FOUCHÉ
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Directoire — à tout seigneur tout honneur — les frères de Concourt commencent par un éloge des séductions de la belle Tallien, de ses grâces, de ses élégances. Ils rapportent à son influence le retour en France des choses agréables et artistiques, de la gaîté, du goût... etc. L'accès de féminisme qu'ils empruntent à la légende de la belle Tallien, dans ce qu'elle a de plus favorable à cette séductrice, réconcilierait un poète avec elle en dépit des vilains dessous psychologiques de cette Circée.
Quelles pages exquises dans ce début ! Qu'il serait regrettable que les Concourt n'eussent pas donné quelque entorse à la Vérité pour nous laisser un aussi délicieux portrait de Thérésia.
Mais, cette image admirée, il faut, hélas ! revenir à l'implacable analyse historique et reconnaître que la véritable M"^® Tallien ne mérite pas de personnifier ainsi le réveil de la France après le cauchemar de la Terreur.
Tout d'abord, on serait loin de la réalité en s'imagînant que le pays entier dansait autour de la belle favorite de Barras. Les critiques acerbes, lancées comme des coups de sifflet stridents au travers du concert de ses louanges, sufiiraient pour démontrer que les cascades perlées de ses éclats de rire n'étaient point contagieuses au delà du cercle étroit de ses admirateurs-soupirants.
La France ne revint à la vie que peu à peu, lente- If
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ment; d'abord sous le Consulat; puis sous le premier Empire. Elle était trop épuisée par la Révolution pour s'associer aux folies scandaleuses du Directoire, aux délires de vanité des débuts du règne de Napoléon P'.
En prélevant sur l'étranger des biens immenses, l'Empereur s'efforça de reconstituer cette lamentable anémie; il hâta sa convalescence. Mais elle n'avait réparé qu'une partie de ses pertes lorsque le « Conquistador », qui l'avait arrachée à la République, s'abattit à Saint-Hélène. Sous le Directoire, ce n'est donc pas la France qui renaît à la joie, au plaisir, qui danse et festoie, c'est une poignée de parvenus où les ruffiants dominent et parmi lesquels sont rares les honnêtes gens; rares aussi les familles aristocratiques de bonne souche.
Seule, la jeunesse, parce que sa surabondance de vitalité l'oblige aux exubérances, participe un peu, et à Paris seulement, aux saturnales directoriales.
Aucune M^^ Tallien ne surgit à Lyon, à Marseille ou ailleurs. Au Nord et au Midi comme au centre, à l'Est comme à l'Ouest, le pays reste morne... et le sera longtemps»
A Paris même, après le cri de délivrance général poussé en thermidor de l'an II, la population est retombée dans une tristesse que les fêtes du Directoire ne dissipent point, mais qu'elles accentuent, au contraire, par le scandaleux contraste qu'elles forment avec la misère pubUque.
Enfin, Ton n'est pas autorisé à rapporter tous les sourires de la cour du Directoire, toutes les félicités malsaines, et surtout apparentes, de cette caricature d'aristocratie — dont un égoïsme féroce est la caractéristique dominante — à une femme aussi nulle que la belle Tallien, lorsque tant d'autres de ses rivales auraient tenu sa place si elles avaient eu le cynisme ou l'inconscience qui furent les seules raisons de sa vulgaire prédominance pendant quelques années»
Le règne de la belle Tallien tient, du reste, bien moins à ses effronteries enfantines qu'à la permanence du Pouvoir laissé à Barras dans le Directoire.
Ce douteux rejeton d'ime vieille souche aristocratique ayant trouvé drôle d'avilir le nom dont il se pare en se faisant chef de truands, convient à la canaille républicaine de la fin du xvm® siècle parce que son ignominie garantit le libre exercice de vols et de crimes des bandits qui l'entourent. Son écu, tr^é dans la fange, les rallie et les couvre.
En conséquence, ils le maintiennent sur son siège directorial. Ils lui passent la crapuleuse perversité qu'il étale sur son titre comme en dérision de cet héritage ancestral» Ils lui tolèrent les incongruités indécentes avec lesquelles Thérésia l'amuse en se prenant au sérieux lorsqu'elle parodie les favorites du ci-devant régime, comme son ci-devant premier mari parodiait les grâces des petits-maîtres en improvisaUt marquisat sa bicoque de Fontenay-aux- Roses*
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Il faut savoir que le flibustier provençal, campe au palais gouvernemental du Luxembourg, rira plus tard aux larmes en racontant lui-même comment il s'est débarrassé du ruineux entretien de la belle Tallien, en obligeant Ouvrard à l'entretenir, pour bien concevoir la mentalité de ce coquin.
A l'entrepreneur de fournitures militaires qui vole chaque année des millions à la nation française, en faisant livrer aux armées des vivres, des vêtements,. des fusils, des canons, des boulets inutilisables, et qui tue plus de nos soldats que l'ennemi, par ses approvisionnements infâmes, il impose la charge de tous les gaspillages de la Cabarrus-Fontenay-Tallien comme condition sine qua non des nouveaux marchés qu'il sollicite. Et pour qu'il ne puisse lésiner sur l'entretien de la belle, il exige que le financier l'affiche comme sa maîtresse. Elle marquera, par ses dépenses, l'étiage de ses libéralités; elle donnera, par son luxe, un témoignage de sa fortune; il ne pourra restreindre ses fantaisies sans porter lui-même atteinte à son crédit financier.
