‹ Reims pendant la domination romaine d'après les inscriptions avec une dissertation sur leChapitre 20 sur 51 · IN HONOREM · texte numérisé non relu

IN HONOREM

MARCELLI

On est fondé h croire que le reste était illisible»

Le dessinateur a représenté la ville à l'arrière-plan,el cette vue indiqua suffisamment que le piédestal dont nous parlons a été trouvé au nord-est de laville, du côté de Tendroit appelé depuis les Trois- Piliers.

La formule in honorent est rare dans les inscriptions; le datif est habituel^ mais naturellement réservépour les monuments consacrés aux Dieux et, par extension , aux empereurs (1) : la formule employée kidique, par conséquent, qu'il s'agit d'un personnage de moindre rang ; mais le nom de Marcellus était tellement commun, qu'il est impossible de rien pré-!ciser au sujet du personnage q,ue les Rémois avaient honoré de ce monument.

Nous avons déjà dit que le dessin porte la date de 1602; c'est apparemment aussi celle de la trouvaille.

ÎMP-CAES-FL . CONSTANTINVS- MAX AVG SEMPI

TERNVS . DïVI - CONSTANTINI • AVG - F • TOTO

ORBE VICTORIIS • SVIS • SEMPER • AG • FELICITEH,

CELEBRANDVS • THERMAS • FISGI - SVl • SVMPTV

AFVNDAMENTIS • GEPTAS AC PBRAGTAS

CIVITATI SVAE • REMORVM • PRO SOLlTiL

LIBERALITATE • LARGITVS • EST

(1) On trouve cependant fréquemment : In honorent domus dlvinœ, en l'honneur de la famille impériale. Nous en avons déjà fait connaître quelques exemples ; M. de Ring en a donné d'autres {Mémoire sur les étahlissem, romains sur le Rhin et le Danube, t.V% p. 311, 313, 318, 327, 328, 351) Il faut remarquer, touteft>is« que cette formule n'apparait pas avant Tannée ITC

t: L'empereur César Flavius Constanlinus, le grand, Tau- :gusle, rimroorlel, fils du divin Constantin Auguste, et qui doit être célébré toujours et heureusement pour ses victoires par tout l'univers, a fait faire à ses frais, commencer dès leurs fondements et achf^ver ces thermes, en faveur de sa ville de Reims^ à laquelle il a octroyé ce bienfait, suivant sa libéralité accoutumée. »

Apien, 203, 1. — <jRUTER, 178, 1. -^ Orelw, 1096.

Orelli révoque en doute que celte inscription soU b Rome, comme le dit Gruler. Elle n'aurait pu s'y Irouver, en effet, qu'après avoir été enlevée de Reims ; cela paraît évident par son lexle même, en supposant qu'elle appartint auic thermes dont elle mentionne la fondation et rachèvement. Mais ne se pourrait-il pas aussi qu'après l'achèvement des thermes, un monument commémoralif eût été élevé h Rome par les Rémois reconnaissants, et que l'inscription fût le seul reste de ce monument? Nous ne serons pas bien téméraire peut-être en émettant cette opinion , et en fopposanl à ce que nos devanciers ont dit sur le mên>e sujet.

Comme dans les villes ou la civilisation romaine avait pris tous ses développements, les Iherraes occupaient, à Reiras, le premier rang parmi les édifices publies et privés qui concouraient à son embellissement et à l'agrément de ses habitants. Elle en avait plusieurs. M. Brunette, architecte de la ville, croit avoir retrouvé les ruines de deux établissements de ce genre. Le plus étendu d'entre eux était situé, selon lui , sur l'emplacement qu'occupe le marché couvert construit en 1839; son importance suffirait

254 REIMS PBNDâNT LA DOMINATION ROMAINE.

pour expliquer Tégoul dont quelques vestiges ont été trouvés dans son voisinage, et l'aqueduc qui amenait au même endroit les eaux de la Suippe (1). D'autres thermes paraissent avoir existé à peu de distance de la cathédrale, rue du Cloître ; du moins, Taqueduc qu'on a découvert dans cet endroit semble l'indiquer (2).

L'inscription que nous venons de rapporter s'applique-t-elle à l'on de ces établissements ou à quel((ue autre dont l'emplacement est inconnu? Nous ne pouvons le dire.

