DEUX AMIES ET I,EURS ENTREPRISES GALANTES
LIAISON DE Joséphine et de Barras. 227-234. — Bonaparte entre Joséphine et la belle Tallien; dénonciation des intrigues royalistes de Tallien PAR Thibaudeau; dissentiments entre Thérésia et Tallien; le mariage de Bonaparte ET DE Joséphine. 234-249. — lyiAisoN de Barras ET DE Thérésia; portraits de la belle Tallien
PAR LA duchesse d'AbrANTÊS. — I/ES LIBERTÉS DE
Thérésia sous le Directoire. 249-271. — Suite
DES tentatives DE RESTAURATION MONARCHIQUE
DE Tallien en 1796- 1797; la séparation effective DES époux Tallien; lb terroriste ruiné. 271-284. — Comment Tallien va rejoindre l'expédition d'Egypte; l'accueil qu'il reçoit DE Klêber; ses tentatives d'espionnage pour LE COMPTE DE Barras. 284-313. — I/'inconduite DE Thérésia et de Joséphine pendant l'expédition d'Egypte : la belle Tallien devient
Mïoe OUVRARD EN SECOND; L'HÔTEL DE LA RUE DE
BabyLONE. 313-324. — IvE RETOUR DE BONAPARTE TERMINE I.A FÊTE. 324-329.
Il est impossible de parler de Barras et de M^^ Tallien sans parler aussi de Joséphine de Beauharnais, car la future impératrice des Français et la future M"^^ Quvrard en second encadrent en quelque sorte le masque du futur Directeur, dès les derniers mois de la Convention.
Sans entrer dans les détails et les démonstrations que nous avons données, Frédéric Masson conteste la légende de l'incarcération de la Cabarrus-Fontenay à la prison des Carmes où l'on a prétendu qu'elle aurait fait la connaissance de Joséphine et de M"^® d'Aiguillon.
Mais l'historien moderne de Napoléon et des siens dit que les deux femmes ont pu se connaître avant leur emprisonnement, tout en présumant qu'elles se sont plutôt fréquentées après (i).
Nous ne pouvons guère adopter cette vague hypothèse. Ce n'est pas en mai 1794, entre son arrivée de Bordeaux et son arrestation à Versailles, que Thérésia aurait eu l'occasion et le loisir de nouer des rela-
(1) Frédéric Masson ; Joséphine de Beauharnais, p. 241.
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lions avec la femme du général Beauliarnaîs. Avant?... elle était à Bordeaux. Plus anciennement encore?... Elles n'étaient pas de la même société.
Tallien, au contraire — F. Masson l'établit fort bien — connut M.^^ de Beauharnais avec Real et Barère bien avant Thérésia, probablement dès 1791 ou 1792. Il la fit mettre en liberté le 19 thermidor an II (6 août 1794) six jours après sa maîtresse, au moment où il était chargé par la Convention de faire élargir les prisonniers enfermés sans motifs suffisants, et fut assurément lors de son mariage, ©u même un peu avant, l'intermédiaire entre les deux femmes.
« C'est à Tallien que chacun fait honneur de la « libération de Joséphine, c'est à Tallien seul que plus « tard Eugène (de Beauharnais, son fils) l'attribue. « En reconnaissance, il lui fait une pension, de même « que Joséphine se charge de sa fille Thermidor, rebap- « tisée en Joséphine (i). Ce n'est pas par M"^e ^e « Fontenay que Joséphine arrive à Tallien, c'est « au contraire, Tallien qui sert entre elles de trait « d'union. »
Faute d'indications précises, il est à présumer qu'au moment où M°^® Tallien lance ses premières invitations aux réceptions de la Chaumière (fin de décembre 1794), TaUien lui signale qu'il connaît la veuve du général de Beauharnais et qu'ils peuvent l'inviter, car elle ne
(1) Frédéric Masson: Joséphine de Beauharnais^ p. 242.
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se dispensera point de venir parce qu'elle lui doit sa liberté.
Encore qu'elle soit en plein deuil, puisque Alexandre de Beauharnais fut guillotiné le 5 thermidor (23 juillet 1794) Joséphine doit, en effet, se rendre à l'invitation des Tallien.
