CHAPITRE XX
Quartier Cérès. — Bues de Cérès, — de la Grue, — des Marmouzets , — de l'Hôpital. — Boulevard Gérés. — Bue de la Tour.
entrons rue de Monsieur et gagnons, par la rue Saint- Crépin , la rue de Cérès. On m vient de lui réunir la rue qui )§) la liait à la place Royale et Q*k se nommait rue Dauphine. Elle faisait suite jadis à la rue des Tapissiers, et s'appelait comme elle rue de la Fourbisserie, et quelquefois aussi rue des Chaudronniers, nom qui lui fut commun avec la rue de Cérès. Elle dut ces divers titres aux industries qui s'y exerçaient. Elle devînt rue Dauphine à l'occasion du
voyage fait par la reine, le Dauphin et ses sœurs, quand ils allèrent à Metz voir Louis XV, malade.
La rue Cérès est une des quatre voies qui coupaient la ville en quatre parties sous les Romains et sous les Francs. On trouve à son extrémité , du côté de la porte de ville, les traces d'un aqueduc construit en briques, très-étroit, et pouvant donner passage à un homme. 11 devait servir d'égout.
Au coin de la rue Nanteuil et de la rue Cérès est une ancienne maison , célèbre dans les fastes de Reims. Sur la rue Cérès , une porte cochère surmontée d'une plaque de marbre noir portant une inscription, sur la rue de Nanteuil une aile de bâtiment ornée à l'extérieur de quelques sculptures remontant au xve ou au xvie siècle, au fond de la cour un perron et une vigne qui court sur le mur, sont les seuls signes matériels qui la distinguent. On la connaissait , du temps de nos pères , sous le nom du Long- Vêtu. Elle le devait à une enseigne représentant un sauvage habillé d'une longue peau fourrée. C'est là qu'est né, le 29 août 1619, le grand ministre qui fonda le canal du Languedoc , traça celui de Bourgogne, créa la marine française, l1 Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, celle des Beaux-Arts, l'homme de génie qui bâtit l'Observatoire, embellit Paris, protégea les savants et les industriels, fut l'ami d'un grand prince, et mourut ministre, Jean-Baptiste Colbert. Détesté pendant sa vie comme tous les gens qui veulent réformer sans
taire de révolutions , il défendit les intérêts de ce peuple qui voulut troubler ses funérailles et violer son cercueil. Il désirait faire de Reims une grande ville ; il y multiplia les fabriques, les établissements de tout genre ; et Reims, pour rappeler sa reconnaissance , pour illustrer le berceau de l'homme qui fît la gloire et la prospérité de la France , n'a trouvé qu'une plaque de marbre et quatre clous dorés.
En entrant dans la rue Cérès , nous trouvons à notre droite d'abord la rue de la Grue ; au-dessus de la porte d'une maison désignée par le n° 3, se trouve sculpté l'oiseau qui lui donne son nom. Cette enseigne, faite sous le règne de Louis XIV, en remplace une plus ancienne de même figure. Cette rue traverse un quartier où se pressaient les maisons romaines.
Laissons de côté la rue de la Gabelle, qui faisait partie du quartier voisin, et entrons, toujours à notre droite, dans la rue des Marmouzets. Elle doit, dit-on, son nom à de petites figurines sculptées qu'on voyait encore, à la fin du siècle dernier, au coin de la maison qui fait l'angle des rues des Marmouzets et de la Chasse. Je dois dire que dans le livre de 1528, nous trouvons dans la rue Montoison un propriétaire nommé Collin Marmouzet : n'est-il pas possible aussi que sa famille ait fini par donner son nom à une rue où elle aurait été établie, comme la famille des Châtelain donna le sien à la rue de La Salle ?
Parallèlement à la rue des Marmouzets se trouve
située celle de l'Hôpital; la révolution en fil îa rue du Courage. Une ancienne tradition place, près de la porte Cérès, un hospice où Ton accueillait les pèlerins et les pauvres voyageurs ; il dépendait de l'église de Sainte-Marie oudeSaint-Marc-aux-Cackols placée près de là , comme nous le dirons plus loin ; de là vient peut-être le nom de la rue.
À l'extrémité de la rue Cérès et toujours à droite, est un boulevard du même nom. Il avait jadis celui de rue Haute-Croupe ; il le devait aux hauteurs qu'il fallait gravir pour arriver soit à la porte Cérès, soit aux remparts qui menaient à la Belle-Tour.
Il nous conduit à la rue de la Belle-Tour. Elle doit son nom à l'ancienne forteresse qui défendait la ville de ce côté ; c'était la tour la plus vaste, la plus importante de la ville ; aussi on la nommait belle par excellence , belle entre toutes les autres. Dès le 13 mai 1-489, les travaux avaient été adjugés : ilsdevaient coûter 500 livres. Jean Colbert, Jean Briet et Jean Châlons, s'associèrent pour la construire. Elle fut bâtie de 1502 à 1509, avec les débris du prieuré de Saint-Maurice ; le sire d'Orval, gouverneur de Champagne, avait désigné son emplacement. Sa partie inférieure avait fini par être convertie en prison ; on y enfermait dans le siècle dernier ceux qui contrevenaient aux lois fiscales.
En 1817, on remarqua que la Belle-Tour avait vieilli et menaçait ruine ; les eaux de la pluie perçaient toutes les voûtes ; la ville, d'ailleurs comme
bien d'autres, après vingt-cinq ans de guerres, ne se souciait plus d'être place forte, et la chute de l'antique forteresse fut décidée; l'arrêt de mort fut exécuté. Une reste plus de traces du redoutable édifice. Sous le nom de rue de la Belle-Tour, on vient de réunir les deux rues de Montoison et Tournoison, qui se trouvaient autrefois à ses pieds.
Dans la rue Tournoison se trouve la cour ou impasse Beauregard ; elle est ainsi nommée parce que ses habitants, de leurs fenêtres , voyaient le jardin des dames de Saint-Pierre. Tout est relatif ici-bas : rien n'est triste comme la campagne découverte du haut de la terrasse qui domine ce quartier. L'abbaye de Saint-Pierre avec sa belle église, ses bâtiments de briques rouges et de pierres blanches, ses élégants clochers, ses belles allées de verdure, ses parterres de fleurs et ses jeunes nonnains, devait sans peine avoir la préférence ; et peut-être plus d'un regard indiscret chercha-t-il souvent à percer le secret des charmilles et le mystère des voiles aux longs plis.