LA BEI.I.E TAI,I.IBN
« les oracles de tous les cafés, les orateurs de toutes « les sections et les étranges magistrats de l'opinion « publique, nous nous étions donné sans façon ce (( titre si pompeux, enfin, nous chassâmes de ce club « qui donnait la fièvre à tous les rois, les Jacobins, « non sans quelque violence et quelque outrage, et « nous descendîmes le dieu Marat du Panthéon pour « le jeter dans un égout.
« Bn dépit de cette nouvelle sorte d'anarchie, le « bien s'opérait avec ime progression rapide, les susce pects sortaient à longs flots des prisons. I^es thermi- « doriens qui subissaient la douce influence de plua sieurs femmes charmantes, jetaient les libertés à « poignées, et y mettaient une chaleur et une grâce « qui les faisaient bénir de ceux mêmes qui les avaient « accusées à de trop justes titres. C'étaient des embras- « sements dans toutes les rues, à tous les spectacles, « des surprises réciproques de se trouver vivants, qui ({ redoublaient et rendaient presque folle la joie de « cette résurrection, et cependant les pleurs coulaient « en abondance au souvenir de ceux qu'on avait « perdus. Le deuil et l'allégresse ne cessaient de lutter, « l'un contre l'autre, on y satisfaisait tour à tour, ou « en même temps, comme par un pouvoir invincible; « on se racontait d'admirables dévouements, ces « récits rendaient attachants les plus douloureux « entretiens et prêtaient quelquefois à nos articles « dans les journaux un intérêt historique. Cette nature
IGU REINK DU DIRECrOIRje
« humaine, tout à l'heure si horriblement déformée, « semblait purifiée, agrandie, les démons avaient « passé, les anges prenaient leur place. I^es famiUes « ruinées se trouvaient encore riches pour soulager « des compagnons de captivité, il y avait grâce plé- « nière pour tous les bons coeurs, et l'on oubliait beau- « coup de fautes, on cherchait le plaisir et on le trou- « vait sans peine, parce qu'on avait écarté le luse et « l'orgueil, ses deux plus mortels ennemis, les jeux, « que l'on imaginait avec trop de gaîté, j'en conviens, « mais la plupart avec convenance, entraînaient dans « leur tourbillon jusqu'à des personnes graves qui « croyaient recommencer la vie. H est si difficile aux (( Français d'être graves et de persévérer dans une « morne douleur.
« I/a jeunesse militante et non dorée reçue avec beau- « coup de faveur dans les fêtes improvisées au sortir « de ses petits combats, jamais on n'avait été héros « à meilleur marché : mais ne tuez pas était un article a de notre décalogue fidèlement observé. Si jamais a je ne fus plus sensible aux impressions de la beauté, « c'est que jamais la beauté ne me parut ornée de grâces « plus naïves, plus sincères, animée d'un feu plus a pénétrant, soit dans les regards soit dans les paroles. « Ces belles françaises s'étaient faites grecques dans (( leur parure, avec un peu d'indiscrétion et d'impru- « dence, mais les vierges de I^acédémone couvraient K encore moins leurs charmes dans l'austère république,
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« et J.-J. Rousseau nous assure, d'après le bon Plu- « t arque, qu'elles forçaient les regards à devenir chas- « tes. On ne me croirait pas si je disais qu'il en était « ainsi parmi nous, mais nous avions vu des imita- « tions plus malencontreuses des mœurs de la Grèce « et de Rome (i). »
Ces lignes font entrevoir l'exaltation amoureuse de I^acretelle. Plus tard, il cessera d'aimer M"^e Tallien en constatant qu'elle accorde ses menues faveurs à tous et sera même un peu confus d'avoir naïvement cru cette coquette capable d'amour. Mais il gardera l'illusion de son dévouement et de sa bonté légendaires.
Au cours de sa relation de Dix années d'épreuves sous la Révolution, Ch. Lacretelle raconte la part prise par la jeunesse dorée dans la résistance de la Convention aux émeutes et aux tentatives insurrectionnelles du 12 germinal (i^^ avril 1795) et i^^ prairial de l'an III (20 mai 1795) fomentées par les anciens terroristes dans les faubourgs populeux à la faveur de l'effroyable disette et de la misère atroce qui décimaient la population.
Il montre l'Assemblée envahie lors de ces manifestations; impuisante à les empêcher; pliant devant les émeutiers.
Mais la jeunesse dorée, à coups de gourdins, chasse
(1) Ch. Lacretelle : Dix années d'épreuves^ pp. 198-203,
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les manifestants soudoyés par les anciens terroristes le 12 germinal.
La Convention se laisse encore délivrer par elle dans la soirée du i^r prairial, après l'assassinat du député Ferraud (pris pour Fréron) par les manifestants, massacré et décapité dans la salle de l'Assemblée envahie. ^^
Pourtant l'énergie de cette poignée de jeunes gens bourgeois ou ro^^alistes lui cause presque autant de peur que le soi-disant peuple parisien soulevé par les terroristes et, le 2 prairial, elle fait appel à la force militaire, qu'elle redoute aussi, quoique moins, parce qu'elle ne soupçonne pas le nouveau dictateur prêt à naître qu'elle renferme : Bonaparte, général, que Barras utilisera, quatre mois plus tard, pour mitrailler, rue Saint-Honoré et devant Saint- Roch, une dernière insurrection parisienne, exclusivement royaliste cette fois.
