‹ Reine de Mort: Comédie inéditeChapitre 9 sur 53 · SCÈNE III LOUISE, ROUSSELET · texte numérisé non relu

SCÈNE III LOUISE, ROUSSELET

LOUISE (Courant à M. Rousselet pour le débarrasser de sa canne) Cher oncle!... à votre âge... à pied...une course si pénible... Reposez-vous là, dans ce bon fauteuil...

M. ROUSSELET (Gardant sa canne) Non pas, un ancien employé comme moi, un subalterne! C’est le fauteuil de Monsieur Ribeaux de la Chénaïe! LOUISE (Avançant un autre siège)

Prenez ceci, alors...

Jamais!... C’est le siège de Madame Budois, elle regarderait, en entrant, ce que j'aurais usé de la houssel!... Vois-tu, Louise, un étranger doit rester debout, jusqu’à ce que les maîtres de la maison l’invitent à s’asseoir ?

LOUISE

Mon oncle, vous n’êtes vraiment pas raisonnable, vous exagérez les choses. Je suis bien sûre que Monsieur Ribeaux de la Chénaie…. que Madame Budois elle-même...

M. ROUSSELET (Toujours debout, sans l'écouter) Il n’est venu personne ici ?

LOUISE (Très embarrassée)

Ici... mon oncle”?

Oui. Monsieur Chapuy, le notaire ?...

LOUISE (Vivement) Non, mon oncle, Monsieur Chapuy n’est pas venu.

M. ROUSSELET (Regardant à sa montre)

Il est en retard, contre son habitude... Ah ! C’est que j’ai grand besoin de voir finir tout cela!... Le temps me paraît d’une longueur désespérante, jusqu’à l'ouverture de ce testament... (Se retournant vers sa nièce). Ecoutez-moi bien, Louise !

: LOUISE Oui, mon cher oncle.

Tu iras dans ma chambre... (Se reprenanti. Quand je dis ma chambre. ..{(Avec tristesse). Enfin ! tu m’entends! LOUISE (A part) Ces souvenirs-là le tueront!

M. ROUSSELET Tu prendras dans l’armoire, à droite, ce qui m’est nécessaire pour un petit voyage, et tu mettras le tout dans mon sac de cuir, au pied du lit...

LOUISE (Vivement) Vous avez donc une course à faire ?

Peut-être... Qui peut dire où nous coucherons ce soir? Va, c’est le plus pressé! Quant au reste du bagage, on l’emportera un autre

jour.

LOUISE (Avec force)

Vous ne partirez pas ainsi, c’est impossible! M. ROUSSELE!

11 faut s’attendre à tout, ma bonne Louise... On n’a pas vécu autant que moi, sans avoir quelque expérience des hommes |! Rien, vois-tu, ne doit étonner le sage... «Il est toujours prêt à partir »! Je ne sais pas trop quel poète a dit cela, mais c’est bien dit. D’ailleurs, sois tranquille, nous ne fuyons pas en pays inconnu. Tu sais, ce tout petit coin de terre que j’ai acheté avec mes quelques mille francs d'économies, quand j'étais encore caissier de Monsieur Maillard, et que je loue, depuis tant d'années, à ces braves gens

que tu as vus ?

LOUISE

Oui... sans doute...

Eh bien! Nous irons là, ce soir, nous leur emprunterons une

chambre, dans ma maisonnette : la nuit sera bientôt passée. Et après... à la grâce de Dieu! Nous verrons à nous arranger

ensemble.

pv LOUISE Mais, mon oncle...

M. ROUSSELET (Avec une douce mélancolie et la prenant par une boucle de ses cheveux)

Va donc, petite! Tu me conteras, plus tard, tes belles raisons !

(Louise sort)

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