (parma), de soutenir le choc de TanimaL Cet homme porte une chevelure en désordre, moustaches , favoris et bouquet de barbe au menton. Il est vêtu comme le précédent, sauf la chaussure et le pantalon. Ce dernier est large {braccœ)j s'étend sur toute la jambe et se trouve pris, à son extrémité inférieure, dans les souliers (calceus), lesquels sont en cuir et s'éloignent peu de la forme des nôtres, enveloppant tout le pied , avec des cordons noués sur le cou-de-pied et une ouverture en cœur un peu audessous.
Les mains sont brisées , mais il est facile de voir que celle qui est passée au bouclier tenait deux javelots dont la pointe fait saillie sur la bande inférieure du monument.
Sous le lion esl étendu un animal à cornes , du même genre que celui dont nous avons parlé plus haut*
Ad s€€ond plan est un second personnage à cheval, vêtu ccmmie le premier, et lançant , comme lui, une javeline sur Tanimal , mais ayant les cheveux longs et eu désordre , des moustaches et de In barbe parsemée en bouquets sur le visage.
Viennent ensuite deux hommes \\ pied. Le premier porte une tunique ouverte {exomis), sans manches; sa chaussure est la même que celle de l'amazone, quoique moins ornée. Il a les cheveux demi-longs, la moustache et les favoris. Sa main droite est brisée ; de la gauche, il porte soit des javelots, soit plutôt un lacet, engin de chasse fréquemment employé alors, et parait être l'auxiliaire du cavalier voisin, de même que l'homme renversé à terre devait être au service du personnage à cheval aux pieds duquel il est tombé.
L'homme qui occupe l'angle droit du monument est chaussé comme le précédent ; il n'a pas d'autre vêtement que son manteau ; il porte les cheveux longs et la moustache ; le reste de son visage est sans barbe; son bras droit est brisé au-dessus de la saignée ; la main gauche, que recouvre le manteau, parait s'être appuyée sur une longue pique, aujourd'hui brisée, dont le bout touchait la bande supérieure du monument.
Entre les deux hommes, on voit, dans le haut du bas-relief, quelques rameaux de verdure; et entre eux et le deuxième cavalier, la tête d'un homme, à cheveux courts, sans burbe apparente.
La face droite du sarcophage est occupée par deux hommes à cheveux longs et barbus, velus lous deux de la tunique à manchettes et du manteau. Celui qui paraît s'éloigner a les pieds nus ; l'autre a des bottines en lanières {caliga) ; il tient une pique d'une main et de l'autre la laisse d'un chien.
Trois autres chiens figurent dans le reste du monument : un à l'angle gauche, sous le premier cheval ; un près de l'épaule droite de l'homme renversé, le troisième sous le lion. Aucun d'eux n'a le museau intact : il est difficile, conséquemment, de déterminer l'espèce h laquelle ils appartiennent. La seule chose que nous puissions constater, c'est que l'encolure est médiocrement effilée , les épaules et les côtes saillantes , les oreilles demi - longues et droites , et que leur forme répond à celle que l'on voit le plus fréquemment dans les monuments d'origine romaine. Tous portent un collier à bords et à clous saillants , mais sans pointes.
Les trois chevaux ont pour stragulum ou caparaçon une peau de bête, dont le mufle s'applique en deux parts sur le poitrail. Deux ont la bride ornée de galons sur les bords et de clous au milieu, avec pendants de métal au frontal. Les mêmes portent au col une courroie en forme de martingale ou de collier (monile,pharetrœ)y auquel pendent, comme ornement, pour l'un, celui de l'angle gauche, un croissant renversé (lunula); pour l'autre, celui qui est au centre, de petites sonnettes et des feuilles de lierre ou des trèfles alternant {crepundia). La bride du même theval est tressée.
