XA BUI^IM TAXLIEN
Entre temps, M^© Bonaparte admire les bijoux qui lui ont été donnés par le général et ceux qu'elle a reçus en cachette de spii mari, car il lui défend 4e recevoir
€ de la ville était menacée, et ce malheureux croyait, en jetant « son argent dans la rue, se préserver de l'entrée des soldats « dans sa maison, tandis que sa conduite devait, au contraire, « les y attirer. Le général Bonaparte prévenu me donna l'ordre f de me rendre sur les lieux et d'enlever l'argent. Nous avions « à cette époque une fleur de délicatesse qui me rendit l'obéis- « sance pénible. Je craignais d'être soupçonné d'avoir fait « tourper pette mission à mon profit. Je la remplis en mura njurant, mais j'eus soin en prenant jet cornptant le trésor de « me faire assister par tous les officiers que Je pus réunir: les « sommes trouvées furent donc remises avec une grande régujt lîirité. Plus tard, le général Bonaparte m'a reproché de ne « pas avoir gardé cet argent pour moi, ainsi que dans une «f autre circonstance dont je ferai le récit, et qu'il avait saisie, f$ me dit-il, pour ^n'enrichir. » {^^<^ db Rapuse ; MétnoireSy pp. 180-181.)
Plus tard , après la prise d' Ancone, au commencement de 1797, Bonaparte voulut encpre faire la fortunp de Marmo^^t qui relate le fait dans les termes suivants !
« Le lendemain, on marcha sur Loreto, auctin ennemi n'était tf plus en présence, mais devant nous un trésor d'une haute fi réputation, jç général eji chef rne chargea de partir pendant « la nuit, à la tète du 15« régiment de dragons, et d'aller en « prendre possession. Depuis, il m?a dit que son intention « avait été de m'enrichir. Je me concentai de faire mettre les « scellés avec beaucoup de soin, et de livrer le tout bien intact at ^ J'^4fpinjstratipn, ai^ ^prplus, l.es choses précieuses et pof- <ç jtatjves, comrne les diamants, l'pr, etc.. ayajent été enlevés, g gt il ne restait qi^e de grosses pièces d'argenteri,e, évaluées « à un millJQi^ epyirQn. j) (Duc db P.aguse : Mémoires, p. 261.)
Peu de t.cn^p? ay^nt siçp retour à Paris, se fendant de Milan ^ îladstad): (17 novembre 1797), Bonaparte qui voyageait avec ]Marmont lui rappela qu'il av^it déjà deux fois voulu l'enrichir.
« A cette époque, dit le duc de Raguse, causant avec lui
292 REINK t>U DIRECTOIRE
ces présents compromettants que tant de personnages italiens lui offrent à l'envi pour se rendre le vainqueur favorable par l'intermédiaire de sa femme. Elle rapportera bientôt de cette façon un ensemble d'écrins qu'elle dira plus tard unique au monde, avec quelque raison.
A Paris, pendant ce temps, Thérésia plus que jamais « fille reine » du Directoire, a la maladresse de dire devant le frère de Carnot — qui le répétera peu après à son neveu — qu'elle ne voit pas l'utilité de cinq Directeurs à la tête du gouvernement. Un seul (le sien. Barras) suffirait.
Cette observation est caractéristique. Elle explique aussi l'état d'âme de Joséphine qui ne conçoit pas encore la puissance de Bonaparte et tient probablement l'apparence de règne de M"^^ Tallien pour plus enviable que sa future royauté réelle et légitime, dont elle n*a aucune intuition.
N'est-il point déjà pourtant le vrai maître du Directoire, ce jeuiie conquérant chéri de la Victoire, qui, de ses camps, expédie à Paris le soudard Augereau pour
« dans sa voiture des événements passés et de nos existences « personnelles, il me reprocha d'avoir négligé de m'enrichir, « et sur ma demande de m'indiquer les moyens dont j'aurais « pu faire usage, il me rappela les commissions données à « Pavie et à Loreto, et me dit m'avoir choisi dans ce but, il « ajouta : « C'est un soin qui me regarde pour l'avenir, et je « ne m'en occuperai pas en vain. » ^Duc de Raguse; Mémoires^ p. 308.)
I^ BEI.I.E TAIXIEN 293
lui faire préparer mieux l'avènement procliaîn de son règne en favorisant le coup d'Etat criminel du 18 fructidor de l'an V (4 septembre 1797)?
Mais voici l'an VI. Bonaparte a signé le traité de paix de Campo-Formio, le 17 octobre. Il est revenu tout à coup à Paris et, chose au moins curieuse, Joséphine l'a laissé rentrer sans l'accompagner dans la capitale... pour aller faire un petit voyage à Rome !
N'insistons pas sur cette fugue extraordinaire â laquelle tm caprice amoureux ou passionnel ne fut peut-être pas étranger. Constatons seulement que M"^® Bonaparte ne tarde pas à réintégrer son cher Paris, et qu'à ce moment la belle Tallien est encore reçue de la façon la plus aimable à l'Hôtel de la rue Chantereine, récemment baptisée rue de la Victoire en l'honneur du conquérant de l'Italie.
Vhiver de 1797- 1798 rend à Joséphine toutes les joies du Gouvernement directorial dont elle a été si longtemps sevrée. ,
Bonaparte a payé les 120.000 francs d'aménagement de leur Hôtel comme il payera, sans sourciller, en germinal (an VI), le prix d'achat de cet hôtel qui s'élève à 52.400 francs.
Il est certainement déjà très munî d'argent. Mais il n'étale ni ce qu'il possède, ni sa gloire; il ne s'est point réjoui de la fête qui lui a été officiellement offerte par le gouvernement en récompense de ses conquêtes et de ses traités. Voyant fort bien, malgré ces démons-
294 REINB DÛ DîkBCTOIRB
trations àpprobatives, qu'au fond il porte ombrage, ttês habile mèilt, il Se tetre,èt M^^ Bonaparte peut persister à croire que le véritable Pouvoir est dans le Gouvernement directorial.
I^a vérité pourtant, c'est qiie BarràSj le plus subtil et le plus tôué des cinq directeurs, est réellement inquiet de l' avertir de sdn ex-protégé, parce qu'il a pris l'importance d'uii protecteur. I^es étiijuettes n'otit pas chaiigé, mais Ifes rôles sont irltervertis : le petit « Général Vendémiaire » est devenu un maître;
KéaiinlbitiSi ce maître effectif a la sagesse de comprendre que son heure n'est pas encore venue et qu'il liii faut dissimuler sa force.
Il pirésènte une expédition en Egyt)te comme là seule épingle qu'il ambitionne pour prix de ses services... et Barras a la sottise de la lui faire donner, sans considéfet qtie lé général diplomate laisse à Paris, dertière lui, Ses frères bien atmés d'instructions et d'argent pour préparer son retour et son avènement au Pouvoir Ibrsqiië le mometit favorable se présentera.
ly'ekpéditiôtl s'organise dans le plus graud secret car fc'est la condition absolue de sa réalisation (i).
Que Bonaparte se fasse battre et tuer en mer par lés AnglàiSj Barras n'en a cure. Il le souhaite même peut-être. Mais il faut pour cela qu'il gagne d'abord
(1) Elle fut entièrement organisée par IJonapàrte éï te Miiilâtrê 'dé ia gliéi-rÉ;; {Mëihéiréè du Dut âc RÂbusÉ^ t. ï;)