‹ ReimsChapitre 23 sur 43 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

Quartier du faubourg Gérés. — Porte Gérés. — Esplanade Gérés. — Rues du Faubourg- Gérés, — Coquebert, — de Bétheny, — de Savoie, — Maquart, — Saint-André, — Cliequot-Blervache, — Jacquart, — de la Barre, — de Cernay, — des Moissons, — des Gobelins.

*^p> %^ ,M§T)h; e faubourg Cérès, humble serviteur de la cité , lui fut sacrifié maintes fois. Dépourvu de vieux édifices , il est riche de ruines ensevelies sous terre à toutes les époques.

Nous commencerons son histoire par celle de la porte qui le sépare de la rue Cérès.

Elle ouvre aujourd'hui la route d'Allemagne. Du temps des Romains, elle était la tête du chemin qui menait à Trêves. Aussi, le premier nom sous lequel

elle est connue est-il : porte de Trêves, porta Trevirensium. La voie romaine qui venait y aboutir existe encore, et se trouve à la droite de la route actuelle en sortant de Reims : on ne la distingue qu'à Tissue du faubourg. Au nom de porte de Trêves succéda celui de porta Regalis. Sans doute elle servit aux entrées triomphales des rois des deux premières races , et Ton consacra par une épithète le souvenir des royales visites.

Notre porte était alors un arc-de-triomphe élevé par les Romains. Son architecture était plus simple et moins riche de détails que celle de la porte Mars. Les Barbares , au Ve siècle , l'avaient détruit en partie en saccageant Reims. Le temps acheva leur ouvrage. La ruine de cet antique monument ne fut complétée qu'à la fin du siècle dernier. Capron, architecte de la ville vers 1773, étudia ses dernières reliques, rapprocha des fragments encore debout, les débris épars qu'il put réunir. Il constata que le monument avait dû être décoré de huit pilastres d'ordre composite, divisés deux par deux, surmontés de chapiteaux corinthiens ; une architrave , une frise et une corniche le couronnaient. Il devait être plus considérable dans tous les sens que l'arc de la porte de Mars.

Sous les deux premières races, on y ajouta des fortifications lourdes et massives. Elles continrent une prison. Tilpin y renferma, dit-on, par ordre de Charlemagne, Oger le Danois , le brave paladin,

l'illustre compagnon de Roland et d'Olivier. Ce souvenir des temps de chevalerie a laissé dans Reims des traces qui lui donnent de la vraisemblance.

Après Oger le Danois , la prison de la porte Gérés reçut d'autres hôtes non moins braves et non moins malheureux. L'archevêque Vulfar y fit conduire les otages saxons, dont Charlemagne lui confia la garde ; et , certes, ce n'est pas la moindre des gloires de la porte Gérés , que celle d'avoir vu dans son sein ces héros du patriotisme allemand qu'un puissant empereur écrasa, mais ne fit pas plier.

Après eux d'autres vinrent encore habiter les cachots de l'ancienne porte de Trêves. Aussi son nom avait-il fini par changer : c'était la porte de la Prison , porta Carceris. Elle est ainsi désignée dans un titre de 1150.

Le livre de la Taille de 1328 nous parle du quarrel de porte Chacre , commençant au pignon de la ruelle en allant vers la porte de Chacre ; de Carcer on avait fait Gharcer, et de Charcer, Chacre.

Au xvne siècle, on se rapproche de l'ancien nom, et sur le plan de 1665 on voit la rue de la Porte- Cère ; ce dernier mot nous prouve que l'ancienne dénomination n'avait pas péri entièrement au milieu des mutilations qu'on lui avait fait subir. De Cère on refit Cérès ; on eût mieux fait de revenir à l'ancien nom de porte de Trêves.

Bidet pense que le nom déporte Cérès était usité

sous la seconde race. Il se trouve aussi, dit-on, dans la vie de Saint Albert , écrite en 1246 par Gilles de Liège. Reconnaissons qu'on le lit dans un titre de 1262, publié par M. Yarin. Le nom de porta Cereris ne peut être moderne ; il doit remonter à T époque gallo-romaine.