Marlot parle de thermes construits à Reims, sous Constantin II : il n'a pu connaître ce fait que par la tradition, sinon par notre inscription, dont, à la vérité, il ne parle pas. Quoi qu'il en soit, l'époque où fut commencée et achevée cette construction est on ne peut plus précise, puisque le prince qui la fit exécuter ne régna que trois ans, de 337 à 340.

(t) Cet aqueduc prend les eaux de la Suippe à Jonchery, passe à côté du Grand-Saint-Hilaire, aUeint et côtoie la chaussée romaine de Reims à Verdun, monte au-dessus de la ferme de Moscou, vers les hautes terres de Prosnes, touche les Commelles et Alger, coudoie la Pompelle, remonte vers les terres de Nogent-PAbbesse, passe non loin de Cernay« entre dans Reims au-dessus de la porte Dieu- Lumière, et traverse en plusieurs directions toute la partie haute de la ville. En plusieurs endroits, les habitants du voisinage Pont mis en exploitation et en tirent des matériaux.

Voir ce qu*ont dit à son sujet MM. 1.acattr-Joltrois, dans V Annuaire de la Marne de 183i et 1837 ; Povillon, dans le même iinntiatre 1836; et L. I^aris , dans la Chronique de Champagne, I. II, p. 995.

(2) Voir Congrès seientifiquey t3« session, tenue à Reims , page S88. — Des constructions souterraines appartenant à quelques maisons de la rue de la Peirière, entre la place Royale et la rue Sainte- Marguerite, paraissent avoir la même provenance.

Au milieu des formules que l'orgueil des empereurs et la servilité des peuples accumulaient dans les monuments épigraphiques de cette époque, nous remarquerons ici un mot qui dit beaucoup sur l'état politique des Rémois. Reportons-nous aux monuments dans lesquels leur cité, ou plutôt la république dont Durocort était le centre, prenait le titre d'alliée de Rome, de confédérée avec Rome, Remorum civiias fosderata. Deux cent vingt-cinq ans environ nous séparent de ces monuments, et dans celui qui nous occupe, nous ne trouvons plus la condition indépen* dante et digne dont Reims était fière. Sans que nous sachions par quels degrés cette condition s'est amoindrie, nous devons constater qu'elle n'est plus la m^me. Nous l'avons dit^ dès le commencement du 111* siècle, l'empire n'était déjà qu'une vaste monarchie, et les habitants, décorés du nom de citoyens romains, que des sujets. Les privilèges que certaines populations avaient conservés s'effacèrent de plus en plus et disparurentmême de nom. A l'époque où nous sommes arrivés, les seuls titres dont s'enorgueillissent les cités et les citoyens sont ceux qui témoignent le plus de leur dépendance à l'égard du prince et de leur attachement pour lui. Reims, en entrant dans la condition commune , reçut-elle des princes le titre de ville impériale? Rien ne le prouve, et cela est, je dois le dire, sans exemple; mais , on le voit, l'empereur l'appelle sienne^ « civitas sua ; » à peu près comme, plus tard , les rois dirent : v Notre bonne ville de Reims. » Si c'est une distinction ou une marque d'affection, c'en est une qui ne se donne qu'à la fidélité par un maître.

»Ekifin,'il est probable que le raot civitas a déjà \t •même sens que urbs^ ville. Là où, selon loule appa^ rencc, il n'y a plus de gouvernement parliculier et que des lambeaux de libertés, la nationalilé particulière n'existe plus.

L'époque à laquelle doit être fixé ('élablissemenft des tliermes dont nous parlons fut celle de travaux importants dans la ville de Reims, s'il est vrai, comme l'opinion en a été émise par Bidet (1), que la porte Bazée et la porte de Mars lui appartiennent. Il est certain, du moins, qu'en Janvier 1752, quand on démolit l'arc alors existant de la porte Bazée pour élargir cette partie d'une rue trèsfréquentée, on trouva dans les fondations du raonu-ment des médailles du même Constantin II et de soh frère Constance. Seulement, nous remarquerons que ce n'e>t pas au séjour de Julien , comme l'a cra Bidet , qu'on peut attribuer ces grands ouvrages; et cela est c^air pour les thermes, dont la date esl précise, car Julien ne vint dans les Gaules qu'en 355.

