‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 11 sur 48 · I^ BEI<I,B TAI,I,IEN I · texte numérisé non relu

I^ BEI<I,B TAI,I,IEN I

Il faut qu'il soit le premier à lui apprendre > — en Tarrangeant comme il convient — la légende du 9 thermidor.

Dira-t-il à Thérésia que cette légende est entièrement fausse? Impossible ! Sa vanité eâ souffrirait trop.

Mais ne peut-il dire qu'il a pris le prétexte de TAmoUr pour précipiter tm dénouement que ses amis compromettaient par des ajournements craintifs dont il voyait, lui, l'imprudence?

Ne peut-il dire qu'à cet effet il a inventé auprès d'eux l'histoire du poignard, des billets jetés avec des pierres et même des dernières lettres que nous avons reproduites (pages 40 et 41).

Si l'on relit ces lettres à présent, c'est-à-dire à la lumière de cet aperçu nouveau, on remarquera que l'épître datée : « De la Force, 7 thermidor » (I^a citoyenne Fontenay au citoyen Tallien), qui n'a en rien le style de Thérésia, est en outre, la conception d'un esprit d'homme et non pas celle d'un esprit féminin. La netteté, la sécheresse du début, la façon brusque d'entrer en matière par un détail administratif caractéristique, exprimé dans les termes techniques exacts qui conviennent, la concision même de la phrase, tout est homme et Ccriventionnel dans ce début : L'Administrateur de la police sort d'ici : il est venu m' annoncer que demain je monterai au tribunal : c'est-à-dire sur l'échafaud.

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Il n'y a pas une femme sur dix mille qui rédigerait ainsi !... et Thérésia, précisément, est femme au plus hcut point.

Elle a pu collaborer, en revanche, à la phrase suivante : Cela ressemble bien peu au rêve que fai fait cette nuit: Robespierre n'existait plus, et les prisons étaient ouvertes.., mais, grâce à votre insigne lâcheté, il ne se trouvera bientôt plus personne en France capable de le réaliser.

Le Conventionnel n'a pas besoin d'inventer les mots « Robespierre n'existait plus et les prisons étaient ouvertes » il ne fait que placer à un passé antérieur (rêve du 7 thermidor) ce qui était réellement accompli le 12.

Quant à la finale, elle est encore aussi masculine que le début, aussi « Conventionnel » surtout. Thérésia n'aurait jamais imaginé cela.

Tallien, dès la Hbération de la jeune femme, lui expose donc en voiture, au sortir de la Petite- Force, la comédie qu'il a dû jouer, l'histoire qu'il a dû m venter pour ses collègues. Il Ut à Thérésia les brouillons des lettres qu'ils vont écrire, comme si elles avaient été réellement envoyées...

Mais pourquoi ne simulerait-il pas aussi un regain de passion pour la Cabarrus? Pourquoi ne pas entrer plus complètement dans son rôle en disant qu'il ne mentait qu'à demi à ses collègues, car malgré ses jalousies, il n'a jamais cessé d'aimer Thérésia, et c'est

au moment de la perdre qu'il a sondé l'étendue réelle de son amour?... Thérésia est assez belle, assez infatuée de son charme pour le croire... et si eUe le croit il la tiendra bien mieux !

On dit qu'elle a déterminé Tallien à frapper Robespierre. Pourrait-elle trahir im amour qui vient de faire accomplir un si grand acte sans se mettre en mauvaise posture vis-à-vis du public?

La nécessité de cette tactique de Tallien démontre qu'il dut l'employer et qu'il fut dans l'obligation de jouer une comédie d'amour à celle qu'il avait si bien oubliée dans les affres du désespoir et de la terreur.

Quant à la jeune femme, elle respire enfin ! Elle n'est plus sous le couperet fatal, elle est libre. Elle voit le ciel.

Avec la vie, le soleil, l'avenir qu'elle retrouve, ses oreilles sont bercées d'un hymne d'amour... peut-elle réfléchir, analyser?... a-t-elle le loisir de douter?...

N'a-t-elle pas songé un instant que Tallien, pour se venger de ses infidélités, pouvait la faire mourir?... et voilà qu'il la sauve !... pourquoi ne le croirait-elle pas?

S'il obtient ce premier résultat — * et tout permet de penser qu'il l'obtint — Tallien n'a plus qu'à circonvenir sans relâche sa maîtresse pour la retenir.

