FL. VAL. JOVINO. REM. COS. AB. V. G. A. CI3. CXX
est du même temps : elle est assez incorrecte pour qu'on ne s'y trompe pas.
Une auire , en français , avait été placée au pied du monument lors de son installation à Notre-Dame. La voici :
Cénotaphe
érigé dans le quatrième siècle
à FI. Val. Jovin, Rémois ,
préfet de la Gaule ^ chef des armées ,
consul romain ;
transféré de l'église de Saint*Nicaise
à la fin du XVIII- siècle,
m VIII de. la R. 4800.
(1) Ce couvercle a été formé au moyen de deux dalles tumutïirres empruntées à Téglise de Saint-Nicaise.
Le monument connu sotis le nom de Jovin lui est-il
légitimement attribué?
Différentes explications proposées.
Au rapport de la Chronique manuscrite que nous avons citée d'après Marlot (1), le tombeau qui porte le nom de Jovin avait une inscription dont les deux premiers vers seulement ont été conservés :
Verna Dei basis fidei jacct hic Jovianvs , Restitvit qvod destitvit neqvam Jvlianvs.
Nous avons peine à croire que cette inscription soit véritablement antique ; sa contexture et le nom de Jovianus allongé, à la manière des Orientaux , pour rimer avec Julianus , nous la fait rapporter au Moyen-Âge ; elle ne nous parait nullement probante sur le fait de l'attribution à Jovin du monument qui porte son nom.
On voyait dans l'église de Saint-Remy un sarcophage de marbre dont la face principale , sculptée et de travail romain , comme celui de Jovin , mais d'un mérite inférieur, représentait à peu près le même sujet. Ce sarcophage passait pour avoir été le
(i; Manuscrit C ^.
I5SGRIPTI0N DE l'ÉGLISE JOVINIENNE. 459
tombeau de Carloman ; mais il n'était pas difficile de reconnaître qu'un monument que tout porte à croire antique n'avait pu être préparé pour le frère de Charlemagne, en dépit de la tradition et quoiqu'il fût bien établi que ce prince avait été inhumé dans l'église de Saint-Remy , et que ses restes avaient été transférés plus tard seulement à Saint-Denys en France (1).
(1) Comme cemoDumcnt a disparu, sans qu*on en ait conservé la trace, nous reproduisons ici ce qu^en a dit D. Châtelain dans ses notes sur l'église de Saint* Rcmy :
« Le premier des roys que Ton sçache avoir été enterré dans réglise de Saint-Remy est Carloman, roy de Soissons, fils de Pépin et frère de Charlemagne, mort en 77 1 , à Samoucy, maison roîalledans le Laonnois. On ne sçait pas précisément en quel endroit son corps a été mis, parce que son tombeau, que l'archevêque Hincmar fit voir, comme une chose digne de remarque, à l'empereur Charles le Chauve, petit neveu de ce prince, lorsqu'il vint à Reims cent ans après, a plusieurs fois changé de place, selon le sentiment d'un au- 4heur de réputation pour l'antiquité sacrée et prophane. Ce tombeau n'est autre qu'une grande urne de marbre blanc de sept à huit pieds 'de long et d'environ trois pieds et demie de haut et de large, sans couverture, à peu près semblable au superbe tombeau de Jovin, préfet des armées romaines dans les Gaules; qui est dans l'église de Saint-Nicaise, proche le grand i)ortail.
» Sur le devant de ce marbre est représenté en demi relief une chasse Âe lion où les chasseurs sont vêtus à la romaine de même qu'au mausolée de Jovin que l'on voit à Saint-Nicaise; ce qui confirme que c'est la pierre sépulcrale du roi Carloman, c'est que sur le côté droit, entre plusieurs bas-reliefs, il parait une sorte de globe impérial, en forme d'une roue de chariot, marqué d'une croix, que l'on sçait avoir été le symbole de Charlemagne.
y» En 1756, pour le mieux conserver, il fut mis sur des colonnes Ae pierre sous la première arcade du collatéral du côté du Cloitre, proche la sacristie. On n'y voit aucune inscription, mais il est bon d'observer que les ossemens de ce roy auroient bien pu être tirés de ce tombeau depuis Hincmar, et portés à Saint-Denis en France, où on lit sur un cénotaphe ces mots : Karlomannus Rex Pipini filius, »
Marlot , qui n'élait pas prieur de Sainl-Remy et' n'avait pas mission particulière de défendre les monuments de cette église, a soin de remarquer, à propos du tombeau de Carloman, que les anciens manuscrits n'en parlent pas (1). Ne pourrait-on retourner l'argument contre le tombeau de Jovin , et trouver trop facile la confiance du prieur de
Lacourtet PoviUoD disent qu'un char rempli de dépouilles figurait sur Tune des faces latérales du tombeau de CaVloman; dom Châtelain n'en dit rien. On voit des cénotaphes du genre de ceux de Jovin et de Carloman dont les faces latérales présentent un sujet différent de celui que renferme la face antérieure. Le tombeau de Carloman pouvait être dans ce cas, et alors le char dont il était ici question serait un symbole de la mort, tel qu'on le trouve sur beaucoup de sépultures. Mais on pourrait aussi parfaitement expliquer ce char, s'il faisait suite et, pour ainsi dire, corps avec le sujet principal : car, outre qu'il nous parait très-admissible que des gens combattant les bêtes le fissent aussi bien en char qu'à cheval , on voit, par d'autres monuments et par plusieurs auteurs, que l'on emportait, soit sur des chevaux, soit dans des chariots, les hoDunes et les animaux tués, afin de débarrasser l'arène.
Quant à la roue de chariot que D. Châtelain dit être un globe impérial et qu'il regarde comme le symbole de Charlemagne, on voit ce qu'il en faut penser. La roue seule ou accompagnée d* autres signes est un s3rmbole de la mort que l'on rencontre assez souvent dans les monuments antiques. V. Borioni, Collectanea antiquitafum romanarum, page 56 et planche 80.