I^ Directeur est d'ailleurs bon prince, la jalousie n'est pas son défaut, il permettra qu' Ouvrard « se rembourse sur la bête » pourvu qu'il ne la lui abîme pas.
Inventer, exécuter un tel marché de prostitution aux dépens des armées et de la nation , puis en rire en le racontant comme tme excellente farce, cela peint
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de pied en cape le personnage. Voilà ce qu'il est, en 1798- 1799, lorsqu'il flaire le danger de pourvoir trop ouvertement aux gaspillages de la « fille reine » du I/Uxembourg avec les fonds secrets du Directoire.
Édifié par ces procédés sur la moralité de ce sujet renégat, on imagine aisément le plaisir qu'il dut prendre à l'ordonnance de la réception solennelle réservée à Junot et Murât, les envoyés de Bonaparte vainqueur de l'Italie.
Entravé dans ses opérations militaires par mille difficultés sur lesquelles brochaient l'insuffisance et l'exécrable nature des fournitures des armées faites par les Ouvrards, le général en chef de l'armée d'Italie a triomphé de tous les obstacles, mais en extrayant des territoires conquis les approvisionnements dont il était dépourvu.
Sous la pression de la nécessité, il a préludé par cette initiative hardie aux usurpations de pouvoir qui le conduiront bientôt au Consulat et à l'Empire. « Il a « rançonné les souverains et les républiques aristo- « cratiques de l'Italie pour payer, nourrir, habiller, « équiper son armée au moyen de contributions en a nature et en argent levées sur les pays qu'il « occupait ou imposées aux princes qui traitaient avec « lui (i). »
C'est ainsi que, par manière de représailles et pour
(1) CoRRÉARD : Le Directoire^ p. 433.
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marquer au Directoire, dans une forme acceptable, le souverain mépris qu'il a déjà pour ce gouvernement républicain, il lui envoie par ses aides de camp, Junot et Murât les nombreux trophées de drapeaux enlevés à l'ennemi avec des charretées d'objets d'arts, d'objets précieux, et l'amas métallique des millions de numéraire qu'il arracha aux vaincus. Mais ces dépouilles césa» riennes sont escortées par des héros en guenilles afin que Paris, que le Directoire surtout, rougisse du dénuement des vainqueurs — et passe l'éponge sur les millions employés sur place par le conquérant.
Barras accepte sans broncher des dépouilles si bonnes à prendre, quel que soit l'affront du cortège qui les apporte. Il ordonne une réception somptueuse au Luxembourg, mais, devant les troupes et la population parisienne, il fait défiler le niais Junot, étincelant dans un admirable costume de hussard, Junot encadré par ses deux maîtresses Joséphine et Thérésia, demi-nues (i), auxquelles le jeune officier donne ses
(1) C'est le moment où la mode des costumes antiques permet les plus audacieux déshabillés,
f Les artistes, les gens de lettres, dit M»» d'Abrantès, ne « parlaient, ne rêvaient que république. On voyait des jeunes « gens, habillé» tout à fait à la grecque, comme je l'ai déjà « dit, et marchant gravement enveloppés dans leur toge blançhç « bordée de rouge, s'arrêter sous un des guichets du Louvre, « discourir sous ce portique des intérêts sérieux do l'Etat. Ils « ne riaient pas, tenaient leur menton d'une main, saluaient « en hâchant la tête, et tâchaient enfin de jouer les vieux « Romains, même les jeunes, le mieux qu'ils pouvaient. Et ne
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deux bras, Tune parce qu'elle est M.^^ Bonaparte, l'autre parce qu'elle est notoirement l'intériniaire ;^rae Barras. Ainsi, l'on acclamera la gloire de Bonaparte entre le cynisme et la licence directoriale : n'est-ce pas une plaisante chose?
Barras est le « poteau » qui soutient alors Tex»
«( croyei! pas qu'ils étaient seulement deux ou trois jçunes fous, « ils étaient trois cents au moins,
« Mais le parti républicain n'était pas le seul à l'époque « des 1" et 2 prairial et même au 13 vendémiaire, il y avait « à Paris une foule de jeunes gens de bonnes familles qui « avaient pris de leur côté un costume à eux. C'était une « redingote grise avec un collet noir, une cravate noire oii a vertç, les cheveux en orçilles de chien, relevés çn cadenettes, « de la poudre et un gros rondin à la main. Ce costume était « celui des clichyens surtout. Au manège ou à la société de a la rue du Bac, un porteur de cadenettes eût été assommé, « et plus d'un exemple l'a prouvé. Quant au grec postiche, il « était en sûreté. On se contentait de lui rire au nez. {Mémoires * de la DUCHESSE d'Abrantès, pp. 404-405.)
