‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 25 sur 48 · I.A B^U^n TAI.I.IBN · texte numérisé non relu

I.A B^U^n TAI.I.IBN

COMPi^AiSANCH de son mari, la procédure du divorce suivra son cours et ne cessera que lorsque la plaignante sera convaincue de la parfaite et durabl e docilité de son époux par une expérience de deux mois (i).

Il serait difficile d'ima^ner des conditions plus humiliantes pour un mari. Comment la vanité de TaUien peut-elle les supporter? Il faut ici tenir compte d'un facteur qui la domine et que l'on n'a pas considéré ; l'argent.

Par ses multiples entreprises financières, Tallieu trahit l'épuisement des sommes qu'il a extorquées jusqu'à la fin de son séjour dans la Gironde.

Dès le début de 1796, il est assurément réduit aux

(1) Dans Madame TaUien Petrus Durel cite l'extrait suivant du journal La Petite Poste en date du 30 nivôse, an V (19 janvier 1797) : « Cette nuit, à deux heures du matin, M"^» T... « revenait d'un grand bal, et, rentrant à sa chaumière, a été « attaquée par des brigands dans les Champs-Elysées. Au « moment où les voleurs ouvraient la portière de son carrosse, a un jeune adorateur qui la suivait dans son cabriolet est « accouru, a menacé les assaillants de ses pistolets et les a « mis en fuite.

« Touchée jusqu'aux larmes de cette marque d'intérêt M"» T..., « l'a fait monter dans sa voiture. On prétend qu'il n'est parti « de chez elle que le lendemain à midi. ^

Ce fut quelques jours plus tard, dit Petrus Durel, que parut la lettre du Diable (signée Belzébuth), à la plus grande p... de Paris.

Tallien ne bronche pas. Il ne recherche point l'auteur de la lettre du Diable pour lui casser la tête; il ne giffle même pas l'auteur de la « nouvelle » de la Petite Poste facile à trouver pourtant... Et c'est Thérésia qui, deux mois plus tard, demande le divorce contre son mari pour incompatibilité d'humeur! N'est-ce pas excessif de part et d'autre ?

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expédients p^rce qu'il n'a pu réaliser aucun vqI, É^ucime tratiîson largement rémunératrice pou^r rçojplaceir les énormes saignées faites 4ws son « trésoj: 4ç rapines » par son train de maison çt les toilettes, les frais de représentation de sa femme.

Imprévoyant, dépensier comme tous les joueurs, cet aventurier de basse catégorie voit avec épouvante qu'il n'aura bientôt plus que son traitement de député au Conseil des Cinq-Cents pour subvenir à ses frais persoxmels, très supérieurs à cette faible rente,

Quelle est eu effet la situation du ménage Tallien è^ cette époque? I^es biens de Thérésia, qui ne consistent guère qu'en propriétés diverses, ne sont pas plus avantageusement vendables en 1796- 1797 qu'en 1794-

$ou père, François Caba^rus, a retrouvé en Espagne son ancienne faveur, mais il ne semble pas homme à entretenir sa fille, et nulle part on ne trouve trace de libéralités quelconques faites par ce financier à la belle Tallien.

Pourtant, les dépenses excessives de celle-ci ne se réduisent pas, au contraire. Plus §a çiauvaisç yeuommée augmente, plus elle prodigalise.

Lorsque Tallien a vidé sa bourse, c'est-à-dire dans le courant de 1796, il faut bien qu'elle alimente le train de sa maison et qu'elle tire de ses « relations » les sommes énormes qu'elle gaspille eu toilettes et en faux frais accessoires.

liQ terroriste sans emploi, vit donc alors à sa charge en partie, jusqu'au momçut où son traitement de représentant lui fait défaut et où les annulations de ses réélections en l'an VI lui enlèvent, avec cette dernière ressource, l'espoir de tripotages financiers avantageux.

Il semble qu'il faudrait placer avant l'époque dç ççîtte déconfiture les grandes licences du ménage Tal? lien à Gros-Bois, chez Barras, licences que Petrus Durel rappelle dans sa courte étude romantique sur Madame Tallien*

Etarras aurait imaginé de lier le Septembriseur avec une de ses favorites, Pauline de Tayfonne (?), tandis qu'il s'affichait lui-même avec une jeune veuve nommée Adrienne Audricourt, et qu'un troisième galant, Duquesnoy (?), se parait de la conquête d'une M°^® Sophie Courcelles ( ?).