Quoi qu'il en soit, F arc-de-triomphe, et après lui la porte de la Prison, occupait à peu près la place où se trouve aujourd'hui la grille de la porte Cérès. Une herse était suspendue à sa voûte ; audessus s'élevait un bâtiment à deux étages ; dans la partie inférieure, entre les piliers, étaient des pièces dont on fit des celliers quand 1" édifice ne fut plus une prison.

Ce ne fut qu'à la fin du siècle dernier que les démolitions et les nivellements projetés depuis longtemps s'achevèrent. En 1804, on planta les boulevards et l'esplanade qui précèdent la nouvelle porte. M. Henri Coquebert, lieutenant des habitants, avait eu le premier l'idée de ces grands travaux, et, en son honneur, l'esplanade reçut le nom de Coquebert. Aujourd'hui on lui a substitué celui de Cérès, nous ne savons trop pourquoi. A chacun doit rester l'honneur de ses œuvres.

Près de la porte Cérès fut, jusqu'au règne de Louis XI, une antique chapelle connue sous le nom de Saint-Marc, ou de Sainte-Marie-aux-Cachots ; ce nom confirme la tradition qui place des prisons dans le monument dont nous parlons. La chapelle

paraît avoir été entamée lors du siège de 1558 ; elle fut détruite par Raulin-Cochinard, et lors de son procès, on l'accusa d'en avoir profané les débris. Près du saint lieu s'élevait un hôpital destiné aux pèlerins. Cette circonstance, dont nous avons déjà parlé, peut aussi faire présumer que cette chapelle se trouvait du côté de la rue de F Hôpital, entre cette rue et F ancien ne porte Gérés.

Près de ces barricades s'élevait une croix marquée sur le plan de 1665. Elle indiquait la place où fut une chapelle élevée en l'honneur de Saint Crépin et de Saint Crépinien. Saint Rémi, Saint Sonnace, l'archevêque Landon la désignent dansleur testament; ils la placent ad portam Trevericam. Son cimetière était à l'angle des barrières de l'ancienne porte, du côté du faubourg.

Nous avons dit que le faubourg Cérès avait été détruit en 1558 ; nous trouvons dans le livre manuscrit de 1528 quelques détails sur son ensemble, avant sa ruine ; il était connu sous le nom de Bourc de Porte-Chacre ; c'était aussi celui du quarrel qui commençait aux fossés, et allait jusqu'à la rue de la Barre ; là se trouvait une porte dite porte de la Barre.

En 1528 le faubourg avait son enceinte ; une autre porte se trouvait du côté de Bétbeny. Quand cette partie de la ville fut relevée, on n'oublia pas de reconstruire le mur d'enceinte ; ce quartier, de nouveau rasé en 1476 et sous la Ligue, fut encore reconstruit sur ses anciennes fondations.

Le monument le plus important de la rue du Faubourg-Cérès est , sans contredit , l'église de Saint-André. On ne sait à quelle époque elle fut bâtie pour la première fois. Nos archevêques n'en parlent pas dans leur testament. On sait seulement quelle fut démolie en 1558, quand l'intrépide Gaucher de Châtillon se préparait à repousser les Anglais. Elle portait alors le nom de Saint-Andrien. Elle dut tomber avec les maisons de ses patoissiens, qui se réfugièrent en ville avec leur pasteur. Nous ne savons si l'église avait été reconstruite quand Raulin Cochinard fit de nouveau raser le faubourg. Depuis les maisons se relevèrent encore, et vers 1525 ou 1529, les habitants, las d'aller à la paroisse Saint- Symphorien , qu'on leur avait assignée , résolurent de reconstruire celle de Saint-André. Elle fut érigée en paroisse en 1569 (1), par Charles de Lorraine. Les chanoines de Saint-Symphorien, comme curés primitifs, nommaient à cette cure et se réservaient le droit de dire la messe le jour de la fête patronale.

En 1791, cette modeste église fut épargnée comme paroisse. Quand la religion catholique fut supprimée, elle fut vendue, mais achetée par l'ancien conseil de fabrique , qui la sauva en l'ouvrant aux assemblées de section. On lut encore long-temps après, sur la travée de la porte, ces mots histo-

(1) M. Varia place en 1686 seulement l'érection de cette paroisse.

riques : « Assemblée sectionnaire. » Elle finit par être rendue au culte. Les réparations qu'on y opéra en 1819 firent disparaître une partie des objets antiques qu'elle contenait.