(1) Après avoir combattu D. Doublet sur le point de savoir si Carloman a été premièrement enterré à Saint-Remy, Marlot dit :
« Quidam putant cenotaphium illud quatuor col umnis subnixum, quod etiamnum cernitur ad latus dextrum Sancti Remigii, sub inferiori fornice versus austrum, sepulturae locum Carlomanni indicare; at leonis pugna marmori insculpta pêne similis ei quam in Jovini tumulo explicuimus, suadet potius occultée cujusdam antiquitatis esse monimentum, quod ab ascetis post ecclesiœ renovationem reservatum est, prassertim cum in veteribus chartis de hoc eenotaphio nihil legatur. » {Bist. Rem, Ecclesiœ, lib. in.cap.ii-.)
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOVINIENNE. 161
Saint-Nicaise à l'endroit des manuscrits de son cou^ vent , qui décrivent le cénotaphe tel qu'il avait été disposé dans l'église au XIV« siècle , et ne pouvaient être, conséquemrnenl , que postérieurs à cette époque?
Mais, dira-l-on , l'attribution à Jovin du monument aujourd'hui subsistant a pour elle l'assentiment constant des générations qui se sont succédé. Et, en effet, quels doutes sérieux pourrait-on élever en face de la tradition , si elle était si bien établie?
Nous avons dit que l'église élevée par Jovin et dans laquelle il avait préparé son tombeau fut reconstruite deux fois de fond en comble : la sépulture de Jovin traversa donc bien des périls pour arriver par transmi^^sion de la première église h la seconde , puis de la seconde à la troisième; mais la reconstruction qui l'exposa le plus est, certainement, la première. Quand l'archevêque Gervais s'occupa de relever l'église de ses ruines , elle était depuis longtemps abandonnée ; le culte avait cessé d'y être célébré , sinon de loin en loin , par des prêtres de passage. La destruction entoura longtemps la sépulture de Jovîn : y a-t-elle résisté , comme on l'assure ? De plus, la tradition à son sujet semble avoir été interrompue : quelle garantie nous donne-t-on de sa sincérité et de sa perpétuité? Nous n'en connaissons même pas le point de départ. Dès lors , les moines rétablis de Sâint- Nicaise n'ont-ils pas l'air d'avoir fait pour la sépulture de Jovin «e dont Marlot accuse ceux de Saint-Remy à l'égard du tombeau de Carloraan, et donné le nom du fondateur de leur église à un monument antique de
162 REIMS PENDANT LA DOMINAtlON ROMAINE.
provenance inconnue (1)? Commenl, enfin, Flodoard, qui nous a transmis l'inscription du portail de Saint' Agricole, ne dit- il rien du tombeau que renfermait celte église ?
Nous ne voyons pas que personne ail levé ces difficultés , ou même y ail fait ratlention qu'elles raérilent.
On ne peut se dissimuler, en oulre , que si, pour le costume, quelques personnages de notre monument peuvent se comparer à des œuvres contemporaines de Jovin ou à peu près , au Conslanlin de la place du Capitole, p.îr exemple, qui n'est guère antérieur que de cinquante ans, la même comparaison n'est plus possible pour le style, et qu'il faut se reporter jusqu'au siècle des Antonins pour lui trouver des analogues. Il V a aussi lels détails , dans le harnachement des chevaux , par exemple , qui se retrouveront sur la colonne d'Antonin, sur celle de Marc-Aurèle, sur l'arc de Septime-Sévère et d'autres monuments du 11^ siècle, mais pas au-delà , que nous sachions.
A cela , ceux qui ne s'étonnent de rien répondent que Jovin avait fait venir de Rome ou d'ailleurs un tombeau antique pour sa sépulture. Et d'autres, renchérissant sur celte magnifique invention, ont trouvé très-profond de dire qu'en Italie^ les gens du métier tenaient magasin de monuments de ce genre, comme, de nos jours, on le voit aux approches des cimetières.
(1) Nous avons vu plus haut combien est contestable l'authenticité du tombeau conservé également dans l'église de Saint-Nicaise et qui passait pour avoir renfermé le corps de ce saint et celui de «a sœur.
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOVINIENNE 163
Quelques-uns même ont pensé que ces sculptures venaient en droile ligne de la Grèce , puisqu'on en rencontre en marbre de Paros.
Qu'est-ce à dire? Est-ce que la Gaule, dès les premiers temps de la domination romaine, ne se couvrK pas de monuments aussi grandioses, aussi parfaits d'exécution, eu égard à leur époque, que ceux de rUalie et de Rome elle-même? N'eul-elle pas de bonne heure des artistes indigènes, à ce point que les Romains s'étonnaient de sa faciiilé à s'assimiler les usages et les arts de Rome ? El d'ailleurs, quand il y aurait du vrai dans tout cela^ nous ne vo} ons pas qu'on en puisse faire grand fond pour la question qui nous occupe. Car, si l'on admet que le tombeau est de beaucoup antérieur, il est difficile de le ranger parmi les monuments dont les sculpteurs tenaient boutique pour les sépullures du temps même de Jovin. Un morceau d'art qui a deux cents ans d'existence n'est plus un objet de l'usage ordinaire, c'est une antiquité, une Gufiosité.
Quoi qu'il en soit, on s'est armé de cet argument, plus spécieux que solide, pour expliquer la ressemblance qui existe entre les monuments de Reims et plusieurs autres qui ont eu la même destination et présentent un sujet analogue. On a été jusqu'à dire que la figure du personnage, dont il devait être la sépulture, n'était sculptée qu'au moment où le monument recevait une destination. Des artistes complaisants ou prévenus ont avoué qu'en y regardant de près, la tête du personnage à cheval qui occupe le centre du monument de Reims leur paraissait être d'une main différente que les autres. On s'est empressé
d'accueillir celte remarque, et l'on a décidé tout de suite que ce personnage devait être Jovin (i).
