‹ Reims: ses rues et ses monumentsChapitre 32 sur 34 · CHAPITRE XXXVIfl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIfl

Abbtyft ei ^ise de Stint-liemi.

'est au centre du ban Saint- Remi que s'élevaient le monastère et la irénérable église qui lui donnaient leur nom.

Dès que les restes de Saint Rémi furent déposés dans la petite chapelle St-Ghristophe, le respect des fidèles , la reconnaissance de la monarchie enrichirent le pauvre édifice ; de nombreux clercs furent adjoints à son desservant, et bientôt des bfttiments considérables furent ^construits autour de Téglise pour les loger. Pendant plusieurs siècles, des chanoines ou des prêtres séculiers furent attachés à

Faute] de la sainte basilique ; rarchevèquc Tilpîu les remplaça par les Bénédictins vers 766, et le collège des dercs devint une abbaje. Par une charte octroyée vers 813 , Charlemagne lui garantissait tous les privilèges, les biens, les revenus qu'elle possédait à titres divers.

Les tentes de la maison étaient considérables : sa manse abbatiale tenta les hommes de cour , et sous Louis XI Tabbaye passa de règle en commende. A partir de 1550 les archevêques de Reims se firent nommer successivement abbés de Saint-Remi. Vers 1775 les revenus dont ils avaient joui comme abbés furent réunis définitivement à ceux dé Farchevèché.

Quant au couvent , il fut gouverné par le grand prieur et le» autres dignitaires. Au milieu du xvii* siècle la congrégation de Saint-Maur y fit recevoir la réforme , et la nouvelle règle fut observée jusqu^à la révolution.

Les bâtiments du couvent durent être, comme TègUse, reconstruits à diverses époques. Dans Torigine ils se trouTèrenl placés vers son chevet. Plus tard on les aperçoit élevés sur toute sa longueur du côté dtt nord.

Dans le cloître était encore une chapelle dite de r Infirmerie, parce qu'elle était placée près du dortoir des malades, et une salle qu'on appelait autrefois Àmditûrium où tons les religiein^ se livraient à la lecture et à Tétude. G^eal là que se firent ces beaur

manuscrits dont les Bénédictins enrichirent Reims et le monde civilisé. C'est là q«e se copièrent les chefs-d'œuvre des litiératores grecque et romaine, les corps de lois impériales, les essais de nos premiers historiens, les œuvres des Pères de TËglise, en un mot tout ce que TEarope moderne ne connaîtrait pas sans nos moines laborieux. lU écrivaient, peignaient les vignettes et relisant les volumes euxmêmes.

Ils travaillaient aussi à Tinstruction publique, et leurs écoles furent florissantes jusque dans le. xv* siècle. Le cloître les renfermait. Le Chapitre de Beîms voulut les gouverner, mais le p^>e Adrien IV protégea leur indépendance.

Le couvent avait été rebâti vers i657, p«u de temps après r.arrivée dç la congrégatîpH de . Saintr-Maiir. Une partie du cloitre fut réparée dans les premières années du xvui^ siècle. Tontes ces eonstraetiiNis.ne devaient pas avoir une longue existence.

. Dans )a nuit do 15 au i6 janvier 1774, vers dix heures du soir, des passants ruM^ar^^eoi im grand pouvement dans les bàtimentSidcs Tabbaye* ttentofc des nuages de fumée, des étinceOes sans n<»|bre et des torrents de flammes annoncèrent à toute k vHle que Tincendie dévorait encore uoe fais le.vietax monastère.

Le feu s'arrête «nfin an grand buffet d'oc^gues, à la croisée du nord qu'il avait entamée ; mais il avait détruit presque tout le monastère. Le char-

trier, le rèfecloire, les cukines, une portion tlu petit dortoir avaient seuls pu survivre au désastre. Les pertes furent évaluées à plus d'un million ; quelques-unes étaient irréparables. I^a bibliothèque du monastère comptait de 8 à 900 manuscrits et 25,000 volumes , et on ne retrouva plus que 11,898 volumes et âtô manuscrits.