Dans leur précieuse étude sur la Société parisienne pendant le Directoire, les frères de Concourt ont glissé un scintillant aperçu de cette lutte, poursuivie jusqu'en Tan V, par des extraits succincts des journaux de l'époque donnant la note juste sur l'esprit de résistance de la vieille race française, réveillée à partir du 9 thermidor.
« La Petite Poste constate que les rixes sont journalières.
« Soyez toujours muscadins ! — dit un pamphlet « de l'an III (i) — à toute voie de fait contre vous,
(1) Un vieillard de la Butte des moulins, aux jeunes gens de Faris. Thermidor, an III.
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« frappez; n*oubliez pas que la défense personnelle (( est le Droit légitime et naturel. »
Le Déjeuner dialogue l'opposition des belligérants :
« Otez votre collet noir et, pour éviter le bruit, rem- « placez-le par un autre qui soit couleur de sang. « C'est le petit uniforme de la demi-Terreur.
« — Mais, si je cède aujourd'hui, demain ils m'ara radieront mes boutons !
« — lya prudence exigera encore...
« — Vous plaisantez, bonhomme, car, après mes « boutons, ils m'ôteront... mon chapeau.
« — Eh bien, vous irez à l'ombre.
« — Y pensez-vous? le chapeau m'étant enlevé, « ils me feront sauter la tête ! »
« Un jacobin, ayant attaqué un collet noir, est jeté « roide mort sur le carreau, en plein Palais-Royal. « La mode de se défendre est venue, lecteur, ne l'ou- « bliez pas », diront les Actes des Apôtres en août 1797. Et le Censeur des journaux, à la même époque, conte ce « fait divers » :
« Un jacobin met la main sur un collet noir : « S... B... de chouan! de qui portes-tu le deuil? « — De toi ! fait le chouan, et il lui briàle la cervelle.»
Mais Fréron n'attendra pas ces intrépidités de l'an V pour déserter le petit bataillon de la jeunesse dorée, qui ne sera dispersé que par les levées en masses faites avec la participation de l'armée pour les guerres du Directoire.
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En attendant, lorsqu'il conduit, au début, ces bandes de jeunes gens contre les Jacobins, Fréron assouvit une vengeance personnelle qui chatouille agréablement le cœur (?) de Tallien et celui de Thérésia. Il devient ainsi leur compère, et le terroriste, sans emploi vers la fin de 1794, est encore davantage porté à s'unir avec le chef de la jeunesse dorée^ lorsqu'il songe, à remplacer sa servilité de massacreur à la solde de la Révolution par la traîtrise, en essayant de négocier avec les Princes pour une restauration monarchique.
A la fin de 1794 (i), à inaugure, sous le couvert de M"^^ TaUien, les réceptions de la Chaumière, où il tente de rassembler des partisans.
Malheureusement, il est trop clair, trop visible, qu'il n'a ni la capacité, ni l'énergie d'un chef de parti. Son ignorance, sa couardise, sa sottise qu'étale sa fatuité, n'engagent pas ses collègues de la Convention à se grouper autour de lui. Il ne peut rallier les survivants des Girondins parce qu'il a creusé lui-même un fossé de sang infranchissable entre ces débris de la Gironde et sa personne... or, ces « revenants » augmentent sans cesse dans l'Assemblée, ils forment, avec la plaine de la Convention qu'ils entraînent,
(1) Houssaye dit dans Notre-Dame de Thermidor: « Madamg « de Fontenay ouvrit son salon (de la chaumière) le soir même « de son mariage avec Tallien ». — Sur ce point, les notes dictées par la princesse de Chimay ne sont certainement pas mensongères ; cette « fête » est d'ailleurs normale et tout à fait dans le caractère de Thérésia.
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une majorîtê dont TalHen n'aura jamais raison.
Mais bon nombre des Conventionnels curieux ou bénévoles qu'il avait fait venir à la Chaumière y retournent pour M"^® Tallien, parce qu'ils espèrent jouir, un jour ou l'autre, des faveurs intimes que la belle Thérésia semble disposée à distribuer très généreusement aux familiers assidus.
En résumé, la trahison du régime républicain finit donc par se montrer à Tallien comme la seule ressource pour améliorer son avenir à la faveur de sa popularité déclinante car, au commencement de 1795 l'enthousiasme des masses pour le libérateur et sa compagne commence à s'atténuer rapidement.
Si Tallien, né laquais, reste « officieux » parce qu'il est trop paresseux, trop poltron, trop vil pour s'affranchir de son atavisme de servitude, Thérésia, de son côté, est trop ignorante, trop épicurienne, trop aveuglée par sa vanité folle pour bien employer son charme et ses charmes au profit de la fortune politique de son mari.
Elle attire et retient — pas très longtemps — mais elle ne fait pas marcher ses recrues. On ne vient à la Chaumière, on n'y retourne que pour la posséder... et finalement, c'est elle qui >paye de sa personne le stérile racolage de visiteurs dont le ménage ne tire aucun profit.
Quels sont d'ailleurs les hôtes de la belle Tallien? I^a princesse de Chimay en dicte la liste à sa fille, et l'on
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pense bien qu'aucun des noms importants n'est oublié. Il est évident même qu'on cite plus d'un personnage qui n'a fait qu'une seule apparition chez Thérésia, ou qui n'a jamais franchi le seuil de ses divers logis.