Selon d'autres, ce n'est pas le cavalier du milieu qui doit répondre à ce nom, mais celui qui est debout à gauciie, prêt à monter à cheval. En effet, autant celui du milieu est modeste en sa mise, autant l'autre a l'apparence d'un officier de haut rang : vous verrez tout-à«-rheure que cerlains en ont fait un empereur. Mais, empereur ou général, s'il est l'auteur des exploits dont les victimes gisent à ses pieds, ou s'il s'apprête à en accomplir du même genre, il n'a pas l'air de prendre un intérêt bien vif à l'altaque du lion ; il y a certainement trop peu de part pour en être le héros.
Une troisième opinion va peut-^tre nous mettre d^accord. a Admettez, nous dit-on, qu*il y ait deux scènes, vous aurez deux Jovin, un c'i gauche et un au fnilieu. »
Nouveau système, que je ne puis mieux combattre qu'en faisant connaître comment ceux qui le soutiennent entendent ce partage de la face principale.
On se rappelle la jeune femme qcri fait Tun des plus beaux ornement de l'oeuvre. Eh bien ! oeux qui veulent qu'il y ait deux scènes, font de cette femme nn pur remplissage , et de son bouclier un simple artifice du i»culpleur, pour séparer les deux parties ; selon eux, le personnage debont, snr la gauche du monument, se prépare à la chasse, et e'est le même
(I) QBAintt , iksor^pîîon Mttor, 4t ttaêisî. lie la «t'Ife île fielm««
qui , plus loin , monté sur son cheval , s'élance à la rencontre, du lion.
J'avoue qu'il y a des monuments funéraires où celte disposition est de toute évidence. On verra, par exemple, la mort d*Âdonis, sujet symbolique assez fréquent, représentée ainsi qu'il suit (1): d'une part, Adonis fait ses adieux à Vénus ; de l'autre, le même Adonis est renversé par le terrible sanglier qui lui donna la mort. A coup sûr, notre personnage n'est pas Adonis, notre amazone n'est pas Vénus, notre petit enfant n'est pas l'Amour: il est impossible de se méprendre sur le rapprochement que nous faisons, et nous démontrerons plus loin que c'est folie que de chercher dans notre monument un sujet mythologique; mais il nous paraît aussi peu raisonnable de prétendre que le même personnage y soit répété deux . fois, d'abord se préparant à la chasse, puis combattant le lion. Si telle avait été l'intention du sculpteur, il n'aurait pas rattaché, comme disposition, l'amazone à la première scène, tout en la faisant assister à la seconde par le geste et le regard ; il n'aurait pas surtout représenté deux fois son personnage principal, si différent de lui-même par la fîgure et par Thabillement.
Pourtant^ je le dirai sans peine, le cavalier ceotral et celui qui va monter à cheval ont des rapporta de physionomie qu'on ne peut méconnaître. Cette ressemblance frappe tout d'abord les personnes habituées à voir des monuments de ce genre, et il faut bien examiner l'ensemble pour juger de Hmportanee
(1/ Bar»avt, HtmwnénU anttqu€s, pi. 94.
f66 REIMS PENDANT LA DOMINATION ROMAINE.
qu'on doit lui accorder. Elle perd, en effet, toute valeur, quand , portant le regard vers rcxtrémilé droite^ on trouve trois têtes d'un type tout opposé, parfaitement semblables entre elles et ne différant en réalité que par quelques bouquets de barbe en plus ou en moins. Comme leur pose est absolument la même et qu'elles se succèdent du même côté à des intervalles égaux, il en résulte entre celte partie et la gauche un contrasie qui fait ressortir encore davantage la figure du milieu et celle de son homonyme prétendu.
Dès lors, n'est-il pas permis d'imputer les ressemblances à la copie de modèles trop peu variés? El quant au contraste des deux côtés, ne peut-on pas l'attribuer à une sorte de maladresse de l'artisle, à une disposition malhabile du sujet , plutôt qu'à un dessin arrêté d'avance et résultant d'une pensée quelconque ?
Il faut peut-être encore tenir compte d'autres tirconstances. Ainsi, pour différentes causes, plusieurs parties du monument ont été inégalement fatiguées, usées ou seulement salies par la poussière et la main des visiteurs ; quelques-unes au§si ont été moulées différentes fois. Que les deux têtes de type romain dont on a remarqué la ressemblance et que celle de Famazone aient conservé la blancheur que leur avait laissée le ciseau, ou qu'elles la doivent à des grattages, b des moulages récents, leur état de conservation appelle plus particulièrement le regard sur elles el rend plus visible le contrasie que nous avons signalé. Mais cet étal ne prouve aucunement que ces figures aient été faites après coup,^ car la différence de
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOYINIENNE. Î67
quelques années dans le Iravail serait effacée depuis des siècles ; ni même par une autre main que le reste, car le faire est le même, quoique appliqué h des types différents. Pour s'en rendre compte, on peut comparer le nez, la bouche et le menton du personnage nu de Tangle droit avec les mêmes parties du visage de l'officier placé à gauche ; xt la mèche de cheveux pendante de Tamazone avec la chevelure des figures de type barbare. Encore ne parlons-nous que des têtes ; tout le reste de la face principale est indubitablement de la même main, cela ne fait pas discussion.
Au reste, les faces latérales concourent elles-mêmes h démontrer l'unité du sujet, et jusqu'à un certain point aussi celle du travail, puisqu'elles sont une suite non interrompue des extrémités de la face antérieure, et qu'elles se rattachent toutes deux au même molif.
