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Ce qui donne quelque crédit à cette anecdote, c'est un passage du Mémorial de Sainte-Hélène, conçu en ces termes :
(( Dans les bals masqués auxquels il se rendait, « l'Empereur était toujours sûr d'un certain rendez- « vous qui ne lui manquait jamais : il s'y trouvait, « disait-il, entrepris chaque année par un même masque « qui lui rappelait d'anciennes amitiés et le sollicitait « de bien vouloir le recevoir et l'admettre à sa cour. « C'était une femme très aimable, très bonne, et très « belle, à qui beaucoup devaient certainement beau- « coup. L'Empereur qui ne laissait pas que de l'aiïec- « tionner, lui répondait toujours : « Je ne nie pas que « vous soyez charmante, mais voyez un peu quelle est « votre demande, jugez-la vous-même et prononcez. « Vous avez eu deux ou trois maris et des enfants de « tout le monde. On tiendrait à bonheur sans doute « d'avoir été complice de la première faute, on se « fâcherait de la seconde, on la pardonnerait peut-être, « mais ensuite, et puis, et puis !... A présent, soyez « l'Empereur et jugez : que feriez- vous à ma place?... « Et moi qui suis tenu à faire renaître un certain déco- « rum ! » Alors la belle solliciteuse gardait le silence (( ou lui disait : « Du moins ne m'ôtez pas l'espérance » « et renvoyait à l'année suivante à être plus heureuse. « Et chacun de nous deux, disait l'Empereur, était a exact à ce nouveau rendez-vous. »
On s'explique ces étranges complaisances de Bona-
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parte en considérant qu'il avait besoin d'Ouvrard, puisqu'il pratiquait d'énormes saignées dans ses millions.
Nous avons dit précédemment aussi qu'Ouvrard était intéressé de son côté à soutenir chez Thérésia l'espoir d'un rapprochement entre elle et Joséphine.
Mais le rêve de « Notre-Dame de Septembre » devait finir bientôt par la transformation du Premier Consul en Empereur.
Après avoir accouché en septembre 1803, de la fille qui sera dite Lenoir en 1822 lors de son mariage avec A. -F. Moissan de Vaux, Thérésia Cabarrus (elle n'est phis Tallien et son père n'est pas encore comte de Cabarrus) va cesser d'être enceinte comme auparavant, c'est-à-dire presque sans interruption, de 1800 à 1805. Cela correspond-il à des tnodifications dans son existence avec Ouvrard?... On ne sait. Néanmoins, il faut remarquer qu'en 1803 les guerres incessantes du Consulat ont obligé le financier à dépenser presque tous les millions qu'il possédait eii fournitures dont il n'est pas encore remboursé. Or il peut déjà craindre de ne jamais rentrer dans ses découverts, car Bonaparte est d'autant plus exigeant, d'autant plus inconciliant, qu'il voit son banquier-usurier amoindri par les entreprises dans lesquelles il s'est lancé et se trouve pris comme dans un engrenage.
Thérésia Cabarrus n'ignore assurément pas les soumis, puis les inquiétudes qui ont tourmenté Ouvrard;
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elle voit ft présent ses alarmes et doit se demander si l'appui, peut-être déjà restreint, de son « protecteur » ne risque pas de finir par lui manquer.
Ces calculs peu généreux, mais si probables qu'ils sont presque certains, révoltent-ils Ouvrard?... Ce que l'on sait de ce curieux personnage, ce que ses mémoires et les récits de ses contemporains nous ont révélé sur son caractère et sa nature, éloigne cette pensée.
Ouvrard était trop fin, trop sceptique, trop galant homme pour s'indigner de l'ingratitude de Thérésia. Il devait la connaître mieux qu'elle ne se connaissait elle-même et faire assez peu de cas de son cœur pour n'éprouver aucune surprise de son égoïsme ea cette circonstance.
Loin d'attendre d'elle un dévouement dont sa natuxe était incapable, il dut aller plutôt au-devant de ses desseins en l'engageant à « prendre des précautions » pour le cas où ses affaires tourneraient mal.
Cette parfaite entente expliquerait seul* la séparation qui se produisit entre eux im peu plus tard sans aucune crise de part et d'autre.
Thérésia Cabarrus reçoit beaucoup, car en cette occurrence, elle a plus que jamais besoin d'étendre le cercle de ses relations, au lieu de le réduire, pour découvrir Une nouvelle « planche de salut ».
Dans un des mémorials du temps iatitulé : Un hiver à Paris sous le Consulat, M. Reinhardt, qui fut reçu à l'Hôtel de la rue de Babylone compte soixante-dix à
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quatre- vingt personnes chez M.^^ Thérésia Cabarrus, et dit que la maîtresse de la maison se surmène pour recevoir ses hôtes.
Elle est toujours debout, allant des uns aux autres avec tant de fièvre qu'il est impossible d'avoir une conversation suivie sur un sujet quelconque avec une maîtresse de maison tant affairée. Elle « voltigeait au « milieu des parties engagées, hasardant cinq ou six « louis sur une carte, s' attardant parfois à parier, « mais tout cela em passant ».
Elle va au-devant des dames — étrangères pour la plupart et parmi lesquelles sont en majorité des Anglaises — les reçoit, les place. « Elle s'asseyait tantôt « auprès de l'une, tantôt auprès de l'autre, toujours « en mouvement, entraînant à sa suite un groupe de « cavaliers empressés. »
Sachant combien la belle Cabarrus est superficielle, OH constate qu'elle évite ainsi les conversations sans banalité ou sa nullité ne pourrait se dissimuler sous les dehors de la grâce.
Les étrangères, les anglaises si curieuses de pénétrer dans son « home » pour l'examiner et l'entendre comme une « bête curieuse » ne manqueraient pas de la « mettre sur la sellette » si elle s'attardait auprès d'elles. Ayant «ans doute été victime une ou deux fois de la curiosité de ces insulaires, elle ne s'y laisse plus prendre.
A cette soirée, Reinhardt remarque Rose-Thermidor, qui danse agréablement. Elle ressemble à sa mère j elle