I.A EE:i,T,B TAI^UEN
ils ont été gratifiés, par hasard, l'un et l'autre, il convient qu'ils reçoivent, qu'ils groupent autour d'eux nombre de personnalités saillantes, et cela nécessite une « maison » bien montée. Ces considérations communes aux deux époux achèvent de prouver que leur union est exclusivement dictée par des intérêts et des vanités, un peu différents pour chacun, mais aussi puissants pour l'un que pour l'autre.
Ni l'amour, ni la passion, ni même la luxure ne sont les raisons déterminantes du mariage de Thérésia Cabarrus et de Tallien. I^a reconnaissance n'y est également pour rien.
Ils ne s'aiment point. Ils se sont très mal conduits tous deux et se peuvent reprocher des torts égaux. Ils se méprisent réciproquement.
Bien édifié sur la vertu de sa maîtresse par les nombreuses intrigues qu'elle n'a cessé d'avoir depuis qu'elle est femme, le Conventionnel sait qu'il n'épouse pas une Pénélope. A-t-il le ridicule espoir de la rendre fidèle par im acte civil? Tallien connaît trop les « filles de joie » pour imaginer cela. Il sait fort bien que M«^e Tallien le trompera. Comment n'y aurait-il point d'ailleurs du a souteneur » chez ce produit de valetaille déguisé en législateur?
Le cas de Thérésia est relativement plus amoral parce que rien ne l'oblige, vers la fin de 1794, à s'unir légalement au septembriseur.
A Bordeaux, lorsque de vieilles aristocrates au seuil
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de leur tombe savaient porter haut sur l'échafaud leur tête couronnée de cheveux blancs plutôt que de s'avilir en acclamant les assassins de la race française ; lorsque des femmes jeunes, riches et belles suivaient avec intrépidité leur exemple; lorsque de faibles religieuses, brebis inaccoutumées aux luttes de la vie sociale, allaient à la guillotine en chantant des cantiques plutôt que de dénoncer un vieux prêtre qu'elles avaient caché; lorsque des fillettes, souriant à leur bourreau, regardaient sans pâlir et sans trembler le couperet fatal prêt à les décapiter, Thérésia eut la lâcheté de s'offrir et de se donner au massacreur de septembre pour conserver avec sa vie, sa beauté et les adulations que lui valait son art de plaire. Cette faiblesse, au milieu de l'héroïsme général, imprime à la Cabarrus une ineffaçable flétrissure.
Mais en cette circonstance elle avait du moins le prétexte de la peur pour expliquer son inexcusable indignité. Tandis qu'en 1794, lorsqu'elle épouse Tallien, tout l'accable et la fait plus vile que la dernière des prostituées.
Elle n'aime pas le Conventionnel. Elle le méprise. Elle connaît ses crimes de septembre 1792, ses crimes de Tours, ses crimes de Bordeaux et ses vols partout.
Elle sait qu'elle va vivre sur Tor qu'il a dérobé aux prisonniers et aux guillotinés, puisqu'elle l'a vu « travailler » et lui a prêté son concours dans ces ignobles
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« Opérations » révolutionnaires... Quelle est donc sa moralité?
Elle n'en a pas.
Pour juger Thérésia Cabarrus avec équité au sujet de son second mariage, il faut absolument sacrifier la réputation séduisante, mais complètement fausse, qu'elle doit à bon nombre de ses contemporains, trop épris de ses charmes et de son charme.
Sa seule excuse est dans son inconscience, qui n'est pas absolue, mais qui ne lui permet point d'entrevoir qu'elle pleurera pendant im tiers de son existence l'infamie du mariage qu'elle contracte si joyeusement à la fin de 1794
A vingt et un ans, nous l'avons dit précédemment, Thérésia ne sait rien que flaire.
Elle a efîleuré vingt études sans en poursuivre aucune. Elle ne connaît ni le français, ni l'espagnol, encore moins l'italien, bien que passant pour posséder ces trois langues : elle bavarde dans le jargon du temps, et son vocabulaire ne se compose que de phrases est d'idées toutes faites mi-partie sans-culottides et bourgeoises du xviii® siècle.
Sur l'éducation la plus déplorablement superficielle qu'a tenté de lui donner la fraction déjà décomposée de la société à laquelle appartenait le chevalier de Fontenay, elle a greffé la sottise et l'immoralité des principes républicains de 1793.
Une de ses caractéristiques en 1794, c'est qu'elle
ne raisonne pas. Si elle était capable alors d'un raisonnement élémentaire, elle n'épouserait pas le terroriste.
Elle prouve qu'elle ne calcule rien en négligeant tout poiu" ne considérer qu'une seule chose : la popularité dont elle jouit avec l'exécuteur des hautes œuvres de la Révolution.
Son amant est un voleur, un assassin, un lâche, nul ne le sait mieux que Thérésia. Qu'importe ! Tout cela n'existe pas pour elle puisqu'on acclame Tallien.
Telle est la stupidité de cette merveilleuse créature. Sa cervelle est presque aussi vide que celle d'une hétaïre de maison close, et pendant la fin de la Révolution, pendant la durée du Directoire, cette pauvre cervelle a'œuvrant que pour la gloire de prendre les hommes par le désir de sa chair, restera presque enfantine à l'égard des événements, des personnes et des choses.