La porte Bazée, dont nous ne parlons ici qu'incidemment, nous paraît avoir avec les thermes , doftl la fondation est constatée par notre inscription, un lien que personne n'a soupçonné et que l'on nous panlonnera d'indiquer ici.

Cette porte a été appelée aussi Collafice; c'est le nom flue lui donne le testament de saint Hemy. Nous ne re-

(1) Mémoirei pour servir à l'histoire de Reims , manuscrit de ta bil)liolhèque de Reims, V* partie, chap. II.

chercherons pas d'où il peut venir ; nous dirons seulement que rélymologie qu'on en donne ne nous paraît pas suffisamment autorisée, et qu'on ne sait ni quand il a commencé, ni quand il a cessé d'être usité (1).

Le nom de porte Bazée , dont il nous importe davantage de connaître l'origine , a varié beaucoup dans le langage des habitants.

Bergier (2) nous apprend qu'on disait autrefois Bwzeil^l (c qu'ainsi portent les anciens papiers et registres de la Ville. » Personne mieux que le savant Syndic de la Ville ne pouvait être renseigné à cet égard ; et si nous n'avons pas encore rencontré nous-même le nom de la vieille porte aiilsi écrit, nous avons vu plus d'une fois Bazel, qui en est l'équivalent (3). On trouve aussi Bazet, mais il est moins fréquent (4).

En latin, la porte s^appelait Basilicaris, La déri-

(t) Nous aiderons peut-être à déterminer le sens de ce mot, en faisant remarquer qu'il est employé deux fois dans la Chronique de Flodoard pour signifier la cotisation ou l'impôt qui se leva en France afin de satisfaire aux exigences des Normands :

« Anno 9S4 incipiente , fit exactio per Franciam pecuniie collaticiœ qua) Nortmaunis pacto pacisdarefur. »

« Anno 926, exactio pecuniœ collaticiae Nortmannis pacto pacis dandr'e publiée fit per Franciam atque Burgundiam. »

(S) Hist. des grands Chemins, liv. II, chap. XL, 9.

(3) 1262. Dépositions des témoins produits par rarchevéqne de tteims contre le roi , au sujet du droit de garde de Saint-Remy (Varin , Arch. admin., t. I, p. 853). — 1303. Arrêt de l'échevinage (op. cit„ t. II, p. 42). — 1328. Liste des héritages de la ville (op. ct(., t. II, p. 538 et 536).

(4) 1272. Lettre sur l'hommage du portage de la porte Bazei (Vabin , ArcK culmin,, t. I , p. 954). — Op, cit., l. III, p. 77. — ^ 1406 . Compte des chaussées (Archives de la ville , Domaine i liasse 24, n" 16)^ ^

vation du français Ba^eti et Bazel est évidente ; les 'noms Bazet et Bazée n'en sont que des altérations.

Voici les explications qu'on a données à ce sujet.

Les uns ont dit que c'était la porte royale ou im- 7)ériale, du grec BactA^uç ; et le nom deCésarée, que portail la voie sur laquelle elle était placée, donne une certaine apparence de vérité à cette explication, quelle que fût , d'ailleurs, l'origine du nom de Gésarée , que le chemin le dût à Agrippa qui l'aurait tracé, comme l'ont dit quelques-uns^ ou qu'il eût été fréquenté de préférence par les empereurs arrivant du midi des Gaules, pour entrer dans la ville, comme il est permis de le croire. C'est Tavis de Mabillon (1), et nous nous y rangerions volontiers, si nous pouvions expliquer comment en a pu traduire, pour la porte, le nom de royale ou impériale en langage grec ou oriental , tandis qu^on laissait à la voie un nom purement romain. Ne semble-t-il pas que toutes deux devaient avoir nom de même origine?

Ajoutez que la porte de Trêves, depuis porte Ghacre et porte Gérés , ^ été appelée aussi porte Royale (2)^ soit, disent nos historiens, parce qu'elle était plus belle et plus élevée que les autres, soit parce qu'elle servait aux entrées solennelles des princes. A ce compte, la porte Bazée n'était pas seule en possession de l'emploi, et il faut chercher une autre signi* ffication à son nom.

0) Ann. ord. S. Bèned., t. I, p. 46E.

(â) iEciDiDS Leodiensis , Yallis-AureaB monaclius, àe sancto Aîbcrto, apin] J. Chapeauville, Hisloria Sacra^ l. II.

