A BKI.LE TAI,I,IEK
« Bàyeux, le 8 octobre 1791, demeurant à Paris, rue « Sâint-lvazare, 50 bis, fils unique de Michel-Victor- « Frédéric Moissan, baron de Vaux et de dame Angé- « lique- Antoinette-Hélène Duperrier, demeurant à Pa- « ris, faubourg Saint-Honoré, 35,
« et de Auguste-Stéphane-Coralie-Thérésia Cabar- (( rus, dite I^enoir, âgée de ig ans, née à Pàris^ le 2 sep- X tembre 1803, démentant à Patis, 50 bis, rue Saînt- (( I^azare, fille mineure de dame Marie- Jeanne-Ignace- .t Thérésia Cabarrus, propriétaire, demeurant à Bruit xelles, ttïyauniè des iPays-Bas, représentée par i M. Malàfait, avoué. »
Pourquoi cette jetine fille nomtuée Cabarrus et que Tbérésia reconnaît pusiqu'elle donne son consentement à son mariage, est-elle dite Lenoir?
Petnis Dilrel cite, à ce propos, tin extrait dti Moni» teur universel Àé l'année 1822, p. 649, d'après lequel cette fille de l^liêrésia aurait sollicité de S. M., par l'intermédiaire du Gardé des Sceatix, l'autorisation d'ajouter à son nom celui de tetioîr qtii appartenait à son curateur (??),
Hîle habité 50 bîs, irûë Saittt-tazâfè, à î'afls, CoMinè son futur mati, est-ce dans son domicile?... Ce n'est pas certaiti, mais t'est probable, pàtce q[ue le mari dût adresser des sominations respeetueùsés à ses parents, pour les forcer légalement à stibif ce mariage. Ive père, allié à la famille dé DiimoUriez, avait peni-èttë eii daine la belle Tallien? En tous cas, Coralie fait iiii
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mariage d'amour qui ne semble pas non plus ravir sa mère, car, si elle donne son consentement, elle n'assiste pas à l'union, elle est représentée par l'avoué Malafait, et se dit simplement « dame Cabarrus, propriétaire à Bruxelles », lorsqu'elle est en réalité comtesse de Caraman, princesse de Chimay, et possède en Belgique la résidence de cette principauté.
Cacher les titres, dont elle est si fière, est un acte exceptionnel de la part de Thérésia.
Clarisse Gabrielle sa précédente fille, née en 1802, lorsqu'elle épousera en 1826 le mousquetaire noir Brunetière, s'intitulera au contraire : fille de Marie- Jeanne- Ignace Thérésia comtesse de Cabarrus, épouse de Monseigneur François - Joseph - Philippe d« Riquet comte de Caraman, prince de Chimay, chambellan de S. M. le Roi des Pays-Bas, demeurant en leur principauté de Chimay. Ici la kyrielle des titres, est complète rien n'y manque, on y ajoute même le titre espagnol du père en se disant comtesse de Cabarrus, encore que l'hérédité de cette quaUté soit plus que contestable.
Telle est la fécondité de la belle Tallien de 1800 à 1803, elle laisse évidemment peu de loisirs à la galanterie.
Les enfants sont envoyés, il est vrai, dès leur naissance, hors de l'hôtel de la rue de Babylone, mais ils restent à deux pas de là, boulevard des Invalides, dans la pouponnière Choisel, où il est aisé de les envoyer prendre en im instant pour les mettre sur les genoux d'Ouvrard, si cela l'enchante.
Ne cherchons donc point à donner à Thérésïa, de 1800 à 1805, des aventures galantes que rien n'indique assez. La prodigalité de ses faveurs pendant les années précédentes, de 1788 à 1800, ne plaide que trop contre une subite continence au moment où elle savourait les derniers éclats de sa beauté démoralisante.
Entre temps, Tallien était revenu à Paris, dégoûté de l'Egypte où il avait essayé vainement de prendre un peu d'importance en publiant une revue : La décade Egyptienne, où le mépris de Kléber, puis celui du général Menou, son successeur, lui avaient fait une existence amère et sans espoir.
En route, le navire qui. le ramenait fut capturé par les Anglais, et l'ex-terroriste dut à cet incident de connaître Londres, où il reçut un accueil chaleureux.
Si l'ombre de la légende du 9 thermidor lui valut des toasts et quelques banquets, s'il reçut même de la duchesse de Devonshire son portrait orné de diamants — chose extrêmement douteuse — si même il garda le portrait et renvoya les diamants — chose plus douteuse encore — il paraît qu'il n'avait pas de quoi payer son hôtel au départ.
H est prudent de ne point s'appesantir sur ces récits trop suspects, parce qu'ils ne peuvent émaner que de la princesse de Chimay ou de TalHen lui-même.
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En revanche, il est vraisemblable qu'il reprit pied sur le continent, à Calais, en avril ou mai 1801, très dénué de ressources.
Thérêsia, (Jui lié songeait guère à fêter son retour, venait de îiiettre au monde Jules-Adolphe-Edouard Cabarrus, lé futur doctetir, deuxième enfant conçu et né pendant Tabsetice du terroriste, désormais en mauvaise posture pour se rapprocher de sa femme.