INSCRIPTION DE L'ÉGLISE JOVINIENNE. ib^
Enfin, un léger pilastre, affectant la forme carrée, complètement dégagé dans sa longueur, soutient, à l'angle gauche , la corniche du monument. Ses deux faces apparentes sont remplies par une branche de lierre courante; le chapiteau est orné de feuilles de roseau; il se relie avec la corniche au moyen d'un segment de coupole, dont la face extérieure présente la statue d'un fleuve couché dans les eaux, entouré de plantes aquatiques , appuyé de son bras gauche sur une urne, et tenant de la droite un roseau (Jig. 9).
Dans l'esprit des cosmogonies anciennes, le principe humide est considéré comme la source de la vie; par suite, tout ce qui rappelle ce principe^ et parliculièrement la perpétuité de l'existence dans l'eau reproduit l'opposition des idées de vie^ de mort et d'éternité , et devient un symbole funéraire (1). On retrouve celle figure de fleuve dans deux médaillons de bronze frappés à Ephèse, en l'honneur d'Anlonin, et le sens funèbre qui lui appartient se complète par un cyprès, par un édicule funéraire, par la figure de Jupiter lançant la foudre et déversant les eaux du ciel sur la terre (2). Notre bas-relief est moins complet ; on n'y voit pas Jupiter, mais les eaux semblent bien venir d'en haut : la signification , du reste, n'en est pas moins claire, et le pilastre qui lui
(1) F Lajabd, Recherches tur le culte du cyprèi pyramidal chez Us peuples civilisés de l'antiquité, {Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XX» p. 341 et planche IV, fig, i et 5.)
(S) Fig. tO et n. Nous croyons recoQiiaitre la même figure sur plusieurs autres monuments : 1» dans le bas-relief publié par Bartoli (Gliantichi Sepoleri, fig. 57) et appartoaant à un tombeau de
154 REIMS PBNDANT LA DOMINATIO!! ROlUkfilS.
serl de support rentre peut-être dans le même sens par son chapiteau à feuilles d'eau et par les branches de lierre qui courent le long du fût.
On sait que ce monument, avec la pierre tumolaire de Tarchitectç Li Bergier, a été déposé, en 1800, dans l'église cathédrale , dont une portion seulement était alors consacrée au culte, et que le choix de remplacement a eu pour but d'en faire jouir plus facilement les curieux. Il avait été d'abord placé dans la grande nef, entre deux piliers; les besoins du culte ont obligé depuis à le reléguer ou il est aujourd'hui, devant l'ancienne porte de la collatérale du sud. Il prendra place au musée de la ville , aussitôt que Tadministration municipale pourra disposer d'un local convenable qu'appellent une foule de restes antiques qui demeurent, depuis vingt ans, dans le voisinage de la
la voie Asinaire qai a «té recueilH dans le palais Barberin^S* sur ud tombeau publié par MoDtCaiKon (tooae V, planche l?ô), qui veut que ce s«nt le Styx, mais sans appuyer ce sentiment de raisons valables;— 3' sur une lampe du Musée Passeri (tome II, planche 93). On croit que^ dans ce dernier exemple» on doit voir le fleuve Scamandre assistant au débarquement des Grecs qui viennent assiéger Troie; mais pourquoi ne serait-ce pas notre fleuve symbolique, assistant au passage des morts dans les enfers? — 4** à Tangle droit du sarcophage du Louvre n® 228. qui représente Phèdre et Hippolyte. M. dQ Glarac (tome II, partie piiemière, page 636) dit que cette figure est le génie du lieu ; notre vieillard est trop reconnaissable pour qu'on s'y trompe : seulement, il faut remplacer ici par des ondes Tespèce d'aile sur laquelle le graveur Ta perché;— 5" à l'angle droit du bas-relief de Dresde [Augusteum, t. III, pi. CX), que nous citerons encore plus bas. (1 est évident que cette figure isolée, beaucoup plus petite que celles des chasseurs, n'appartient pas à la scène du bas-relief.— Nous inclinons à donner le même sens au fleuve sculpté entre les Vertus cardinales, qui figure au musée de Gony, sous le n* 72, travail imité de l'antique à l'époque de la Renaissance.
cr:
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOVINIENNE. 155
1' Porte-Mars, exposés ù toutes les causes de destruclion,
û ou qui gisent inconnus dans les dépendances de THô-
tel-de-Ville.