« Les femmes, les merveilleuses, étaient tout aussi ridicules, « si même elles ne l'étaient plus encore. Coiffées à la grecque, « habillées à la grecque, mais à leur manière, elles suivaient les (n, modes (à leur façon) de l'an 400 avant Jésus-Christ, tout en « minaudent à la manière de 1798, la plus mauvaise de toutes. « M™» Tallien et quelques autres femmes seulement, sui- « valent la mode selon la belle antiquité grecque tout en obser- « vaut le bon goût français, et adaptant ce costume gracieux « à des formes pures et antiques. La coiffure elle-même subit «' un changement : les cheveux furent coupés, les femmes « se coiffèrent ainsi d'après M»^* Tallien dont la tête p^ar- « faitement moulée et bien attachée sur les épaules, conve- « nait merveilleusement à cette coiffure, mais en revanche, il « y en avait qui, en vérité, n'offraient, comme encore aujour- « d'hui, que des modèles de caricatures, [Histoire des salçns « de Paris, par la duchesse d'AqrantèS;, pp. 2^8-229,)
« Notre-Dame de Bon-Secours ». Mais les femmes de la halle, qui ne sont pourtant pas « bégueules » et qui assistent derrière les haies de soldats à cette inqualifiable profanation du sang versé par leurs enfants, ne savourent point la « galéjade en action » du « vicomte à l'ail » : elles ne crient plus « vive Notre-Dame de Thermidor ! » elles glapissent « A bas Notre-Dame de Septembre ! * afin de cracher leur mépris au visage de la belle Tallien (i).
Dès que Barras disparaît, Thérésîa s'effondre en dépit de l'or dont l'étaye Ouvrard. Cette chute brusque et complète réduit à leurs proportions véritables la gloire et les mérites de la « fille reine » du Directoire.
A présent, pour mieux apprécier comment on juge Thérésia en nous reportant aux documents du temps, jetons avec les frères de Concourt un coup d'œil sur les Gazettes pubHées de 1795 à 1798.
L'an V les Rapsodies, cruelles, « démentent bruyamment le prétendu écriteau attaché par un royaliste « à pa-ole nu-mé-ai-e » au bas du costume romain de la citoyenne Tallien : Respect aux propriétés nationales.
La Petite Poste publie la réplique d'un autre frondeur « attaché aux pas de W^^ Tallien qui lui demande : « Qu'avez- vous, monsieur, à me considérer? — Je ne
(1) Voir les Mémoires de la duchessb d'Abrantês, t. II. — Na^ jpoléon et les Femmes^ par F. Masson.
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« VOUS considère pas, madame, j'examine les diamants « la couronne. »
Un pamphlet qui lui reproche « ses diamants aux pattes de devant, ses diamants aux pattes de derrière », l'appelle la plus grande p... de Paris.
Mais laissons les Gazettes, les pamphlets, parcourons les correspondances, les mémoires.
Mallet du Pan, dans ses correspondances avec la Cour de Vienne, exprime le plus profond mépris pour la cour de Barras, les femmes qui l'ornent, et notamment pour M°^6 TaUien, disant que c'est une « coquine (i) ».
A la fois monarchiste et huguenot, il ne saurait être bien tendre pour la maîtresse licencieuse du pire des Directeurs.
Voyons donc dans le Directoire même l'opinion d'un des républicains régicides, commensaux de Thérésia. lyarévellière-Lépeaux écrit en ses mémoires que Barras au lyuxembourg n'est entouré que de bandits et de catins, il qualifie de « crapuleuse » sa société féminine et masculine, il affirme que son collègue avouait avoir fait de ses logis au Palais des Directeurs une maison publique de débauche (2).
ly' auteur des Mémoires d'une inconnue dit qu'une jeune femme honnête ne peut y paraître sans être compromise.
(1) Mallet du Pan: Correspondances, t. II, p. 319.
(2) Larévkllière-Lépaux : Mémoires ^ t. I, p. 339.
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Or, tous les jours, la belle TalHen se montre au Luxembourg, chez Barras. Elle préside presque tous ses déjeuners intimes. Elle est de toutes ses réceptions, de toutes ses fêtes, aflUchant sa liaison avec lea vicomte j> par ses propos, ses gestes, ses attitudes abandonnées et la façon dont elle affecte d'être là chez elle, d'y donner audience dans tous les coins en des aparté d'un « laisser-aller » qui scandalise les provinciaux et les étrangers.
Entre temps, elle parade à T « hôtel Thélusson (i) »,
(1) Dans son Histoire des Salons de Paris, au chapitre « Bal des victimes » (t. III, pp. 94 à 96), la duchesse d'Abrantès écrit ;
« Lorsqu'il fut reconnu qu'il n'y aurait pas encore de long- « temps de maisons particulières où l'on recevrait, alors les « jeunes gens les plus à la mode parmi les incroyables, les « femmes les plus élégantes parmi les merveilleuses, décidèrent « qu'on danserait dans les bals publics où toute la bonne « compagnie allant en masse, elle ne serait pas exposée à ren- « contrer des personnes étrangères à elle. La chose arrêtée, on « choisit un local, le premier fut l'hôtel de Richelieu, au bout « de la rue Louis-le-Grand : on l'appela pour cette raison le « bal Richelieu. Plu^ tard, on fit un bal de l'hôtel de Théjus- « son (1), rue de Provence, et le bal reçut également le nom « de bal Thélusson.