Ce que nous savons de Tàllien autorise à penser qu*il avait dû fondef quelque espoir sur celle qui ne portait déjà plus son tiôm, mais qu'il pouvait obliger à rentrer dans le doniicile conjuga,l, fût-il un taudis.
Savoir éë qui ise passa en cette circonstance, est difficile. Il y eut un débat dont aucun des intéressés ne tira gloire. Exposons les versions pour en déduire des probabilités vraisemblables.
Le seul tétiiôignage étranger que l'on rencontre est celui de Lairtulier disant : a des amis de haute consi- « dération ( ?) l'avertirent que sa femme, pendant son « absence, avait eu deux enfants et le prévinrent « qu'elle le recevrait for^ mal rti
Rien de pltis naturel. Au moment «ù elle essayait de ôe refaire un semblant d'honorabilité auprès d'Ouvrard, Thérêsia devait être fort irritée en pensant que son deuxième mari, dont elle connaissait l'indélicatesse, allait saris ddiitè troubler sa quiétude*
En conséquence, elle crut peut-être habile d'écarter ses velléités évërituelles de sollicitations en lui faisant
connaître par des tiers complaisants sa inauvàise disposition irréductible.
Ce procédé discourtois était-il capable d'arrêter un individu dénué de scrupules et d'argent cômihe Tallien ? Ce n'est pas vraisemblable
Pourtant, croyant toujours à Tàmour dti tèriroHste pour Thérésia, on a dit qu'il se résigna, non sans quelques hésitations, à intenter une action en divorce contre sa femme (i)
Ainsi présentée, la séparation semble veiiîr dû mari. Elle est prononcée à son profit (moral), surtout si l'on ajoute que, pendant la procédure, M^® Taîliéh en démontra la nécessité en donnant le jour à uii 3^ enfant, Clarisse-Gabrielle 'Thérésia.
I^out cela est malheureusement inexact. Clarisse- Gabrielle l'hèrésia naquit le 25 mai 1802 (5 prairial an X), et le divorce 'fallien fut prononcé plus d'iin mois et demi auparavant, ïë 8 avril.
L'action judiciaire ne fut pas engagée par tallien mais à la requête de sa femme.
Voici du reste l'acte tel que l*a publié CH. JNaùiroy, dans Le Curieux,
« Du 8 avril 1802, divorce de : j eatmè-Marië-igiiàce- « Thérésia Cabarrus, âgée de 28 ans, demeurant à « Paris, rue de Babyloné, 6^5, et de jean-lyambert K Tallien, âgé de 35 ans, demeurant rue de l^Univefsité,
'11 TuROUAN : La citoyenne Tallien, dd. 293-294.
34^ RBINE DU DIRECTOIRE
« no 857, Ci-devant i, rue des Gourdes, fils de Lambert « Tallien et de Jeanne Humbert.
« Les actes préliminaires sont du 6 nivôse an III « (le mariage). Trois procès-verbaux d'assemblées de « famille du 12 floréal (2 mai), 16 messidor (5 juillet) « an IX (1891) et 17 vendémiaire anX (9 octobre 1801).
« L'épouse seule présente, réclame « le divorce à (( haute voix. »
On voit que ceci n'a aucun rapport avec la version précédente.
D'autre part, il faut noter un cri de protestation qui vient aux lèvres de la princesse de Chimay avec beaucoup de naturel et qui a cette fois tous les caractères de la sincérité, lorsqu'elle inspire ceci :
« Il (Tallien) arriva tout juste pour plaider en sépa- « ration. Ce fut alors le bruit de Paris. Tallien voulait « sa femme, mais n'était-il pas un de ceux qui avaient « voté la loi du divorce! La justice donna raison à (( madame Tallien. Ouvrard qui remuait des millions, « lui offrit, au nom de la belle transfuge, la Chaumière a de l'avenue Montaigne et une pension de douze mille « livres (i) ».
La princesse ajoute que Tallien refusa cette offre... laissons de côté cette invraisemblance pour y revenir plus loin et disséquons les lignes précédentes grosses de révélations.
(1) Notre-Dame de Thermidor, p. 462.
Que veut dire : « Il arriva tout juste pour plaider en séparation. » ?
Prise « au pied de la lettre » cette première, phrase voudrait dire que Tallien débarqua d'Angleterre au moment où la procédure du divorce était engagée par Thérésia contre lui.
Or, cela n'est ni impossible, ni invraisemblable, Les relations nombreuses de la belle Tallien et celles plus étendues encore, d'Ouvrard ont pu leur apprendre l'arrivée de Tallien à Londres et son dénuement.
En ce cas, ils ont deviné les dangers de ce retour, ils ont imaginé pour y obvier d'engager contre l'absent une demande de divorce et, lorsque le terroriste arrive, à la fin d'avril ou au commencement de mai i8oi, il y a eu déjà une première assemblée de famille, celle du 12 floréal (2 mai) an IX, qui est bien le commencement de la procédure improvisée en bâte pendant le court séjour de TaUien à Londres.
