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En ce cas, la naissance de Theriiiidor-Rose aurait eu lieu en avril 1795.
Tallien dut subir la paternité d'autres enfants que M"^® Tallien lui donna, mais il n'a jamais montré pour ces pseudo-héritiers de son nom qu'une parfaite indifférence. Tandis qu'il considéra toujours Thermidor- Rose comme sa véritable fille et la traita en conséquence.
Longtemps après son divorce, il marquera encore une sollicitude effective pour cette enfant.
C'est assurément parce qu'il avait de bonnes raisons pour ne pas douter de la légitimité de sa naissance.
Or, avant son emprisonnement à la Petite-Force, Thérésia lui avait donné trop de collaborateurs pour ne pas l'inciter à douter de sa paternité. Vers la fin de 1794, les relations déjà nombreuses de la jeune femme étaient de nature à éveiller en lui les mêmes doutes.
Seule, la période qui suivit immédiatement le renversement de Robespierre et ne dura que deux ou trois mois fut une phase de ses apparentes amours pendant laquelle il put se croire unique possesseur de la belle Thérésia.
En résumé, après avoir délivré sa maîtresse, le terroriste ne s'installe pas avec elle, mais continue à garder ostensiblement pour domicile son logement de la rue de la Perle — si toutefois, ce qui est plus pro-
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bable encore — îl ne loge pas tout simplement chez ses parents (i).
Tallien croit entendre encore les accusations indirectes lancées par le tyran contre lui à propos de ses vols au cours des missions de Tours et de Bordeaux.
Robespierre est mort, mais sa queue de séide est à peine entamée.
Elle peut reprendre les accusations du dieu abattu pour le venger de son plus apparent assassin. Ce n'est donc pas le moment pour celui-ci d'étaler le fruit de ses rapines.
En conséquence, îl décide de continuer à demeurer rue de la Perle, mais il fait louer à sa maîtresse l'appartement qu'elle va occuper jusqu'en décembre, ou même au delà, dans le quartier de la Chaussée-d'Antin.
C'est assurément une fort élégante installation parce que Thérésia, sur laquelle la légende de Thermidor fait converger tous les regards, ne s'accommoderait pas d'un taudis. Elle sait combien son amant est gorgé d'or et ne se gêne pas pour lui demander im cadre digne d'elle.
Tallien, se disant passionnément ^ns, pourrait-il le refuser? Il le refuse d'autant moins que le luxe de sa maîtresse va flatter sa vanité. H lui est aisé d'en
(1) Son père était peut-Ôtrc mort, mais sa mère rivait encore puisque dans la fable des billets envoyés à Thérésia dans la cour de la Petite-Force, Tallien prête à sa mère un rôle d'intermédiaire.
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rofîter en se tenant bien plus chez elle que chez lui.
iu surplus, son égoïsme naturel ne s'impose que dans
' 2S circonstances graves où sa vie est en danger. En
outes autres occurrences, la gloriole le domine et le
>orte à dépenser sans compter.
ly'usage tempéré de la fortune exige, on le sait, la préalable accoutumance qui fait précisément défaut aux individus brusquement enrichis par héritage, par spéculation ou par le sort. Les joueurs et les financiers sont généralement prodigues. Ils gaspillent ce qu'ils possèdent avec autant de rapidité qu'ils l'ont acquis. Tallien est dans ce cas.
Des événements imprévus, mais dont le retour semble alors certain, l'ont fait passer, en moins de Jeux ans, de la pauvreté à l'opulence.
Par rapport à la façon dont il a toujours vécu jusqu'en 1792, ce qu'il a en 1794 doit lui paraître inépuisable, et il en usera d'autant plus largement qu'il ne doutera pas de pouvoir remplir à nouveau sa caisse.
Nous verrons, en effet, les sommes considérables qu'il a dérobées à Bordeaux et à Tours, glisser entre ses doigts en bien peu de temps, dès qu'il se jugera en mesure d'affecter moins de retenue dans son train de vie.