Duroche, architecte du roi, réédifia les bâtiments du monastère; on venait de les achever quand la révolution éclata'. Nous retrouvons le long des murs du cloître quelques inscriptions funéraires échappées à Tincendie ; on remarque encore , dans quelquesunes des pièces qui entourent le cloître, des arcades ogivales qui remontent peut-être au temps de Pierre de Celles.

Les bâtiments nouveaux sont remarquables par leurs belles proportions, la sagesse de leurs lignes et la noblesse de leur ensemble. Le cloître est vaste et les voûtes élevées laissent Tair du ciel et les rayons bienfaisants du soleil arriver sur les dalles. La façade du monument est ornée d'un fronton triangulaire orné de sculptures. Sur le devant de la cour était une porte fermée d'une belle grille de fer surmontée des armes de T abbaye , et soutenue par deux piliers de pierres.

. Sur la gauche, dans le cloitre, est un magnifique escalier. qui coaduît au premier étage. Des arcades, des colonnes, décorent son entrée ; ses rampet» en fer

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forgé sont rit^lies d'ornements ; ses marehes sont longues et faciles à monter. Il est digne d*ttn palais.

La bibliothèque fut placée dans une vaste galerie sise au rez-de-chaussée ; six croisées Téclairaient ; elle avait 144 pieds de long, et 24 colonnes de bois sculpté marquaient les divisions où furent classées les terres. La belle boiserie de cette salle était Tceuvre de Blondel, artiste rémois. Il attachait tant d'importance à Tœuvre qu'on lui avait confiée, qu'il recommença à ses frais et jusqu'à quatre fois les sculptures qui ne lui semblaient pas parfaites.

La façade du monastère fut précédée d'un perron sur lequel , en i 787 , le duc et la duchesse d'Orléans se montrèrent au peuple qui les saluait de ses acclamations.

Quand les couvents furent fermés, celui de Saint- Rémi subit le sort commun. On réunit dans la bibliothèque les livres qu'on trouva dans les maisons de Saint-Nicaisc , des Minimes et des Carmes. La ville , qui en devenait propriétaire, les laissa dans cette belle galerie pendant plusieurs années. Elle j réunit aussi des tableaux , des objets d'art dont les édifices religieux étaient alors dépouillés à leur profit.

Nous avons dit que depuis long-temps, et ce bien avant 1795, on songeait à transporter l'Rôtel-Dieu dans les bâtiments de Saint-Nicaise ou ceux de Saint- Rémi. Les piemiers furent vendus et détraits; ce furent donc les seconds que la ville destina dè94ors aux pauvres malades. Mais cette translation devait

^tre coûteuse, et on recula longtemps devant kt dépenses qu'elle nécetsitait.

Pendant la révolution le couvent lut magasin mi-* litaire, caserne, ambulance. En 1844 les Russes j mirent leurs blessés. En 4845, pendant les Gent<- Jours, on y vit les Polonais au service de France.

Aux blessés étrangers avuent succédé les Uessés français. Après nos désastres, ils remplissaient Reims, et Ton fut beureux de leur ouvrir Tal^aje. On put dès-brs apprécier les avantages qu'offraient ses vastes salles, son large cloître, ses jardins, sa position élevée. La cbute de Tancien Hètel-Dieu fut dé* finitivement arrêtée. Les circonstances s'opposèrent encore à Texécution des nouveaux projets. Ce ne fut qu'en 18^7 que la translation eut lieu. Tout le ravtériel fut déménagé, remi» en place, et le 43 juin une longue suite de voitures partit de THètel-Diéu pour Saînt-Remi. La porte du couvefht était ornée de verts feuillages, et celle de la façade s^ouvrait au milieu des guirlandes de fleurs.

La bibliothèque devint chapelle. On j plaça les orgjaes et le pavé qu'avait renfermés l'oratoire de rHôtel-^eu. L'autel fut fait avec les marbres qui composaient le piédestal de la statue de Louis XV, détruit en 4T95.

fin 1834 on augmenta les anciennes constmctiens* Un homme bienMsant, le docteur Simm, ifvuit laissé des fonds pour élever un hèpital à la folie. Ses intentions furent exécutées, et des cellules

ivreiit bâties le loiig de la rue des (Cailloux. Elles viennent de recevoir une autre destination. Les fous ont ctéeoBduits dans la maison centrale de Chàlons. Leur hdpital s'est ouvert à d'autres misères hamaines.

