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fermer et dissoudre la « Société des Amis de la Constitution » (club des Jacobins). C'est la revanche de son expulsion, mais c'est surtout la prédominance de la Convention — dont il fait encore partie — sur ce fameux club, naguère maître de l'Assemblée.
La princesse de Cbimay se vante d'avoir participe à cette fermeture :
« ...M«^6 Tallien (i), accompagnée de Freron et de I Merlin de Thionville, alla héroïquement fermer la « porte des Jacobins, sans qu'un seul parmi ceux qui « voulaient se réunir osât lui prendre les clefs, ce qui « fit dire à Pitt :
« Cette femme serait capable de fermer la porte des a enfers (2). »
Où Pitt a-t-il dit cela?... Inutile de chercher la trace d'un propos si ridicule.
Mais Turquan dans la citoyenne Tallien donne une citation d'une lettre adressée à M. de Pougens et datée de Bruxelles, le 16 novembre 1824 où la princesse de Chimay précise personnellement, disant :
« Ce fut aussi moi qui fus dans la rue Saint-Honore, « accompagnée de Fréron et de Merlin de Thionville, « enlever les clefs de la porte du club des Jacobins, ce « qui empêcha leur réunion ce jour-là et donna ainsi « le temps au parti contraire de provoquer leur clô-
(1) Thérésia Cabarrus n'était pourtant pas encore Madame Tallien.
(2) Notre-Dame de Thermidor^ p. 397.
« ture définitive avant qu'ils ne se fussent concertés « pour l'empêcher (i). »
Les menées de Tallien contre les Jacobins le rapprochent tout naturellement de Fréron, qui conduit alors la jeunesse dorée à l'assaut des groupements révolutionnaires où subsiste la doctrine robespierriste sous l'étiquette, moins dangereuse, de la Montagne.
La jeunesse dorée personnifie la réaction monarchique. Est- ce à dire que Fréron est devenu royaliste? Cet ancien terroriste de la Provence reste, en dépit de ses agitations réactionnaires, aussi suspect que le terroriste du Languedoc, Tallien. C'est un homme moins nul. il a même un talent littéraire incontestable, mais il est à vendre, eonime le septembriseur, « au plus offrant ».
Dès novembre 1794 le fondateur de l'Ami des citoyens est donc à la recherche d'un moyen de parvenir.
Ce qui lui tient lieu de conscience politique oscilk entre les diverses factions de la Convention. Tantôt cela penche vers « la réaction thermidorienne républicaine », tantôt cela se redresse vers « les sommités Montagnardes », le plus souvent cela reste dans « la neutralité moyenne de la nouvelle plaine »; cela ne s'oriente pas, cela va, ballotté, d'un sens à l'autre, suivant les circonstances et les influences des partis comme nn bois pourri qui surnage péniblement, porté succes-
(1) La citoyenne Tallien, p. 16di
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sîvement par tous les remous d'un arcliipel de récifs.
Bn dessous, cette vermineuse épave jette néanmoins des « ancres de fortune a de-ci de-là. L'alliance à demi secrète avec Fréron, dès novembre 1794, est une de ces ancres. C'est l'embryon des essais d'entente avec la monarchie, toujours menaçante, que le terroriste risquera bientôt.
La régularisation légale de son concubmage avec Thérésia est une autre ressource plus habile.
Qui pourra mieux que « Notre-Dame de Thermidor», fille de la « Notre-Dame de Bon Secours » de Bordeaux, rallier dans un salon d'apparence artistique et galante les émigrés propres à servir d'intermédiaires entre le Conventionnel et les Princes?
Tallien épousera dans ce but cette ci- devant pseudomarquise. Mais cela implique une « complaisance » maritale fort... étendue, car la prétendue libératrice des promis à la gmllotine a bien montré, en Cabarrus-Fontenay dans la Gironde, son aphrodisiaque « savoir-faire. »
Qu'importe ! Tallien saura être aveugle... jusqu'au jour où Barras, le déshonorant en public, il ne lui sera plus possible de paraître ignorer qu'il n'est que le mari consort de la reine du palais du Luxembourg.
Ces calculs immondes, sont dévoilés par les faits, mais ceux-ci démontrent en outre, qu'ils étaient absurdes parce qu'en les établissant Tallien négligeait de tenir compte de la sottise de sa future femme.
