CHAPITRE XXXVI
Quartier de la r«e Neuve (sBite).—Pkoe Saint-Maoriee.* Rues Saiot-Mauriee, — Neuve (côté gauche).
N remontant la rue Neuve, nous trouvons à gauche une place assez grande, c^est celle de Saint-Maurice. La rue qui se trouve à son extrémité et conduit à celle du Barbâtre a le même nom. L'église qui fait le fond de la place n'en porte pas d'autre.
L'origine de cette antique paroisse se confond avec
celle des premiers monuments de Reims ; elle eiis^
tait du temps de Saint Rémi. Son testament nomme
le titre de Saintr-Mauricee sur la voie Césarée.
Un cimetière l'entourait. Suc son emplacement ,
d^un côté fut ouverte la rue Saint-Maurice. La portion sise au chevet de Téglise , au midi , et sur la rue du Barbâtre , reçut dans le XTii* siècle les bâtiments qui dépendent aujourd'hui de rHôpital-Général. Ce terrain était jadis réservé au clergé de la paroisse.
La portion du cimetière phcée devant Téglise survécut long-temps aux révolutions subies par le quartier. Des lices de bois refaites à neuf en 1515 lui servirent de clôture. Plus tard elles furent construites en pierre. 11 en reste encore aujourd'hui quelques débris qui séparent la place et la rue Saint- Maurice.
Le cimetière de Saint-Maurice fut supprimé comme tous ceux que Reims renfermait ; les tombes qui s'y trouvaient furent détruites; les lices d'enceintes tombèrent bientôt; des plantations couvrirent le sol niv&lé. Maintenant, le jour de la fête patronale, des boutiques de jouets et de friandises , des enfants lestes et joyeux, des danses animées s'emparent du champ du repos. Ainsi va la vie , ainsi succèdent les ris aux pleurs. Aujourd'hui les plaisirs brûlants foulent aux pieds la mort. Demain la mort dans ses bras froids et décharnés étreindra les plaisirs.
A l'entrée de la place Saiat-Maurice s'élève une fontaine monumentale; c'est à Louis-Pliilogènc Brulart , comte de Sillery , marquis de Puîsieulx, ambassadeur et secrétaire d'Etat en 1747, qu'elle fut dédiée; on la nomme fontaine de Puysieidx.
A FaulrG oxlrémilé s'élève l'église dont nous allon» parler ; nous avons dit qu*elle existait comme titre du temps de Saint Rémi ; c*éUit alors le elergé sécatier qui la desservait.
Vers 1120 Péglise fut érigée en prieuré par Tarchevèque Raould Leverd. Il en fit don à Tordre des Bénédictins, et ce fut la célèbre abbaye de Marmootiers qui en fut gratifiée.
Saint*Maurice contenait Tautel des paroissiens et celui du nouveau prieuré. Le premier, dans Torigine, était au bout de la nef, devant les degrés qui menaient au cbœur. Les jésuites, devenus possesseurs de Téglise, firent en une nuit enlever Tautel de la paroisse et la placèrent dans la basse-nef à gauche. Le quartier protesta contre cette atteinte à ses droits. Il en fut de ses plaintes comme de celles du Chapitre. Le vieil autel ne reprit pas sa place traditionnelle. Ce ne fut qu'en 1762, après l'expulsion des jésuites, que Tautel du choeur devînt celui de la paroisse.
La façade se divise en trois étages. Au premier nous trouvons trois portes : celle du centre appartient au style roman ; son architecture est simple. Des colonnes, dont les chapiteaux sont mutilés, supportent son arcade. Des sculptures presque effacées devaient dessiner le plein-cintre.
Les deux antres portes aujourd'hui murées ont la forme ogivale ; elles menaient dans les bas-côtés.
Au second étage sont cinq verrières étroites et longues. Trois d'entre elles, placées au-dessous du
portail roman, sont ogivales : les deux autres, qui s'élèvent au-dessus des portes gothiques, sont à pleincÎDtre.
Le troisièuie étage qui couronne la façade se compose d'un fronton triangulaire. Ses deux lignes in-clinées masquent la tmture des basses-^nefs. La croix s'élève tiu sommet.
Dans la nef, les styles roman et ogival se marient à cbaque pas. Au premier appartiennent toutes les Pénètres, et les trois dernières des arcades dont les piliers sautîeainent la voûte. Les trois premières sont ogivales, La voûte de la nef est un plancher de bois.
On remarque à Fextrémité des basses-nefs , du côté du portail, deux autels appuyés sur les murs remplaçant les portes latérales indiquées an dehors. L'un d'eux est orné d'une statue du Christ assis : ce morceau d'art antique n'est pas sans mérite. La position de ces deux autels est un reste des usages de l'époque romane.
Le chœur, le sanctuaire, le chevet de l'église ont été refaits et agrandis par les jésuites. C'est vers 1622 que furent commencées les nouvelles constructions. Au milieu du nouveau chœur s'éleva le mattre-aatel. Cinq caveaux furent ménagés autour de ses fondations. Ils étaient réservés aux prêtres de la paroisse : ils attendirent plus tard les Sœurs de l'Hôpital-Général. Un d'eux recevait les membres de la famille Brulart de Sillery.
Au-dessus de la porte qui mène au eèté droit du
Celle «Mfpmfiqne posilîimdevaUsaCfireàleunani-bilieux désirs : il n*cn fut rien. Nous les avons montrés vovhnt créer d'autres établissements.