Supposons pourtant que les citations sont parfaitement exactes. Nous voyons alors, du côté des femmes, Sophie Gay, Joséphine de Beauharnais, qui amène M"^^ d'Aiguillon, puis M"^^ de Château- Regnault, Mme Cambys et M^^^ ^q gtael (i). Que cette dernière se soit montrée à quelques reprises chez M^^^ Tallien, c'est fort probable, car elle croyait devoir être reconnaisante de la complaisance avec laquelle Tallien lui avait évité de gros ennuis sous la Terreur (2). Mais il ne faut pas oublier que M«^® de Staël était du corps diplomatique par son mari, ambassadeur de Suède, et que Tallien reçut probablement l'ordre secret de ménagements particuHers à son sujet; on ne s'expliquerait pas sans cela son attitude tout à fait exceptionnelle vis-à-vis de cette célèbre fille de Necker.
Néanmoins, M«^® de Staël ne fut certainement pas une intime des Tallien. Elle se serait trop ennuyée en la compagnie de Thérésia et celle-ci aurait été trop
(1) Notre-Dame de Thermidor.
A ces noms, Turquan, dans La citoyenne Tallien, ajoute ceux de Rovère, le député montagnard, de M'°» Rovère, et de M. Boissy d'Anglas (ce dernier en ce cas aurait été probablement amené par Lacretelle).
(2) En lui fournissant, le 2 septembre 1792, un passeport et l'escorte d'un gendarme pour la protéger jusqu'à la frontière.
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embarrassée de sa nullité intellectuelle auprès de l'autoresse des Considérations sur la Révolution française (i).
La princesse de Chimay insinue pourtant que : « M"^6 de Staël fut une des muses de son salon. Bile « y apparaissait grave, majestueuse, solennelle comme « la figure de l'Histoire à côté d'une danseuse d'Her- « culanum (Thérésia). M.^^ Tallien lui donnait à {( présider le cercle des diplomates (?), mais elle reve- « nait souvent dans le cercle des amoureux. (2). »
Quelques pages auparavant, à propos d'Bsseid-Ali- Effendi, ambassadeur ottoman venu à Paris, on cite d'après le journal satirique Le Thé, les noms des dames de la cour du Bey (sic),
« Mnie de Noailles, M«^e de Fleurieux, M.^^ Tallien, M^^e de Léchaudé, M™^ de Gervasio, M.^^ de Lansalle, M»ie de Puységur, M}^^ de Perregaux, M^^ Delor, Mn^e de Chauvelin, M^^ Capon, M^e de Mascaraille, M"ae Maliseska, W^^ de Fenouille, M^e de Ferrières, Mmes de Caze, M^^^e de Vigny, M^e I^enormand, Mnie d'Ecosset, M^^ Ducos-Fonfrède, M.^^ Récamier, Mn^e de Croiseuil, M.^^ de Morlaix, M.^^ de Barre, Mlle Chevalier, M^^ de Grand-Maison, M"^® de Taille, Mlle Martel, M^^e Molinos, M^e de Listenay, M.^^ de Vieursan, M"^® de Sansade, M"^e de la Rue- Beaumarchais, Mttie I,e Breton, M^^^ de Pully-d'Ormesson,
(1) La princesse Hélène de Ligne, qui connut M"" Tallien, dit : « elle a plus de jargon que d'esprit ».
(2) Notre-Dame de Thermidor, s, 447.
Mme (le Valence, M^e de Magne, M^e de Vassy, M.^^ de Beaumont, M^^ I^epage, M^^e de Vilette, M^e de Saint- Hilaire, M.^^ de Morville, M^e de Nanteuil, M^e de Rémusat, M^e Arnaud, M^e de Nicolaï.
« Toutes ces beautés étaient de la cour de M^e ^allien (i). »
Voilà une « Société » formée à peu de frais ! Mais cela ne prouve pas grand' chose au point de vue du prétendu « salon politique » de la Chaumière, et la citation du journal Le Thé est d'autant plus fâcheuse qu'au moment où l'ambassadeur Bsseid-AH-Effendi vient à Paris, on n'est plus en 1795, mais en 1797, et que Thérésia n'est presque plus M.^^ Tallien parce qu'elle est devenue la concubine de Barras.
Kn tout cas, cette longue liste de noms de femmes n en comprend qu'un seul ayant un intérêt politique : celui de M^e de Staël et celle-ci n'était assurément pas une fidèle des réunions de la Chaumière.
En fait d'hommes, on ne voit cités que des artistes comme Garât, Cherubini ( ?), Mehul(?), Rhodes, Carie Vernet, Duplessis-Bertaux et Duplessis-Boilly, puis La Harpe, et comme personnages politiques : I^ouvet, Fréron, Barras, Sieyès, Lanjuinais (?) et Chénier le fratricide. Hoche et Bonaparte ne sont pas oubliés ! mais on sait qu'ils n'ont fait qu'une bieu courte apparition chez la belle Tallien.
(1) Noire-Dame de Thermidor^ pp. 423-424.
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Est-ce avec de tels éléments que les associés du Cours-la- Reine pouvaient espérer former un parti? Leurs efforts de groupements furent vains, attendu qu'on voit bien plutôt dans ce trop petit nombre de personnalités connues, évidemment noyées dans une foule d'individus quelconques, une cour galante bourdonnant autour de la belle Tallien qu'un salon politique.
Le Thé nous donne au surplus, l'opinion du temps sur les réunions de la Chaumière.