Si l'on examine à la fin de 1794 le passé de Thérésia,
il expose en effet, bien nettement qu'elle ne secondera point son mari comme il se l'imagine, puisqu'elle n'a rien su faire jusque-là qui ne soit pernicieux à ellemême, malgré la vanité monstrueuse qui pousse son égotisme impérieux jusqu'aux âpretés de l'égoïsme.
On ne trouve dans aucun mémorial, dans aucun journal du temps, pas même à la tribune de la Convention où Tallien fut attaqué plus d'une fois, la moindre allusion aux menées politiques de Thérésia. Nulle part, elle n'est considérée comme une « femme politique » mais, en revanche, elle joue un rôle actif de mondaine ou plutôt de demi-mondaine sur lequel les renseignements, les détails abondent. Ses toilettes, ses tenues, sont particulièrement indécentes avec un cynisme qiri n'est pas celui d'une grande dame au-dessus de l'opinion, mais d'une grande courtisane convaincue du pouvoir de sa séduction (i).
Avant son divorce, elle a eu dans ses salons de l'Ile Saint-Iyouis et de Fontenay- aux- Roses des hommes politiques marquants, A aucvm moment elle n'a tenté, suivant l'exemple de W^^ Roland «u de W^^ de Staël,
(1) Les relations du temps ont, à cet égard, une identité fort éloquente.
Le duc Victor de Broglie dans ses Souvenirs (T. I, p. 23), nous dit :
a Je voyais, comme bien d'autres, la belle M™" Tallien « arrivant au Ranelagh habillée en Diane, le buste demi-nu, « chaussée de cothurnes et vêtue, si l'on peut employer ce a mot, d'une tunique qui ne iépumx pas le genou- »
de créer entre eux une émulation intellectuelle intéressante, féconde. Elle n'a semé autour de sa trop belle personne que des rivalités passionnelles.
Sa cour d'adulateurs n'a gagné à son contact que le plaisir de la voir et d'entendre le gentil babil de sa voix mélodieuse, la satisfaction de frôler, de caresser, de palper ses charmes, les courtes et stériles ivresses de ses abandons voluptueux.
En contant son aventure de Bagnères à son ami Sottin, M. de Lamothe nous a fort bien donné l'idée du meilleur souvenir qu'im de ses amants peut garder de sa conquête. Il n'a jamais rencontré une femme aussi tentante, aussi excitante. Elle a porté en lui le désir de sa possession matérielle au paroxysme de la frénésie. Quand elle s'est livrée à ses étreintes — sans difficulté d'ailleurs — il a goûté entre ses bras superbes et vigoureux, sur sa poitrine admirable, dans la découverte et la pénétration de ses charmes secrets des voluptés sans égales... c'est exactement la remémorance qu'un galant homme peut garder d'une inconxparable hétaïre, rien de plus.
Qu'a-t-elle tiré, elle-même, de tant d'intrigues ardentes? IvC plaisir d'être vantée, courtisée, disputée par de jeunes hommes brillants, réputés, pleins de feu; des hommages exagérés; des tendresses factices. Sa chair a connu toutes les caresses et toutes les étreintes. Sous l'excitation des baisers les plus discrets, les plus violents ou les plus libidineux, son système nerveux s'est
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crispé dans toutes les contractures. Ses seîns et ses flancs ont palpité, ses reins ont bondi de toutes les manières... En résumé, à ce commerce erotique, elle n'a gagné que les joies physiques éphémères et déprimantes, les triomphes de vanité passagers et démoralisants qui sont le maigre lot du bonheur des « filles de joie » quand elles ne savent pas faire payer très cher les spasmes qu'elles favorisent et qu'elles éprouvent.
De son alliance avec le pseudo- marquis de Fontenay (aux- Roses) elle n'a tiré qu'un divorce piteux.
A Bordeaux, où, par sa frasque de Bagnères, elle avait commencé par se discréditer, son concubinage cynique et criminel avec Tallien, ses compromissions avec l'essaim de la crapuleuse sans- culott aille dont ils étaient environnés, n'ont pas augmenté son prestige.
On vante, il est vrai, les bienfaits de sa prétendue influence humanitaire sur son amant. Elle passe pour avoir substitué le régime de la clémence, dans la Gironde, au règne sauvage de la guillotine. De nombreux « épargnés » l'ont gratifiée du premier surnom de bienfaisance qu'elle s'efforcera de garder. Mais qui sait mieux que TalHen combien cette réputation est fallacieuse?