D'aulres ont fait remonter moins haut celte dé»nomination, et, s'arrêlant à l'époque où le christianisme prit dans Reims son plus grand développement, ils ont remarqué le grand nombre d'églises ou de basiliques qui s'élevèrent alors, à peu de distance de la ville, le long de la même voie. La porte Bazée menant, en effet, aux églises les plus anciennes de la ville, l'explication satisfait de prime-abord (1). Il est vrai qu'on trouve porta Basilicarum dans une bulle d'HonoriusII, confirmative des donations faites par l'archevêque Gervais h l'abbaye de Saint-Denys, en 1067, dana une charte de 1123 et dans un diplôme de 1138, portant confirmation des mêmes biens. Enfin, nous ne dissimulerons pas qu'un village voisin de Metz, nommé Le Sablon, où l'on a retrouvé une foule de monuments antiques appartenant à l'ancienne ville gallo-romaine, s'appela longtemps Les Basiliques, à cause des nombreux temples ou églises primitives qu'il réunissait sur son territoire.

Ces explications ont prévalu faute de mieux. C'est tout ce que nous pouvons en dire, en apportant la nôtre, dont nous ne dissimulerons pas la nouveauté (2),

()) On a cru trouver dans ]<q mot Basilicaris l'explication du nom de Bacchus, que certains documents donnent sans fondement à cette porte {V. Marlot français, t. I, p. 102 ; Carbon, DitsertaU sur les arcs de triomphe, p. 19), et même l'origine du nom de Barbùtre que porte aujourd'hui l'ancienne voie Césarée (Lacourt, Marlot annoté, toc. cit.). Nous n*avons pas à discuter cette prétention .

(2) Quand nous écrivions ceci, nous nous pensions tout-à-fait en droit d'en revendiquer l'invention. Nous avons rencontré depuis la même idée émise, mais non discutée, dans un article de VAlmanach de Reims de 1Î73, page 71. L'autorité de l'abbé Hillet,

sans prétendre assurément que ce lui soit un litre à l'assentiment des érudits : aussi alions-nous essayer de la justifier.

L'Itinéraire d'Ântonin trace ainsi qu'il suit le chemin de Durocort (Reims) à Divodurum (Metz), par Virodûnum (Verdun).

Basilia .... M. P. X,

Axuenna . . . . . . XH,

Virodûnum XVII, etc.

9 Quant aux noms des villes et autres lieux mentionnez es dit chemin, dit Bergier (4), il est bien difficile de déterminer maintenant quels ils sont, ny où précisément ils sont assis, à raison des noms gaulois fort changez et altérez par les Latins et de la longueur des siècles qui en a ruiné les uns et construit les autres de nouveau. Phil. Gluverius(2jprend le nom de Basilia pour la rivière de Suippe, et d'Axuena pour celle d'Aixtie,... Je croirois que Basilia est le nom de quelque place à présent À nous inconnue. »

Cluverius, on le sait, est le premier qui ait donné à la géographie une forme méthodique ; plus complet que Ortelius et Mercator, il est aussi plus exact.

C'est à tort, selon nous, que Bergier lui reproche ici de donner à deux rivières des noms qui lui semblent appartenir à des villes seulement. Et d'abord, en ce qui concerne Aûcmnna^ rien n'est plus facile

auteur de l'article , est, pour nouSi uq motif de plus de tenir à cette opinion .

(1) Loco cit.

(«j Introduction d la Géographie,

à démontrer, ou plutôt tout le monde est d'accord , que ce nom n'est pas autre chose que celui de la rivière Axona^ et que les deux localités du pays rémois qui le portent ne l'ont reçu qu'à cause du passage qu'elles occupaient sur l'Aisne aux points de rencontre des voies romaines avec celte rivière.

Lé même raisonnement peut se faire pour Bàsilia r l'analogie semble^ du moins, autoriser à donner ce nom , comme Ta fait Cluverius, à la rivière que rencontre la voie de Reims à Metz, à la distance marquée par l'Itinéraire, en même temps qu'à la station qui marquait le passage de la rivière en cet endroit.