Restait à expliquer pourquoi Jovin se trouvait représenté dans une chasse plutôt que dans un tout autre sujet. On s'est demandé, conséquemment, où le général avait accompli cet exploit cynégétique. Etait-ce en Gaule, était-ce en Illyrie, où il avait passé plusieurs années? Mais c'eût été le premier lion que l'on eût vu depuis des siècles dans le nord et même dans le centre de l'Europe , puisque , du vivant de Dion , c'est-à-dire sous le règne de Trajan , il n'y en avait déjà plus dans cette contrée. Alors c'était donc en Perse? On pense que Julien y emmena son fidèle général ; et, comme Ammien parle d'un lion tué dans ce pays par les officiers de Julien , après le siège de je ne sais quelle ville, il estprésumable aussi que Jovin fit partie de cette chasse , peut-être même en fut-il le héros. — Et ici, n'en déplaise à Tristan et
à Marlol, je me permeUrai d'ouvrir une parenthèse pour rappeler ce que j'oi déjà remarqué à ce sujeL Ammien ne dit pas que Jovin n'a pas élé en Perse : cela est vrai, mais il ne faut pas beaucoup d'allenliofl pour comprendre qu'il dut rester dans la Gaule , quand on voit comment il fut disgracié par le nouvel empereur Jovien, et comment, ensuite, il fut rétabli par le même prince dans son haut commandement.
Et puis , quelle apparence qu'on ait choisi un fait aussi secondaire qu'un exploit de chasse pour transmettre à la postérité la mémoire d'un homme tel que Jovin ?
Quelques écrivains , sentant la portée de cette réflexion , ont cherché dans la vie de Jovin un fait historique plus digne de remarque , et ne pouvant mieux choisir que la triple victoire qu'il remporta en 366 sur les Allemands , ils en ont conclu que notre monument faisait allusion à ce grand fait d'armes. Dans cette hypothèse, le lion percé de la pique du vainqueur, c'est la nation vaincue ; quant au sanglier et aux rennes qui gisent à (erre , sans doute ils faisaient cortège au roi des animaux ; à moins que ces bétes, y compris le lion, ne symbolisent une victoire : comme il y en a plusieurs , et que le vainqueur est en train de remporter la dernière, naturellement, un seul des animaux symboliques doit être debout 1 Seulement, pour trois victoires, il faudrait trois animaux , et non pas quatre. Mais un aussi mince détail ne vaut pas la peine qu'on s'y arrête.
Ce qu'il y a de plus curieux pour nous , dans cette singulière conception, c'est qu'elle ait été du goût d'un homme qu'on est habitué à trouver dans une
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOVINIENNE. 469
meilleure voie, quand la passion n'altère pas le sens critique , qui est le côté le plus saillant de son esprit. Lacourt, puisqu'il faut le noniraer, se rencontre ici avec M. Liénard , qui a tenté d'expliquer le tombeau de Jovin dans un mémoire adressé, il y a quelques années, à l'Académie de Reims ; et, non content de cette symbolique hasardée, le savant chanoine prétend trouver, dans noire bas-relief, toute la famille impériale, c Valenttnien , dit-il, perce le lion, symbole des Barbares; à ses côlés parait Valérie Sévère, sa femme , accompagnée du jeune Gratien , avec le manteau de consul, cette dignité lui ayant été conférée à Amiens ; à l'extrémilé est Valens , à pied ; un esclave , la tête couverte d'un bonnet phrygien , tient son cheval ; la figure d'un général à cheval, près de Yalentinien, est Jovin. > C'est , à la vérité, le tombeau de Carloman que Lacourt décrit de la sorte ; mais , en l'absence de la disseriation sur le tombeau de Jovin, qui manque dans ses manuscrits, quoiqu'il en soit fait mention plusieurs fois, nous trouvons ici toute sa pensée sur le dernier monument , puisqu'il le déclare en tout semblable au premier (4); et, chose remarquable , il ne dit pas comment il se fait que le même trait de la vie de Jovin soit représenté à la fois dans deux monuments funèbres, comme si le général eû{ joui du privilège d'avoir deux tombeaux ! A son avis, l'un était la copie de l'autre; mais pourquoi aurait-on reproduit , pour en revêtir le monument d'un autre personnage, un sujet que Ton savait être historique et qui n^avait aucun rapport avec
(1) M. Jacob Kolb , daafi sa Dueription historique de la ville de- Rheims, a adopté les idées de Lacourt, sans dire où il les a prises.
lui ? Le pourquoi manque encore h Téchappaloire imaginée par Lacouri. Que d'étourderies à la fois pour un homme aussi grave!
En vérilé, des assenions de ce genre ne se discutent pas. Nous aimerions mieux encore Texplicalion d'un autre chanoine de Reims , ami de Bergier , M. Colin, à qui ce dernier et Tristan ont fait Thonneur d'une réfutation en forme, et qui voulait que le personnage principal du bas-relief fût Hadrien. Cet empereur avait , en effet , au récit d'Athénée , tué de sa main un lion redoutable. Mais Hadrien portait de la barbe, et notre Romain n'en a pas; on trouve, de plus, bien jeune et surtout bien exposé l'enfant nu qui porte un casque dans ses mains , pour être Antinous, ainsi que le voulait le bon M. Colin ; et puis , pourquoi l'auteur de l'exploit représenté serait-il Hadrien? d'autres empereurs n'en ont-ils pas fait autant?