Il avait déjà trafiqué sans elle de la vie de ses victimes à Tours; il en a encore trafiqué sans elle, après thermidor dans la pacification de la Vendée (affaire
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de Quiberon). S'il n'avait pas connu la jeune divorcée à Bordeaux, il aurait fait sans elle le même commerce de liberté et de vies, avec la Fontenelle, Frenelle, ou toute autre auxiliaire... ©u même seul.
Qui sait mieux que Tallien la part qui lui revient dans le Discours sur V éducation lu au temple de la Raison, le 30 novembre 1793, et dans la Pétition écoutée par la Convention, le 24 avril 1794 ? ce n'est que copie et signature.
Qui sait mieux que Tallien si elle a réellement excité sa vaillance (!) et armé son bras pour le geste du 9 thermidor?
Elle n*a jamais rien tenté d'accomplir qui soit de quelque utilité, de quelque valeur, ou d'im mérite quelconque, jusqu'à son deuxième mariage.
Nous allons voir à présent comment elle va exploiter sa popularité illégitime et de quelle façon, sa vanité l'aveuglant complètement sur les circonstances et sur les personnes, elle va réduire à des proportions misérables le rôle qu'elle aurait pu jouer pendant la fin de la Convention, puis sous le Directoire et le Consulat de Bonaparte.
I/'acte de mariage de Tallien et de Thérésia Cabartus est du 6 nivôse an III (?,6 décembre 1794). Il mentionne les époux sous les dénominations de Jean-Lam-
bert Tallien, âgé de 27 ans (i), fils de Lambert Tallien et de Jeanne Lambert (2), pour le mari, et de Jeanne- IMaria-Ignace-Thérésia Cabarrus, âgée de 21 ans (3) pour l'épouse.
Rien de plus simplifié que cet acte, négligeant d'énoncer la condition des parents de Tallien, et celle des père et mère de Thérésia. Sur les conjoints, même silence discret.
Ce mariage a la classique allure des régularisations faites en catimini devant les quatre témoins strictement indispensables : 1° Jean-Antoine Dhugues; 2° Stanislas Fréron; 3° Cyprien Le Masson; 4° Antoine Trial.
Le premier et les deux derniers n'apparaissent auprès des Tallien qu'en cette circonstance. Nous ne retrouverons plus leurs noms dans les traces laissées par les deux époux.
Stanislas Fréron, en revanche, est un intime de la maison du terroriste.
Le 9 thermidor, il a donné dans l'assaut contre Robespierre avec autant de violence que Tallien — geste d'assassinat en moins.
(1) Il a, en réalité à cette époque, presque 28 ans, puisqu'il est né le 23 janvier 1767.
(2) Erreur de nom qui se trouve corrigée par l'acte de divorce des époux Tallien, dans lequel la mère du terroriste est dénommée Jeanne Humbert.
(3) Thérésia, née le 31 juillet 1773^ a presque 21 ana et demi en réalité.
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L'ostracisme du club des Jacobins, qui l'a encore rapproché du septembriseur et de Thérésia, l'allie avec eux et plus particulièrement peut-être avec « Notre-Dame de Thermidor » lorsqu'il commence à poursuivre, avec la jeunesse dorée, les rassemblements de sans-culottes.
Fréron est, au début, le chef de cette jeunesse bourgeoise, batailleuse, qui supplée par l'audace au nombre, qui, poignée courageuse, force le Gouvernement à subir la réaction dite thermidorienne par ses manifestations incessantes, ses paroles, la virulence et la hardiesse de ses publications — affiches, pamphlets ou journaux — et qui disperse les derniers terroristes, reliquat de Robespierre, en leur administrant des volées de coup de bâton.
Elle n'est munfe que du vieil instrument de châtiment des « mauvais garçons », cette jeunesse dorée qui fait fuir les derniers Jacobins armés de piques, les tire-lame soi-disant révolutionnaires essayant de restaurer dans la Convention de 1795 l'anarchie de 1792 et de 1793.