Je sais bien que le nom de Suippc, Sopia^ Suppia^ Suippia y est très-ancien , puisqu'qn le trouve dans Flodoard. Mais tout ce que démontre le témoignage de cet historien, c'est que, de son temps , la Suippe avait le nom qu'elle porte aujourd'hui ; il ne prouve pas que ce nom remonte à une plus haute antiquité et qu'il n'a pas remplacé un plus ancien. Flodoard , puisque nous le citons ici, contient plus d'un exemple de localités , de rivières, dont le nom ne remontait qu'à une époque assez rapprochée de lui : prétendrait-on qu'avant ce nom, dont il indique l'origine , ces localités, ces rivières n'en portaient aucune Ainsi, le nom de Suippe a pu remplacer pour la rivière , à une époque que Ton ignore, celui de Basilia. Au surplus, si Cluverius a le tort d'être le seul qui donne ce dernier à la Suippe , quelles sont les autorités de valeur qu'on lui opposera ? Par autorités , j'entends des géographes , dont le travail a ses éléments dans les historiens , mais offre des garanties d'exactitude

qu'un historien pris à part ne peut présenter; et à défaut d'anciens , il fout bien recourir aux modernes. Croira-t-on de préférence A. de Valois? Sur le point qui nous occupe, c'est à peine s'il a lu attentivement . Cluverius avant d'en parler ; il lui impute , par exemple, de donner ce nom de Basilia à la Vesle, et c'est bien à tort, comme on le voit par ce que dit Bergier et comme on peut le reconnaître en jetant les yeux sur la carte de Cluverius.

D'Anville ne doit pas nous arrêter plus que Valois ; il s'égare , comme lui , sur celle roule de Reims à Metz, et, faute d'en suivre pas à pas la véritable direction, il indique en tâtonnant les différentes stations de l'Itinéraire, plaçant, d'une part, à La Neuville-au- Pont Axuenna , que Valois avait mis encore plus étourdiment à Sainle-Menehould , et, de l'autre, Basilia à Baconnes, village situé sur le chemin actuel de Reims à Suippe , entre la voie de Melz dont nous parlons et celle qui se dirige vers Fanum Minervœ (1); puis il s'étonne de ne pas trouver entre ces points les distances indiquées, et il s'en prend à l'Itinéraire de ces inexactitudes. On ne peut être plus naïf.

Après les travaux du dépôt de la guerre, rien n'est plus facile qu'une pareille recherche ; la voie romaine est, aujourd'hui, connue dans toute son étendue; il n'y a plus de doutes possibles sur la position à donner aux stations, et les distances indiquées par l'Itinéraire sont celles que fournit la mesure du tracé entre cha-

(1 ) Probablement La Cheppe ; certainement pas Suippe, comme l^indique D. Cajot dans les Antiquitét de Metz..

eune d'elles , en les plaçant précisément au passage du chemin sur les deux rivières.

Gomment pourrions-nous douter ^ d'ailleurs , que- Vienne-la-Yille fût bien Âxuenna, quand nous trouvons dans rénumération des offices claustraux du Fouillé ou Codex triennalis du diocèse de Reims , en 1346 : € Prior de ÏJnxona; > dans un autre Fouillé que M. Varin place entre 1303 et 131 2 : « Parochia de Viaxona; o et en 1351, des lettres de J. Lempereur, gruyer de Champagne, portant maintenue, en faveur des habitants de Viamie, d'un droit d'usage en certains bois?

Four Basilia, nous n'aurons pas les mêmes preuves matérielles; celte ville a disparu, et tout ce que nous en savons, c'est qu'elle a existé, et qu'elle n'a pu exister ailleurs que là où nous la plaçons : non pas à Baconnes, comme le veut d'Anville, ni à Vaudesincourt, comme le veut Dom Cajot, pas même à Auberive, comme l'indique Valois, ni au Grand-Saintr Hilaire, comme l'a écrit M. Walckenaer, mais entre ces deux dernières localités, à une demi-lieue au-dessous d'Auberive.

Cela posé, n'est-il pas naturel de penser que la porte située en face de Basilia, et y conduisant, avait pris son nom, quand on le retrouve a peine altéré dans ceux de Bazeil et Bazel que cette porte a longtemps conservés, de même que la ville si connue de^ Basle, Basilia Rauracorum, s'est appelée vulgairement Basil ou Basel ?