C'est à THôtel-Dieu que se tient de nos jours TEcole de Médecine, fondée jadis par les deux Antoine. (Test là que les docteurs Gilbert de Savigny, Uannequin, Petit, d'autres encore avec eux, soutiennent la bannière de la vieille Université rémoise, et luttent arec courage et désintéressement contre le mauvais vouloir et les préjugés du moment ; les exigences des intérêts matériels ont beau faire, l'avenir n'est pas à elles seules, il est aux lumières, au savoir, et un jour il récompensera ceux qui ont su l'attendre en combattant pour lui.

L'Hôtel-Dieu renferme de belles lingeries, une cuisine parfaitement tenue. On y remarque une table Idngue de 48 pieds et large de 3» Une inscription placée sur une lame de plomb apprend qu'elle fui faite avec une branche d'un arbre de Saint- Basle. Le chêne: qui la fournit avait 15 pieds de diamètre. On y tailla douze tables semblables à celle doitl nous parlons.

Nos rois avaient droit d'y venir dîner le lendemain de leur sacre. Les dépenses de ces visites éàimûi supportées par l'abbaye et son ban. On enfui dispensé lorsqu'on paya l'impôt connu sous le nom de décime.

Les princes de la deuxième race et leucs grands Vassaux logèrent souvent dans le vieux monastère. I^s peiits-4i1s de Charlemagne venaient abriter le sceptre qu*ils ne pouvaient plus défendre, près du tombeau de Saint Kemi.

Parmi les hôtes illustres que reçut la maison, (î* gureJean de Salisbury, èvèque de Chartres, mort en iidO, cet historien fidèle des vexations queTarcfaevéque Henri de France faisait supporter aux Rémois, ce généreux compagnon de Thomas de Cantorbèry, banni d'Angleterre. Il vivait k Tabbaye vers 4470.

C'est encore à Soint>-Remi que le héraut de )a reine d'Angleterre vint déclarer la guerre de 4557^ pendant les noces du duc d'Enghien«

Là se tenaient, notamment dans le xvi* sicde, les assemblées générales du clergé de Reims. Làdescen«tKrent maintes fois les Mayenne et les Lorraine. C'est là qu'en 4585 le lieutenant Souin sut refuser au duc de Guise les clefs de la ville dont il exigeait la remise.

Il n'y avait pas à Saint-^Remi une chambre, un fktiier, une dalle qui n'eût son histoire. Je ne puit m'y arrêter plus long-temps, et c'est à regret que je m'arrache aux murs du vieux monastère. Adieu donc, cloîtres silencieux où la science et la religion promenèrent tant de fois leurs profondes pensées ; «dieu, terre que tant de grands hommes ont foidèe dé leurs pieds, qui recouvre tant de restes vénérables. Les souvenirs que vous réveillCE suivront • le péle^

rin qai passe où vécorem les enfants de Saint Benoit.

Camme nous Tavons dit, le territoire de la haute yflle était on vaste cimetière; une chapelle s'élevait au centre ; mise d*abord sous Tinvocation de Saint Clément, pape et martjr, elle fut dédiée à Saint Christophe sous Tépiscopat de BeUuse [308-3^8]. On ne sait à quelle époque elle fut construite, mois elle parait contemporaine des premières églises

Saint Reml mourut en S53 ; dans un testament, il témdgnait le désir d'être inhmné dans Féglise où repomîeot les reliques de Saint Thimothée et celles de ses compagnons.

Noos avons raconté conmient la modeste chapelle SaintrChristophe eut Thonnepr de recevoir dans son sein les restes d'un des plus grands évèques de France.

• 11 fallut bientôt agrandir le petit oratoire. ClotUde, la première de nos reines chrétiennes, facflita par ses bienfaits les constructions devenues indispensables. Des bâtiments importants, destinés au clergé de la nouvelle église, s'élevèrent à côté. Les évdques Manipius et Gilles s'occupèrent de ces premiers développements donnés à l'église [548-569]; leurs successeurs continuèrent leur œutre.