« Qu'est-ce que le beau monde? — Je n'en sais rien, « mais vous le trouvez rassemblé sous différents « costumes, et avec autant de tons différents chez les « citoyens Barras, Talleyrand, Antonelle, Ouvrard, « et chez M.^^ de Staël, Tallien et de Viennay. — (( Que fait-on chez M"^® de Viennay? — On joue. — « Chez M«ie TalHen? — On négocie? — Chez M"^^ de « Staël? — On s'arrange. — Chez Ouvrard? — On « calcule. — Chez Antonelle? — On conspire. — Chez « Talleyrand? — On persifle. — Chez Barras? — On « voit venir. — A TivoU? — On danse (i). »
Voilà bien en effet ce dont on s'occupe chez M^^® Tallien : On négocie. Mais on ne négocie pas pour le bien de la France : le journaliste du Thé emploie ce mot dans un sens satirique ; il fait allusion d'une part aux tentatives de trahison de Tallien et, d'autre part, aux affaires louches que négocie le ménage Tallien.
(1) Notre-Dame de Thermidor ^ p, 424.
En attendant la réussite de ses grands projets de restauration monarchique, fort attardés par sa déplorable réputation et l'insuffisance du crédit qu'il prétend avoir auprès de ses collègues de la Convention, Tallien spécule sur les assignats, car il a beaucoup d'or; il agiote, il est intermédiaire de fournitures, il tripote et maquignonne sans aucim scrupule.
« Comme tout le monde, il se fait marchand de « savon, de chandelles, de bonnets de coton... Mais il « ne réussit sans doute pas dans ses spéculations, car « on le voit, vers la fin du règne de la Convention « (après le milieu de 1795), faire partie d'une société « de fournitures et subsistances militaires, la compa- « gnie Ouen, sise rue Taranne. Fouché en était aussi, « Real également. Il est probable que Tallien chercha « à entrer dans d'autres entreprises financières plus « ou moins avouables, toujours pour combler le « gouffre sans cesse béant des dépenses de sa femme, « et ces dépenses n'étaient certainement pas faites « pour des fondations d'orphelinats ou d'asiles de « vieillards, dont le besoin se faisait alors si terrible- « ment sentir-'(i). »
A l'égard de ces imputations, aucune référence.
Pourtant on peut les admettre parce qu'elles s'appliquent à presque tous les Conventionnels, et que le terroriste les mérite plus que ses autres collègues par ses
(l) TuRQUAN : La citoyenne Tallien, p. 192.
Génkrai, hoche
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dépenses excessives et l'infamie de ses vols antérieurs.
Bientô le Journal de France (i) dira que la prophétie de Dumouriez est réalisée : « Une nouvelle aristocratie remplacera celle de la monarchie. »
« Promenez- vous aujourd'hui par la grande ville, disent les frères de Concourt en dépeignant La Société française pendant le Directoire (2), à tout hôtel à cour a d'honneur, à fronton sculpté, demandez le nom du « propriétaire: « Un nom de Conventionnel, de minis- « tre, de directeur, vous sera jeté. Sortez par toutes « les portes de la grande ville, à ces châteaux clôturés « d'une lieue de verdure, demandez le nom du pro- « priétaire : un nom de directeur, de ministre, de Con- « ventionnel vous sera jeté. Oui, ce que l'architecture « a de merveilles, oui, ce que la nature a de magnifi- « cences : le palais et ses splendeurs, la terre et ses « richesses, la forêt et ses ombres, c'a été les jetons « de cette académie de sang — la Convention !...
« Pourtant, ils sont arrivés pauvres, tous ces hommes, « pourtant, ils sont entrés besogneux au service de (( la Révolution, pourtant, tout à l'heure encore, ils « se plaignaient de l'insuffisance de leurs traitements... « Comment donc miUionnaires subits, ces commis « de la patrie? (3). »
(1) En pluviôse an V.
(2) Pp. 385-386.
(3) Le Censeur des journaux, juillet 1797, d*après Concourt.
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Quant aux trafics de fournitures dont Turquan montre Tallien occupé en 1795, les frères de Concourt en précisent la nature, d'après les journaux du temps, d'une manière bien expressive :
« Qui dit à la France, qui dit à ce peuple misérable « et leurré, volé de sa part dans le butin du bonheur, « qui dit à ce peuple dont les enfants, aux armées, « meurent des marchés conclus à Paris mieux qu'au « fer de l'ennemi, qui dit les sources honteuses de « tant et de si colossales fortunes? Qui dit les pots-de- (( vin passés entre les rois de la République et les « fermiers de la vie de ses défenseurs? Qui dit ces opu- « lences bâties sur des guêtres à couvrir à peine la « jambe d'un petit enfant, bâties sur ces chemises « écourtillées dont les grenadiers parviennent à se « faire des bonnets de nuit, bâties sur des semelles « de souliers en carton, bâties sur le fourrage en « roseaux de marécage, bâties sur les chevaux affa- ({ mes, sur les pieds ensanglantés, sur les membres « perclus, sur les rhumatismes, sur les jeûnes, sur « l'amaigrissement, sur les maladies, sur le martyre « des armées de France?... Qui dit ces soixante mille « bombes vendues dix-huit livres le miUier? ces qua- « rante-huit canons de bronze passés de l'arsenal de (( Metz chez tm ferrailleur? ces cent cinquante mille « canons de fusil vendus à un autre ferrailleur comme « fer de rebut? Qui dit ces tentes mihtaires vendues K dix-huit livres, ces habits neufs trois livres, ces
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« vestes, deux livres, ces gibecières cinq centimes, ces « sacs de peau un décime? Qui dit ces arrestations « de chariots crevant d'effets militaires? lyC journal.
a Qui dit ces marchés où du drap acheté par une ({ compagnie six francs est vendu à l'Etat dix-sept « livres dix-sept sous ? ces marchés où le quintal de « farine aclieté par tme compagnie dix livres est vendu « au ministre de la marine vingt et une livres ? ces mar- « chés qui laissent à une compagnie, après quatre mil- « lions restitués, huit ou neuf millions de bénéfices? « ces marchés dont les concessionnaires deviennent « propriétaires d'une rente de onze millions de francs « pour un état de fournitures qui monte à onze mil- « lions six cent quatre-vingt mille francs? — Qui dit « cela? Le journal (i). »
On est donc bien autorisé à médire des opérations commerciales et financières de Tallien en 1795, mais sans toutefois supposer que ces spéculations furent infructueuses, en ajoutant que le train de M.^^ TalHen coûtait alors des sommes considérables à son mari.
