‹ ReimsChapitre 20 sur 43 · iO · texte numérisé non relu

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exceptés de la donation. Lacourt a vu des actes émanés des chanoines, datés du xme siècle. Après les chevaliers du Temple , l'église passa à Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui s'en mit en possession en 1511, et la conserva jusqu'en 1790. A cette époque elle était desservie par deux religieux, et la commanderie valait près de 10,000 livres de rente. En 1792 , les bâtiments furent vendus et détruits presque en totalité. Les maisons qui portent sur la rue du Temple les nos 15 et 17 ont remplacé Tantique église et ses dépendances.

L'église avait la forme d'une croix , le chœur était presque aussi long que la nef. Le transept était à peu près aussi considérable. L'abside et le transept se terminaient carrément. La nef était plus large que les trois autres branches de la croix. Ses piliers n'avaient pas de chapiteaux ; les arcades qu'ils soutenaient étaient à plein-cintre. L'abside s'inclinait vers l'Orient, au point que du milieu du portail on ne pouvait voir le fond du chœur.

Dans l'église était un groupe de statues que l'acquéreur de Téghse , M. Lemoine , fit transporter à Saint-Remi. C'était une descente du Christ au tombeau. Elle était assise entre le maître-autel et une chapelle qui terminait T abside.

La commanderie étendait sa juridiction sur les terrains compris entre les remparts, les rues Cana, du Temple, et une partie de la rue Linguet, connue sous le nom de la rue des Bouchers. Son titulaire

aurait une vaste habitation et des jardins assez considérables à côté de l'église.

Dans tous les temps on considéra le Temple comme un terrain neutre et indépendant, et le peuple avait adopté la grande salle de la commanderie pour y faire les élections des échevins et plus tard celles des conseillers de ville.

Sur la place qui précédait Féglise, nous avons vu une fontaine qui prenait le nom de fontaine du Temple. Avant 1792, au milieu de cette place et devant le portail de Féglise , s'élevaient deux gracieux obélisques de pierre : le plus grand était assis sur quatre lions de bronze ; il était surmonté d'une croix de Malte du même métal, ciselée à jour et posée sur un globe de cuivre. îl avait été élevé par le commandeur Bellotte , le même qui répara l'église en 1675 ; il remplaçait une ancienne croix indiquée sur le plan de 1665 , et remontant aux temps les plus reculés. Une tradition vague prétendait qu'il marquait le lieu du miracle opéré par Saint Rémi , ou l'emplacement occupé par l'église qu'il éleva : il est plus probable qu'il était simplement le signe protecteur du cimetière des anciens chanoines de l'église de la Trinité, et des chevaliers qui leur succédèrent : il était devant l'église. Le temps avait fini par niveler ce terrain, dar\s lequel on n'inhumait plus personne, et le dimanche qui suivait la fête de Saint-Georges on y tenait une foire connue sous le nom du Saint-

2i2 Guerrier. L'église renfermait dans sa croisée droite un puits placé sous son invocation. Les malades venaient boire de ses eaux.

La rue du Temple devint, en 1795, la rue de la Vérité. On y voit, n° 12, une modeste maison qui fut une des écoles de filles, tenues gratuitement dans le siècle dernier parles Filles du Saint-Enfant - Jésus ; une inscription sur marbre noir, une petite statue de la Vierge placée dans une niche grillée, la signalent aux passants. On vient de réunir à la rue du Temple celle des Écus, qui la séparait jadis de la rue deFÉchauderie. La rue des Écus était ainsi nommée, parce quelle passait derrière l'hôtel des Monnaies dont nous parlerons bientôt ; la révolution en fit la rue de la Justice.

La rue qui vient ensuite est celle des Bouchers. Ils avaient leurs étaux à la grande Boucherie, mais ils habitaient la rue dont nous parlons. On montre encore dans différentes caves qui s'y trouvent des crochets de fer fixés aux voûtes; ils servaient à suspendre les bestiaux que Ton voulait dépecer.

La rue des Bouchers nous mène dans la rue Montginglon ; leur point de jonction fait un coude.

Ce que nous avons de plus certain à dire sur le mot de Montginglon, c'est qu'il est fort ancien. Nous le trouvons dans le livre de la Taille de 1328, écrit Montienglon, Monjenglon. Nous y lisons : « Quarrel de la Grange-Crossart , commençant au pignon devant Montjenglon. » Au xve siècle on écrivait

Mont-Jainglon. On nommait ainsi sans doute le monticule qui faisait une plate-forme devant la rue dont nous parlons et auquel elle menait.

La rue de Sedan, jadis rue de l'Écossais, puis rue de T Amitié en 1793, dut ces deux premiers noms à des enseignes. Elle n1a de remarquable que deux hôtels des xvne et xvnr siècles.

A la suite de la rue du Temple se trouve la rue de Coucy. Elle a pris le nom d'une ancienne famille existant à Reims dès le xive siècle ; elle le portait déjà en 1328.

Le quartier que nous venons de parcourir est limité par les remparts. On n'y avait ménagé qu'une seule ouverture garnie d'un parapet, en face de l'église Saint-Hilaire. Quatre tours défendaient ce côté de la ville. Après la porte Mars on trouvait la tour Chapelais. Ce nom était celui d'un cordier qui l'habitait. On trouvait ensuite la tour Saint-Adrien et la tour Sainte-Anne. Leurs noms étaient gravés en creux au-dessus de leur porte, du côté de la ville. La tour Sainte-Anne était nommée aussi tour de la Poterne du Temple. Cette poterne , ouverte près du Temple, pouvait bien avoir remplacé la porte condamnée par Saint Rémi. La tour avait été construite en 1494 par Oudinet Navarre. 11 avait pour pièges ou cautions Jehan Colbert et Jehan Lemoine, maîtres maçons. Enfin, devant l'église Saint-Hilaire s'élevait une tour qui avait pris son nom. Elle avait reçu du peuple îe sobriquet de

Tour-Moineau, parce qu'on trouvait que la charpente et la toiture semblaient prêtes à s'envoler comme un moineau. On nommait jadis moineau, en terme de fortification , un petit bastion obtus que Ton plaçait de distance en distance pour briser la longue ligne de remparts sans tour. Il paraît que près de la tour du Temple il y avait un moineau. En 1517 on le démolit et on le remplaça peut-être par la tour Saint-Hilaire. Inde nomen. Ces vieux remparts, que le temps mine, sont élevés par le patriotisme de nos devanciers. Ils ont reçu les flèches des archers d'Angleterre ; ils ont vu fuir le léopard d'Albion. Que Dieu les ait en sa garde !

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