« Mais ce fut le premier qui reçut une seconde dénomina- « tion bien étrange 1 on l'appela le bal des victimes ! et voici « l'origine de ce nom :
« Au moment où la France en deuil se voyait décimée « chaque jour, la plupart des femmes en prison, voulant sauce ver le trésor de leur chevelure pour le léguer à ceux qu'elles
(i) ly'hôtel Thélusson n'existe plus... il était en face de la rue Céruttl, aujourd'hui rue I,aifitte... Murât l'acheta lorsqu'il se maria, c'est-à-dire deux ans après... il avait pour portail ime inimense ^cade de mauvais goût.
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au (( Cercle des étrangers », au « pavillon de Hanovre », à (( l'Elysée », chez « Idalie », chez « Biron », à « Monceaux », à « Tivoli » et ses compagnes sont des beautés
V aimaient, avaient pris le parti dç les couper çHes-rnêmes...^ « avant môme que le bourreau n'y eût droit.., Lorsqu'elles « sortirent de prison ensuite, ces jeunes femmes, elles se « trouvèrent avec des cheveux courts, et la première d'elles « toutes était M"? Tallien, Comme elle était parfaitement « belle et que cette coiffure lui allait bien, elle la garda. Mais « c» fut autre chose avec des femmes qui n'avaient pour elles « que des cheveux coupés...
« On trouve un moyen terme : ce fut d'en faire une mode « générale. On appela cela galamment une coifTure à la vic- « time!,..
« ... Ce bal des victimes était, malgré ce que je viens de dire, « un fort beau bal, mais avec le grand inconvénient d'une ({ fête donnée sans maîtresse de maison. Il y avait du froid, « et pourtant on devait craindre la licence dans un lieu où « nul frein n'était apporté pour réprimer un excès.
« C'est à cette même époque du bal des victimes (1795) « que M»"' Tallien était dans le plus beau moment de ses « triomphes, la rare perfection de sa personne avait reçu un « complément tellement parfait, qu'en vérité, une femme aussi « belle est une merveille de la création que Dieu doit rarement « donner à la teri^. C'était elle qui protégeait aussi la coiffure « àjla victime parce qu'elle lui seyait miraculeusement. Quant « à la contredanse, elle ne s'en mêlait pas : je ne l'ai jamais « vue danser. Et pourtant si elle était grande, elle ne l'était « pas trop pour danser, et, au moment où je parle (c'est-à- « dire dont je parle), elle était svelte comme une biche et « parfaitement élégante. Une seule fois je lui vis danser une « anglaise, ou plutôt la marcher... chez elle, à la Chaumière « de Chaillot, elle recevait du monde, mais sans donner de « bals. On y jouait très gros jeu, on y soupait, on dînait, et « voilà comment la vie se passait. » {Les Salons de Paris par la duchesse d'Abrantès, t. III, pp. 99 et 100.)
La duchesse d'Abrantès dit n'avoir vu danser Thérésia qu'une seule fois et elle en conclut qu'elle ne dansait
réputées faciles ou même libidineuses, comme la perverse Hamelin (i) dont l'esprit réel dériderait Mallet
pas, mais ce jugement est inexact car nombre d'autres témoignages attestent le contraire. Avant son mariage avec M. de Fon- • tenay, puis jusqu'à son départ pour Bordeaux pendant la Terreur et plus tard sous le Directoire, au Luxembourg, elle dansa beaucoup et fut môme très admirée pour la grâce voluptueuse qu'elle déployait dans cet exercice si propre à lui valoir des hommages et des adorations avantageuses. Mais il est fort possible qu'elle n'ait guère dansé au bal Thélusson.
A propos du bal Thélusson dans ses Mémoires (pp. 366- 367), la duchesse d'Abrantès glisse cet autre portrait de M«* Tallien :
« Cette femme était d'une taille au-dessus de la moyenne. « Mais une harmonie parfaite dans toute sa personne empê- « chait de s'apercevoir de l'inconvénient des trop hautes sta- « tures. C'était la Vénus du Capitole, mais plus belle encore « que l'œuvre de Phidias, car on y retrouvait la môme pureté 0 de traits, la môme perfection dans les bras, les mains, les « pieds, et tout cela animé par une expression bienveillante, « une réflexion du miroir magique de l'âme, qui disait tout « 6« qu'il y avait dans cette âme, et c'était de la bonté. Sa « parure ne contribuait pas à ajouter à sa beauté, car elle « avait une simple robe de mousseline des Indes, drapée à « l'antique et rattachée sur les épaules avec deux camées. « Une ceinture d'or serrait sa taille et était également fermée « par un camée, un large bracelet d'or arrêtait et fixait sa « manche fort au-dessus du coude. Ses cheveux d'un noir de « velours, étaient courts et frisés tout autour de la tête, cette c coiffure s'appelait alors à la Titus, sur ses blanches et belles « épaules était un superbe châle de cachemire rouge, parure « à cette époque fort rare encore et fort recherchée. Elle le « drapait autour d'elle d'une manière toujours gracieuse et « pittoresque, formant ainsi le plus ravissant tableau. »
(1) Parlant de la rue Blanche et de la résidence galante qu'y ,>ossédait le maréchal de Richelieu comme supplément de son .ameux « pavillon de Hanovre », Lefeuve (dans son Histoire
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du Pan avec des effronteries pornograpliîqu^s à faire rougir Barras lui-même.