Ce dernier système , qui nous mène loin de Jovin , a, du moins, ceci de bon à nos yeux , qu'il reporte notre monument à l'époque que l'on peut raisonnablement lui assigner pour le style. Mais le chanoine Colin , comme Lacourt, comme Tristan et tous ceux qui ont suivi de près ou de loin leur opinion , raisonnent comme si notre bas-relief était unique. Or, nous avons parlé d'un monument semblable qui figurait, avant la Révolution, dans l'église de Saint- Remy ; on en connaît beaucoup d'autres qui représentent le même sujet, avec des différences plus ou moins sensibles dans la disposition des détails , dans le nombre des personnages et des animaux, dans la manière dont les premiers sont vêtus, dans les dimensions, et enfin dans le sljle. Notre confrère, M. Pier-
INSCRIPTION DE l'ÉGLISE JOVINIENNE. 171
rel , en a fait connaître , à rAcadémie de Reims, un dans le musée de Naples el deux parmi les tombeaux de la villa Pamphili, à Rome. J'en citerai, pour ma part, un au Gapitole dans la même ville (1), un parmi les peintures du tombeau des Nasons, un dans la cathédrale de Girgenti, en Sicile (2), un au Musée Britannique, un dans les Miscellanées de Spon (3),
(1) Armbngaud. Galeries publ. de V Europe ^ Home, p. 174. — Ici , comme dans la plupart des bas-reliefs représentant une chasse et où se trouve un sanglier , on veut que ce soit Atalante et Méléagre chassant dans la forêt de Calydon, et Ton allègue que les deux plus remarquables figures sont un jeune homme et une jeune femme. Mais d'autres, qui ont aussi leur valeur dans le bas-relief, nous paraissent traitées légèrement. Il y a notamment une deuxième femme, et celle-là est à cheval : pourquoi ne la nommerait-on pas Atalante, de préférence à l'autre ? Ne remarque-t on pas, en outre, que la personne décorée de ce nom semble poursuivre la béte après lui avoir décoché un trait? Ce nVst pas là une femme (tont la vie est ou vient d'être en danger; le jeune homme, qui l'aide en sa poursuite contre la bête, n'aura pas le mérite de l'avoir sauvée : aussi Tun et l'autre nous intéressent-ils beaucoup moins que le vieillard qui attaque de front la béte et lève sur elle sa massue. Somme toute , l'explication mythologique généralement adoptée pour ce monument n'a pas ici plus de raison que pour les autres.
(a) Il provient de l'ancienne Agrigente. Il est sculpté dans tout son pourtour; Tune des faces principales représente une chasse au sanglier. Sur un des côtés , on voit un homme embarrassé dans les traits de ses chevaux épouvantés et traîné sur les débris de son ehar fracassé : c'est un symbole de la brièveté de la vie et de la soudaineté de la mort, que l'on rencontre fréquemment. Il est de toute évidence que le personnage tombé d'un char n'est pas le même que celui que l'on voit, dans une autre partie du monument» près de monter à cheval pour aller à la chasse. V. Voyage pittor* , ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ^ Paris , 1785. Tome IV, pi. 82.
(3) Miscellanea eruditœ antiq,, page 313. Le savant Lyonnais dit que ce monument est à Rome. Il veut que ce soit la chasse de
deux parmi les monuments antiques de BarbauU (i), un à Barcelonne (2), un dans TAugusteum de Dresde (3), un au Louvre (4). La ressemblance de ce dernier avec le nôtre est frappante ; on dit la même chose de ceux de Naples et de Londres.
Ainsi y le sujet traité dans le monument de Reims est banal, les figures qu'on y a remarquées et qu'on a affublées de noms historiques , sont banales également. L'ensemble s'est perpétué d'âge en âge dans le monde romain , comme motif d'ornemental ion des monuments funèbres , sans autres différences que celles que le temps et le caprice des artistes ont pu lui imprimer.
]a forêt de Calydon, et il y fait assister Diane , Hercule , Thésée et d'aatres héros. Nous ne voyons pas trop quel besoin on avait de tout ce monde venu d'en hant, et nous aimerions mieux qu'on nous eqt montré quelque part Atalaute. Spon , qui Toublie tout-à-fait, parait être embarrassé de Diane : nous donnerons plus bas notre opinion à ce sujet.
(1) Monuments anciens, ou Collection choisie d'anciens bas-reliefs et fragments égyptiens , grecs , romains et étrusques (tome lY' du recueil) « pi. 77 et 78.
(2) Caylus, Recueil d'antiquités, tome IV, pi. dX.
(3) Augusteum, par Guill. Gottlieb Bbckbr (Leipzig, iSlt), t. III, n' HO.
(4) N" 423 , salle de rilaruspice ; ^ Glarac , tS6. Get écrivain décrit ce monument comme s'il n'en connaissait pas de semblables. Il a presque les mêmes détails et la même disposition que le nôtre , mais il est , quant au style , d'une époque beaucoup plus avancée. Plusieurs parties, des tètes notamment, ont été refaites.
A rénumération déjà longue des monuments semblables que nous connaissons, nous pouvons ajouter les fragments de tombeaux publiés par Piranési , t. II , pi. 46 ; les chasses du musée des Antiques , à Paris ^Glarac , n*' 183 bis, 184, 187, 188, 627) ; la chasse aux filets publiée par M. A. Lenoir, dans la Statistique monument, de Paris, époque romaine, pi. XXVI.
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Battus sur le terrain de l'hisioire; quelques raisonneurs se sont réfugiés, avec Bergier (1), dans le champ de la mythologie. La chasse de la forêt de Calydon est dans toutes les mémoires ; et , pourvu qu'il y ait un sanglier , quand même il y aurait aussi un lion , c'est assez ; il ne faut plus trouver que les acteurs principaux de la scène : telle femme est Atalante; tel homme 9 qui semble jeune, est Méléagre; cet autre, qui est un peu plus vieux, est Eupalamon; un troisième est Pélagon ; pour le reste, on les nommera comme on voudra : derrière les plus brillants , il faut bien que Von aperçoive la foule ou le commun des chasseurs.
