‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 22 sur 48 · I.A BElvtE TAIXIKN · texte numérisé non relu

I.A BElvtE TAIXIKN

chose que son immédiat bien-être. Son seul souci est de Ile pas cesser de briller, d'éblouir davantage.

Jusqu'à la fin de 1795 et pendant les premiers mois de 1796, la planche de salut cherchée n'apparaît guère.

Le 9 mars (1796) à dix heures du soir, dit G. I^enôtre — qui brosse une fort amusante et pittoresque esquisse du mariage civil de Bonaparte, dans le premier volume de son Paris révolutionnaire (i) — Barras et TalHen sont les témoins de l'union du général qui s'est fait attendre pendant deux heures et arrive « en coup de vent ».

Il est suivi de son aide de camp, Lemarois, qui sera témoin, lui aussi, quoique non majeur. Qu'importe! Bonaparte, ayant cavalièrement secoué par l'épaule, le citoyen I^eclercq, maire, endormi en l'attendant, ne sera pas moins cavalier avec les actes; il se vieillira de dix-huit mois, et se dira né à Paris, tandis que Joséphine, pour n'être pas trop son aînée, se rajeunira de quatre ans. Vingt- deux jours plus tard, il écrira de Nice la lettre que nous avons citée, dans laquelle il prie Barras d'embrasser de sa part Thérésia sur la bouche.

Ce détail prouve qu'avant le miKeu du même mois le Directeur était déjà l'amant de M"^^ Tallien : elle avait trouvé sa planche, mais c'était une planche pourrie

(1) G. Lenôtre : Vieux papiers, vieilles maisons^ t. I, pp. 183-192.

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Le Directoire est l'époque de splendeur de la belle Tallien sous Barras d'abord, puis sous le financier Ouv^rard. Thérésia règne au Luxembourg et dans Paris mais d'une façon spéciale, sans précédent.

Elle est mariée, et ses deux amants successifs, puis simultanés — le Directeur et le financier — étant également mariés l'un et l'autre, sont forcément, pour elle, les plus déshonorants des protecteurs. Leurs femmes légitimes vivent loin d'eux. Plus tard, Tallien ira vivre en Egypte, loin de sa femme, au moment où le trio formé par Thérésia, entre Ouvrard et Barras, sera la personnification du régime républicain à l'issue du xvine siècle (i).

il) Lç duc de Raguse (général Marrapnt) qui vécut alors k l'armée, loin du Directoire, fut envoyé à Paris par Bonaparte pour faire un rapport sur la guerre d'Italie, et résuma l'impression que lui produisit la <( Cour » directoriale, cje 1^ façpn suivante :

« Depuis le 13 vendémiaire, la Constitution dite de l'an III, « ayant été mise en activité, le gouvernement se trouvait entre « les mains du Pirectpirp ; c'est ce pouvoir que je trpuvai « établi à Paris.

« Singulier temps que cette époque :on sortait de la barba- « rie, 4e |a confusion et des massacres, et on avait, à juste « titre, horreur des temps précédents. Malgré cela, ©n avait « maintenu, par la force, au pouvoir ceux mômes qui avaient « concouru à tous ces maux. L'émigration et des événements K funestes avaient couvert la France de deuil, brisé la société et rompu tous les liens de famille, mais la société tendait

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M^^ Tallien règne, mais ce n'est par le droit d'un lien légal ni d'un lien naturel, puisqu'elle n'est aimée