Elle ne tue pas, elle « corrige », et ses corrections, bien rarement aggravées d'assommades meurtrières, suffisent pour dompter la racaille répubUcaine malhonnête, qu'elle soit perchée sur les hauteurs des faubourgs, tapie aux extrémités parisiennes de la Seine ou juchée sur les derniers bancs de la Montagne à la Convention.
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Ch. Lacretelle (i) n'est pas un intime de;5 Tallien, mais il les fréquente à propos de cette réaction thermidorienne de leur ami Fréron et s'enthousiasme pour (( Notre-Dame de Thermidor ».
Quoiqu'il ait déjà environ vingt-huit ans, c'est encore un très « jeune homme » par le cœur et l'on s'explique son enthousiasme pour la belle Thérésia en considérant les conditions dans lesquelles il la rencontra au moment où la légende la présentait sous l'aspect le plus propre à illusionner sur son compte (2).
(1) Membre de l'Académie française, professeur d'histoire à la F'aculté des lettres, né en 1766, mort en 1855.
(2) En outre, Lacretelle, en son récit de Dix années d'épreuves s'efforce d'être indulgent pour M"" Tallien parce qu'il se tient pour son obligé en raison d'une démarche qu'elle fit auprès de Barras à son profit.
Après le 18 fructidor an VI (4 septembre 1797) véritable coup d'État républicain contre la réaction monarchique légale, le jeune journaliste fut arrêté et incarcéré à la prison du Bureau central où il évita la déportation par un séjour assez pénib-le. On intercéda vainement en sa faveur auprès des Directeurs (du Directoire Barras, Laréveillère-Lepaux et Rewbell, Barthélémy, Carnot); Boulaydela Meurthe, son compatriote, n'avait pu obtenir que cette réponse du moins courroucé des trois : « Son parti le plus sage est de se faire oublier dans sa prison^ « et cette même réponse, dit Lacretelle, avait été faite à a M™" de Staôl et Tallien qui avaient aussi montré pour moi « le plus vif intérêt. Cependant, ajoute Lacretelle, elles avaient « réussi, ainsi que M. Boulay de la Meurthe, à m'éviter jus" « qu'à présent, le supplice de la déportation ». {Dix années d'épreuves, pp. 326-327.)
Il est assez surprenant que M°» Tallien n'ait pas obtenu alors la libération de Lacretelle. Peut-être n'y a-t-elle pas mis une très grande insistance .'' Le prisonnier n'étant pas riche.
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M"^® Le Sénéchal et ses filles eurent un dévouement de mère et de sœurs pour lyacretelle pendant une partie de la Terreur. Il ne les a quittées, s'engageant comme simple soldat, qu'afin de ne pas les compromettre par sa présence, car il était suspect.
Après le 9 thermidor, elles le rappellent pour aider par sa plume et par ses discours au mouvement de la réaction thermidorienne.
Florian, le fabuliste, qui était son rival préféré dans le cœur d'une des filles de M"^^ Le Sénéchal, Florian est mort. Va-t-il être enfin écouté? Sa constance aurat-elle la juste récompense qu'elle mérite?... Kélas ! non, M^i6 Sophie Le Sénéchal s'est éprise d'un autre prétendant, M. Colon, et demande à Ch. Lacretelle, qu'elle persiste à traiter en frère, d'être témoin à son contrat !
Lacretelle fait ce dernier sacrifice, puis se jette à
n'intéressait point Barras qui se souciait sans doute moins que M'"" Tallien d'un journaliste dont la plume pouvait satisfaire sa vanité.
Transporté plus tard à la prison de la Force dont le séjour était moins pénible, il y eut pour compagnon de captivité et pour ami, M. Norvins de Montbreton, autre ex-amoureux delà belle Thérésia.
Mais peu après sa captivité partagée par M. Norvins de Montbreton, les frères de ce nouveau prisonnier, agissant sur M"" de Staël, lui firent essayer une nouvelle démarche très pressante en faveur des deux compagnons de geôle auprès de M"* Tallien. Cédant aux instances de M"" de Staël, Thérésia se rendit avec elle au Luxembourg et obtint le transfert des prisonniers à la prison de la Force où leur régime fut moins pénible.
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corps perdu dans la réaction thermidorienne pour oublier son chagrin. Il fait campagne, de plume, dans le Répi'Micain français et c'est alors qu'il est présenté à MP^ Tallien récoltant avec ardeur le bénéfice moral de son prétendu rôle de « libératrice de la France ».