Le Simin d'amonr aurait alors scandalisé journ^? lement les habitants de Gros-Bois, et la belle Tallien se serait fort amusée de ces perversités galantes qu'elle aurait plus que favorisées, y puisant tm argument eu fg^veur de ses inconduites personnelles (i).

Il nous paraît inutile d'insister sur ces petites satur» nales, qui n'eurent d'ailleurs, en tov\t eas, qu'une courte durée pour TalUen parce que sa ruine politique ^t finemcière ne lui permit pa§ de les prolonger, comme sa femme et Barrai? jusqu'à la fiu du pirectoire,

(Î5 Madame T«llm, par Pstrus Dubel, pp. 78-73.

Mais lorsque ses ressources devinrent trop réduites pour les orgies de Gros- Bois, on le vit descendre à des liaisons féminines infiniment moins élégantes.

Même lorsqu'il n'a plus assez d'argent pour s'accointer avec une Pauline de Tayfonne, il feint encore de dédaigner les charmes si célèbres de Thérésia, pour paraître tm peu moins ridicule et pour satisfaire ainsi ses besoins masculins d'expansion.

Comme le renard de la fable — et comme son prédécesseur, le pseudo-marquis de Fontenay — il affecte de mépriser son bien, sans dire que ce bien se dérobe en réalité à ses étreintes.

On a su qu'il trompait alors sa femme parce qu'il Ta fait avec ostentation : pour que nul ne l'ignorât.

Devin, dit de Fontenay, en même circonstance, avait confessé ses origines en entretenant une fille de boutique dans le domicile conjugal ; Tallien décèle pareillement d'où il vient en retournant, pour tromper sa femme, aux filles qui se livrent à bas prix pour xme nuit, pour une heure.

Quand il n'a même plus l'agrément nauséabond de ces ignobles exutoires — car, si Thérésia le nourrit et le loge, elle ne lui donne assurément pas de l'argent de poche pour courir ces gueuses — quand il ne peut plus jouer pour oublier ses continences forcées, quand il n'a pas même la ressource de se griser avec les vins de la reine du Directoire, parce qu'elle ne tolérerait pas cette malpropreté chez elle, il lui faut bien se rési«

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gner à solliciter la faveur de rejoindre l'expédition d'Egypte, si cette idée liii est suggérée par Thérésia.

Nous exprimons ce doute parce que l'idée de rejoindre l'expédition d'Bg5^te ne semble pas avoir été, en effet, de celles qui pouvaient venir à Tallien, tandis qu'elle résulte tout naturellement pour Thérésia de son commerce intime avec Joséphine Bonaparte. Un examen rapide de la vie de cette dernière, depuis son mariage avec le « général vendémiaire » suffit pour l'indiquer.

On a vu qu'à peine uni à la veuve du général Beauharnais, Bonaparte dut la quitter pour prendre le commandement de l'armée d'Italie.

Avant son mariage, il avait obtenu, pendant plusieurs mois, de Joséphine tout ce qu'elle pouvait donner d'elle-même. Néanmoins, sa « lune de miel » anticipée n'était pas terminée, il partait à la fin de mars 1796, en pleine crise passionnelle — ses lettres à sa femme l'établissent en des termes d'une ardeur extrême.

lycs sentiments du jeune Corse étaient alors d'autant plus violents que l'excitation des sens, dans cet amour, l'emportait de beaucoup sur celle du cœur et du cerveau (i).

(1) Dans son étude sur : Napoléon et les femmes, F. Masson a reproduit plusieurs des premières lettres de Bonaparte à Joséphine ; elles ne laissent aucun do'ite sur la nature essentiellement physique de sa passion. La première femme de l'Empereur tut évidemment celle qui produisit le plus vif effet sur ses sens. Son intelligence était trop au-dessous de celle

îzéô RBmfî Dû î)IîmCTOÎRÊ

L^artnée qu*ôn lùî dotthe ést SàûS ressouï-èes (ï), elle n*à ni argent, ni vètemietits, nî subsistances, elle manqué de tout (2). N'importe! ï)'uîi supetbe élaU, lui

dé Napoléon ^our i'àttbcher par l'esprit. EUe commit trop de

fautes pour l'enchaîner par le devoir. Mais elle était bonne, très bonne, elle l'a toujours prouve, elle lui avàil donné ses première^ granâei joièis passionnellâà et ces joies lui avaient fait accomplir des prodiges dans ses guerres d'Italie; l'Empereur lui en fut reconnaissant au delà de la vraisemblance.

