‹ Reims: ses rues et ses monumentsChapitre 29 sur 34 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Quarlier de la rue Neuve. — Rues du Gerf^— des Martyrs. — Place Sainte STuzaDDe. — Rues de l^O^eille,— Perdue, *-dc Normandie, — de PEqucrre, — Neuve.

ti bout de la me St**Remi nous tronvcms celle du Cerf; c'est une des irieilles voies rémoises; tracée au milieu dePanden ban de Saint-Remi , elle fut suite à la rue Neuve avec la^ quelle elle fut long-temps conr fMMdne, et remonte à une époque bien antérieure à la construction de Penceinte actuelle. EUe conduisait à toutes les éf^ses du haut quartier, au vieux monastère , dont la belle église abritait sous ses larges voûtes les restes du grand apôtre. Elk doit son nom à une enseigne illustre et chère aux amis du

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plaisir, brisée en 1795 parce qu'elle était devénii6 criminelle. Apprenez en frémissant que le cerf de pierre qui la constituait portait sur le flanc Técn de France aux fleurs-de-lys proscrites.

En redescendant , nous trouvons bientôt à gau-* che la petite rue des Martyrs. Elle est ouverte sur remplacement d*un de ces cimetières rémois dont rhistoire se perd dans la nuit des temps. Sous ce sol aujourd'hui couvert de masures, les sépulcres se touchent , les ossements se croisent ; païens et chrétiens. Gaulois et Romains, patriciens, soldats et prêtres y dorment du sommeil étemel. A différentes époques ces tombes furent visitées ; les corps que renfermaient un grand nombre d'entre elles avaient la tète, les tempes, les coudes percés de dons. Quelques-uns de ces corps martyrisés étaient placés dans des cercueils de bois, contenus eux-mêmes dans un caveau construit enfHerres de craies. On sait que Saint Victor, Saint Fuseien, Saint Quentin» d'autres encore, furent martyrisés à Vaide de clous roufil an feu, enfoncés dans leurs corps. Les présomptions les plus graves se réunissent pour faire ^considérer les tombes de ce quartier comme celles ida hommes que le paganésme UBOMiait à ses autcb peêt94 s'écronler,

- ' Plus bas dans la me du Cerf et encore à gancfaet, noua renomtntts la pkoe Sutanne ; Mous ne powvious dire d'où lui vient ce nom. Là , dit Povfflon , M pendue une femme nommpée Sunnne, 0Midam«ée

par la justice du MlHage de Saint-Maurice. Le bénédictin lean de Larisville raconte qu^ati bap^ tème.de Glovis, le diable fût tellement contrarié qn^il répandit sur la villo une infection des plus désagréables. Saint Rémi la dissipa, et en Tfaonneur de Técbec essuyé par Lucifer, il fonda un couvent de femmes , dont la première abbesse se nommait Suzanne. G^est peut-être son nom que notre place a gardé. La révolution fit de cette place celle de k Gbarité. Le xix* siècle y mit un corps-de-garde. En 1741 on y tenait un marché de charbon.

An fbnd de la place Suzanne arrive la rue de rOsetUe , qui ne bit qu'une avec la rue Perdue; ces deux estimables voies ont peu marqué dans Thistoire de Reims.

Descendons toujours^ la rue du Cerf; nous trou*^ vokis encore à notre gauche la rue de Normandie ; au XYii* siècle elle se contentait du titre modeste de ruelle du Point-du4our. Les bâtiments de Hiépita^ Général forment un de ses côtés. Ils y avaient une porte.

Nous sommes arrivés à Feutrée de la rue Neuve ; au point oè elle £(«imence s'arrêtait Tandèn bourg de SainjkRemt. là durent s'élever Ane porte et uM barrière > des poteaux indiquaient la ligne de dén BMireatioh.

