‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 23 sur 48 · LA BEI.I.E TALI/IEN · texte numérisé non relu

LA BEI.I.E TALI/IEN

inférieurs, ce n'est pas dans un inaccessible Olympe qu'elle trône, mais aux carrefours où le public s'étale. C'est l'Aphrodite du peuple.

Appuyant sa belle main — sa petite main — sut l'épaule de Barras, qui passe tin bras autour de sa taille quasi-nue, elle traverse les foules des réceptions du Luxembourg sans aucun souci de savoir si elle y rencontrera son mari. Son cynisme s'éploie dans une quiétude superbe. Elle se sent forte de tous les désirs qu'elle allume, de toutes les convoitises qui surgissent à sa vue.

Inutile de chercher qui ellfe aime pendant ces quatre années de gloire aphrodisiaque {1796 à] 1800). Gomme Adonis, elle n'a d'amour que pour sa beauté. I^es autres... évidemment elle s'est prêtée... le Contester n'est pas dans sa pensée; mais comment veut-on qu'elle ait gardé le souvenir... se rappelle-t-on le lendemain l'appétit de la veille, s'il n'a pas été extraordinaire... et encore !

Que fait-elle pendant ces quatre ans de règne? — Rien; mais ce n'est pas de l'oisiveté. Sa vie est un surmenage qui témoigne de la résistance admirable de

« recevait, elle montrait deux rangs de perles brillantes qui c devaient faire bien des jàlcitisés.;. L'autre feiiiiîiè était belle « aussi, elle était grande... mais moins gracieuse qu'il aurait H fallu l'être, peut-être, pour plaire avec cette taille et ce maini tien de Minerve, cbmpliirieiit que les flatteurs faisaient à là « seconde grande femme, et qui eii vérité ne lui allait guère) « de toutes manières. Ces deux femmes étaient M™» Tallien « et M"" Ghâteau-Regnault. b {Histoire des salons tU Paris, par là DucHESsè ii'ÀBRAhtès, pp. 142^ 14S.)

son organisme. Seulement, l'activité qu'elle dépense est totalement stérile... elle ne lui laisse — par accident — que des enfants, ceux dont Tallien, malgré lui, est légalement le père; heureuse simplification, car la belle Thérésia serait fort embarrassée de leur désigner un auteur certain.

Rien n'est donc à la fois plus mystérieux et plus connu que la vie de la belle Tallien, du commencement du Directoire au Consulat, mais les mystères qu'elle renferme à cette époque sont des secrets d'alcôve et de cabinets de toilette dont les étiquettes ne modifient point l'uniformité animalesque et qui se composent invariablement des mêmes gestes, des mêmes soupirs, des mêmes ablutions... il vaut mieux les rayer tous d'un trait que de les rechercher, car il serait plus fastidieux de les décrire que de publier les menus des centaines de grands dîners qu'elle a mangés pendant la même période.

I^e reste — le principal de ces quatre ans de règne pour Thérésia — se trouve dans les mille gazettes, journaux, pamphlets, souvenirs et mémorials du temps. I/CS frères Edmond et Jules de Concourt, Arsène Houssaye — avec plus de réserves — Turquan — avec moins de ménagements — en ont fait des récoltes fort incomplètes, mais qui ne gagneraient pas à être plus étendues; nous croyons préférable de les résumer en quelques pages.

Dans leur étude sur la Société française pendant le

M. anonyme Cal), lies Estampes

Page 1