CHAPITRE XV11I
Quartier Sainl-Hilaire. — Rues de FAvant-Garde, — de TEchauderie, — Saint-Hilaire, — du Gimetière-Saint- Hilaire, — du Temple, — Lipguefc, — de Sedan, — de Coucv.
agnons T extrémité de la rue Rogier et nous entrons dans la rue de T Avant-Garde ; elle mène du côté des fortifications qui défendaient la porte Cérès ; on nommait jadis à Reims avant-garde, des travaux avancés placés devant les entrées de la ville. Notre rue a fini par imposer son nom à celle du Marché-à-la-Laine. L'îlot de maisons encadré aujourd'hui entre les rues Rogier, Legendre, de Monsieur et de T Avant-Garde, était une place vide où se tenait
e marché aux laines ; là de temps immémorial té-
naient s'approvisionner les maîtres sergiers et drapiers.
Lorsque en 1359 l'arrivée des Anglais força les Rémois à raser les maisons élevées hors des remparts, on fut contraint de détruire le faubourg Cérès. Ses habitants se réfugièrent en ville et obtinrent comme indemnité la permission de se bâtir des maisons sur la place du Marché-aux-Laines : ils laissèrent autour de cette petite colonie une rue qui devint remplacement du marché. Une des quatre faces de ce quarrel avait dans l'origine le nom de rue Saint-Jean; les réfugiés retournèrent plus tard habiter leur faubourg. Leur départ comme leur arrivée ne changea pas la destination du quartier. Quand, en 1592, le faubourg Cérès fut de nouveau détruit par la Ligue, les habitants demandèrent la permission de se réfugier dans les maisons du Marché-à-la-Laine , et même d'en bâtir de nouvelles sur les emplacements disponibles. Les possesseurs du quartier s'opposèrent à leur requête, mais ils finirent par voir leur résistance condamnée, et les habitants du faubourg, en payant de légers droits , purent se fixer aux lieux où leurs pères avaient déjà reçu l'hospitalité.
La rue de l' Avant-Garde nous conduit à celle de l'Echauderie. Au moyen-âge, la fabrique des échaudés n'était pas peu importante, et les maistres échaudéeurs allaient de pair avec les autres industriels. Alors il n'y avait pas plus de bonnes fêtes sans échaudés qu'il n'y en a aujourd'hui sans gendarmes !
Au coin de la rue de l'Echauderie nous trouvons la rue Saint-Hilaire. Elle aboutit aujourd'hui aux remparts. Jadis elle menait à l'église dont elle a pris le nom.
Nous avons vu que la première église Saint-Hilaire, celle qui est désignée dans le testament de Saint Rémi, existait hors de la porte de Mars et fut détruite lors du siège de 1359. Il s'en trouvait une autre du même nom dans l'intérieur de la ville et au bout de la rue où nous arrivons. On a pensé qu'elle avait été élevée par Jean de Craon en 1362 : cela n'est pas. Cette basilique est nettement désignée dans le livre de la Taille de 1328. On y lit : « C'est le quarrel devant Saint-Hilaire, entre la rue Saint-Hilaire et rue de Montienglon. » On indique la position du presbytère et les propriétés des chartriers de Saint-Hilaire à quelques pas de là. Que Jean de Craon, pour réparer la démolition de l'église placée près de la porte de Mars, ait restauré, embelli celle dont s'agit, cela nous paraît très-vraisemblable ; mais l'antique édifice que nous allons décrire remontait à une époque bien plus reculée. Flodoard la désigne avec précision en rapportant un miracle qui y fut opéré de son temps. Et l'ancienne basilique était certainement antérieure à l'époque ogivale.
Le portail de l'église était pauvre de sculpture : une porte carrée surmontée d'une petite rosace, trois verrières placées dans la partie supérieure com-
posaient sa décoration. A droite du portail s1 élevait une tour carrée assez haute, éclairée à l'intérieur par cinq étages de petites fenêtres ; dans la partie inférieure était une porte qui donnait dans l'un des bas-côtés. Dans le haut était un toit à mansardes, surmonté d'un clocheton aigu renfermant le timbre de l'horloge. Sur le chevet de l'église s'élevait un clocher construit tout en bois, léger et hardi ; il s'élançait au milieu de quatre aiguilles de pierre, et renfermait quatre cloches ; deux fenêtres allongées, ouvertes sur chaque face, donnaient sur l'intérieur. La nef était plus basse et moins ornée de sculptures que le chœur ; les basses-nefs étaient couronnées par une rangée de petits toits au nombre de six de chaque côté ; entre chacun s'élevait un arc-boutant. Une fenêtre éclairait chaque maisonnette.
