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CHAPITRE VIII

Quartier de l'Arquebuse. — Rues de la Madeleine, — Du Cimetière-de-la-Madeleine , — De l'Arquebuse, — Des

Poissonniers, — Caqué, — Cbâtivel

aintenant il nous faut revenir sur nos pas , retourner à la porte de Paris et nous jeter à droite. La dernière rue que nous trouvons de ce côté , en remontant , est celle de la Madeleine. Elle devait son nom à l'église sur laquelle nous allons donner quelques détails. La révolution en fît la rue de l'Unité- Sociale.

Ce quartier faisait partie de ceux compris sous le nom de Terre-Commune , dont la seigneurie appartenait au chapitre. Long-temps les habitants de ces

parages dépendirent, comme paroissiens, des chapelles du faubourg de Vesle. Mais quand les nouveaux remparts se furent placés entre eux et Sainte- Geneviève et Saint-Eloi, ils eurent pour paroisse de droit F église Saint-Martin, située dans le haut de la ville , près de Saint-Remi : c'était les forcer d'aller trop loin. Ils réclamèrent le privilège d'avoir au milieu d'eux une église pour prier, au milieu d'eux un cimetière pour y déposer les restes de ceux qu'ils aimaient. Un jour donc que l'archevêque Richard Pique était venu visiter ses enfants de la Couture et du Franc-Carré , ils l'entourèrent et le prièrent de donner son agrément à la fondation projetée : il se rendit à leurs désirs. L'église, commencée vers 1379 ou 1380, bâtie aux frais des habitants du quartier , fut bénie par le prélat vers

L'église de la Madeleine, conservée d'abord comme paroisse nécessaire en 1790, finit par être supprimée ; elle fut détruite en 1794. Des maisons particulières s'élevèrent sur son emplacement et celui de son cimetière.

L'église et le cimetière assis à son chevet se trouvaient placés au milieu d'une place à peu près carrée, située à l'angle des rues de la Madeleine et du cimetière de la Madeleine. L'angle dont il s'agit était celui qu'on avait à sa droite en entrant dans la rue de la Madeleine par la rue de Vesle. L'église avait une entrée latérale sur la rue du Cimetière , mais sa

façade était sur la rue qui portait son nom. Audessus du portail était un bas-relief assez long : il représentait la Madeleine aux pieds du Christ assis à table, au milieu de ses disciples. La pécheresse repentante essuyait les pieds du Sauveur avec sa longue chevelure , et venait de les arroser de baume : elle tenait la fiole parfumée. La porte, et le bas-relief étaient encadrés dans une grande arcade ogivale ; de chaque côté était une verrière éclairant les bas-côtés. Au-dessus du portail étaient deux autres verrières qui ne formaient qu'une fenêtre, tant elles étaient rapprochées ; au-dessus brillait une rosace.

Les bas-côtés s'arrêtaient aux bras de la croix et ne faisaient pas le tour du chœur. Les deux extrémités du transept étaient éclairées chacune par deux verrières longues et très-rapprochées Tune de l'autre.

Le chœur était soutenu au dehors par des arcsboutants à deux étages, massifs et peu saillants ; ceux qui soutenaient la nef supérieure avaient leur premier étage appliqué aux bas-côtés ; ils s'élevaient en droite ligne et allaient rejoindre le haut de la nef principale à l'aide d'une arcade à jour.

Sur la croisée de l'église s'élançait un clocher assez hardi ; sa base carrée portait une flèche légère entourée d'aiguilles de pierre ; six cloches d'une belle harmonie annonçaient à tous l'heure des oraisons, l'arrivée ou le départ d'un frère.

Dans la rue et à droite de l'église ae la Madelei-

ne était une croix aux pieds de laquelle le clergé de Notre-Dame venait faire une station aux temps des Rogations.

Cette croix , d'abord en pierre , abattue par Raulin Cochinard en 1471, fut d'abord refaite en bois. Vers 1550, elle fut de nouveau renversée, mais cette fois on la reconstruisit en pierre comme parle passé.

La rue du Cimetière-de-la-Madeleine devait son nom à son voisinage ; elle longeait F église au chevet de laquelle était le champ du repos.

Dans la partie de la rue qui, décrivant une courbe, longe le rempart et se dirige vers la porte de Vesle, est une maison portant le n° 5. Nous la recommandons à l'antiquaire et à l'artiste. On y remarque le haut d'un portail sculpté avec une grande délicatesse ; des fleurs, des enfants qui s'y mêlent, des femmes nues, des arabesques gracieuses ciselées d'une main légère, rappellent les beaux jours de l'art au xvie siècle. Nous ne connaissons rien à Reims qui fasse plus d'honneur à la renaissance ; peut-être avons-nous sous les yeux l'une des œuvres oubliées et perdues du célèbre sculpteur Jacques.

Que Dieu protège cette jolie ruine et sauve ce précieux débris de l'école des Jean Goujon, des Germain Pillon !

Parallèlement à la rue du Cimetière-de-la-Madeleine s'étend celle de l'Arquebuse. C'était jadis et jusqu'en 1775 une allée plantée d'arbres, tracée

dans des jardins appartenant d'un coté à la compagnie des arquebusiers de Reims , et de l'autre à diverses personnes.