Ce système, qui, je dois le dire, est le plus généralement adopté, a bien par-ci par-là quelques difficultés dans les détails. L'Âtalante de notre bas-relief, par exemple, n'aurait pas l'air de prendre à la chasse une part aussi active qu'elle le devrait , si elle était l'héroïne qu'Ovide a dépeinte. Pourquoi aussi ces différences dans les costumes ? Il y a des personnages à cheveux longs, d'autres à cheveux courts ; ceux-ci sont vêtus à la romaine , et même un dans l'appa-reil d'officier d'un grade élevé ; ceux-là ont des vêtements flottants ; on voit des jambes nues ou couvertes d'un pantalon qui fmit au-dessous du genou , tandis que dTautres sont vêtus jusqu'à la cheville. L'on a des explications pour tout. Nous avons bien lu, dans une description très-splendide et non moins savante du monument de Dresde (2), que les gens à pantalon
(I) Miêtêif^ (U$ grandi dhêm^^ liv. Il, dmp« 3T. (S) AuguBtwm , tome il! , page 38.
sont les Etoliens, chez qaî se faisait la chasse, cl qae les jambes naes appartiennent aux Curetés, que le roi Œnée avait invités. Ne sait-on pas, en effet, qu'après la chasse, il j eut une grande querelle entre eux et les gens du pays ? Si • le pantalon n'est pas grec, > il conviendra mieux sans doute « à quelqu'une des peuplades voisines que les Grecs appelaient barbares; i et il suivra de là que ce qui semblait gêner le commentaire y aidera, au contraire, singulièrement.
Ainsi des autres, dont les inventions merveilleuses peuvent amuser un instant, mais ne soutiennent pas l'examen de la critique.
Une opinion particulière a été émise par un membre de l'Académie que j'ai nommé plus haut et qui n'habite plus Reims. M. l'abbé Pierret avait à rendre compte du mémoire de M. Liénard sur le tombeau de Jovin. Après avoir reconnu que le monument n'était pas de répoque de Valentinien ; que le sujet, reproduit dans beaucoup de monuments funéraires, ne se rapportait à aucun des actes de la vie de Jovin, et que c'était simplement une chasse, impériale ou autre, le savant ecclésiastique essayait, à son tour, de trouver la signification de cette chasse. M. Pierret, je dois le dire, y était puissamment aidé par les souvenirs qu'il avait recueillis pendant plusieurs années d'étude passées en Italie. Et, comme les allégories sont fréquentes sur les tombeaux antiques, il recherchait si notre chasse ne pouvait pas être rapportée à cet ordre de sujets. La vie et la mort placées en face l'une de l'autre , l'une combattant l'autre ; la vie, représentée par l'humanité, à tous les degrés et à tous les âges ; la mort , par divers animaux : tel était ,
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suivant M. Pierret, l'objet Aa ces chasses dont notre monument est l'un des plus remarquables spécimens.
Cette idée nous a paru trop ingénieuse pour être vraie. La symbolique des anciens est plus simple et plus à la portée des intelligences vulgaires : les emblèmes de la mort et les scènes allégoriques y ayant trait, que l'on trouve sur les tombeaux, sont, en général , d'une clarté remarquable et en quelque sorle saisissable pour qui possède les notions les plus élémentaires de la religion ou de la philosophie des anciens. El puis, en quoi se résumerait le combat symbolique développé ainsi que l'entend notre confrère , sinon dans le triomphe de la vie ? Et qu'est-ce que le tombeau, sinon , hélas ! le triomphe de la mort sur la jeunesse, sur la beauté, sur la force, sur la puissance, sur la richesse, sur tous les avantages qui constituent, matériellement du moins, la vie de l'homme, ou qui la soutiennent, et dont la chute ou l'éphémère durée a été, dans tous les temps, le thème des allégories que l'art a inscrites sur les sépultures ?
Mais tout ce qu'on voit dans ces monuments n'est pas allégorique , tant s'en faut. Puis donc que nous ne réussissons pas à trouver dans la symbolique des anciens le sens de ces chasses, mieux que nous n'avons fait dans l'histoire et dans la mythologie , interrogeons d'autres éléments.
176 BEIliS PESDÂ>'T LA DOMINATION ROMAINE.
Lt monument de Reims représente une chasse
funèbre.
Après les allégories et la représentation du mort, les sujets qui se voient le plus fréquemment sur les tombeaux sont les funérailles elles-mêmes ou quelque circonstance qui s'y rapporte. Tantôt, c'est la conclamalion ou appel adressé au mort, avec Taccompagnement naturel de la douleur des parents dans ses différentes formes ; ici, c'est la pompe funèbre ; là , c*est la crémation ; ailleurs, c'est la cœna feralis ou le siliceniium^ les distributions de vivres, les repas célébrés en Thonneur du mort ou offerts aux mânes; OB voit encore des sacrifices à divers dieux, des scènes de théftire, des courses de chevaux ou de chars, des combats de gladiateurs, des immolations de prisonniers et d'esclaves, et enfin des chasses.
Les i^présentations dont nous venons de parler en dernier lieu constituaient ce qu'on appelait les jeux funèbres.
. Ceux de la scène étaient fréquents. On sait, par le prologue de YAndria de Térence, que cette pièce fut représentée, pour la première fois, lors des funérailles de Paul-Emile, le vainqueur de Persée. Ce genre de spectacle est rappelé dans quelques tombeaux par des scènes complètes, et dans une foule d'autres, par de simples masques (1).
(1) BaRBAUT, op. oit, y pi. 77,78. — MoifTFAUCON, t. V, pi, 88et92.
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Da donnait plus souvent encore, el à la même oc- T^asion , des combats d'animaux entre eux, et surtout ^'hommes et d'animaux.
Dans l'origine, dit Tertullien (1)^ on massacrait, ^ur la tombe des guerriers, des captifs, et, à leur dé- Taul, des esclaves de peu de valeur, achetés généralement pour la circonslance. €et usage barbare fut remplacé par les combats de gladiateurs, amusement barbare encore, sans doute , mais un peu moins ignoble que les tueries sans nom q\\\ avaient précédé.
Les 4ombeaux qui représentent des combats de gladiateurs sont très-nombreux (2). Ceux où Ton voit un massacre de prisonniers ou de condamnés, sans accompagnement d'animaux, se rencontrent moins fréquemment.