Lame Neuve, connue sous ce nom dès 1^74, longtemps route de Saînt^Remi , conserva, qmiiid •Hé devint -me^ les konneuit qne lui assurait «a di^

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tô8 rcction ; c'est par-là que passaient Iës rois de France quand ils allaient visiter la Siunte-Àmpoole le lende^ maio du sacre ; c'est par-^là que descendaient les ar-^ cbev^ues quand ils faisaient leur entrée si^ennelle. Quoique destinée aux cérémonies, elle fut long-* ienips négligée ; dans le siècle dernier seulement on s'occupa de son assainissement.

, Le bâtiment qui porte aujourd'hui le n<^ &S était ime hôtellerie fréquentée jusqu'au X¥ii*' siècle ; il est connu sous le nom de maison du Coq-à-la Poule ; la petite porte qui lui sert d'entrée a la fonne ogivale. La partie supérieure , dessinée en trèfle , renferme un ba^-rdief. Il représente un cep de vi* gne chargé de raisin , entre une pouie et un coq ; au-dessus à gauche on remarque aussi une tètequeh que peu mutilée.

Entre les rues de Moulin et de Venise était placée l'abbaye de Saint*Etienne4es-Dames ; sur son em« placement a été ouverte la rue de TËquerre.

Ce couvent changea souvent de maître. Ses pre-^ miers habitants furent les jacobins; ils le cédèrent à Nicohs de SaîUy, dofen du Chapitre de Notre- Dame 9 et à Thierry de SiiUy , son frère , grand «imntre. Les acquéreurs j appelàrênt. les. chanoines ségulier4 do Val des Ecoliers, di» l'ordre definiatAu^ gustin ; leur maison était à Chaumont-en-Basflîgny ; ils arriràceiil bientâl. L\andie?éqQe Gtfilbame de Joift¥tHe confirma leurs <$titjluU [iM9-4227}. fls Jbàtireat une ég&e qu'A» phicèient sont>rînTeeation de Saint P4erre et de Saint Paul.

Les chanoines régaliers vîiraient paisibles et sans avoir d'apparitions, lorsqa*en 1617, des cbanoinesses règidîères de Tordre de Saint-Âugustfn quittèrent leur maison, placée sous Tinyocation de Saint Etienne, et sise près de Soissons. La guerre les chassait. Elles se réfugièrent dans* Reims , et reçurent asile dans le collège desEcrevès, ce toit hospitalier dont les portes s^ouvraient aui[ proscrits et aux pèlerins.

La même année, elles cédèrent aux chanoines du \dl des Ecoliers de Reims le couvent qu'elles aban* donnaient; en échange, ceux-ci leur Tendirent leur prieuré dans la rue Neuve. Elles rebâtirent une partie de l'ancien édifice, ne conservèrent que le doltre et Féglise, et mirent rétablissement sous Tinvocation de Saint Etienne, leur premier patron;

L'égîise avait la forme d'une crbix à quatre bninelies égales; le chœur était très-long et comprenait les bras du transept. Un jubé le séparait dé la nef.

Le doltre fiit béni par Simon Lëgras , évêque de Soi^ns, quand il vint en 1699 faire les funérailles de Guillaume Gifford.

Du même côté de la rue Neuve, dans les bâtiments qui portent les n®» 88 et 89, est la communauté du Bon-Pasteur. Elle ne date à Reims que de 1857. C'est à Angers qu'est son berceau. Son but est de ramener dans la bonne voie les jeunes iUte$ qui s'en sont écartées, d'y maintenir celles qui sont

trop faUdes pour réflîstor aux séductions du inonde. La maison se divise en deux inatitutiona. Dans Tunç on console le repentir, en raffermit les sages rèso* IntioQS. Dans Tautre on donne des forces à la fiii- Uesse, des armes à la conscience pour lutter contre les passions. Cette communauté, qui rend à Reinu d*immenses services, est sous- le patronage et la direction de Farchevèché. Elle compte parmi s^ fondateurs Monseigneur Gros, évéque de Versailles.