Porte- t-elle ce deuil? c'est peu probable, ce serait presque un acte religieux, et, d'autre part, il est encore imprudent de pleurer trop ouvertement les victimes de la Révolution. Enfin, quoiqu'elle ait les larmes faciles, Joséphine, depuis longtemps séparée de son mari, était trop peu sa femme pour constituer une veuve attristée.
Thérésia lui plaît. Il y a entre ces deux épicuriennes des affinités que Masson a notées et que nous citerons plus loin. Elles se lient donc très vite "k tel point que, quelques mois après, en avril ou mai 1795, lorsque M"^® Tallien accouchera de son deuxième enfant, la fille du Septembriseur, Joséphine lui servira de marraine et lui donnera son prénom de Rose (Thermidor- Rose-Thérésia Tallien) plus tard remplacé, comme le dit Masson, par celui de Joséphine.
Jusqu'après ses rele vailles, Thérésia ne semble pas avoir été très infidèle à son second mari.
Sans aucun doute, avant d'arriver aux dernières semaines de sa grossesse, elle a été eu coquetteries réglées avec un bon nombre des invités de la Chaumière.
Fréron, I^acretelle, lyouvet, Merlin de Thionville,
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et peut-être Chénîer, pour ne parler que des militants de la politique, furent assurément très empressés autour d'elle... et très encouragés. Mais on n'a pas de preuves, ni même un ensemble de probabilités suffisant pour penser qu'elle a trompé Tallien avec aucun d'eux, tandis que délivrée, reprenant ses réceptions et ses circulations elle se dépense, à partir du commencement de juin 1795, avec une ardeur qui ouvre le champ le plus vaste aux hypothèses.
C'est à ce moment que se rapporte du reste la critique plutôt sévère de Frédéric Masson sur les entreprises galantes de Joséphine et de Thérésia courant ensemble les aventures dans le monde de la haute finance, où Tallien s'efforce de « barboter » avantageusement, en attendant les résultats de ses essais de négociations avec les Princes.
« Entre ces deux femmes, dit Masson, combien de « rapports !... Toutes deux ont voulu sauver leur tête « et n'ont point hésité à déchoir, à prendre des amis (( ou des amants qui ne peuvent guère leur plaire. « Toutes deux ont mêmes goûts, mêmes désirs, mêmes « besoins du luxe, de l'élégance, du gaspillage. Toutes « deux n'ont guère de scrupules de religion ou de « morale et toutes deux cherchant miiquement l'entre- « teneur, amant, ou mari, peu importe, mais si riche « qu'elles puissent se passer toutes leurs fantaisies et (( satisfaire tous leurs caprices... »
« ...Et comme il faut chercher l'argent où il est,
« comme il y en a chez les banquiers et chez les gens « d'affaires, c'est là que va Thérésia, et elle emmène « Joséphine avec elle. Dès le 26 prairial an III (14 juin « 1795)» la- voici en liaison avec Perreganx, et la voici « à sa table avec son mari, Fréron, la vicomtesse de « Beauharnais et quelques autres dames et messieurs, « surtout des banquiers. C'est le comte de Gervi- « nus qui, après avoir dîné là, le conte à Harden- « berg (i). »
H est difficile de défendre M°^® TaHien contre ces appréciations fort nettes de Masson, parce que si elle est parfaitement capable, dès le milieu de 1795, de se donner pour de l'argent, le Septembriseur, de son côté, est im assez industrieux chevalier du Ruisseau et autres bas lieux pour ne pas s'en apercevoir, puisque cela ne crève pas les yeux. Ne sera-t-il pas, moins de six mois plus tard, d'une inclairvoyance systématique infiniment plus « marquante », lorsque Barras affichera publiquement sa femme?
Mais l'historien des intimités impériales ne renforce d'aucune référence ses affirmations quant aux relations de Mn^e Tallien et de Perregaux, il ne semble pas avoir étudié la vie de « Notre-Dame de Thermidor »... Nous nous permettrons donc de n'accepter que sous toutes réserves les écarts de conduite qu'il lui prête dès juin 1795.
(1) Frédéric Masson: Joséphine de Beauharnais, pp. 258-259-