Sitôt revenu, le terroriste, après s'être informé de la brillante situation de sa femme, commence à prétendre la revoir et la reprendre. Il n'est pas assez brave pour risquer de se faire bâtonner en se présentant rue de Babylone, mais il écrit. Il demande une entrevue. Laisse-t-on sa lettre sans réponse, il écrit de nouveau, il implore, il essaye d'apitoyer,... puis il menace.
Ces suppositions sont vraisemblables car on veut assurément gagner du temps pour engager plus avant la procédure.
35Û RKJNK DU DIRECTOIRE
Atteint-on ainsi la deuxième assemlblée de famille du 5 juillet (16 messidor an IX)? C'est douteux, car cette résistance doit paraître suspecte au terroriste. Ce serait alors que, voyant rit^apossibilité d'une entente aip.ia]Dle il J'ésplut 4e faire menace publique de ses droits « Tallien voulait sa femme » dit Houssaye.
Il n'est ^nc p^ questioji de divorce. Bt comme le Septembriseur sans argent n'a aucun intérêt à se charger d'une f^nin^je et d'enfants dont il n'est pas le père, le « chantage » niatrimoni^l cju'il pratiqi;e est indéniable : Thérésia sera contrainte par la loi à venir vivre avec Jgi dans ime înansar4e, dans une échoppe, dans une écurie.... pu dp;inera « la forte somme » à laquelle il lui plaira de taxer s^. liberté. — Cette femme est précieuse, elle sera s^, v, viache noiirricière » jusqu'à la fin de ses jours.
Qi;e se passe-t-il alors?... Tallien va trop vite, mais cela se conçoit car le besoin le presse. Il faut une troisièn^e assemblée de famille qui ne pourra être réunie ayant le 17 yendénaiaire ^n ^ (9 octobre 1800)... comment gagner du temps?...
Nous croyons qu'il convient ici de faire une transposition dans }e tpxte précité et mettre l'offre généreuse d'Ouvrard, quj est placée après le divorce, dans la période c^ V^? a^ contraire, précédé.
Après }e divorce elle n'aurait aucune raison d'être. Après le divorpg Tallien ne la refuserait pas, il l'accepterait phitôt des deux mains.
Il est d'ailleurs dans les procédés habituels d'Ouvrard de triompher des embarras avec de l'argent. C'est l'hpn^me des rnarchés, des pots-de-vin, des corruptions par le métal. Pour gagner du temps, il est tout à fait normal qu'il propose ou fasse proposer à Tallien des accomodements, des secours, des acomptes.
Ou n'a pas dû offrir tot;t d'un coup la Chaumière, et Î2.000 livres de rentes. On a du rnarchander. I^e chiffre indiqué par Ja princesse 4e Chimay peut être fort exagéré... en tput cas Tallien, qui sent mordre à ses amorces et qui se connaît en extorsions n'entend assurément pas céder ^a femme à un gaillard marié qui possède plus de quatre-vingt millions pour la bagatelle de 12.000 livres de rentes avec une bicoque... il tient bon jusque vers la fin de 1801... et sa corde casse.
Sans entrer dans la discussion juridique du procès il suffit de constater son absence à celui-ci, pour voir qu'il s'est reconnu battu d'avance.
Tout cela n'est que déductions, évidemment, mais elles reposent sur une telle base — celle de l'acte de divorce — qu'on peut les tenir pour à peu prè§ certaines.
Coïncidence curieuse : au moment où TaUJefi revenu d'Egypte en Frarice, subit le divorce réclamé par Thér résia, le cl^evalier, pseudo-marquis de Fontenay (^u:ç- Roses) reparaît sur le continent.
Il se présente, le lo fructidor de l'an X (28 août 1802), au Conseil de préfecture de la Seine-Inférieure, sous le nom de Jean-Jacques Devin, négociant français, pour être admis à résider.
A l'appui de cette demande, il affirme qu'il n*a reçu des puissances étrangères aucune place, décoration, pension, aucun titre ou traitement. Enfin, il prête serment en faveur du Gouvernement et dit qu'avant la Révolution il portait le surnom de Fontenay.
Voilà qui n'était pas de nature à flatter l'ex-ci-devant marquise ! Amnistié pour fait d'émigration Fontenay, oisif, dilapide les restes de sa fortune, vend une à une ses propriétés... et même parfois celles de Thérésia, mais comme c'est elle qui le dit, c'est suspect et d'autant moins probable que la loi sur la propriété s'y opposait un peu.
Débarrassée de Tallien, débarrassée de Clarisse- GabrieUe Thérésia, son sixième enfant, la belle M°^e Ouvrard en second, qui ne sera pas encore enceinte pour la septième fois, au début de l'hiver de 1802-1803, pourra se rendre au bal de l'ambassadeur d'Italie Marescalchi — si toutefois cette histoire n'est pas une fable — pour y avoir, sous le couvert des déguisements, et des masques, un court entretien avec le Premier Consul.