La porte principale de l'église ouvrait sur la rue du Cimetière. Une autre entrée donnant sur la rue Saint-Hilaire conduisait à une des nefs latérales. Rien n'était irrégulier comme l'ensemble de cet édifice. Il y avait dans les bas-côtés diverses chapelles : on en comptait trois dans l'abside et une de chaque côté du chœur. Cette église n'était pas l'œuvre d'un seul architecte , le monument d'une époque : tous les siècles y avaient mis leur cachet. On la faisait remonter jusqu'à l'époque romaine, et on la croyait assise sur les fondations d'un temple. Nous croyons peu à cette tradition. Flodoard, qui parle de notre église, n'en dit rien. Il la désigne même comme plus nouvelle que celle de la porte Mars.
Au surplus, en 1515, on avait élargi le portail de l'église ; un peu après on refaisait ses voûtes. En 1720, on démolissait la vieille tour qui remontait peut-être à F époque romane. De 1719 à 1731 on reconstruisait le chœur.
Les chanoines de Notre-Dame, curés primitifs de la paroisse, présentaient à la cure. Il y avait à Saint- Hilaire une confrérie de l'Adoration perpétuelle de Jésus-Christ au très-saint Sacrement de l'Autel , érigée en 1684 sous Innocent XI. C'est là qu'en 1619 fut baptisé le grand Colbert. Ce souvenir authentique aurait dû sauver l'église : elle fut détruite en 1791. Des jardins la remplacèrent. Les murs qui les entourèrent étaient en partie ceux du vieux monument. On voulut anéantir jusqu'à son nom , et la rue qui l'avait pris devint celle de la Gloire.
La rue du Cimetière-Saint-Hilaire devint la rue de l'Immortalité en 1793.
Au bas de la rue Saint-Hilaire et à la suite de celle de l'Echauderie nous trouvons la rue du Temple ; elle doit son nom à l'établissement religieux qui y subsista jusqu'en 1793. On n'est pas fixé d'une manière bien positive sur la date à laquelle fut construite la première église qui s'éleva sur son emplacement. Voici ce que racontent nos chroniques : Saint Rémi célébrait l'office divin à Saint-Agricole (depuis Saint-Nicaise) , lorsqu'on vint le prévenir qu'un horrible incendie ravageaitla ville de Reims. Il quitte l'autel , descend à la hâte
les marches qui précèdent l'entrée de l'église où il officiait, et se hâte de courir au secours de la cité dont il est père; il invoque le Seigneur, et l'incendie recule devant lui ; le génie du mal est vaincu : le feu, réduit à un globe de flamme, fuit devant le saint prélat et sort de la ville par une porte qui se trouvait alors entre la porte de Mars et celle de Cérès. Ce passage étroit ne se fermait jamais; la garde en était facile et, même en temps de guerre, on le laissait ouvert pour faciliter l'entrée des approvisionnements ; aussi le nommait-on porta Païens (1). Saint Rémi, depuis le jour du miracle opéré par le Très-Haut, ne voulut plus qu'elle s'ouvrît, la fit murer et lança les foudres de l'église contre quiconque tenterait de s'y frayer un passage. Flodoard raconte qu'un bourgeois de Reims, nommé Fortin, n'ayant pas respecté la défense du saint évêqûe, vit périr dans l'année sa famille et ses bestiaux, et mourut bientôt lui-même, frappé de l'anathême.
On montrait au portail du Temple, à celui de Saint-Remi, et à la petite porte de Saint-Pierre-le- Vieil, des pierres enlevées aux degrés de Saint-Nicaise, sur lesquelles Dieu avait permis que les pas de l'homme qui allait sauver Reims en son nom , restassent empreints.
(1) Celte porte ouvrait sur un chemin qui finissait par rejoindre'cclui de Trêves.
La tradition rapporte que Saint Rémi éleva sur le sol où le miracle s'était opéré une église qu'il dédia à Saint Martin et à tous les confesseurs. Dans son testament, il parle bien et du miracle et de la basilique qu'il éleva pour en perpétuer le souvenir, mais il n'indique le lieu où il la plaça que par les mots : infrà urbem. Cette désignation n'a pas paru suffisante à tout le monde. Ce qu'il y a de certain, c'est que le monument qui rappelait le miracle devait être près du lieu où il arriva. Or, la porte connue sous le nom de porta Patens était près du Temple. De plus, une plaque de marbre noir placée au portail de l'église racontait en vers latins le prodige que nous racontons et la construction de l'église qui en fut le monument. Ainsi, la tradition , non-seulement parlait, mais elle écrivait, et personne ne réclamait : il est donc probable qu'elle disait vrai.
Quoiqu'il en soit, il est certain que de temps immémorial il y eut une église sur l'emplacement du Temple. En 1040, elle tombait en ruines. Un chanoine de Notre-Dame de Reims, doyen du Chapitre et nommé Constant , la répara et la plaça sous l'invocation de la Sainte-Trinité. Il releva le portail , fonda quatre prébendes pour fixer dans cette église quatre ecclésiastiques. Un de ses neveux en créa six autres. Cette église fut donnée aux Templiers , en 1170, par le Chapitre de Notre-Dame , du consentement de l'archevêque Henri de France. Il paraît cependant que les canonicats de la Trinité furent