Thérésia ne participe point à ces saillies plus que « gauloises ». I^e duc de Raguse, qui l'admire, constate que son intelligence limitée (i) ne lui permettrait pas la répartie, mais tandis que la troublante Hamelin parle et fait les gestes obscènes à l'occasion, Thérésia étale ses nudités excitantes, elle répand ses sourires prometteurs, elle attire avec le rire mélodieux dont elle n'est pas avare parce qu'il entr'ouvre le rouge écrin de ses lèvres sensuelles pour montrer les deux rangées de perles menues qu'il contient.
Aucune conspiration, aucune participation ni aux réunions du parti monarchique, ni à celles des répu-
des rues ie PariSy t. ï, p. 455) signale dans cette résidence du maréchal, un pavillon dont le jardin ouvrait rue Blanche qui appartint sous le Directoire k M"» Hamelin. 11 s'exprime au sujet de celle-ci en ces termes : « ...belle créole, grande et « brune, gracieuse et spirituelle comme sa mère, M"* Lace grave, et locataire un peu plus tard du château du parc de a Raincy. M""* Hamelin ne se contentait pas de briller comme « valseuse, c'était la valse personnifiée, et Trémisse faisait « sa partie à ce jeu-là, dans les salons, lui qui eut aussi l'hon- « ne«ur d'être le cavalier de la reine Hortense. Cour au petit « pied que son hôtel, et brillante bien que provisoire, comme « rétait le Gouvernement ! Cette beauté du Directoire n'a pas « manqué d'approcher Bonaparte, elle a joué un rôle politique « rien qu'à recevoir les hommages de Montholon de Perregaud, a d'Ouvrard, de Moreau et d'autres personnages tellement « engagés dans les partis ou dans les grandes affaires du « moment, et si nombreux qu'il n'est pas étonnant qu'on l'ait « souvent accusée de cruauté l »
(1) Duc DE Raguse, t. I.
blicaîîis, ne la tient en souci. Quelques rares recommandations de protégés l'occupent de ci de là ; rieil de plus. On devine que Barras ne permet pas à sa favorite en titre d'essayer de jouer auprès de lui la comédie de « Notre-Dame de Bon-Secours »; qu'il lui interdit a fortiori de se mêler de politique... si toutefois elle y songe, car on la voit trop absorbée par ses coquet* teries et ses vanités de a beauté professionnelle » pour avoir le temps d'y songer.
Son seul souci, après celui de plaire, doit être de conserver sa place dans la Cour luxembourgeoise. Pour cela elle s'applique tiniquement à garder la prédominence dans les circonstances où ses succès sont flatteurs pour le Directeur et, fort complaisante, elle excuse les infidélités qu'il lui fait à chaque instant et qu'il lui raconte en daubant le premier sur ses éphémères conquêtes.
L'insipide banalité de cette partie de la vie de Thérésia, qui se prolonge de"i795-i796 à 1800, n'a laissé de trace que dans la mémoire de ceux qui l'ont connue à cette époque. Mais les impressions qu'ils nous en ont transmises se réduisent aux descriptions peu variées de la beauté de W^^ Tallien, de l'excentricité et de rindécence de ses toilettes ou plutôt de ses déshabillés et de l'impudence de sa conduite.
Il résulte de l'uniformité des jugements portés sur elle qu'ime inconscience complète lui donne la sérénité qu'elle montre. Il est probable que les adulations
incessantes et presque insensées dont elle a été enveloppée depuis son enfance ont fini par lui donner la conviction qu'elle est un être à part, et que sa beauté qui domine tout, lui permet tout.
Que pense, dit, ou fait Tallien pendant ces quatre années? Rien d'apparent.
Au Conseil des Cinq-Cents, dont il est membre depuis qu'on Ta créé, il ne montre aucune initiative, et sa nullité l'explique : quelles vues pourrait avoir cet ignorant paresseux ? Il n'est capable que d'intrigues et de coups de main pour le compte d' autrui. Or, nul n*a souci de l'employer; on s'écarte au contraire de sa personne, à la fois méprisée et compromettante. Si Ton a quelques contacts avec lui, ce sont des contacts d'affaires et les seules, suivies, qu'il traitera seront celles que nous avons signalées déjà : les affaires de la Compagnie Ouen, dans lesquelles il est sans doute entré par Fouché et par Real, le protecteur de M°^® de Chastenay (i).
(1) M-« de Chasienay, quî ressemble fort à M^ de Genlis — qu'elle connut d'ailleurs et qui fit un peu son éducation — fut très liée avec Real et connut beaucoup divers personnages de la Révolution et du Directoire tels que Fouché, Sotin, Barras, etc..
Elle suivait les réceptions du Palais du Luxembourg, sans toutefois se compromettre en des liaisons intimes avec les
H:i revanche, de 1796 à 1798, tantôt seul, tantôt avec Barras, il continue à poursuivre des tentatives de conspirations monarchiques.