Plus loin, et à Fentrée de la rue du Jard, était le couvent de Sainte-Claire. Les maisons qui portent ajijourd'hui lçsn~ 90, 91, 92, occupent soaem- (i^cement.

En 1212, au commencement du carême, arrivait dans la ville d'Assises un saint homme appelé François; son nom du monde était Jean Bernardon; il prêchait avec chaleur et conviction, et ramenait au bercail du Seigneur nombre de brebis égarées. Aa pied de sa chaire venait souvent une femme nommée Claire, elle Fentendit et eut avec lui de nombreuses conférences. D'après ses conseils elle prit le parti de renoncer au siècle, et de se vouer à la règle de pauvreté. Sainte Claire réunit autour d'elle des jeunes filles, des femmes qui se cloîtrèrent et envoyèrent des Sœurs converses quêter dans les villes et campagnes le pain dont elles avaient besoin.. ^ <«

La réputation de la nouvelle communauté s'étendit au loin, et vers 1220 le pieux archevêque Guillaume de Joinville appela le nouvel ordre à Reims.

(la liSO Marie de Braye qoitU le beau ciel de ritali^, et amena qmelque^unes des Sœnrç de Sainte* Claire aux bords de la Yesle. Oo leur «bandowM une portion de terrain sis alors hors la ville ; eUes y bâtirent une église et leurs cellules rentourèrent,

Le 30. povembre 1237 Tarohevèque de Reims, Henry de Braine, consacrait la nouvelle église, et la plaçait sous Fin vocation de Sainte Elisabeth de Hoo* grie, morte en 1^1.

£n 1400, à onze heures du soir, le feu prît au dor* toir du couvent et dévora les édifices qui le compo* saient; une religieuse périt dans Finceadie. L' église fut bientôt relevée par les soins de Guy de Roye,qui la plaça en 1404 sous Finvocation de la Vierge et de Sainte Claire; les pauvres Sœurs de Saint-DamieB prirent cette fois le nom de Clarisses.

Le clocher était placé à. cheval sur la croix. Lorsque Féglise fut réparée de 1400àl401, Fabbesse Rose Buiron fit élever dans le chqsur réservé aux religieuses un de ces autels si communs au moyens âge. Il était consacré à Saint Pierre; dans une crypte ménagée dessous, était un saint-sépulcre <n'né*de six figures sculptées; il datait de 1420.

Anne Ledieu, cette abbesse dont Félection fut ODA Yi^t(E|ire refoportée par le libéralisme sur le mi* aistère (style moderne)» reconstruisit le maîtreautel vers 1650» Une riche balustrade Fentonrait. Il fut béni en 1631. La première pierre avait été pofi^B par sœur Anselme de Lambert , fille de M. Favart d'Herbignj.

A la fin du siècle dernier, les Clarisses étaient au nombre de 30 et jouissaient de 5,000 livres de rente. Leur communaaté fut supprimée et leur église détruite. Le monastère épargné devint une filature.

Plus tard une portion du vieil édifice devait entendre encore les pieuses prières et les saints cantiques. Une institution de jeunes filles, créée rue des Capucins, transportée rue des Fozeliers, s^étabtit enfin dans les bâtiments qui survivaient aux pauvres Clarisses. En 1827 M. de Liftfl autorisa les Visitandines à se placer à la tète de cet établissement; elles arrivèrent au nombre de sii, achetèrent la maison et continuèrent à se dévouer à Féducation des jeunes filles : une petite chapelle remplaça Fantique église. Les religieuses assistent aux offices dans un chœur entouré de grilles. Elles portent le costume de leur ordre et en suivent la règle.

Remontons maintenant la rue Neuve, et voyons quels sont les souvenirs qui se rattachent à son côté gauche.