I^e cœur blessé et très naïf encore du jeune lyacretelle trouve un dérivatif de sa souffrance dans le charme si « prenant » de la belle Thérésia et l'on s'explique ainsi comment il dit d'elle :
« Mes articles eurent un grand succès, car c'était ({ un premier réveil de la liberté de la presse, condam- « née aux plus sévères menottes pendant plus de deux « mortelles années. M"^® Tallien, qui nous semblait « alors l'humanité incarnée sous les formes les plus (( ravissantes, voulut me voir et m'indiqua souvent « les moyens les plus habiles pour parvenir au but qui « formait sa sainte ambition (i). »
ly' admiration confiante du jeune homme le conduit vite à l'amour, car il est trompé par les sentiments qu'affecte Thérésia, par les séductions qu'elle déploie et qui font croire à presque tous ceux qui l'approchent qu'elle va les aimer.
C'est au moment où il s'éprend de M"^® Tallien que Ch. lyacretelle, non content d'écrire des articles batailleurs dans la presse réactionnaire, délivrée après le 9 thermidor, se livre à des combats qui ne sont guère
(1) Ch. Lacretelle : Dix années d'épreuves^ p. 196.
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sanglants mais qu'on voit pourtant plus directement (( effectifs » lorsqu'il participe aux exploits de la « jeunesse dorée ».
« Je ne puis dire qu'elle fut notre joie quand nous « reconnûmes à des signes certains les effets de la « liberté de la presse, reconquise par le fait ainsi qu'elle « avait été abolie par le fait même, c'est-à-dire par la « censure unique, mais suffisamment imposante de « l'échafaud en permanence. Nous qui, deux ans « auparavant, n'avions écrit qu'avec le désespoir « journalier d'irriter encore plus un parti furieux sans « réussir à donner assez de courage au nôtre, nous « touchions enfin à des jours meilleurs. Au bout de « quelques semaines, le décret réparateur que nous « avions provoqué non sans être accusés de témérité, « répondait à nos vœux et nous incitait à de nouvelles « exigences. Notre plume amenait nombre de délice vrances tout à l'heure inespérées : j'avouerai que {( M"^^ Tallien y contribuait plus que nous. Mais il « fallait alors joindre une autre espèce de combats « — non pas mihtaires, mais du moins athlétiques — « à ceux de la presse et de la tribune. I^es thermido- « riens, vivement pressés par Billaud-Varennes et les « cohortes jacobines qui annonçaient le réveil du lion « et se rendaient maîtres du jardin des Tuileries et du « Palais-Royal, place d'armes de la révolte, imagi- (( nèrent de faire un appel à une partie de la jeunesse, <i fort intéressée à les combattre. Ce fut le député
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« Fréron, tout à l'heure terriblement Montagnard, « qui fit ou plutôt qui fit faire par l'un des nôtres, « M. Dussaut cet appel qui, dans nos feuilles, se répé- « tant d'échos en échos, devint un tonnerre trop « entendu de toute la France. Je n'emboucherai pas « la trompette épiqiie pour raconter les exploits de « cette jeunesse, qu'on nomma éorée parce qu'elle « portait un habit au lieu de carmagnole, un chapeau « atâ lieu de bonnet rouge, son arme n'avait rien de « noble, mais du moins rien d'homicide : c'était la « canne, mais nous marchions aux sons d'un chant « trop fait pour inspirer l' effroi : c'était le Réveil du « -peuple qui semblait annoncer des fureurs de Gibe- « lins répondant à des fureurs de Guelfes. Il n'en fut « rien parmi nous. La multitude ne grossissait plus « guère les rangs de ceux que nous appelions terro- « ristes, mais il ne fallait pas lui laisser le temps de « venir les appuyer par son armée de piques. A peine « un groupe se formait-il le soir, qu'il entendait rugir « le Réveil du peuple car il faut convenir que nous « rugissions aussi, puis venait la charge à coups de « bâton qui, presque toujours était suivie de la prompte « dispersion de nos ennemis. Ce fut ainsi que, dans une « campagne de deux ou trois mois, nous ne laissâmes « plus à la Convention nationale d'autre escorte que « la nôtre, nous devînmes à notre tour le peuple des « tribunes, c'est-à-dire ce que l'on appelait le peuple K souverain, un public dictateur à tous les théâtres,