(1) Void, dit le généfàl Mat-mont» eii quoi eonsi^tait l'armée d'Italie : ses forces (je parle de ce qui pouvait entrer en campagne et formait la partie active et disponible de l'armée), se tomposaient de cinquànte^^neuf bataillons et vingt-neuf escadrons, l'effectif présent ôOUs les armes de ces cinquante-neuf bataillons s'élevait à vingt-huit mille huit cent vingt hommes d'ihfànteriê, hîournnt de faim, et presque sans chaussures, tn&is CCS vingt-huit mille hommes étaient de vieux soldats, braves, aguerris depuis longtemps, accoutumés au succès et vainqueurs en maints éombats dès mêmes ennemis qu*ils allaient combattre, vainqueurs aussi des Espagnols qu'ils avaient forcés à conclure la paix, ils étaient encore remplis des souvenirs de la victoire de Loàho. (Duc dé Ragùsë: Mémoires, p. 145.)

(2) Napoléon n'oublia jamais cette atroce pénurie de sa première armée; il en garda toujours une légitime rancune tohttê ié t)ifectoire et cohtt-e lès entrepreheurè de fournitures militaires. Plus tard, lorsque le gouvernement aura obligé jOuvrard à des découverts de près de soixante millions, il se fappèircrà encore que àet élégant et distingué financler^fournisseur fut cause de la misère de ses soldats d'Italie et ne se fera aucun scrupule de le dépouiller de ces millions, d'ailleurs plus volés que gagnés par Ouvrard.

11 est certain que la situation affreuse dans laquelle se trouvait son armée l'obligea, dès le début de ises campagnes, à improviser le système d' « existence sur les pays conquis » sans lequel il aurait été arrêté dans son essof .

Érigeant ce système BU principe par nécessité, il y ^tlîia Undépendàhce, Titiitiative, la hardiesse qui le lui ârént bientôt

communiquant le fêU de sa confiance, Bonaparte l'ènflamnie et lui fait renvei^r tous les obstacles par d'irrésistibles ruéèâ.

A peine a-t-il commencé à conqûêrît le Piémont, aiguillonné par sa passion, à peine a-t-il gagné les batailles de Montcnotte (t2 avril 1796), de Millesimo (13 avril), de Dcgo (14 avril), de Mondovî (22 avril), qu'il appelle déjà feon adorée Joséphine à venir îe rejoindre, car il n'est plus dans le dénuement des premiers jours.

Mais sa femme iiê se Soticîé guère de quitter Patis où elle s'amuse, où lui arrive le bruit charmant de ses victoires, pour aller courir les camps. lElle échappe à ses requêtes brûlantes par tous les moyens dilatoires.

Cependant, Bonaparte est daûs une impasse de luttes dont il ne peut sortir qu'en accentuant ses offensives. îl entreprend, dès le 10 mai, la conquête de la lyombardie. Le 14, il entre dans Milan» et ses appels à Joséphine deviennent exaspérés,

irahsFôrmet en trtoyôh dé fôftUnc pour It Directoire, pbXit ses auxiliaires éi pùui" lui-métue eh prélevant au profit de l^armée, dé ses officiers et de sa propre bourse des contributiofts de guferrè cOhsidérables.

C'était un achemineftieht rapide et fôfté ver» \H âctéS de véritable souveraineté <\n*i\ inaugura bientôt éft traitant avec lès puissances ennemies sans ordre du Gouvernement à cet égard, sans même prendre l'avis du Directoire. Il s'exeréâît à gouverner sur le champ de bataille. La sottise étia malhonnêteté du Gouvernement républicain directorial lui firent apprendre le métier de Souverain àui dépens de la râcâille qui prétendait le traiter en maître.

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Quitter Paris? quel crève-cœur!

Madame Bonaparte ne peut s'y résigner. Elle reste, se disant malade, simulant l'espérance d'une grossesse... et cette nouvelle calme im peu son mari, qui s'excuse de ses impatiences (i).

Mais voici que Junot et Murât sont venus. Ils traduisent les réclamations passionnées de Bonaparte à sa femme. Ils ont vu celle-ci bien portante, participant

(1) Le général Bonaparte, écrit Marmont, quelque occupé qu'il fût de sa grandeur, des intérêts qui lui étaient confiés et de son avenir, avait encore du temps pour se livrer à des sentiments d'une autre nature, il pensait sans cesse à sa femme. Il la désirait, il l'attendait avec impatience : elle, de son côté, était plus occupée de jouir des triomphes de son mari, au milieu de Paris, que de venir le joindre. Il me parlait souvent d'elle et de son amour avec l'épanchement, la fougue et l'illusion d'un très jeune homme. Les retards continus qu'elle mettait à son départ le tourmentaient péniblement, et il »e laissait aller à des mouvements de jalousie et à une sorte de superstition qui était fort dans sa nature.