Toute la vie du terroriste montre qu'il a le tempérament, la disposition d'esprit, le caractère, les habitudes et les allures du joueur. Pour acquérir en volant il ponte sur les circonstances et les personnes comme un joueur. Pourquoi donc ne dépenserait-il pas en joueur; c'est-à-dire sans jamais compter, ainsi que
(1) La Société française pendant le Directoire^ pp. 387-389.
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font tous les joueurs et la plupart des financiers, qui ne sont que des joueurs d'un genre spécial, quand des dispositions exceptionnelles, ou de race, ne modèrent pas leur prodigalité?
L'incessant besoin d'argent de Tallien ne condamne nullement ses spéculations. Il montre qu'il dépensait facilement et vite parce qu'il extorquait sans peine et promptement.
Turquan ajoute ironiquement que M"^® Tallien ne consacrait pas à des œuvres de charité ou de solidarité sociale les sommes considérables qu'elle dilapidait en parures, agréments et réceptions. C'est la constatation de faits connus, de la notoriété publique du temps, puisqu'ils y faisaient scandale, dans un monde pourtant accoutumé aux prodigalités. Et cela confirme le succès des spéculations du terroriste, autant que la présence de Fouché et de Real dans les mêmes entreprises, car ceux-là n'étaient pas gens à s'embarquer dans de mauvaises affaires.
Mais comment ne pas remarquer à ce propos la contradiction qu'il y a entre le Discours sur V Education fait à Bordeaux par Thérésia et ses dépenses, le contraste que fait son gaspillage personnel avec la Pétition humanitaire qu'elle envoyait en avril 1794 à la Convention ?
Comment cette « Notre-Dame de Bon Secours », si pitoyable aux spoliés de la F évolution, peut-elle sans une cynique imposture ou une aberration voisine
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de rînconscîence prétendre à la réputation de bonté qu*elle se laisse faire avec tant de complaisance, lorsqu'elle ne donne pas une obole aux affamés qui Tenvironnent partout, à Paris, à Bordeaux, à Fontenay, à Gros- Bois, au Raincy pendant les douze années d'effroyables misères qui désolent la France de 1788 à 1800?
Comment se fait-il que ses contemporains : familiers, clients, fournisseurs, admirateurs, amants, et plus tard ses historiens, ses panégyristes, ses parents même ne nous citent pas une seule œuvre de charité à son actif?
On loue ses entremises officieuses ou officielles — en faveur de personnes qui sont toujours d'une certaine importance — on reproduit ses moindres lettres de recommandation en faveur de tel ou telle, — lettres qui ne sont d'ailleurs pas nombreuses! Nulle part on ne voit qu'elle a donné seulement dix louis d'or, seulement cinq cents livres d'assignats à quelque pauvre hère ou pour tme initiative d'assistance huma- .itaire.
On nous entretient de ses toilettes de 12.000 francs, ie ses cinquante perruqMes, des cercles de diamants qui brillent autour de ses seins, de ses jambes, de ses cuisses, des bagues ornées de perles qui chargent ses loigts de pieds, de son carrosse sang de bœuf, des poignées de cent louis qu'elle jette au hasard en des parties de bouillotte... aucun de ces curieux, qui nous dé-
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crivent ses moindres somptuosités (i), ne signale qu'elle a donné un écu d'argent à un pauvre diable éclaboussé par son équipage.
Or, précisément de 1795 à la fin du Directoire (novembre 1799), époque pendant laquelle Thérésia fait le plus insolent étalage de son luxe, de ses toilettes, de ses bijoux, de ses festins et des fêtes qu'elle donne à la Chaumière ou dans ses appartements de la rue de la Victoire, la population parisienne meurt de faim et de froid.
Avant l'été de 1795 la famine redouble.
« Depuis plus de quinze jours, écrit une municipalité « de Seine-et-Marne, au moins 200 citoyens de notre « commune sont sans pain, sans blé et sans farine, « leur nourriture n'a été que de son et de légumes. (( Nous avons la douleur de voir des enfants rester sans « aliments, les nourrices, desséchées ne pouvant plus « les allaiter, des vieillards tomber d'inanition, des « jeunes gens rester dans les champs, de faiblesse, ne « pouvant plus travailler... (2). »
« A Saint-Denis, qui contient six mille âmes, une « grande partie des habitants, exténués de besoin, se « rendent dans les maisons de secours, les ouvriers
(1) Souvenirs du Directoire et de l'Empire, par M™" la baronne de V.
Le louis d'or monte jusqu'à 23.000 livres le 6 juin 1793. {Censeur des journaux, juin 1796.)
(2) Archives nationales^ A. F. II 71, 22 prairial an III (11 juin 1795).