« à sft reconstituer. Le Directoire unissait à une espèce de « pompe la plus grande corruption: Barras, l'un de ses mem- « bres, passait, à juste titre, pour un homme débauché, et sa « cour l'était par excellence. Quelques femmes du monde, « plus que suspectes, en faisaient l'ornement et se consacraient « à ses plaisirs, la reine de cette cour était la belle M™e Tal- « lien. Tout ce que l'imagination peut concevoir fera à « peine approcher de la réalité : jeune, belle à la manière « antique, mise avec un goût admirable, elle avait tout à la « fois de la grâce et de la dignité, sans être douée d'un esprit « supérieur, elle possédait l'^rt d'en tirer parti et séduisait « par une extrême bienveillance. On rendait grâces à (c M™«Tallien de la salutaire influence exercée par elle lors du <( 9 thermidor, on ajoutait ainsi presque les hommages de la « reconnaissance publique ^\x culte rendu à sa beauté. Tallien « paraissait alors vivre en bonne intelligence avec elle et jouis- (c sait d'une espèce de gloire par suite du rôle qu'il venait de « jouer : ainsi une siçtjqn dont la véritable cause était prp <( bablement le danger le plus pre^s^nt, et le bçspin d'y échap- <f per, avait, d^ns l'opinion, tout l'éclat du dévouement, ç'est- « à-c}ire de çp qu'if y a de plus sublime, de l'action qui « consiste dans |e sacrifice (le soj-niême pp^r l'intérêt des « autre^. Intime amie de Madamp Tallien et de Barras « Madame de Beauharnais était moins jeune et moins belle « que sa compagne. (Duc de Raguse, Mémoires, pp. 86-88.)

On peut rapprocher de ce jugement celui du chancelier Pasquier :

« Le gouvernement directorial n'était pas de force è persé- « vérer dans la route que semblait lui ouvrir cet heureux com- « mencement (sa clémence du début). Il fut quelquefois cruel, « il fut surtout ridicule et corrompu.

« Barras en était le souverain, Madame Tallien et plusieurs « autres femmes en faisaient les honneurs. (C'est là aussi que « M"" de Beauharnais a posé les fondements de sa grande « fortune. C'est là qu'elle a rencontré le général Bonaparte. (Barras Taffirmait et Pasquier, mal renseigné, croit Barras.)

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ni d'Ouvrard ni de Barras, et qu'elle n'a pas plus d'amour pour l'un que pour l'autre.

Elle ne règne ni par l'esprit, ni par le talent, ni par la bonté ou la bienfaisance puisqu'elle a cessé d'être « Notre-Dame de Thermidor » et « Notre-Dame de Bon- Secours» depuis que son mari l'a dépouillée de cette double légende.

Elle ne s'impose que par sa beauté, comme Vénus et, naturellement, pour mieux régner ainsi, elle ne s'applique point à se dissimuler, mais à se découvrir. Des salons du palais de Barras et de sa résidence de Gros- Bois ou de celle du Raincy (i) à tous les lieux publics de la capitale elle promène, avec charme, ses charmes de plus en plus déshabillés (2).

« Il y aurait de l'ingratitude à ne pas convenir que le choix « qu'il fit de cette femme fut heureux. Elle se montra dès le « commencement de sa carrière, telle qu'on l'a toujours vue « depuis, douce, bonne, compatissante et secourable. Du mort ment où elle eut du crédit, elle l'employa pour secourir et « défendre le malheur. » {Mémoires du Chancelier Pasquier, p. 126.)

(1) Propriété d'Ouvrard.

(2) C'est à la duchesse d'Abrantès qu'il faut demander les portraits les plus flatteurs de la belle Tallien à cette époque, car elle puise dans son inimitié contre Joséphine, une partialité en faveur de Thérésia qui va jusqu'à la lui faire trouver intelligente, spirituelle et bonne. — Mais, en ce qui concerne la beauté et la parure, elle est femme et son appréciation ne peut être exagérée.

« La personne qui faisait le charme de l'intérieur de la mai- « son de Barras, et l'ornement de ses fêtes, était M"»e Tallien. K J'ai parlé de cette femme célèbre dan» plusieurs de mes

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Offrant, avec un crescendo d'impudeur, aux regards de tous, ses bras, ses épaules, sa gorge, ses seins, ses jambes, elle finit par se montrer aux Champs-Elysées

« ouvrages, mais Je ne crois pas avoir jamais pu présenter « son portrait tel qu'elle était en effet. Sa beauté, dont nous « n'avons qu'une imparfaite idée en voyant les belles statues « antiques, a\ait un charme étranger^'aux types grecs et ro- « mains. Elle était espagnole, et cet attrait bien connu des « jeunes filles de Cadix, elle l'avait dans toute sa personne « porté au degré que donne la perfection. Ses mains, ses bras, « ses cheveux, ses dents, tout était admirable, et son sourire « fin et spirituel, parce qu'en effet elle l'était elle-même beau- « coup, éclairait cette physionomie d'un tei éclat, qu'en voyant « M™e Tallien, un cri d'admiration s'est souvent échappé de la « bouche de ceux qui la rencontraient pour la première fois.