Dans un voyage fait avec lui à cette époque, et dont l'objet était d'inspecter les places du Piémont remises entre nos mains, un matin, à Tortone, la glace du portrait de sa femme qu'il portait toujours, se cassa : il pâlit d'une manière effrayante et l'impression qu'il ressentit fut des plus douloureuses. « Marmont, me dit-il, ma femme est bien malade ou infidèle. »

Enfin elle arrive, accompagnée de Murât et de Junot. Envoyé au-devant d'elle jusqu'à Turin, je fus témoin des soins et des égards qui lui furent prodigués par la cour de Sardaigne à son passage. Une fois à Milan, le général Bonaparte fut très heureux, car alors il ne vivait que pour elle, pendant longtemps il en a été de môme, jamais amour plus pur, plus vrai, plus exclusif, n'a possédé le cœur d'un homme, et cet homme était d'un ordre si supérieur ! {Mémoires du duc de Raguse, pp. 187- 188.)

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MADA\JE TALLIEN

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aux fêtes de leur réception chez Barras... il n y a plus moyen de mentir pour ajourner encore. Joséphine se décide à partir lorsque le vainqueur du Piémont investit Mantoue (juin 1796).

Bile part, navrée, mais parmi les personnes qui l'accompagnent, un certain Charles, officier loustic, fringant tombeur de belles, lui adoucit les nuitées du voyage, qui traîne en raison de ces « distractions » consolantes.

Le 8 juillet, M°^® Bonaparte arrive enfin près de Milan. Les époux se rejoignent. Quels transports chez le général couvert de gloire!

M. Charles, qui paraît suspect, est expédié brusquement loin du ménage, et tout de suite les cadeaux, le luxe, les honneurs les plus grands s'accumulent autour de Joséphine pour lui faire supporter les fatigues et les ennuis de la vie militaire, dont elle ne cache pas qu'elle a horreur.

Pendant plus d'un an, c'est en vain que Bonaparte asservit la Victoire, heureux de jeter aux petits pieds de Joséphine des brassées de lauriers. La gloire du mari n'efface pas les regrets qu'elle a de la capitale française. En vain, ses triomphes de Lonato (30 juillet, 4 août 1796) sont suivis de ceux de Castiglione (5 août), de Roveredo (3 septembre), de Bassano (8 septembre) et de Saint-Georges (15 septembre), Arcole même (15-17 novembre) ne la console pas.

I<e 3 février 1797, se réjouit-elle de la reddition de

2^0 REESnS DU DIRHCT0IRI3

Mantoue? Est-elle flattée du traité de paîx ^anseail par le Pape à Tolentino? (Trente millions d'indemnité obtenus pour la République française par Bonaparte 1) Comprend-elle que son mari agit en véritable Roi, lorsqu'il signe les préliminaires du traité de paix avec l'Autriche à Léoben, le i8 avril 1797? Que pense-t-elle de la conquête de Venise?... Rien. Tout cela sembla passer devant ses yeux comme un spectacle de féerie dépourvu de signification nette. C'est joli, c'est drôle, mais elle aimerait mieux Paris. Elle rêve de reprendre son existence de fêtes parisiennes et commande par correspondance une réfection, une décoration, un nouvel ameublement de l'Hôtel CJiantereiue qui ne coûtera pas moins de 120.000 francs! On entrevoit par ce chiffre l'importance des profits personnels réalisés par Bonaparte puisqu'il autorise cette « fantaisie » de 120.000 francs (l).

(l) On peut encore imaginer !es profits personnels réalisf» par Bonaparte en Italie par l'importance de ceux qu'ij permit pu voulut faire réaliser à ses auxiliaires. 4 cet égard, les aveux de Marmont sont éloquents, car il a tant d'amitié et d'admiration pour Bonaparte qu'il ne voit pas §es fautes ef ^'eiforcg de les taire quand il les découvre.

« Peu après l'entrée de Bonaparte â Milan, une insurrection « ayant éclaté à Pavie faillit mettre toute la Lombardie conquise « en révolte. Les mesure^ les plus rapides pt les plus éner- « giques furent employées pour la réprimer de façon à faire « redouter de la renouveler :

« La ville fut livrée au pillage, et, quoique cpmplet, les « soldats n'y joignirent pas, cornme il arrive souvent en pareil « cas, le meurtre et d'autres atrocités. La maison du receveur

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