Cela ne modifie pas l'infamie de son mariage avec Tallien mais cela diminue considérablement sa responsabiHté dans cette impardonnable faute qu'elle expia cruellement^
ÏV
L'iNUTIIvITÊ DE TaîXIEN APRÈS I.B 9 THERMIDOR AN II ; II, N*A PI.US d'iNFI^UENCE ET SONGE A TRAHIR I^A RÉPUBIvIQUE AU PROFIT DE I.A MONARCHIE, I47f^O. — Le ROI.E DE ThÉRÉSIA dans I,A RÉACTION THERMIDORIENNE; FERMETURE DU CIvUB DES JACO- BINS ; NUIvIvITÉ POUTIQUE DE NoTRE-DaME DE
Thermidor, 150-157. — Le iviariage de Tai^uen;
I,A PARTICIPATION DE SON AMI FRÉRON AUX EXPtOITS
de la jeunesse dorée; i.es réunions de i/a Chaumière et les affaires de Tallien en 1795, 157-180. — La fausse bienfaisance de Thérésia, 180-189. — Les licences de La Chaumière dénoncées A LA Convention, 189-195. — Tallien fait
DÉCRÉTER LA FÊTE DU 9 THERMIDOR; LES PEURS DU TERRORISTE LORS DES INSURRECTIONS DE GERMI- NAL ET DE PRAIRIAL AN III, I95-200. — LE DEUXIÈME ENFANT DE ThÉRÉSIA, 200-204^ — LE DERNIER EM- PLOI DE TalLIBN a QuiBERON; SIEYÈS DENONCE SES TRAHISONS ROYALISTES AU CoMlTÉ DE SALUT PUBLIC; ALARMES DE ThÉRÉSIA; TaLLIEN SACRIFIE LES PRISONNIERS DE LA VENDÉE A LA SÉANCE DE LA
Convention du g thermidor an III et fête le
SOIR AVEC ThÉRÉSIA CETTE MANCEUVRE QUI LE
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SAUVE, 204-217. — La Comédie de révoi^te jouée
PAR I.A BEI.I.E TaI,I,IEN A IyACRETEl<I<E APRÈS Qui- BERON, 217-226.
Expulsé du club des Jacobins en même temps que Fréron, jalousé pour sa popularité illégitime par ses complices dans le complot pour le renversement de Robespierre, méprisé, suspect à la Convention toute entière convaincue des crimes et des vols qu'il a commis sans cesse depuis le 10 août 1792, Tallien se trouve dans une situation extrêmement fausse peu de temps après son apparent triomphe du 9 thermidor.
Sa mauvaise posture s'aggrave du fait de son incapacité, car, n'étant qu'un vulgaire terroriste, un banal exécuteur de massacres à la solde des partis, il n'a plus de raison d'exister dans le gouvernement de la fin de 1794, lorsque celui-ci remplace les tueries sanglantes dont il est le soi-disant abolisseur, par un nouveau moyen de domination qui ne comporte pas de massacreurs : la déportation.
Il n'y a plus d'emploi pour Tallien puisqu'il n'y a plus d'assassins, de pourvoyeurs de guillotines, et que la Convention charge les principes meurtriers de la Nature de la débarrasser des hommes qui la gênent, grâce à l'ignorance de la population sur ce nouveau moyen de destruction.
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Un grand vent de clémence souffle depuis thermidor : le Gouvernement républicain, qui succède à la dictature inavouée de Robespierre, substitue l'exil à la mort. Il bénéficiera de l'apparence d'humanité de cette mesure tant qu'on ne sera pas bien informé des effets si sûrement meurtriers des colonies, alors inhabitables, où il expédie ses adversaires.
Inutile et discrédité auprès de ses collègues de la Convention, Tallien n'a désormais qu'une force — sans parler de l'argent qu'il a volé, car nous allons voir qu'il ne sait pas en faire un bon usage — c'est sa popularité.
Cette faveur — très brève en l'espèce, attendu qu'elle se dissipera pour Tallien avant le milieu de 1795 — compensera-t-eUe le discrédit du septembriseur auprès du Pouvoir gouvernemental? Nullement.
Tous les partis qui se sont succédé à la tête de la Révolution depuis son avènement ont démontré, en effet, que sous le régime répubHcain ce sont les minorités les plus infimes et les plus audacieuses qui s'imposent à la masse.
S'appuyer sur la masse est donc le plus mauvais moyen de parvenir. En 1791 et 1792 pour créer la Commime et s'y implanter, pour organiser les massacres du 10 août et des 2-5 septembre, pour se faire élire à la Convention et pour y prendre de l'influence, Tallien sait bien qu'il ne s'appuyait pas sur la masse, mais sur la lie des sections, sur l'anarchie stipendiée.
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Or, les mesures de réaction thermidoriennes auxquelles il a été forcé de s'associer (suppression de la Commune, suppression des soldes quotidiennes payées aux bandits de Paris pour assister aux séances des sections et des clubs) lui ont enlevé à jamais ces contingents — qui n'ont plus d'ailleurs autant d'importance qu'avant le 9 thermidor et qui deviendront plus insuffisants à mesure que le Pouvoir saura s'imposer par la force mihtaire.
Ces considérations sont nécessaires parce qu'elles expliquent seules les indécisions, les tergiversations, les tentatives nombreuses et souvent contradictoires faites par Tallien à partir de thermidor pour ne pas sombrer dans son cloaque révolutionnaire.
Si Thérésia s'illusionne « à cœur- joie » sur la puissance de sa popularité — ce dont il se garde bien de la détromper — le terroriste ne s'illusionne pas, lui. Il connaît trop les ignobles dessous de sa République.
Tout en exploitant Tombre de force que lui prête l'opinion pubHque, trompée sur son compte et sur celui de sa maîtresse (libération des prisonniers, tentative d'assassinat sur sa personne, etc.) il reprend dès la fin de fructidor la publication de son journal-affiche : VAini des citoyens. Il s'applique à combattre la queue de Robespierre et particulièren;ent les Jacobins, ses irréconciliables ennemis.
Le II novembre (1794), il a la satisfaction de voir