Ne savons-nous pas, du reste, qu'une autre portede notre ville, celle de l'est, portait le nom de Trêves, où elle mBnaity et s'appelait porta Treverical Et si

Ton nous objecte que Basilia n'était pas h comparer à Trêves pour Timporlance, puisqu'elle a disparu, qu'ainsi il est douteux qu'une porte de Reims ait pris son nom y nous rappellerons que Bibrax, ville importante du pays rémois (1), a disparu aussi présumablement, puisqu'on ne sait où la placer ; enfin, les noms de Bétbeny et de Cernay, donnés à deux portes récemment construites, répondront pour nous à ceux qui ne comprennent pas qu'on donne à une porte le nom d'une localité de mince importance.

Un mot encore, pour finir, de l'aqueduc et des thermes qui ont amené celte digression. On a déjà soupçonné, sans en avoir de preuves, que ce même aqueduc alimentait les thermes de Constantin II au moyen des eaux de la Suippe, Cette conjecture devient plus probable, si je ne m'abuse, après les réflexions que je viens d'exposer, et il est présumable que les thermes, la porte et l'aqueduc sont du même temps.

(I) Beaucoup de savants qui se sont occupés de Bibrax l'ont considérée à tort comme un simple lieu fortifié. Son nom, aujourd'hui altéré ou perdu, s'est conservé assez longtemps: on a un diplôme de Ghilpéric I** daté de cette ville en 562. (Pabdjessitv ùiphmata, chartœit leges, t. I, p. 122.)

INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES

De ce nombre sont les n^s 8 (sénateur , dont le nom n'est pas connu), H (M. Âurelius Primus, vétéran de la li*^ légion Minervienne , et C. Modestinus Peregrinus, son compagnon), 12 (Lie. Aeliccius, vêlé- ran de la l^e légion Adjulrice, et sa femme) , 13 (Flavius Crescens, cavalier vexillaire des Bretons), 44 (Samorix, cavalier de Taile Longinienne) , 15 (Jovin), 18 (C. Lalinus Reginus, fabricant de saies) , que nous avons étudiés ailleurs , suivant la nature des renseignements que nous y avons trouvés sur l'histoire du pays. Nous réunissons dans ce chapitre celles qui ne présentent aucune particularité de ce genre.

SILVINVS

PRIMITIVAE

GONIVGI-I-P

( hlivs Silvinvs primitivae conjvgi ipse fosvit > ou « ^vssiii pont. »

Baugier, Mémoires histor. de Champagne j t. I. p. 31K — Almanach de Reimt, 1173, p. 80. — Povillon-Piérard,.

266 REIMS PENDilNT LA DOMINATION ROMAINE.

Descript. de Saint-Nicaise. — Lacattk-Joltrois , Topographie y p. 353.

Cette inscription occupait une pierre longue de 4 à 5 pieds , qui fut trouvée , en 1686, par un laboureur^ dans le voisinage du chevet de l'église de Saint- Nicaise, proche des remparts et de Tancienne voie Césarée.

La pierre recouvrait une urne en terre cuite autour de laquelle étaient , dit-on , des caractères grecs , ei plus bas des ossements humains, de grands clous et une seconde urne contenant des cendres.

Des corps percés de grands clous au front, aux tempes et aux coudes avaient été déjà trouvés en 4640 et 1650, dans le même endroit à peu près; on en trouva encore de semblables en 1719 , dans un champ près du moulin du faubourg Gérés , non loin du chemin romain de la porte de Trêves ; en 1769 et 1777, rue des Martyrs ; en 1796, rue Saint-Sixte; en 1829, rue du Grand-Cerf. Plusieurs de ces cadavres avaient une chaîne de fer au cou. Tout porte à croire que c'élaienl des suppliciés. Doit-on en faire des martyrs? Ce n'est pas Topinion de D. Marlot, du moins il n'ose pas se prononcer à cet égard. Nous imiterons sa réserve.

Pour revenir à Tinscription qui a donné occasion à cette digression, elle ne contient pas le nom de la première épouse à laquelle Julius Silvinus a élevé ce monument funèbre. Sa contexture, toutefois, ne permet pas de penser qu'elle soit incomplète.

M. Lacatte, aux manuscrits de qui nous empruntons

INSCRIPTIONS FUNERAIRES

sa rédaclion, dit que les urnes funéraires devinrenl la propriété du chanoine Lacourt , et que l'inscription , d'abord perdue, puis retrouvée en Septembre 4818, en dénQolissant le parapet du déversoir de la papeterie, fut transportée, sur sa demande, à THôtel-de-Ville.