I^e Directeur oscille entre le parti des Princes et les irréconciliables révolutionnaires qui gardent les traditions républicaines de 1793, jusqu'au moment où il est dévoré par 1' « ogre corse » qu'il a trop appelé à son aide (1799).
Dans ces fluctuations, Tallien est d'accord au début avec Barras pour rêver une restauration monarchique et son faible crédit auprès des Princes s'augmente de son entente avec le Directeur (i).
femmes de la Cour directoriale. Aucune intrigue «onnue n*a terni sa réputation, mais elle a trop vécu dans ce monde, si démoralisé, si licencieux, pour ne pas rester suspecte dans une certaine mesure. Les sollicitations incessantes dont elle accablait tous ceux qui pouvaient l'aider et servir ses amis ou ses parents, démontrent qu'elle joua sous le Directoire et le Consulat un rôle d'intrigante qui explique ses indulgences excessives pour tous les potentats de la Révolution.
Il est impossible, en conséquence de s'en rapporter à c« qu'elle dit des personnes dont elle fut tant l'obligée, — pour le moins. Ses intérêts, toujours en cause, enlèvent toute valeur à ses Souvenirs.
(1) Le 20 février 1796, Mallet du Pan écrit au comte de Sainte-Aldegonde, agent du comte d'Artois :
« Tallien n'est nullement brouillé avec sa femme, comme « l'ont répandu nos bulletinistes de l'émigration. Elle lui a « procuré les premières relations en Espagne : il a été l'en- « tremetteur de la paix, il vient de faire rétablir son beau- « père, Cabarrus, dans tous ses honneurs, emplois, bisns, « môme avec d'énormes indemnités. Il a une correspondance « régulière et intime avec le duc d'Alcudia. Ce dernier lui à
Musée Carnavalet
Madame TALLIEN par Gérard
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Mais, Tamant de sa femme n'a qu'une médiocre confiance dans les chances de la Restauration. Il finit par adopter les vues plus subtiles de Fouché et Sieyês,
« annoncé, au milieu du mois dernier, la réintégration de « son beau-père par une lettre pleine de flagorneries et de « protestations d'amitié. Tallien l'a lue à deux cents per- « sonnes : un de mes correspondants l'a vue en original. Eh « bien ! mon cher comte, Tallien a imaginé et proposé de « donner la couronne à un infant. Pour suivre cette entreprise, « il a voulu faire nommer un agent à lui au consulat de « Cadix; Rewbell, qui le déteste et le craint, l'a refusé, et « « nommé un certain Roxantes que Tallien a circonvenu en « tous sens pour l'engager à se démettre. N'y ayant pas « réussi, il a demandé pour lui-même cette place, autre refus, o inde irce, et brouillerie dans le Directoire, où Barras et « Letourneur sont las affidés de Tallien. »
Mallet du Pan termine sa lettre en disant:
« C'est pourquoi je répète encore que les royalistes ont été « des sots de ne pas s'attacher Tallien et sept ou huit autres, f, qui leur auraient été plus utiles que les Clerfayt et la « Vendée, » {Mémoires et correspondances, t. II, pp. 213-214.)
A la même date (20 février 1796), Mallet du Pan écrit à l'Empereur d'Autriche :
« J'ai eu l'honneur de peindre à Sa Majesté les thermi- « doriens, dont Tallien est le chef, comme des hommes « perdus, indifférents à tout système de gouvernement répu- « blicain ou monarchique, faisant de la Révolution un trafic, « et cherchant à tout prix leur sûreté, leur domination et (f leur fortune. Ne voyant dans le régime républicain que des « alternatives de massacres, par des factions tantôt victo- « rieuses, tantôt vaincues, ils en feraient sortir la France s'ils « pouvaient trouver un monarque à leur dévotion, de leur (( choix et reconnaissant de ce bienfait, usurpateur de la cou- < ronne sur son légitime possesseur, et par conséquent dans « leur dépendance intéressé comme eux à maintenir le nouvel « ordre de choses qu'ils institueraient. » (Suit l'histoire de rintrigue de Tallien avec le duc d'Alcudia.)
L'historien juge très sainement la situation, mais on l'a
âj^4 R^INB DU DïRÈCTOiRlEt
qui îi^ônt foi que dans « là force année », et cherchent le général-dupe qui fera leur jeu, pendant que Boniapâtte se prépare à les mater tous, en ayant l'habileté de ne point leur porter trop ombrage.
TaUiea voit donc ses « complaisances maritales » Vâinéâ, puisque Batrâô l'abandonne de plus en plus.
I<e coup d'État du i8 fructidor (4 septembre 1797) provoqué par llmprUdence des monarchistes chantant presque victoire avant d'avoir combattu, oblige l'ancien Septembriseur à modérer ses complots. Enfin sâ double élection de l'an VI, deux fois annulée, le met définitivement à bas. Sa carrière politique est terminée*
Sur sa vie privée pendant la même période, leè documents font défaut. I^es auteurs qui ont parlé du ménage Tallien se sont bomèâ â quelques appréciations générales assez vagues
Àprèâ avoir beaucoup insisté sUr rêtroité union du terroriste et de Thérésia par une aveugle adoption de la légende du 9 thermidor de l'an îï, il donnent cette
fhal renseigné en lui donnant Tallîen comme le chef des thermidoriens. C'est le terroriste qui se prête cette importance dans ses discours. En réalité, il ne vient qu'après Barras, domine lui-même par Fouché.
