‹ Reims pendant la domination romaine d'après les inscriptions avec une dissertation sur leChapitre 29 sur 51 · H. MARQUE SUR VERRE · texte numérisé non relu

H. MARQUE SUR VERRE

HILA RI ATYLAR

Les marques sur verre sont fort rares ; nous n'en avons qu'une seule. Elle est inscrite en relier à la base d*une bouteille étroite , de forme carrée, à long col, dont nos figures 16etl7 reproduisent la silhouette et le fond. Celle bouteille a été trouvée, avec d'autres vases de verre ou d'argile, dans une sépulture , à Clairmarais, près Reims, lors de l'établissement de la filature de M. StelT. Elle a 18 centimètres de hauteur, et sa base 35 millimètres de côté. Celte base est légèrement concave ; par sa forme et par l'inscription qu'elle porte, il est facile de voir que la bouteille a été coulée dans un moule. Les lettres, sans être d'une époque très-avancée , sont peu régulières. Elles doivent être lues à rebours. Quant au sens qu'elles présentent , voici ce que nous trouvons.

Ce nom Firmus qui la commence se verra toul-àrheure sur une poterie sans caractère particulier; il a été relevé déjà sur un tesson recueilli dans l'emplacement du palais d'Albâtre, à Soissons (1) , et il y est accompagné de l'abréviation OF, pour officina. Donc nous aurions mauvaise grâce de prétendre a priori

(1) Bulletin de la Société nrehéolog. de Soistom, t. IX, mémoire de M. delà Prairie.

MARQUES DE FADRIQUE. 29 i

qu'il n'est pas celui d'un artisan , du verrier qui a soufflé ou jeté en moule cette bouteille , quand même nous aurions déjà vu un médecin de ce nom. Mais» — singulier effet d'un contraste que nous n'avons pas cherché, — le surnom Severus du médecin Firmus que nous quittons , mis en présence du mot Hilaris , surnom d'un autre Firmus , nous donne à réfléchir plus que nous ne nous y attendions d'abord ; et nous rappelant qu'on a trouvé des vases revêtus d'une marque qui indique leur contenu (1)^ nous nous demandons si notre fiole n'est pas du même genre , si l'inscription qu'elle porte n'annonce pas aussi une préparation médicale. De la sorte , nous aurions ici y d'une part, quelque chose du médecin Tant-Pis y ei de l'autre, quelque chose du médecin TarU-Mietix. La rencontre est assez piquante pour qu'on nous per* mette de la signaler.

A son tour, la dernière ligne de l'inscription nous attire par sa physionomie grecque, et, hâtons-nou5 de le dire, cette physionomie ne sera pas trompeuse.

De prime-abord, on pourrait croire que Atylar^ complété d'un e, est un mot grec latinisé, comme il y en a tant dans les livres des médecins latins, et qu'il signifie ici : non durciy liquide (de a et tuXoo)). On aurait alors le < remède liquide de Firmus Hilaris,i> comme il y a chez nous Veau de Cologne, Veau de Botot, etc. Mais, en y regardant de plus près, il est facile de voir que cette traduction manque d'exactitude; et, d'ailleurs, les médecins grecs ont une

(1) Gatlus , Ru. d'antiquitéê , t. VU , pi. 74 ; TôGHOir, op. ftl., pi. 1.

expression consacrée pour ces sories de compositions : Oribase, qui distingue les collyres secs cl les collyres humides, nomme ces derniers vyp(xi{\). Gallien se chargera de nous renseigner plus pleinement sur l'objet de noire recherche. Enumérant les diverses affections dont l'œil peut souffrir, il dit: « Inleriores palpebrarum parles infestant aspriludo , crassilies, sycosis, tylosis, etc. » Puis, précisant chacune d'elles, il ajoute: « Tylosis est, cum palpebrisaspritudines ex seneclule crassiores , albiores, et parum sensilcs extilerinl, eoque minus deleri possunt (2). » A son tour, le médecin Severus, dans Aétius (3), la définit ainsi : « Tylosis aspriludo est diulurna, induralas et callosas insequalitales habens. ^ Ainsi, la tylosis esl la même chose que Vaspritudo, mais aggravée parce qu'elle esl invétérée ; elle consiste dans la présence de durillons à l'intérieur des paupières. Naturellement, celle affection a ses degrés ; celte callosité, TuXoç, TuX/3 ou Tui&3/jia, est plus ou moins épaisse ; elle peut être légère encore , peu épaisse ou naissante , apaia : Avn zvlcùdig apaïaç^ « contre la lylosis naissante, D voilà ce que nous parait signifier la partie de notre inscription que nous éludions , et renonciation abrégée des propriétés du collyre contenu dans notre fiole. Nous le nommerons donc ainsi qu'il suit :

(1) CollBction médicale, liv. \, 23.

(i) Introductio seu Medicus, cap. 15, de ocaloram affectibus. Traduction de René Chartier. (Lutet. Paris., ap. Andr. Pralard, 1679, in -^.)

(3) Sermo VIL 43.

<r Collyre de Firmus Hilaris contre les callosités naissantes de l'œiL o

Si celle explicalion salisfail , comme nous l'espérons , noire fiole de verre ne peut manquer de piquer la curiosité des personnes qui s'intéressent aux cachets d'oculistes, et à qui manquaient, jusqu'ici, les fioles pharmaceutiques en verre.

Quoique notre petite inscription soit placée en sens inverse, nous ne pensons pas qu'elle ait été destinée à timbrer des remèdes. A la rigueur, le verre est aussi propre qu'un aulre corps dur à former des empreintes sur des matières molles; cependant, par sa nature et par suite d'un premier moulage, il présente lui-même une empreinte dont la netteté n'approche pas de celle (|u'on obtient par la gravure sur pierre ou sur métal. Pourquoi, d'ailleurs, choisir une bouteille pour servir de matrice? Cela ne se comprendrait qu'en admettant que cette même bouteille aurait été pour le pharmacien d'un usage habituel , à cause de son contenu. Une telle supposition mène évidemment trop loin. 11 nous parait plus naturel de penser qu'il en était de notre bouteille comme des quelques vases à éliqueltes pharmaceutiques que nous avons cités pour exemples. L'inscription indiquait le contenu du vase; et quant à la position inverse de cette inscription, il faut l'attribuer à la maladresse qu'on avait eue de la tracer dans le vrai sens , dans le moule destiné à recevoir le verre en fusion.

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