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K surtout ne peuvent se livrer à leurs travaux, faute « de nourriture, plusieurs femmes, mères, nourrices, « ont été trouvées chez elles sans connaissance ni aucun « signe de vie, et plusieurs sont mortes avec leurs « enfants à la mamelle, (i) »
I^e 31 décembre 1794, pendant qu'on danse à la Chaumière chez les Tallien, la Seine gèle, il y a 16 degrés de froid le 23 janvier 1795 (2). « On paye 400 livres la (( corde de bois, vingt sous un petit cotteret... on voit « des nécessiteux scier dans les rues leur bois de lit a pour faire cuire leurs aliments et s'empêcher de « mourir de froid (3).
« Par cette température si rigoureuse, la population « passe les nuits à faire la queue aux portes des bou- « langers et des bouchers, se bat pour y défendre sa « place et gèle sur pied souvent. Elle paye des prix fous « un quart de livre de viande tous les 5 ou 10 jours : « quatre onces de pain par jour en moyenne, parfois « 3 onces, 2 onces, i once 1/2 ou même rien du tout... « Les gens aisés vivent de pommes de terre, mais il « n'y en a que pour les gens aisés, car au milieu de « germinal (avril 1795) elles sont à 15 francs le bois- « seau, vers la fin de germinal à 20 francs, vers la fin « de messidor (juillet) à 45 francs, dans ,les premier»
(1) Archives nationales, A. F. II 70, Taine, t. VIII, p. 294 (Hachette, éditeurs.)
(2) ScHMiDT : Rapports de police, des 2, 3 et 4 pluviôse an III.
(3) Taine, t. VIII, p. 305. HacheUe, éditeur.
K mois du Directoire (novembre, décembre 1795) K à 180 francs, puis à 224 francs et les autres denrées A montent de même (i). »
Une note de police du 9 frimaire an IV (i^^ décembre 1795) dit : « Les rapports nous entretiennent de (( la peinture affligeante du rentier ayant vendu ses c( bardes, vendant ses meubles et étant, pour ainsi dire K à sa dernière pièce, bientôt ne pouvant plus rien se pro- < curer, réduit à la fatale extrémité de s'ôter la vie (2).»
« A présent la classe qui souffre et qui souffre au delà « de toute patience, c'est, avec les employés et les (( petits rentiers, la foule des ouvriers, la plèbe urbaine, « le bas peuple parisien qui vit au jour le jour, qui « est jacobin de cœur, qui a fait la Révolution pour « être mieux, qui se trouve plus mal, qui s'insurge,. « c'est-à-dire qui est sensé s'insurger encore une fois le « i'"^ prairial qui entre de force aux Tuileries en criant : « Du pain et la Constitution de 93 », qui s'installe en « souverain dans la Convention, qui égorge le repré- « sentant Féraud, qui décrète le retour à la Terreur, « mais qui, réprimé par la garde nationale, désarmé, « rabattu dans l'obéissance définitive, n'a plus qu'à « subir la conséquence des attentats qu'il a commis, « du socialisme qu'il a institué et du régime écono- « mique qu'il a fait. »
(1) ScHMiDT, précité,
(2) Taine : Les origines àe ta France contemporaine , t. VIII, pp. 308-310.
LA BBLI.E TALLIEN 185
En décembre 1795 Julie de Beaumarchais constate 5.022 francs de dépenses pour vivre bien chichement pendant un mois (i).
1/6 6 germinal, « section de l'observatoire à la distribution 41 personnes ont manqué de pain, plusieurs femmes enceintes ont désiré accoucher sur-le-champ pour détruire leur enfant, d'autres ont demandé des couteaux pour se poignarder »... « Le 24 germinal, ouï
(1) Beaumarchais et son temps, par M. de Lomenie, t. II, p. 488.
Une voie de bois 1460 francs
Neuf livres de chandelles de 8, à 100 fr. la livre. 900 —
Sucre, 4 livres à 100 fr. la livre 400 —
Trois litrons de grains à 40 fr 120 —
Sept livres d'huile à 100 fr 700 —
Douze mèches à 5 f r 60 —
Un boisseau et demi de pommes de terre à 200 fr.
le boisseau 300 —
Blanchissage du mois 215 —
Une livre de poudre à poudrer TO —
Deux onces de pommade (à trois sous autrefois),
aujourd'hui à 25 fr 50 —
4275 francs
Reste la nourriture du mois, le beurre et les œufs à 100 fr. comme tu sais, la viande à 25 ou 30 fr. et tout en proportion 507 —
Le pain a manqué deux jours, nous n'en recevons plus que, de deux jours, l'un : surcroît de dépenses, je n'ai acheté, depuis deux jours, que 4 livres à 45 fr 180 —
5022 francs
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dire que cinq à six citoyens se voyant sans pain et hors d'état d'acheter d'autres subsistances se sont précipités dans la Seine »... « 26 germinal, trois personnes tombées d'inanition boulevard, du Temple»... «14 floréal une femme à la vue de son mari exalté et de ses quatre enfants sans pain depuis deux jours, s'est tramée dans le ruisseau en se cognant la tête et s' arrachant les cheveux puis s'est relevée, furieuse, comme pour aller se jeter à l'eau »... « I^e 21 floréal les inspecteurs déclarent que dans les rues on rencontre beaucoup de personnes qui tombent de faiblesse et d'inanition »...« 23 floréal, une citoyenne qui n'avait pas de pain à donner à son enfant Ta attachée à son côté et s'est jetée à l'eau»... «le 11 messidor, le bruit court que le nombre des gens qui se jettent à la rivière est si considérable qu'aux filets de Saint-Cloud à peine y peut-on suffire pour les en retirer, etc., etc.. (i) »
« Notre-Dame de Bon Secours » n'est-il pas un surnom d'ime cruelle ironie porté par IS/L^^ Tallien dans les fêtes de la Chaumière, lorsqu'aucun témoignage ne nous révèle qu'elle a jamais fait œuvre de charité pubUque, et lorsque nous savons qu'il faut dépenser au moins 300.000 livres d'assignats pour donner un dîner passable à dix personnes?