En face du couvent de Sainte-Chiire fut un éta* blissement religieux, humble et modeste , n^ayant à montrer ni manuscrits , ni statues, ni trésor. Sa chapelle était sans mérite, sa maison pauvre et sans grandeur. Seul cependant* il a bravé h tourmente de 1793. Seul de tons nos couvents d*hommes il a su sortir de ses ruines et reparaître à Fhorinm quand le soleil se prit à luire après dix an» dongoi

Son origine ne se perd pas dans le berceau des âges , il compte un siècle et demi d'ei^istence , mais l'avenir est à lui. La civilisation moderne s'en est emparée ; il entre dans les élémovils qui constituent notre société. Les lumières et la religion en ont feit leur auxiliaire ^ et les génèntions futures béniront avec nos contemporains Vinstitutdes Frères de la Cbarité. Jean*-Baplîste dé La Salle , ce noble Rémois , ce digne membre du- vieux Cbafpitre de Notre-Dame, cet homme à qui le souverain pontife vient de conférer le titre de vénérable , après avoir , vers 4684 , fondé Tordre doni il est le père à Rouen et à Paris^ n'oublia passa i^le natale. Dès 4690, on oonnaîssaîl à Reims peux qu^on appelait alors ks Petits-Frères. En 4704 . de La Halle et LeTelfie^ les «taUîient régvHèrement dans la rue Neuve ,' vis-à-vts de Sainte-Claire , dans une lïiaison désignée par le n« 409. Sur la rue, une croiT au-dessus d'une porte indiquait la nouvelle communauté ; dans la coui^ deviE bâtiments formant un angle droit, uhe chapelle avec un bas clocher constituaient l'asile des humbles professenrs. Rs obtenaient en 47^5 des lettrespatentes ; mns ce ne fut qu'en 4 778 que leur position fîit reconnue par le parlement et le conseil de Tille. Hs' tenaient alors cinq écoles.

V Les Frères étaient pauvres, mais le ciel n'âbandonaaH'paS'Sesenfiintffdansxle besoin ; la charité leur venaét en aiée. La révolution se ût un cas de con^ science de confier l'instruction de ta jeumesse à des

hommes qui portaient des rofoes boires et qui croyaient en IMett ; elle ferma et vendît en 4791 le coiivent des Frères.

Cependant la voix da Seigneor disait aux proscrits : Revenez , le Boonde a besoin de vous. Ils revinrent en 4800 ; misères^ raâleries, menaces, rien- ne les rebuta. Ils attendirent en priant Tbeure marquée par la Providence. Enfin elle sonna , et vers 4805 ils obtinrent Tfao^talité dans Tancien couvent des Carmes.

Ija restauration ire«t pas peur de la concurrence tentée, contre les Fières de charité ; elle autorisa l>nseign<$menl mutuel , Reims lui donna des éco^ les:. La révolution de i^SÙ fit plus : elle lui sacrifia ses rivauiK ; on réduisit leur mimbre en 48% : plusieurs de leurs classes furent fermées et remises à renseignement lafquç.

En 4 830 renseignement mutuel, protégé par le conseil municipal , encouragé par Tesprit philo-* sophique , n'avait pu supplanter les Frères pauvres et sans appui. La ville comprit enfin qu'as. ne fairsaient pas un métier, mais qu'ils aceompMssaient une mission sublime, désintéressée, utile à tous ; de bons esprits revinrent de leur antipathie ., et se rapprochèrent des écoles ditètiennes. Nûus avons vu rue du Jard la maison conventueHe qu'on leur donna. L^urs appointements furent payés m<Mlié par la viilo,. moitié par une associàtien d'hotemes défvouès aux vrais besoins- de la sociélté.

Les dépenses que Reims a faites et fait pour eux sont bien placées. L'ordre du vénérable de La Salle doit se relever et grandir dans son sein : à Dieu ne plaise que je souhaite aux modestes Frères des idées d'ambition , de monopole ou de ridicule concurrence. Le bien qu'on peut faire dans ce monde est sans bornes. La vigne du Seigneur est grande , chacun peut y travailler.

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