En 655 la dbapelle fut détruite, et la seconde ba-sîlique SainA-Remi prit sa place. L'évèque Sonnace {634] dirigea <ette construction; elle ne manquait pa^

d'importancei et la nouvieilâ église était ctiée parmi celltô qu'on remarquait alors en France, l^s archi^ teetes qui Tavaient élevée n'avaient pas su lui donner la solÀdité nécessaire pour traverser les à^s ; après être restée «Miout deux cents ans environ, elle menaça ruine.

Hincmar [â45-88â] éleva la troiaiàne basilique %u'on vit sur cette cottine. Pinehart, ckanokie é» ^re-Dame, a vu dans un manuscrit de Tabbaye de Saint-Remi, écrit vers 1377 et brûlé dans Tinceni^ die de 1774, un dessin qui représentait cette troisième église ; il la décrit ainsi : rentrée de Tédifice et son pourtour ressemUdent à un cbàteau^fort ; à cété de la porte était une tour ronde et assez con«i«<dèraUe ; sur la toiture de Tédifice s'élevaient quatre petites flèches, et au centre une tour assez élancée , terminée par quatre clochetons ; derrière étaient les bâtiments destinés au clergé.

Ce vénérable édifice ne devait pas être plus beureiix que celui qui le précédait. Sa chnte était iomiinente au commencement du xi^ sièdew En 1005, Airard« snième abbé régulier, fit venir près de lui d'habiles architectes, leur fit £nre des plans, et parmi tous ceux qui lui furent présentés il choisit celui qiH,par sa beauté, sa grandeur, lui sembla le plus digne de rilluatne tombeau qu'il s'agissait d'ahriter. On se mit à l'œuvre, les fondations forent faites, mais chacun disait, en voyant la grandeur des l^es tracées sur le sol, ce qu'on répète à

Cologne depmift des siècle» devant fta caihédrale inachevée : Personne dans 6e monde n*en verra la fin.

Pendant trente ans déjà Ton travaillait^ quand Fabbé Âirard mourat. Il n'avait pn terminer son en* treprise [1036].

Son sucoessenr Thierry essaya d'^tfoord de lutter ayec courage contre des difficnltés que le zèle de son devancier n'avait pu vaincre : mais il comprit que la puissance divine était seule sans bornes. II fit détruire tout ce qu^on avait feit, et Tédifiee, vers 1041, fut recommencé sur des proportions moins vastes, mais plus sages et plus en rapport avec les ressources de Fabbaye.

Après avoir dirigé pendant sept ans les nouveaux Jtravattt [1048], Thierry sortit de ce monde et dut Jaisficr à Hérimard et sa place et le soin d'achever la basilique de Saint-Remi. Le nôdvel abbé se mit à Tœuvre, et acheva les croisée». Bimitôl une charpente de bois taillée dans la forêt d'OiiMiis <;ourofina les murs de Tédifice. i^e clergé, les habitants de Reims .appuyaient des efforts qui cette fois inspiraient confiance. Les uns avaient fourni des matériaux, les autres des chariots, des bêtes de somme. D'autres encore avaient -mis la ^main au pieux travail et s'étaient mêlés aux ouvriers. L'édifice .stacheva ; l'abbé Hérimard voulut perpétuer le souvenir de la nouvelle coYi^cration par utie fêté auguste. Il pria le pape de venir lui-ofême placer

^ . ^ 1 nouvelle é^se sous k patronage de Saint Rémi* ^ ^^B IX y consentit, et se rendit à Reims. La cérélonie se fit avec tout T^lat imaginablev au milieu .fune foule immense que les gaiyi^sîie pouvaient con- . enir.

• Plus de cent ans après, Pierre de Celles fitdémo^ ir Taèside. alors moins haute eue la nef; il recon*- «A/7. /^- ^""^^ ®^ pierres les voûtes des deux corps de bâtiments, et les mit de niveau; celle de la nef fut en

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