Dans son recueil Le Curieux, Ch. Naurey cite pour-
(1) ScHMiDT : Rapports de police, t. I et II. — Dauban : Paris en 1794, pp. 562, 568, 572. — Taine : Les origines de la France contemporaine, t. VIII, pp. 312, 313, 314.
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tant un passage des Souvenirs de Boucher de Pertlies, où celui-ci dit, en parlant de la princesse de Chimay :
« Je le répète, c'est une femme bonne, excellente, qui « a fait un. bien infini et qui en fait encore. Bile ne « peut entendre parler d'un malheureux sans vouloir « le secourir et, quoique riche aujourd'hui, elle aurait « bientôt donné tout ce qu'elle possède si son mari, « qui est aussi un excellent homme, n'y veillait. Elle « y supplée par des loteries, des quêtes, des souscrip- « tions. Il n'y a pas moyen de lui refuser, elle est irré- « sistible quand elle prie... (i). »
Il suffit que ce témoignage exceptionnel ait été donné par Boucher de Perthes pour que nous ayons à cœur de le reproduire — en regrettant de n'en avoir pas d'autres du même genre à citer pour le confirmer, — mais si l'équité nous fait spontanément insérer ce document, la logique oblige à reconnaître qu'il n'infirme point les constatations précédentes.
Quand, princesse de Chimay, vieillie, Thérésia est réduite à la cruelle incapacité de plaire, il n'est pas impossible que son impérissable vanité — mais non son cœur — la porte à cultiver encore sa réputation usurpée de bienfaisance par des actes charitables. Bile s'efforce ainsi, jusqu'en ses dernières années, d'atténuer la honte de son existence avec Tallien, avec Barras, et
(1) Boucher »e Perthes : Sous dix rois, t. III, p. 168. — • TuRQUAN : La citoyenne Tallien, p. 319.
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même avec Ouvrard; elle s'efforcera, puisque « Notre- Dame de Thermidor» n'a pas effacé « Notre-Dame de Septembre » de faire prévaloir sur ce dernier surnom et sur celui de « I^a belle Cabarrus » « Notre-Dame de Bon Secours». Mais son égoïste égotisme, loin de s'être atténué, se trahira encore dans cette dernière « attitude » car, si l'être humain le plus généreux, quand il vieillit, se reploie invariablement sur lui-même par un amoindrissement qui le porte naturellement et fatalement à moins donner de sa personne et de ce qu'il possède, à plus forte raison celui qui ne fut pas altruiste en sa jeunesse et son âge mûr est-il inapte à devenir réellement charitable sur ses vieux jours.
En dépit des affirmations bienveillantes de Boucher de Perthes — d'ailleurs apparenté à la famille de Thérésia — nous pensons qu'il serait bénévole d'admettre la générosité, la bonté, l'altruisme qu'il prête à la princesse de Chimay, d'après les louanges qu'elle se décerne à ce sujet — suivant sa coutume d'autoencensement.
L'auteur de Sous dix rois ne peut cacher que c'est la princesse qui lui dicte les louanges qu'il décerne à sa bonté — cette dictée transperce dans la forme même de ses éloges.
En outre, M.^^ de Caraman- Chimay, qui n'est pas beaucoup plus fine que M"^® de Fontenay, M"^^^ Tallien et M"^^ Barras en second, révèle son mobile égotiste et son égoïsme mal déguisé par la forme des charités
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auxquelles son activité se consacre : ce sont loteries, quêtes, souscriptions : EiXK fait donner en se multipliant, avec éclat, au lieu d'assister secrètement.
On n'apprend pas par indiscrétion ou par surprise qu'elle ta fait telle ou telle bonne œuvre : c'est elle qui publie elle-même ses prétendus bienfaits en quémandant pour obtenir le bien des autres et s'en faire la distributrice au profit de son incorrigible vanité... et Ton se demande, en fin de compte, si cette comédie d'altruisme qu'elle joue sur le tard n'est pas encore plus pénible à voir que l'indifférence au malheur d' autrui qu'elle montrait avec tant d'impudence quand du moins sa beauté expliquait son amour immodéré d'elle-même.
Pendant les dix premiers mois de son mariage avec Tallien, Thérésia prélude à ses grands succès de « fillereine » du Directoire par ses fêtes et ses réunions de la Chaumière.
Cette dénomination ne s'applique qu*à l'extérieur d'une « petite maison » de rendez- vous galants qui avait appartenu, auparavant, dit-on à M^i® Raucourt, la grande tragédienne du Directoire (i). C'était
(1) « La tragédie qu'elle a sauvée, n'a pas été ingrate visà-vis d'elle : Raucourt est bien rentée et continue un train
IÇO ïmiNK DU DIRECTOIRB
une construction peu élevée, entourée de jardins et un peu en retrait de l'allée des Veuves, comme tous les immeubles analogues de cette époque.
Elle était située à l'extrémité de cette avenue (aujourd'hui av. de Montaigne) près de la Seine et au bout du Cours-la- Reine.