En attendant, il meuble et il habille Thérésia de fort galante façon : il lui offre même sans doute quelques-uns des bijoux qu'elle montrera plus tard en ses réceptions de la chaumière, mais qu'elle cache au début.
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car, comme Tallîen, aussitôt après sa libération, elle a d'abord affiché, elle aussi, une certaine gêne.
Du 12 thermidor (30 juillet) au moment de cette installation, qui a lieu vers le 15 août suivant, les deux amants sont du reste fort occupés Tun et l'autre. Thérésia se fait probablement rendre d'abord les objets qu'elle avait réunis pour les emporter avant son arrestation. Elle va dans ce but à Versailles. lyC changement de ses dispositions l'oblige sans doute aussi à retourner à Fontenay-aux-Roses. Mais ces déplacements ne l'empêchent pas de se montrer au bras de Tallien partout où « le vainqueur du tyran » est incité par sa vanité à se produire publiquement, avec sa célèbre Êgérie. Aux Tuileries, aux Champs-Elysées, au Palais- Royal, au théâtre, ils se montrent presque chaque jour et leur popularité s'en accroît.
Tout d'abord, le terroriste n'a eu souci que de récla- -mer des mesures de rigueur contre ses ennemis et ceux qui auraient pu lui nuire. Il a été l'un des plus violents solliciteurs de nouvelles guillotinades, par mesure de défense personnelle. Néanmoins, ses contacts fréquents avec la population lui font bientôt sentir que l'opinion publique est encore plus avide de mesures de clémence et d'apaisement que de l'extermination des « Robespierristes ».
Il vote alors comme la majorité de la Convention qui prend une importante série de décisions dans ce sens et notamment celle qui va faire mettre en liberté
Bonnevillc del. et Sculp.
Stanislas FRERON
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un grand nombre des personnes incarcérées sur les ordres du parti renversé
Ce dernier décret est du 18 thermidor an II (5 août 1794) et, dès le 20 (7 août), les feuilles du jour signalent les visites faites par Tallien et d'autres délégués dans les prisons où ils élargissent force détenus.
On délivre les acteurs et les actrices de la Comédie- Française qui s'étaient cru perdus; l'amant de Thérésia fait élargir La Harpe, et celui-ci, d'autant plus touché de la démarche bienfaisante du représentant qu'il avait éprouvé une atroce terreur de l'échafaud, deviendra, peu après, Tim des familiers de la chaumière de Mnie Tallien.
Le 23 thermidor (10 août 1794) — anniversaire du massacre des Tuileries — la Gazette historique et poli» tique de la France et de V Europe relate encore unevisite du Septembriseur à la prison du Luxembourg.
Une foule compacte formée de parents, d'amis des prisonniers et de curieux, attendait le Conventionnel et lui fait une grande ovation rue de Tournon (i).
(1) « Vive la Convention ! Vivent nos dignes représentants I « Tel était le cri dont la rue de Tournon retentissait hier, <c lorsque Tallien fut au Luxembourg rendre la liberté à « nombre de patriotes qui y étaient détenus injustement. Le » peuple y était accouru en foule, le comblait de bénédictions, « l'embrassait, embrassait ceux qui venaient d'être rendus ^ « la liberté. « Soyez tranquilles, mes amis, disait Tallien, à « ceux qu'il ne pouvait encore faire sortir de cette maison « d'arrôt, vous ne soupirerez pas longtemps après votre « liberté, il n'y a que les coupables qui ne jouiront pas de ce
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Le massacreur de Bordeaux devait un peu regretter de rendre libres cette fois gratis tant de personnes dont en d'autres circonstances il n'aurait pas manqué d'exiger rançon ! — Mais les exclamations populaires le consolaient peut-être de ce « gaspillage »... Elles contribuaient si bien, en tout cas, à grossir sa popularité que Ton voit dès les jours suivants des journaux comme le Messager du soir et le Journal de Perlet, échos des jalousies des autres Conventionnels, critiquer ces ovations à Tallien avec âpreté. Ils disent qu'il est indécent d'attribuer à un représentant des mesures dont le mérite appartient à la Convention toute entière, et vont jusqu'à faire remarquer que de telles manifestations risquent de compromettre gravement auprès ^e ses collègues celui auquel on les adresse bien à tort.