Qu'il la promène partout pendant quelques jours : qu'elle soit acclamée à son bras et qu'il s'applique

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sans cesse à lui répéter, non pas « c'est toi, » ou t c'est nous, qu'on acclame, » mais « c'est l'amour que tu m'as inspiré et qui eut la puissance de me faire abattre le tyran »; qu'il répète sans cesse à Thérésia cette essence de la légende, la jeune femme sera forcée de croire que son triomphe est absolument lié à cet amour.

Si Tallien s'applique, d'autre part, à lui vanter sa prochaine domination sur la République, rien ne la détrompera d'abord à cet égard, tant la popularité de Tallien est réelle et forte au début. Or, on ne peut mettre en doute qu'il lui tient ce langage puisqu'il se crut en effet, au moins pendant la première période de la réaction thermidorienne, destiné à remplacer — avantageusement — Robespierre.

Il fait partie du Comité de salut public. Il a des richesses qui lui paraissent plus grandes qu'elles ne sont en réalité, parce qu'il n'est pas habitué à posséder. Tout lui semble donc possible.

Néanmoins, Thérésia finira par apprendre un jour qu'elle a été bernée, dupée, exploitée par le Conventionnel. Mais alors il sera trop tard pour le renier, parce qu'elle aura trop longtemps affiché la plus étroite imion avec lui ; parce qu'elle aura trop justifié, confirmé, amplifié la bienheureuse légende qui la déguise en Notre-Dame de Thermidor... et plus tard ce collier de gloire éphémère sera le carcan qui l'étranglera.

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En revenant de la Petite-Force avec sa maîtresse, Tallien feint de l'aimer. Thérésia l'écoute et le croit plus ou moins, mais ils ne projettent pourtant, ni l'un ni l'autre, in peitOy d'unir à jamais leurs existences, puisque nous les verrons quelques mois plus tard ayant chacun résidence à part avant de se marier.

lye 12 thermidor, ils n'ont aucim ménagement à garder vis-à-vis du monde attendu que leur liaison, leur amour, leur passion est im fait acquis à l'Histoire.

Rien ne les empêche de loger ensemble... ils ont néanmoins chacim leur domicile particulier dès ce jour ou les jours suivants, car dans une lettre, datée du 18 août 1794, qu'elle envoie à Bordeaux, Thérésia annonce qu'elle déménage pour aller habiter, 9, rue Saint- Georges, chaussée d'Antin.

L'union légale du couple s'accomplit vers la fin de 1794, et à ce moment Thérésia demeure toujours dans la chaussée d'Antin, qui est fort à la mode, tandis que Tallien n'a pas cessé de résider rue de la Perle.

S'ils ne projetèrent pas de régulariser leur liaison dès le commencement d'août ils durent prendre cette décision au plus tard, en octobre ou en novembre.

On a pensé que le second enfant de Thérésia, Thermidor-Rose-Thérésia, fut l'une des raisons détermi-

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nantes du mariage de Tallien. Cette hypothèse est très vraisemblable. Malheureusement, l'acte de naissance de cette fille n'a pas été retrouvé et l'on ne peut dire à quel moment de 1795 elle est née.

Son premier prénom, Thermidor, est du moins fort caractéristique : n*indique-t-il pas que la conception de cette enfant se rapporte aux événements de ce célèbre mois?

L'enfant ne peut être le fruit des derniers rapprochements de Tallien et de Thérésia dans la Gironde car en ce cas la naissance aurait eu Heu en 1794.

La conception date forcément de la seconde quinzaine de mai ou d'une date postérieure au 12 thermidor.

Mais au moment où Thérésia vint à Paris, nous savons qu'il y avait beaucoup de froid entre elle et Tallien... et que la jeune femme était fort occupée avec son compagnon de route, Jean Guéry. H est donc permis de penser que ce ne fut pas une circonstance favorable à la procréation de Thermidor- Rose par Tallien.

Au contraire, après la libération de Thérésia, le Conventionnel affectant pour sa maîtresse un regain de passion put fort bien, en août 1794, provoquer les troubles que la belle Cabarrus dut remarquer en septembre et, au plus tard, le mois d'octobre suivant; troubles qui suggérèrent puis déterminèrent le mariage effectué en décembre.

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