Dans la même lettre, Malïet du Pan dit du Directeur : « Ce Barras, véritable flibustier, a la direction de la sûreté « de Paris, et tient dans sa main tous les coupe-jarrets, les « septembriseurs, les cgorgcurs de la République» lui et « Letourneur tiennent des conciliabules secrets avec Tallica « dans une maison de campagne à Montrouge, près de Parit. » {^Mémoires et éorrespondances^ t. Il, pp. 218-219.)
pâssîôn réciproque comme une flambée éteinte peu après le mariage des deux amantâ*
n est trop évident en effets dès le milieu ôe 1795, (jue là belle l'allien n'aime pas son mari et ^&'U. est te moindre de des soucis.
Mais ceux qui montrent le Septembriseur comme un homme toujours épris, persistant à aimer sa femme, exposent une Conception qu'aucun fait n'autorise tt qui ne s'accorde point avec le caractère^ la psychologie, le tempérament et la vanité de Tallien.
Un seul document^ une lettre adressée d'Egypte à Thérésia par Tex-terrorlste, a» dans ses termes, quelques expressions qui pourraient légitimer cette hypothèse à première vue. Nous Texaminerons lors^ qu'elle arrivera chronologiquement dans les événements et l'on verra qu'il suffisait de l'analyser avec ëoift pour ne pas tomber dans l'erreur de conception d'un Tallien encore amoureux de sa femme en 1798.
I^'amour n'a jamais existé entre eux; En épousant «( Notre-Dame de Thermidor » à la fin de Ï794, le faux tombeur de Robespierre avait fait <t une affaire )»* II reconnut avant la fin de 1795 l'inanité de cette « combinaison » mais un divorce n'aurait pas réparé soû erreur, il dissimula son dépit.
On peut supposer que jusqu'au 9 thermidof dèFân m il garde encore un peu de prestige aux yeux de Thérésia. Mais après son triomphé si factice à la Convention, AU retour de Quiberon, il ne fait plus illusion à sa femme;
ayê REINE DU DIRECTOIRB
elle n'espère plus rien de lui, elle se lance effrontément dans la galanterie.
Si sa conduite est alors scandale public, on ignore, en revanche, ce qui se passe et se dit entre les époux, attendu qu'ils n'ont ni l'un ni l'autre à s'en vanter. Mais il n'est pas impossible de l'imaginer; la déduction logique donne à cet égard des présomptions très fortes que tous les faits annexes concourent à corroborer.
Tallien n'ignore pas les galanteries de sa femme puisqu'elles sont connues de tout le monde, puisque les journaux s'en moquent ou les censurent avec âpreté.
Aimant Thérésia, il est indéniable qu'il ne tolérerait, pas ce scandale. lyC fait de le supporter prouve de la façon la plus absolue qu'il ne l'aime pas.
L'amour est un sentiment noble qtii comporte de la dignité. Or, Tallien ne provoque aucun des journalistes, pamphlétaires ou médisants qui traitent sa femme comme la dernière des filles; qui disent qu'elle est plus méprisable que « la prostituée de la rue du Pélican ou de la rue Jean-Saint-Denis ». Toutes les fois qu'on attaque M°^® Tallien, même publiquement, que ce soit en des gazettes immondes, que ce soit du haut de la tribune de la Convention, il laisse l'insulte sans vengeance, l'affront sans punition. Ce mari n'aime pas sa femme puisqu'il ne risque pas une blessure, pas une voie de fait, pour la défendre.
Il est lâche. Nous le savons. Cette lâcheté pourrait du moins lui permettre de morigéner Thérésia, de la
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quereller, de la corriger même. N'étant pas aimant, il pourrait être à la fois lâche et passionné. Mais la passion n'exclut pas la violence et ses conséquences, au contraire. Tallien n'est pas un gringalet tremblant devant une maritorne : c'est un grand gars bien musclé... et du reste, il a déjà fait sentir le poids de sa colère à Thérésia, puisque à Bordeaux, elle s'en est alitée et, toute dolente, contait cette mésaventure, en la gazant, à la marquise de Lage de Volude.
Tallien ne fait pas de scandale. Il n'a pas avec sa femme de ces disputes bruyantes, divertissement très estimé des serviteurs qui s'empressent d'en colporter les échos. Nul n'en sait jamais rien.
Mais l'excessive vanité du Septembriseur est pourtant au supplice, on ne saurait en douter. Nous avons, au siurplus, la preuve des mésintelligences que sa mauvaise humeur fait naître entre lui et Thérésia par une tentative de divorce de celle-ci qui date du commencement de 1797.