Cette église est d'ailleurs peu remarquable. La nef méridionale paraît plus moderne que celle du nord. A l'endroit où finit la nef et où commence le chœur , s'élève , au-dessous de la voûte , un arc de bois qui supporte un crucifix. Dans la nef droite étaient des verrières représentant Saint Nicolas rendant la vie à trois petits garçons , Saint André portant sa croix. Devant lui un moine était à genoux. Au-dessous était cette légende : « Deus meus propitius esto. Multum peccavi. 1560. » Dans la nef gauche on voit encore une verrière représentant le martyre de Saint Sébastien. Au-dessous se lisait une inscription à moitié détruite aujourd'hui, qui faisait connaître que ces vitraux étaient faits aux frais des arciers (1) de Saint- Andréles-Bourgs en 1560. Une riche verrière, faite à la même époque, représentait la Vierge , Saint Eloi , Saint André et d'autres personnages. Une autre verrière était partagée en quatre tableaux. L'un d'eux représentait le baptême du Christ, avec cette légende : Hic est filius meus dilectus; in ipso complacui. Au-dessous de la verrière on lisait : « L'an mil cinq cent trente Henri Livernier, Pierre Faillet,

(4) Archers.

Thomas Colbert, Guillaume Bérault et Jehan Marquet, demeurant au-dehors de la porte Chèque de Reims, m'ont fait faire.» Cette verrière remontait à la fondation de l'église. Tous ces vitraux , qui n'étaient plus que des débris , ont été encore endommagés ou détruits en partie vers 1819, quand on répara l'édifice. Encore quelques jours peut-être, et la vieille église n'existera plus. Le temps l'a sapée de toutes parts. La sécurité publique demande sa chute définitive. Mais elle renaîtra de ses ruines, et se relèvera sur un autre point du faubourg, près de l'abreuvoir qui longe la rue de Bétheny. Nous espérons que la ville fera les sacrifices nécessaires pour créer un monument digne d'elle.

C'est de ce côté que s'élève la maison de Bethléem, fondée dès 1857, dans Reims, par le charitable abbé Charlier. Ce digne ecclésiastique consacre son savoir, son avenir, sa vie tout entière à sauver du naufrage les pauvres enfants abandonnés de leurs parents ; les jeunes garçons qui sont sur le point de faillir à l'honneur, qui restent sourds aux remontrances paternelles, insensibles aux pleurs de leurs mères ; les malheureux qu'a déjà flétris la justice des hommes.

Au bout d'une impasse qui vient aboutir près de l'esplanade Cérès, est un corps de bâtiment connu sous le nom du Petit-Temple. C'était jadis une ferme dépendant de la commanderie de Reims ; des constructions considérables la composaient; leurs greniers servaient de magasins à blés.

On vient de donner des noms aux rues ou chemins qui sillonnent le faubourg ; nous n'avons rien à dire sur les rues de l'Est, aujourd'hui rue Coquebert; de l'Ouest, aujourd'hui rue de Savoie ; Chèvrevoye, rue Maquart ; sur la cour Joly, aujourd'hui rue Cliequot-Blervache ; sur les rues des Moissons, des Gobelins : leur histoire est à naître, au moins pour nous. Leur noms rappellent des citoyens dont la mémoire est chère à Reims.

Dans la plaine assise entre le faubourg et Cernay s'élevait la chapelle de Saint-Nicolas-de-Yirlouzet ; ce petit monument , détruit lors du siège de 1359, fut relevé dès que les jours de danger furent passés ; en 1671, Maurice Le Tellier le fit abattre de nouveau et en réunit les revenus à la mense abbatiale de Saint-Remi.

Du côté qui vit la chapelle de Saint-Nicolas-de- Yirlouzet, s'élevait, près de la route de Cernay, en face et à trois cents mètres environ d'une porte qui s'ouvrait jadis dans les remparts, derrière l'abbaye de Saint-Pierre, une croix connue sous le nom vulgaire de Croix de l'Évêque. Elle était debout sur un socle posé sur quatre colonnes très-courtes, et elle marquait la place où, en 1192, fut massacré le vénérable evêque de Liège, Albert de Louvain.

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