L'un des pins remarquables est le sarcophage de porphyre qui se voit aujourd'hui au musée Vatican, et qui passe pour avoir renfermé les resles de l'impératrice Hélène (3)., mère de Constantin, avant que €e prince les fit transporter à Constantinople. Eusèbe raconte que cette princesse fut déposée dans les sépultures destinées aux empereurs; il n'y a pas à s'étonner, conséquemment , de ce que ce monument n'ait rien de chrétien.
(1) DeSpectaculit, cap. XH.
(2) Bartoli, gliantichi Sepolcri, tav. 91, 92, 04. — Winckel^ Hann, Uist. de V irt chez les Ànciem, tome h', pi. XX. — • Bar BAUX, op, cit., pi. 36, 39, 6i, 79.
(3) Il était originairement dans la basilique des SS. Marcel lin et Pierre, depuis basilique Uélénienne, sur la voie Lavicane. près ^e Rome. Le pape Ânastase IV le fit déplacer et ordonna d'y «déposer son corps (t 154V. Il fut longtemps dans Téglise de Latran^
J'en dirai quelques mots ici, parce que je ne l'ai
'trouvé expliqué nulle part, et parce que le sujet qu'il
représente m'a mis sur la voie des conclusions que
je crois pouvoir établir au sujet du tombeau de Jovin.
Autant qu'on en peut juger par les gravures assez mauvaises que contiennent les^ ouvrages d'Arringhi (1) et de Ciampini (2), on y voit des hommes à cheval lançant des traits contre des gens demi-nus, hommes et femmes, à genoux, les mains liées, sans armes, bien-entendu ; en un mot, des prisonniers ou des condamnés, abandonnés dans l'amphithéâtre à la merci des hommes de guerre et de leurs chevaux. Un de ces malheureux m'a surtout frappé. Il a brisé ses liens, et prêt d'être écrasé sous les pieds des chevaux, menacé d'une javeline, il lève la main en étendant l'index et le pouce, évidemment pour implorer sa grâce des spectateurs, comme le faisaient, dans l^s combats de gladiateurs, les vaincus qui voulaient avoir la vie sauve. Si nous ne nous abusons, le tombeau d'Hélène représente une de ces immolations de prisonniers qui se donnaient sous forme de jeu^ à laquelle, dans les temps de persécution, tant de chrétiens eurent part comme victimes; et la destination du monument Indique clairement à quelle occasion avait été donné ce spectacle barbare (3).
(1) Roma subterranea, t. II, p ^t.
(2) De sacris œdificiis a Constantino magno constructis Synopsis hfstorica, tab. XXVIII. — Piranesi, t. III, pi. 19, a donné uae vue du même monument avec de nombreuses mutilations, et t. XII., pi. 19, un autre bas-relief funéraire représentant encore un massacre de prisonniers.
13) Un monument fort connu, la célèbre agathe de la Sainte- Chapelle, dans laquelle on s'accorde à reconnaître rapothéosed'Au-
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Pareillement, le monument de Reims et tant d'autres semblables représentent des chasses données h l'occasion des funérailles : chasses au cerf, chasses au sanglier, chasses au lion, chasses aux éléphants, chasses d'animaux divers, et surtout d'animaux féroces, rares et venus de loin, dont on donnait les uns en pâture aux autres (1), ou que l'on tuait par miU liers le matin, d'où. la dénomination de Itultis matu* îinm^ mais souvent du malin au soir , et même pendant plusieurs jours de suite, pour honorer un mort, sacrifier aux divinités funéraires et complaire à la multitude. Une affirmation aussi nette de notre part peut paraître audacieuse, après les explications données par tant d'habiles gens, comme on disait au bon temps de la science ; mais rien n'est plus simple, ni
guste, pi'ésciitc, dans sa partie ioféncure, un groupe nombreux de prisonniers. On a disserté beaucoup sur le point de savoir à quelle nation ils appartenaient, sans s'occuper sérieusement du motif de leur présence sur un pareil monument. Suivant Montfaucon (tome V, page 154), ce seraient tout bonnement des prisonniers faits par Auguste ; ils rappelleraient les victoires de ce prince. Mais à propos de quoi rappellent-ils ces victoires ? Que font-ils ici , en définitive ^ Cela deviendra fort clair, ce nous semble, si on les regarde comme des victimes immolées à l'occasion de la c>érémonie de Tapothéose ou consécration.
(f) Nous n^avons pas cité particulièrement d'exemples de ce genre de spectacle, non plus que des combats singuliers d'homme à béte, parce qu'ils rentrent dans la catégorie des chasses. Citons cependant Barbact, op. cit.^ pi 61; Lucernœ musei Passera , t. III, pi. ti; Herculanum et Pompéi, t. VII, pi. 44, 49, et le Diction^ naire des Antiquités de A. Rich. qui en contient divers exemples, aux mots Bestiarius et Venatio, — Celui que nous avons cité du Reeiteil de Caylus (t. IV, pi. i09) est bien une chasse de l'amphithéâtre, car un des petits côtés représente des valets occupés à placer sur un cheval des animaux tués . pour en débarrasser le soi.
moins habile , au contraire , que celte conclusion : c'est ce qui fait noire confiance; et si nous avons lieu de nous étonner de quelque chose à son sujet, c'est 'de ravoir trouvée le premier.
Prévenons tout de suite les objections que Ton pourrait soulever à propos de certains détails de notre monument et de ceux qui lui ressemblent.
Outre les hestiarii, prisonniers ou condamnés que l'on exposait, tantôt armés, et le plus souvent sans armes, aux bêles, celles-ci trouvaient ordinairement dans les chasses publiques des adversaires plus sérieux. Celaient des gens exercés, faisant métier pour argent de figurer dans ces spectacles et formant école, ^schola, comme les gladiateurs. D'autres , sans être Joués pour le spectacle, recevaient, à la fin , une gra- ^tification de celui qui en faisait la dépense. Ces deux •catégories élaient réunies sous la dénomination de muncrarii ou muneralores ,
Le personnel des chasses ne se bornait pas là. Dans celle que César donna à l'occasion de la mort 4% sa fille, figurèrent des prisonniers et des condamnés, et avec eux des chevaliers , et même le fils d'un préleur (1). Dès le règne de Néron, on vil, tous les jours, des chevaliers et des sénateurs descendre dans l'arène (2). L'empereur, lui-même, s'essaya plusieurs fois au rôle d'Hercule en plein amphithéâtre (3); Commode en vint plus tard, suivant Lampride, jusqu'à
(1) Dion. Cass., lib. XUII.