Ce monument a échappé jusqu'ici à toutes nos recherches : nous croyons qu'il a été détruit.

DET-MEHORIA VRBICO- ET SA

NATIAESECCVL

EIÏVS-ETVRBIC

IVLIAEMINNA

AVVA- MATER FIL

IS . EIIVS - VIW.

Mmée de Reims.

Nous réunissons ici deux fragments dont les empreintes en plâtre sont aa musée, et qui sembleni se

compléter l'un par l'autre. Ils proviennent tous deux des travaux qui ont été exécutés en 4852, pour achever de dégager l'arc de la porte de Mars du côté de la ville (1). Ils sont en pierre de Varennes, et ont pu former des assises superposées d'un même monument.

Le vide qui se voit au bas de la première ne s'explique pas facilement avec cette disposition. Car il y a 14 centimètres entre la dernière ligne et le joint, et il était très-possible de tracer une ligne de plus sur la même pierre. Mais, en prenant isolément la pierre principale, on ne peut non plus supposer l'inscription complète avec quelque formule abrégée, telle que : Filii ou Uaeredes Vosuerunt ; de plus, le mot Minna^iae n'est pas terminé, et même, abrégé, il aurait à peu près rempli à lui tout seul ce qui paraît rester de longueur à la ligne.

Nous aimons mieux supposer que la dernière ligne a disparu sous la boucharde ou le marteau, et nous ne voyons rien qui empêche d'admettre celte supposition, surtout si Ton considère que cette pierre, comme toutes les autres que nous avons pu recueillir à Reims, a fait partie des matériaux employés dans la construction du Château-de-Mars , et peut-être , auparavant, dans celle des murs de la ville. La gravure des lettres n'a pas assez de profondeur pour qu'il en soit resté des traces après une retouche.

Nous devons ajouter encore : 1® que les lettres ont la même forme, la même hauteur et la même pro-

(1) Les n*' 9, 83« 24 et 27 ont la même provenanct.

INSGRIPTIOnS FUNÉRAIRES. 969

fondeur; 2o que, placées à peu près en alignement, à gauche, avec les letlres de la première partie, les lignes de la seconde finissent où finiraient celles de la première.

Ceci posé, il ne reste plus qu'à expliquer notre inscription et à la compléter, s'il est possible.

La place que devait occuper le sigle M, à Textrémité de la première ligne, indique des limites assez restreintes ; néanmoins, il est difficile de compléter les mots interrompus : c'est donc un peu au hasard que nous hasardons la leçon et la traduction qui suivent :

ÏHis Manibvs et mémorial || Vrbico et Sa . . . filiae \\ Solini coniv^* |I Vrbicio Vrbicoé Mi [| natiae Seccvleto filio jj

eiivs et Vri)ico || Ivliae Hinna^io^ Minnaiiae Noctvr-

nae \\ avva mater fil || lis eiivs viva || posvit.

c A Urbicus et à Sa , fille de Solin, sa femme; à Urbi-^

cius , à Urbica Minatia , à Secculeius , son fils , et à Urbicus, fils de Julia Hinnatia ; à Minnatia Nocturna ; leur aïeule et ^nère , de son vivant, t^

C'est donc une femme qui, survivant à ses enfants et petits-enfants, leur consacre ua monument comiiun. Cette femme ne se nomme pas, à moins que ^on nom ne soit le dernier, Nocturna. Urbicus, apparemment, était son fils. Ce nom est fréquent dans les inscriptions ; Gruter môme en donne une qui réunit, comme la nôtre, à ce nom ceux d'Urbicius et

d'Urbicia (1). Le petit mol commençant par SA, à la seconde ligne, est difficile à déterminer; il fallait qu'il fût très-court. Quant au premier Afma^ta ^ je crois qu'on peut l'inférer du second, et de même pour le dernier.

Enfin, quoique ces dispositions soient assez communes, nous remarquerons le redoublement du V dans AVVA, celui de FI dans EIIVS, et la réunion du deuxième V, dans VIVA, avec l'A qui le suit.

Le bloc principal a 75 centimètres de longueur sur 73 de largeur, et 1 mèlre 10 centimètres d'épaisseur. Celui de la seconde assise porte 93 centimètres de longueur sur 38 de hauteur et 92 d'épaisseur.