Us n'eurent jamais dans Reims une seconde mai-' son. Maurice Le TelMer fut leur adversaire déclaré ; pendant son arcbièpiscofMt, leurs menées étaient suivies de prés, et le prélat sut défendre son autotorité, celle du clergé national et les vieilles institutaons rémoises contre Tesprit de conquête et les intrigues des révérends pères.
Le Tellier mourut; M. de MmSAj prit sa place. Ce prélat ultramontain se chargea des intérêts des jésuites. Le grand séminaire, fondé par son prédécesseur, avait été remis en 170^ entre les mains des chanoines réguliers de Suinte^Geneviève. La ville entière avait approuvé le choix du fondateur. Le Chapitre avait donné de Fargent pour faciliter le nouvel établissement, et quarante bourses étaient fondées au profit des pauvres jeunes clercs.
En 1716 M. de Mailly décida que le grand séminaire serait transféré dans la maison de jésuites. Le corps de ville et le clergé s'unirent encore pour pro-* tester contre cet acte arbitraire. Le parlement, saisi de Taffiâre, rendit arrêt pour empêcher jcette innovation. Les jésuites, suivant leur usa^, tinrent bon, et tout ce qu'on put fiiire tut de maintenir aux Génovéfains l'éducation des quarante jeunes gens élevés gratuitement. Les pensionnaires restèresl au collège de la place Saint-Maurice [1762].
Reyenons à notre sujet. Le portail du bàliraeiilsi^ sur la place est surmonté d^uoe flèche où sont quatre cloches. La* £Made ae compose d*uo panllon entre deuxgrandesailes de bâtiments. LepaviUon est percé d^une porte et de quatre fenêtres placées sur deux étages ; des sculptures les séparent. Un fronton tri^ angulaire qui couronne la porte, présente au milieu de rinceaux un monogramme composé des lettres F et B, Ce chiffre était odm du Bâenheureux François Xavier, patron de leur maison, et signifiait Beaio Francisco: la malignité publique prétendait qu'à Sillerj les jésuites en faisaient hommage à François Brulart, leur bienfaiteur.
Au-dessus de la porte ouvrant sur la rue Neuve, et encadrée dans des pierres taillées de manière à représenter des vermisseaux qui fourmillent, était le monograsune du Christ ; il est mutilé. Cette porte est, dit-on, celle de Tancien hôtel de Cemy.
Dans rintérieur de la maison sont de vastes cours; dans les principales on voit sur les murs des plaques de marbre noir sur lesquelles sont gravées de pieuses citations.
La porte du réfectoire où se réunissaient les ré«vérends pères et leurs élèves est assez remarquable. Elle est décorée de marbre et de tètes de chérubins sculptées. Lemonogramme'obligé la surmonte. L'intérieur de la saUe est recouvert de boiseries. On y avait fixé de nombreux tableaux dus à Hélard. Ils représentaient la vie de Saint François et celle de
Sailli Ignace, Ils viennent d'être retouchés et vont rentrer à la place qu'ils occtt{Mâent.
Personne n'a jamais pu contester ans jésuites Thonneur d'avoir doté le monde de savanti^ illustres et de littérateurs distingués. La tradition rapporte que le collège de Reims compta parmi ses proies^ seurs les pères Bal tus et Petau. 1^ bibliothèque de la maison était de$ plus belles. Les livres étaient ran^ gésdans de nngnîfiiipies amoireft en boisseiriptè. La porte de la salle est encore ornée, connue toutes celles de ce corps de togis, de sculptures et de marbres. Les boiseries qui couvrent les murs de la galerie sont ciselées avec soin. Les guirlandes de fleurs, les télés de diérubins, le monogramme de la Vierge, la lettre B, qui cette fois, n'étant pas jointe à la lettre F, rappelle certainement la fomille Brakrt, des éctassons armoriés, s'y font remarquer de toutes parts. Chaque division des sciences humaines avait son corps de biUiothèqoe, et son titre était écrit au sommet sur une plaque de marbre noir.
Quand la communauté fot bannie, ses livres furent portés à la ville ainsi que son médailliersi ricke surtout en pièces consulaires. La bibliothèque et ses riches boiseries devinrent la lingerie de môpital' Général.
Les immenses bâtiments construits par les jésuites reçurent la destination qu'ils avaient eux-mèraes proposée un siècle avant, ils furent donnés à THépital-Gënéral, dont nous* avons vu le berceau rue de
la Renfermerie. Mis d'abord en 4764 à la disposition de rUniversité victorieuse, ils commencèrent par recevoir de jeunes en&nts auxquels on donnait un peu d^éducation et un métier. Ce ne fut qu*en i766 que s'opéra Tinstallation de la charitable communauté qui dirigeait Tancienne Reitfermerie.
On chercha, vers 1783, à faire travailler les vieillards qui pouvaient encore s'occuper, et les enfants qui ne doivent pas rester oisi£s. La maison devint une fabrique de bonnets de lakie. Les femmeaiaisaieat des tricots et des ouvrages de couture.
£n 1792 on conduisit à THôpital^^éral les orphelins dont on fermait Tasile.
Deux ans plus tard rétablissement perdait son ancien nom et devenait la maison de rHumanité.
Les SoBors ho^italières furent forcées de quitter rhabftt que la nation vénérait. Elles reprirent en 1800 un costume religieux; mais ce ne fut qu'en 1814 qu'elles revinrent à celui de leur ordre.