Couverte en chaume, peinte à l'extérieur comme un décor de théâtre et ornée de plantes grimpantes, cette
« de vie princier. Elle a toujours cette môme charité qui la « pousse à ne pas laisser ses amies dans le besoin... » etc. (E. et J, DE Concourt : La Société frayiçaise pendant le Directoire, p. 236.)
Nous avons vu précédemment, à propos des immeubles donnés en dot à Thérésia par son père François Cabarrus, qu'elle possédait deux maisons dans l'ailée des» Veuves. On a donc peine à croire qu'elle en ait acheté une troisième à Mademoiselle Raucourt.
D'où vient donc cette histoire d'achat à la tragédienne ? Faute de documents décisifs il est permis de supposer qu'il y eut confusion ou plutôt inversion des faits : En ce cas, Mademoiselle Raucourt aurait loué la maison de Thérésia qu'elle aurait fait décorer extérieurement en Chaumière^ par un peintre décorateur de théâtre, ou sous sa direction, et plus tard, à la fîm de 1794, soit par un arrangement; soit par simple fin de location, Thérésia aurait repris possession de son immeuble un peu avant son mariage avec Tailien.
Environ quatre ans après, en 1798, Tailien écrivant de Rosette (Egypte) à sa femme, exprimera le désir de retrouver un jour cette Chaumière en sa possession et la priera de ne pas s'en défaire. C'est donc une maison qui appartient à Madame Tailien et qui n'a pas été achetée avec l'argent de son mari.
Du reste, plus tard, divorcée de Tailien, Thérésia morcellera cette propriété pour la vendre, ce qui prouve qu'elle lui appartenait.
I,A BEl.r.E TAI^LIEN I91
habitation n'était rustique qu'en apparence, ati dehors (i).
(1) «f Se figure-t-on ce qu'était, il y a un siècle, le rond-point « des Champs-Elysées Mit Lenôtre dans Paris révolutionnaire :
« Un espace circulaire, garni de gazon, entouré d'arbres, « ressemblant assez aux carrefours d'une forêt royale, la « grande route de Neuilly le traverse, déroulant son étroit « ruban de gros pavés, pas une maison, le vaste triangle de « terrain en contre-bas, qui s'étend jusqu'à la chaussée du « Cours-la-Reine, est tout entier livré à la culture maraî- « chère, couches vitrées, puits d'arrosage, petites ressarres de « jardinage, plants de salades bien alignées : deux allées « d'arbres traversent ce marais ; l'une, sorte de mail toujours « désert et presque abandonné, n'a pas de nom et ne conduit « nulle part, — c'est aujourd'hui l'avenu» d'Antin. L'autre « très longue, se dirige vers la pompe à feu de Chaillot; elle <t a da grands ormes tordus, protégés contre les heurts des « voitures absentes par de massives barrières qui datent de (( M. de Marigny.La chaussée est envahie par l'herbe où d'étroits « sentiers ont été tracés par les pieds des passants, jardiniers, « blanchisseuses ou vignerons des vignes de Chaillot qui com- « mencent là. L'endroit est si recueilli, si écarté, si paisible, « qu'après avoir porté le nom d'allée des Soupirs, il a reçu <( celui d'allée des Veuves, et en 1812, la Tynna pouvait encore « écrire : « Cette avenue, au fond des Champs-Elysées, est « réellement convenable aux veuves qui éprouvent un véri- «c table chagrin d'avoir perdu leur époux ». Actuellement c'est « l'avenue Montaigne.
« A l'extrémité de l'allée des Veuves, près de la Seine, était « en 1795, au devant d'un vaste jardin, dans un bosquet de « peupliers et de lilas, une maison d'aspect rustique qu'on « appelait la Chaumière. Par un caprice de M"" Tallien, ce
< coin de Paris, rarement exploré, était devenu à la mode.
< Elle avait fait peindre la maison en ferme d*opéra-comique, (c avec simulacre de briques dégradées et de charpentes verce moulues, des fleurs grimpaient jusqu'au toit, que garnissait « un chaume pittoresquement moussu. » (Lenotrb : Vieilles Maisons, vieux Papiers^ t. I, pp. 227-228).
Son aménagement intérieur, son ameublement par les Tallien étalait au visiteur un luxe contrastant avec respect externe.
Pourtant ce ne fut pas dans l'achat des meubles précieux, des objets d'art dont la Chaumière était garnie à profusion que le terroriste réduisit notablement le butin qu'il avait rapporté de la Gironde.
On achetait à si bon compte en 1794- 1795 les admirables objets volés aux émigrés ! Elle fut même peutêtre en partie garnie avec des meubles et objets retirés de la propriété de Fontenay- aux- Roses?
Mais lorsque le pain (i), la viande (2) et la chandelle coûtaient (3) des prix fous, lorsqu'on payait un fiacre mille francs pour une heure, le louis d'or avait beau valoir 1,000, it.ooo, 23.000 francs en assignats, les incessantes fluctuations du papier- monnaie de la Révolution entr^naient des « fuites » de numéraires formidables.
I^a belle Tallien donne à dîner — c'est le plus sûr moyen de rallier un certain nombre de personnages — elle reçoit après les repas une foule d'invités fort disparates parmi lesquels domine pourtant la jeunesse réactionnaire.
Si quelques émigrés, quelques aristocrates, confiants comme Ch. I^acretelle, se laissent prendre aux
(1) Par arrêté du Bureau central : 60 francs la livre.
(2) id. 120 —
(3) id. 45 -^
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