(3) JuvKNAL, sat. IV. — SuETON., f'n Nerone , cap. XI et XII. — ^^iPHiLiN., m Nerone, — Tacit., Hist,, lib. XV. (3) SiTKTO.N., cap. LUI. — PiJN., lib. VIII.
tuer publiquement de sa main des centaines d'animaux, et Hérodien assure (1) qu'il mettait sa gloire dans l'adresse avec laquelle il accomplissait ces exploits.
Mais ce n'est pas assez que Mars déploie sa valeur sous les yeux de César; Vénus elle-même se mêle aux combats (2). » € Ferme dans la lutte, un sexe étranger aux armes et inhabile à manier le fer , déploie un courage d'homme (3). » n Msevia chasse le sanglier étrusque , la gorge nue et le javelot enmain : »
Mœvia tuscum Figat aprum, et nuda teneat venabula mamma (4) ,
a tandis qu'une autre renouvelle le glorieux exploit d'Hercule , en terrassant un lion dans l'arène : »
Nam |iost tua munera , Cœsar , Hœc jam fœminea vidimus acta manu (5). .
a Mais voyez avec quelle fureur se mêlent à cesluttes féroces des jeunes gens appartenant aux plus nobles maisons : Aspice illos juvenesquos ex nobir lissimis domibus in arencm^ liumrià cùfijecit {&) ; ev jusqu'à de tous petits enfants y sans que personne , en
(1) Lib»I.
Hi) Belliger invîetis quod Mars tibi sœvit in armis , Non satis est, Cresar; sœvit et ipsa Venus.
(Marti A L« de Spectaculis, epigr. 7.) (3) Stat sexus rudis insciusque ferri, Et pugnas capit improbus viriles.
(Stat., lib. I, silv. 6.)
(4) JOYENAL, Sat. I.
(5) Martial, op. cit,, epigr. 8.
(6> Senbc, epist. C.
quelque sorte , s*inquiètc du danger qu'ils courent : Curalis quis ex solitudine infantes auferat , perituros nisi auferanlur (i). »
En un mot , il n'est pas de condition (2), de sexe, ni d'âge qui empêche de prendre une part active à ces spectacles , en sorte que saint Cyprien peut s'écrier (3; :
c Pourquoi donc, je vous prie, tout ce monde s^expose-t-il aux bêles sans y avoir été condamné ? Dans la fleur de l'âge et de la beauté , vêtus magnifiquement^ pleins de vie , ces jeunes gens se parent pour une mort de leur choix ; ils sont fiers des blessures qu'ils reçoivent ; c'est la fureur, et non le crime a expier, qui les pousse contre les bêtes ; et , ebose étrange, le fils combat sous les yeirx de son père ; le frère, dans l'arène^ a près de lui sa sœur ! »
Nous n'en dirons pas davantage pour justifier la présence des divers personnages qui ont place dans le monument de Reims, et les âifférences de costumes^ de coiffures, d'attitudes quW remarque entre eux.
(f) Senbc., coDtrovers. X.
(4) Une inscription trouvée à Aix, en 1839, et décrite par M. Rouard dans le Bulletin monumental ftome XXIV , p. 400), mentionne un jeune homme qui n'était pas moins fier de son talent dans les exercices du corps que de sa bieauté, et figurait souvent, quoique médeein, dans les chasses de Tamphithéâtre, émule et compagnon de vie des l)estiaires.
Qui docili lusu juvenum l)ene doctus harenis, Pulcher et ille fui, variis circumdatus armis» Sœpe feras lusi, medicus tamen, is quoque vixt Et comes ursaris.. ..
(3) Lettre 2.
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Après nos citations» tout cela s'explique de soi. Nous ajouterons que ceite diversité n'est point particulière au tombeau de Jovin, et qu'elle est à peu près la même dans tous les monuments semblables.
Il en est quelques-uns où le sculpteur a représenté des arbres, ou du moins des rameaux de verdure. Le nôtre est dans ce cas. On en a conclu trop légère^ ment » croyons-nous , que la scène devait se passer dans une forêt véritable. On oubliait que les Romains savaient donner aux jeux publics la couleur locale et compléter artificiellement l'effet d'une chasse ordinaire faite en pleine forêt. Tantôt un bois épais, tout rempli de bêtes fauves, s'élevait du sein de l'arène entr'ouverte et frappait d'élonnement les spectateurs, comme le raconte, avec un reste d'effroi, dans Calpur» nius, le paysan qui avait quitté son village pour aller admirer les merveilles de Rome :
Ah misert quoties nos discindentis arenas Yidimus in partes, ru plaque voragiiie terne Emersisse feras ; et eisdem saspe latebris Aurea cum croceo creverunt arbuta libro (I).
D'autres fois, comme on le voit par divers endroits de Martial et d'Athénée (2), se promenait dans le cir* que un char immense, poussé par un grand nombre d'hommes, portant tout un bois avec des rochers et des ruisseaux , avec ses bêtes et ses chasseurs :
Hepserunt scopuli , mirandaque silva cucurrit,
Quale fuisse nemus creditur Hesperidum.
Adfuit immixtum pecudum genus omne ferarum (8).
(1) GALPURifins, Eclog. 7.
(i) Liv. V, chap 5.
(3) BIaktial, lit) h epigr. 93.
f84 BEmS PBBBANT LA DOMUtATKm ROMAIHC.