Petrus Durel, dans son étude sur Madame Tallien a publié, en effet, les pièces de ce début de procédure qu'il devait à M^ Ivaguerre, dont le père avait été attaché à l'étude de M® Dufour « homme de I^oi » auquel s'était adressé la belle Talhen en cette circonstance.
Il résmte de ces pièces que le 18 ventôse de Tan V (8 mars 1797), la citoyenne Thérésia Cabarrus, épouse de Jean-I^ambert Tallien, demeurant à Chaillot, rue
9fi Ttmm DU DHOÈCTOIRS
4es Gourdes, n^ I, près de la barrière de la ConférencQ, rédame le divorce contre son mari par l'entremisç du citoyen Dufour« homme de Loi», demeurant à Paris, K rue Montmartre, près de celle du Jour, n® 284 a.
« Que ladite citoyenne Cabarru», par suite de l'ex- (i ploit du huit de ce mois, signifié au citoyen Tallien « sous îeç réserves y portées et réitérant en tant que « de besoin les déclarations y contenues, provoque « par ces présentes son divorce d*aveQ ledit Jean*» K Lambert TalUen, actuellement son époux, pour « cause d'incompatibilité d'bumeur et de caractère, et « que pour composer l'assemblée des parents et amis « en pareil cas requis par la loi, elle nomme de son coté : « jp le citoyen Paulin Lalanne, demeurant à Paris, « îue Vi vienne, tiP 12, son oncle; a° Barthélémy Gabar? « rus, négociant, rue de la Révolution, n^ 27 (i), son « parent, 3^ k citoyen Jean-Baptiste Servat, demeu^ « r«nt à Paris, rue Meslée, n^ la, son ami, ce dernier « choisi faute de parents, lesquels en conséquence de la « ratification des présentes se réuniront le dix-neuf « du mois de germinal prochain à neuf heures du soir, « par-devant l'officier de l'état civil du premier arron-. « dissement municipal de Paris et en son bureau situé
(1) Le citoyen Barthélémy Cabarrus, oncle de Thérésia, mentionné <Jans cette piàce çammQ 4tant négociant, 37, ru§ de la Révolution, déposa spn bilan cinq ans plus tard, l'an X (1801-1802), nous dit Petrus Durel (Madame Tallien, p. 70), et mourm quelques «noée» pl^s tard.
Q maison X^atour, place Beauvau, pour y composer a ladite assemblée dç famille, protestant de faire rem- « placer cevP? ^'çntre eux qui ne s'y rendraient point, « à ce que du tout le citoyen Tallien n'ignore et ait K en conséquence à se trouver si bon lui semble à « ladite assemblée aux jours, lieu et heure susdit? et « y faire trouver trois au moins de ses parents ou amis ^( pour conjointement avec ceux ée la citoyenne « Cabarriis, composer l'assemblée présentement con- « voquée et j'ai à chacun des sus-nommés laissé copie « du présent. Signé : Barbier.
Enregistré à Paris, le i8 ventôse gn V (i).
Ainsi, deux ans et trois mois après son mariage, Thérésia faisait de nouveau si mauvais ménage avec Tallien qu'elle abandonnait leur domicile, la Çhanmièrâ, et faisait élection de domicile, pour une instance en divorce, chez M® Dufour, homme de I^oi.
Mais ce commencement de séparation légale n'eut pas de suite. Peu après, tme réconciliation provisoire se produisit entre les époujç et Von ne peut douter que les concessions furent faites par Tallien en pesant les termes de la lettre par laquelle M°^^ Tallien fait con-' naître cet essai de réconciliation provisoire à M^Dufour;
« iV 19 Chaumière, n* 1, rua 4ea Çourdes, sur Je Cours.
n Je suis de retour chez moi, monsieur. I^es instances
(1) Petrus Durbï. : Madame Tallien^ pp. 67^70.
« de mes amis, l'espoir d'un avenir plus calme, l'ex- « trême besoin du repos m'y ont ramenée, mais ce « n'est cependant que sous la condition expresse, « condition consentie par Tallien lui-même, que les « formalités du divorce se continuassent jusqu'à ce « qu'il me soit bien prouvé que pour le bonheur de « tous deux il faut y renoncer. Il me semble que tout « se concilie par ce moyen, l'esclandre qui a eu lieu, « est amortie, et l'expérience des deux mois qui doi- « vent précéder notre première comparution déter- « minera un divorce sans éclat et à l'amiable, s'il doit a avoir lieu. Je désire, monsieur, m'entretenir plus lon- « guement avec vous sur cet article,
« Veuillez avoir l'obligeance de me dire s'il vous « sera possible de venir chez moi, ou m'indiquer ime (( heure chez vous, le plus tôt sera le mieux.
« Recevez l'assurance de mon estime,
« T. Cabarrus-Tai,i,ien. »
Par cette lettre, la belle Tallien prouve, en effet, qu'elle cède aux démarches faites par ses amis (ou ceux de son mari), en essayant de reprendre la vie maritale avec l'ex-Conventionnel. Mais il faudra qu'il ne la tourmente plus d'auctme manière, qu'il lui laisse toute liberté (de le tromper, puisqu'elle s'affichera notamment avec Barras). En prévision d'un défaut de
(1) Petrus Durel : Madame Tallien, p. 70»