Avant son déplacement, le cénotaphe occupait, -' dans réglise de Saint-Nicaisc, l'entrée à droite de la
j- porte principale du grand portai', contre la muraille.
'> Il était élevé sur trois colonnes de marbre gris ,
e:: dont les bases , suivant les gravures qui les ont re-
lit produites en entier, indiquent le XIV® siècle, c'esl-à-
L; dire l'époque de l'achèvement de l'église qui a sub-
33 sislé jusqu'à nos jours. Cette place lui devint funeste;
car le vent, ayant abattu, en 1540, l'immense verrière du grand portail , couvrit l'intérieur de l'église de fragments de pierre. C'est à la chute de ces matériaux qu'on attribue généralement les fractures que l'on remarque dans la face principale du monument ; c'est elle aussi qui parait avoir défoncé les dalles qui en formaient le couvercle. Avant celle époque, apparemment, avaient rr. cessé d'exister les panneaux de menuiserie qui l'enve-
loppaient, et dont l'encadrement vermoulu tenait encore sur plusieurs points de son pourtour au moment du déplacement. Les scellements en sont encore visi- -■ blés.
Un auteur qu'on ne peut suspecter de mettre à iy*' la charge de la Révolution des fautes qu'elle n'a pas
•'; commises, Raussin (1) prétend que le tombeau de
;. Jovin a été mutilé par les gardes nationales en gar-
nison à Reims en 1791, 1792, etc.
: La chambre creusée h l'intérieur n'a pas encore
ITÎ
(I) Recueil intitulé Place Royale.
élé mesurée d^une manière exacte, et les relations de ceux qui l'ont visitée diffèrent beaucoup. Marlot a écrit , dans THistoire latine aussi bien que dans la française, que cette chambre était partagée en trois parties au moyen de cloisons de même matière que la masse du monument. Il ne parle pas d'ossements. Peu d'années après, Lacourt visite, h son tour, le même intérieur, et assure que Marlot se trompe \i}. c J'ai vu , dit-il , le dedans du tombeau , dans lequel il y a plusieurs ossements; il est séparé en deux par des pierres qui servent b distinguer les testes et les costes, et les gros os des jambes et des bras, mais nullement par la même pierre de marbre; et ces pierres sont des morceaux de croisillons de fenestres. > Cette note , que je copie sans y rien changer, malgré son incorreclion , est significative ; mais elle ne nous explique pas comment il y avait plusieurs têtes pour un seul corps.
Du temps de Marlot, le coffre sépulcral était ouvert et sans couvercle : il y a apparence qu'il en fut ainsi jusqu'à la Révolution. A cette époque (1793), quelle qu'en soit la cause, les ossements avaient disparu ; car, si nous en croyons Povillon, on ne trouva plus qu'un peu de poussière et quelques fragments de bottines. L'espèce de pain dont parle le chroniqueur pouvait bien n'être autre chose qu'un fragment de la verrière détruite. Il mentionne aussi, dans ses manuscrits, un vase , dont il ne parle plus danB ^ Description de Notre-Dame; et il est d'autant plus regrettable que nous n'ayons rien de précis sur ce
(I) Marlot annoté, livre I«'c ^
point, que la présence, dans une sépulture, d'un vase de telle ou telle forme, intact ou percé de trous, peut aider à déterminer l'âge de cette sépulture et même le culte auquel le mort appartenait.
Nous avons dit que la pierre qui couronne le monuraenl et lui sert de couvercle est de date récente : elle a été placée lorsque la cathédrale fut rendue entièrement au culte (1). L'inscription laline