« Son. esprit était fin et doux, sa causerie d'une nature qui « faisait désirer la prolonger, elle avait du tact et savait juger» « Sa bonté sans être banale, était fort étendue, et rarement « elle avait repoussé un malheureux quand elle le pouvait « secourir: c'est un grand charme de plus dans la beauté « d'une femme que la bonté... Elle plaît davantage, sans qu'il « y ait à cela une autre raison que celle de sa bonté. Que de « fois j'ai fait cette remarque pour M""» Récamier!... et toujours « j'ai trouvé la raison d'une admiration plus prononcée pour « cette ravissante femme que pour une autre...

« M"* Tallien était d'une extrême élégance. Elle donnait, « elle imposait les modes, et c'était malheureux parce que sou- « vent une parure qui allait à son ravissant visage n'était plus « qu'une chose disgracieuse pojur une autre !... Elle avait « adopté un costume demi-grec qui lui allait admirablement, « et qu'elle portait avec une grâce achevée, ce costume était « simple et même sévère. Il donnait le démenti à cett-e idée « généralement reçue, qu'une jolie femme l'est encore plus « étant parée. » {Histoire des salons de Paris, par la Duchesse o'Abrantès, pp. 137, 138, 139.)

Parlant d'une réception de Barras au Luxembourg, la duchesse d'Abrantès montre M"^' de Staël arrivant et s'arrôtant à chaque pas pour répondre aux personnes qui la saluent. Le

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en fourreau de gaze sans chemise. Partout elle dénoue sa ceinture, et comme le régime républicain — dont elle se réclame — est le gouvernement dès élites pat le3

Directeur la voit s'approcher ainsi lentement et songe qu'il ne pourra éviter cette femme déjà célèbre, dont il redoute un peu l'esprit, lorsqu'il est tiré d'embarras parla venue, plus rapide, de deux femmeà qui traversent leS salons sans faire de fréquents arrêts comme M™« de Staël et parviennent ainsi avant elle auprès de Barras.

« L'une de ces femmes n'avait pour coiffure que ses beaux « cheveux noirS bouclés ëtitour de sa tête, mais point du tout « pendants, seuUraent boucle:» à la manière antique comme « les bustes qu'on voit au Vatican, cette coiffure allait admira- « blement au genre de beauté parfaite et régulière de cette (( femme : elle eticadrait comme d'une bordure d'ébène, son col « rond et poli comrhe l'ivoit-é, son beau visage d'un blanc « animé sans couleurs apparentes, un vrai teint de Cadix. « Elle n'avait pour parure qu'une robe de mousseline très àm- « pie tombant à longs et larges plis autour d'elle, et faite sur « le modèle d'une tUnique de statue grecque. Seulement, la « robe faite en France en 1798 était d'une belle mousseline « des Tndes et faite plus élégamment sans doute que par la « couturière d'Aspasie où de Poppée. Elle drapait sur la poi- « trine, et les manches étaient rattachées sur le bras par des « boutons en camées antiques, sur les épaules, à la ceinture, « étaient de mêmes camées. Cette femme n'avait pas de gdnts. « A l'un de ses bras, qui auraient pu servir de modèle pour la « plus belle des statues de Canova, elle portait un serpent « d'or émaillé de noir, dont la tête était faite d'une superbe a émeraude taillée comme la tête du reptile, elle portait un « magnifique châle de cachemire, luxe encore très rare en « France à cette époque, et faisait tourner ce châle autour « d'elle avec une grâce inimitable à laquelle elle mettait une « grande coquetterie, carie rouge pourpré de l'étoffe indienne « faisait ressortir l'éclatante blancheur de ses épaules et de « ses bras... Quand elle souriait; ce qu'elle faisait gracieu- « sèment pour répondre aux révérences multipliées qu'elle

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