Le jardin de l'Arquebuse était un grand terrain de forme triangulaire, compris entre le rempart , la rue Caqué et celle qui avait pris son nom ; un petit bâtiment s'élevait à l'angle du jardin du côté du rempart ; à l'autre extrémité, à l'angle donnant au carrefour formé par les rues Caqué , des Poissonniers, Large et de l'Arquebuse , était l'hôtel de MM. les arquebusiers de Reims ; à cet endroit était un pont jeté sur le ruisseau que nous avons rencontré au bout de la rue du Cimetière-de-la-Madeleine.

Le jeu de l'arquebuse avait été institué dans nos murs en 1537, par François Ier ; il voulait remplacer les exercices à l'arc et à l'arbalète , devenus inutiles par suite des changements survenus dans les armes de guerre. Le petit bâtiment construit à cette époque fut remplacé vers 1568 par un édifice garni de tourelles en partie soutenues sur des piliers de bois qui formaient des arcades voûtées. Le Chapitre voulut contribuer aux dépenses faites à cette occasion : leur but était patriotique. Le long de la rue et dans le jardin de l'Arquebuse était une allée servant de champ-clos à l'adresse. A l'une de ses extrémités était une hutte qui abritait les tireurs , à l'autre on apercevait un petit pavillon dans lequel était le but. Le surplus du terrain, à la fin du siècle dernier, était un jardin : au centre était un rondpoint , auquel aboutissaient toutes les allées.

En descendant la rue de F Arquebuse, nous voyons à gauche la rue Caqué , à droite celle des Poissonniers. Le nom de celle-ci fait connaître le métier qui dut y planter sa tente.

Au bout de la rue des Poissonniers on rencontre la rue Caqué ; elle vient de prendre le nom du célèbre médecin couronné deux fois par l'Académie de chirurgie, son correspondant en 1752. Reims ne le vit pas naître, mais elle eut le bonheur de le posséder dans ses murs.

En tournant à droite au bout de la rue Caqué , on trouve la rue de Châtivelle. C'est de ce côté que jusqu'au xive siècle les eaux de la Vesle, sortant de la Couture, allaient se perdre dans le lit qu'on leur laisse encore aujourd'hui au-delà du canal.

On a cru que cette circonstance était pour quelque chose dans le nom de la rue. Aussi l'a-t-on parfois écrit Châtivesle, comme pour rappeler que là venait jadis tomber la Vesle (Cheoit-y- Vesle). Mais une antique tradition vient détruire cette étymologie. Elle place sur ce point un vieux château dont les tours commandaient et la plaine de la Couture et le cours des eaux qui l'arrosaient , et lui donne le nom de Château de Vesle.

Marlot désigne ce quartier par les mots de : vicus Ivellanus , vicus Ivellani castri. Ce grave historien n"a pas employé au hasard cette dernière dénomination. 11 devait la puiser dans de vieux titres que nous n'avons pas vus. Il en résulte d'abord qu'il

accepte l'existence d'une forteresse dans ces lieux. Ensuite il adopte une autre tradition qui donne pour fondateur à ce château l'archevêque Ivelle. Ce prélat occupa le siège de Reims de 1244 à 1250. La terre sur laquelle se serait élevé l'édifice dont s'agit, appartenait à l'archevêché. A cette époque, la Couture, comme nous le disons , était déjà couverte de jardins et d'habitations qui se trouvaient placés hors des remparts et par suite sans protection. Rien ne paraît plus naturel que la construction d'un château, qui pouvait au besoin donner asile aux cultivateurs. Dans ce cas, c'était aux archevêques, ducs de Reims, seigneurs de la terre, à bâtir ce château. Seuls ils en avaient le droit. C'était d'ailleurs un devoir. Nous admettons donc la version qui nous apprend qu'ils l'accomplirent.

Le manuscrit de 1 328 divise cette partie de la ville en deux quarreaux : le quarrel des Bains- Haume , qui paraît comprendre les maisons sises entre les rues Large et de Châtivelle , et le quarrel des Bains La Piquanette et Marguerite-la- Buironne ; celui-ci semble embrasser les maisons de l'autre côté de la rue de Châtivelle.

Tout le quartier de l'Arquebuse, comme nous l'avons dit, venait s'appuyer sur les remparts ; de ce côté s'élevaient quatre bastions placés de distance en distance : le premier, situé près de la porte de Vesle, se nommait la Tour Serpentine, parce que la rivière jadis serpentait à ses pieds ; la Tour aux

11$ deux guérites, parce qu'on y plaça long-temps deux factionnaires ; ou bien encore enfin la Tour Belle- Yue, parce que de son sommet on plongeait sur la vallée de la Vesle. On avait fini par y établir une terrasse.

Le second bastion se nommait la Tour de la Madeleine ; il était en face de cette église, et avait été bâti ou réparé à neuf vers 1517.

Le troisième bastion s'appelait la Tour Saint-Jacques , et regardait les champs où furent tracées les promenades. Son nom était écrit en caractères gothiques sur le mur du côté de la ville.

Le quatrième bastion situé plus bas se nommait Tour Saint-Pierre ou Tour Châtivelle; le nom écrit en caractères gothiques sur le mur du côté de la ville était celui de Tour Saint-Pierre. Ce nom et celui de Tour Saint-Jacques que nous venons de citer , étaient empruntés aux églises Saint-Jacques et Saint-Pierre-le-Vieil , qui n'en étaient pas trèséloignées. On mettait les fortifications sous le patronage des saints honorés dans leurs quartiers.

Une partie de ces vieux bâtiments, de ces antiques remparts, vient de tomber pour faire place au canal. Ainsi travaillent sans cesse l'homme et le temps à amonceler ruines sur ruines.

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