Aucim document ne nous apprend si Thérésia obtient, dans cette ère d'affranchissement, que ses domestiques, emprisonnés en même temps qu'elle, lui soient rendus, mais nous allons voir qu'elle dut en profiter pour plaider la cause du jeune Guéry auprès de Tallien, puisque son compagnon du voyage de Bordeaux-Orléans- Varis était déjà libre le i8 août.
C'est à cette date, en effet, qu'elle expédie à son
« bienfait. Je reviendrai aujourd'hui, je reviendrai demain, etc.. « et nous travaillerons jour et nuit jusqu'à ce que les « patriotes injustement détenus soient rendus à leurs « familles, etc.. » {Gazette hist. et politique de la France et de l'Europe.)
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amie, Constance Lavaud, à Bordeaux, la lettre ci-après dont nous avons parlé à plusieurs reprises :
« Paris, ce i®' fructidor, an II de la République.
« Je ne doute point, ma Constance, de ton amitié, a et suis convaincue qu'elle n'a point été blessée ya-ï a l'adversité. Ce serait t'outrager, et je te rends assez « justice pour juger ton cœur par le mien. Je n'ai « jamais craint de me compromettre pour l'innocence a opprimée, ton mari en est la preuve et Thérésia « sûrement a trouvé en lui un appui. Je te suis bien (( obligée des soins que tu te donnes pour mes effets, « je pense comme toi, qu'il faut en vendre le plus pos- « sible, mes guitares, mon serre-papiers d'acajou, « mes orangers, mon cheval et mon cabriolet. J'ac- (( cepte avec reconnaissance l'offre du citoyen Louvet, « dis-le lui, je suis pénétrée de sa bonté et l'en remer- « cierai par le premier courrier. Je regrette mes orana gers, mon balcon, le tien, mais ta ville ne me reverra (c pas de si tôt. Vends aussi vme cassette en bois de (c noyer, je suis fâchée de ne pouvoir vendre une partie « de mes robes, car mes deux mois de cachot me coû- « tent horriblement cher. Joseph doit avoir deux bou- (C teilles d'huile que me donna Guéry peu de jours « avant mon départ. Fais, je t'en conjure, tout de K suite, un envoi de vins, de sucre, de café, de thé, de a bougie : tout cela m'est absolument indispensable. K Gramont est porteur de 3,200 livres payant ici le
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a. mémoire de Sicard. J'imagine qu'avec la vente de s mes effets Awson aura assez d'argent, au surplus, « Guéry part dans quatre ou cinq jours et en portera a encore.
a Je voudrais que tout v^t par la diligence ou la G messagerie, les rouliers mettent des siècles en route, a Le citoyen Ysabeau m'a promis de favoriser tout c cela, ainsi mon amie, adresse-toi à lui, s'il faut < quelques permissions. Quant aux petits objets, tu € pourrais m'en envoyer par des occasions, par des « personnes qui partent pour Paris, on se chargerait a peut-être de ces petits paquets et ce serait autant « d'épargné, au demeurant, je m'en rapporte à toi « pour l'économie.
« Je me bornerai à te dire que Fontenay a fait a mille infamies, m'a vendu des maisons, des terres « qui n'étaient point payées et qui étaient vendues « par lui argent comptant à d'autres, ce qui diminue a considérablement ma fortune. J'avais du savon, « envoie-le moi aussi.
« Je voudrais pour 500 livres de sucre et de café, « tous les frais faits, pour autant d'huile, de thé, et « de savon. Je remets, mon ange, mes intérêts entre « tes mains, bien sûre qu'ils ne peuvent être, mieux a placés, tire parti de tout.
« Je crois devoir te prévenir que la vieille guitare a m'a coûté 96 livres. Adieu: comme on n'exprime c jamais bien la reconnaissance, je me tais vis-à-vis