Les lettres ont 80 millimètres h la première et à la deuxième ligne, 70 a la deuxième, 60 environ pour tout le reste. La gravure en est médiocre d'âge et de soin.

(f ) Page 70, D* i. On a trouvé ce nom, jusque sur les lx>rcl8 da Necker, dans Tinscription d'un autel élevé par un marinier ainsi appelé au génie des nautœ, pro sainte imperatoris. M. de Ring pense que cette compagnie de mariniers était des Roîens, repoussés jusque là après leur défaite par César. {Etablissementi romains du HMn et du Danube, t. I, p. 254.)

INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES

(M///V E V s ^///l//lll//l • BITTIEM

ET ISSAE

G E N S R I N ï - CONIV

Musée de ïieims.

II n'y a pas non plus grand parti 'à tirer de ce Tragment^ auquel manquent le haut, le bas et le côté gauche. Nous y remarquerons seulement le nom propre Bittiemius, qui est peu commun , mais qui a des analogues dans Gruter; de plus , les deux lettres du mol ET de la dernière ligne y sont réunies.

La gravure est de bonne époque ; les lellres ont 70 millimètres aux lignes 1 et 2, 65 aux lignes 3 et 4.

La pierre a 77 centimètres de longueur sur 35 de hauteur.

â72 REINS PENDANT LA DOMINATION ROMAINE.

ET - MEMORI OLI . CONTVA OD . EST . SVP IPT VM . MI • IVGI . KARE - I TIS - PIENTISS- VIVS . MONI POSVI lE

Fig. i3.

D. M- Il et memoriae... || Oli... Contvanao qv \\ od est sup^ imposiiym mihi con \\ ivgi kareie meri \\ tis^îmo^ pien-» Wssimae || vivt's tnonimentum || posvi ipse. . . .

c Aux Dieux Mânes et à ]a mémoire de Oli. . . Contuaria ; comme le soin m'en avait été laissé , j*ai , de mon vivant , moi-même élevé et dédié ce monument à mon épouse chérie^ très-méritante, très-pieuse. »

Musée de ReimÈ^

Les sigles D\ M.^ avec oU àakis le signe de Yasciaj devaient occuper le haut de Tinscription. La droite

INSCRIPTIONS FUNÉRA IRES . 273

porte les traces d'un double encadrement linéaire, avec deux ornements en creux, peut-être originairement remplis par des bronzes, et qui semblent être des nvoiliés de feuilles de lierre. On sait que cette feuille est fréquente dans les monuments funéraires.

A en juger par la place occupée par les mots ET MEMORIAE et par les encadrenyents de la gauche, il manque à droite environ le tiers de la largeur.

Réduite à <^es dimensions , Tinscription peut se compléter à peu prés au moyen d'un petit nombre de suppositions. J'avoue cependant que la teçon que J'adopte n'est pas sans difficultés. Des limites aussi étroites ne permettent guère de trouver un prénom qui satisfasse, au moyen des seules lettres OLI, dont le commencement fait défaut, et. dont la fin se trouve supprimée par abréviation. Il en est de même du mot suivant, dont la fin a dispam avec les deux premières lettres de qvod. Je n'ai pas de moindres doutes sur la quatrième ligne. J*ai supposé que la première lettre était un I ; cependant elle parait ue termiijer supérieurement par un T, dont la tête serait très-resserrée. Les trois lignes qui suivent s'arrangent assez bien du sens que j'ai donné ; en tout état de cause , elles ne peuvent faire difficulté. Le dernier mot m'a paru douteux ; on lit aussi bien lE que IP; mais là, comme à la quatrième ligne, il pourrait se faire que la pioche eût modifié l'état primitif des lettres.

D'après mes conjectures, le mari qui élève ce monument ne se nomme pas. Le nom que j'ai donné à la femme semble dériver de conluSy longue perche, croc, rame, javelot, et pourrait indiquer

TexercJce d'un métier Xel que la fabrication ou la vente de ces objets (1).

Le fragment porte 72 centimètres sur 90 de face et 92 d'épaisseur; il est, comme les précédents, en pierre du département de TÂisne. La gravure est d'une époque de décadence avancée. Les lettres ont 70 millimètres aux sept premières ii^nesi, et 60 à U ^lernière.

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