‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 37 sur 48 · I,A BHI^LE TALI<IEN · texte numérisé non relu

I,A BHI^LE TALI<IEN

communication sur la célèbre « reine du Directoire ».

Des héritiers immédiats ont assurément lieu de redouter la défiance qu'ils font naître quand ils ont eu des parents coupables, mais avec le Temps les plus fortes influences ancestrales s'atténuent à tel point qu'il serait absurde de suspecter aujourd'hui l'honorabilité d'un descendant de Tallien, parce que le Conventionnel fut un misérable.

Cette considération suffit pour autoriser à tout dire sur M«ie Tallien, comme sur la princesse de Chimay, pourvu que le souci de la vérité historique soit l'unique mobile de l'écrivain.

Mais quand bien même le Temps «'atténuerait pas les caractéristiques ancestrales, quand bien même cette atténuation ne serait pas démontrée de la façon la plus absolue par révolution des espèces et le transformisme, l'étude historique ferait plus qu'un droit : un Devoir de rechercher et de publier les vérités qui concernent les êtres depuis longtemps disparus, parce qu'ils appartiennent à l'histoire, sans aucune restriction, par le seul fait qu'il y a longtemps qu'ils n'existent plus.

Il n'y aurait pas de progrès possible, pa.<* d'élévation morale, de Justice et de Vérité si cette I^oi naturelle était méconnue au profit d'héritiers quelconques, et c'est ce qui nous a déterminé à ne tenir aucun compte des scrupules des biographes à l'égard de la famille de Chimay.

Peut-être, au surplus, auraient-ils été moins dis-

crets s'ils n'avaient manqué de documents sur les trente dernières années de la belle Tallien.

Houssaye n'a obtenu des enfants de cette « merveilleuse » que ce qu'elle a bien voulu leur dire pour la postérité. Or, cela se réduit à peu de chose... et ce peu de chose est si visiblement faux qu'on est assurément très tenté, au premier abord, de le rejeter.

Nous croyons qu'il n'y a pas lieu de faire ce sacrifice par dédain, ou sous le prétexte plus ou moins sincère de la discrétion, car en cherchant sous les mensonges vaniteux de la princesse de Chimay les vérités qu'ils recouvrent mais qu'ils ne dissimulent pas assez, on les perçoit aisément dès qu'on les soumet à une analyse rigoureuse et méthodique.

Notre-Dame de Chimay n'est pas englobée dans notre histoire nationale comme le pseudo-marquise de Fontenay, M^^^ Tallien et M"^^ Ouvrard en second. Ce n'est point un personnage public, mais son existence n'est exempte ni de luttes, ni de drames, et c'est comme un revers de médaille qu'il faut connaître pour apprécier la pièce à sa juste valeur; fl est partie intégrante du tout, sans lui, l'avers ne serait qu'un estampage.

Le 5 août 1805, Thérésia Cabarrus devient comtesse de Caraman. Par quel heureux hasard?... de quelle façon?...

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Elle connut le comte François - Josepli - Philippe Riquet Caraman chez M^^^ de Staël, dit un rapport de police du 16 ventôse an XIII (7 mars 1805), précédant par conséquent le mariage d'environ cinq mois.

L'Empereur sait qu'il n'a pas une amie dévouée en M°^e de Staël : il la fait surveiller. Des espions pénètrent dans ses salons et, quand certaines indiscrétions apprennent qu'un mariage se prépare entre le comte de Caraman et la belle Tallien, ces espions sont prêts à répondre : « I^e comte de Caraman? Thérésia Cabarrus 1'^ rencontré chez la fille de Necker ».

Mais, comment ces indiscrétions sur le projet de mariage dont il s'agit se sont-elles produites plus de cinq mois avant l'union?

Parce que, dès le 2 janvier 1805, François-Joseph- Philippe Riquet a fait, par- devant M. Dmiays, notaire à Paris, et en présence de témoins (le 12 nivôse an XIII), acte respectueux à son père, Victor-Maurice Riquet de Caraman, formellemet opposé au mariage de son fils avec Thérésia.

Cet ancien lieutenant général des armées de France, dont la femme, alors défunte, avait été incacérée sous la Terreur dans une prison de la rue de Sèvres (i), trouvait évidemment de mauvais goût que son fils épousât l'ancienne concubine puis l'ancienne femme

(1) Taine: Les origines de ta France eontemporaine^ t. VIII, p. 210.

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divorcée d'un des bandits qui avaient fait emprisonner sa mère. Quand il a vu qu'il ne pouvait empêcher cette indécence, il a dû crier sur les toits qu'il la condamnait pour se désolidariser du coupable.

Personne n'a raconté, mais on devine à coup sûr, les scènes, plutôt vives, que l'héritier des Caraman ne manqua pas d'avoir avec l'auteur de ses jours au sujet de cette union vraiment scandaleuse.

Il est indubitable que François-Joseph dut prendre force précautions, employer maints discours préliminaires, avant d'aborder l'expression d'un dessein d'union si contraire aux idées de l'ancien lieutenant général, et qu'il dut aussi épuiser la série des prières et des représentations courtoises avant d'arriver à la dernière extrémité de l'acte respectueux du a janvier 1805.

Or, tout cela reporte dans son esprit, le dessein bien arrêté dii mariage fort avant le £ janvier. Il ne serait pas exagérer d'évaluer à deux ou trois mois la lutte du fils contre le père en cette occurence. Ce qui rejetterait les premières négociations amiables vers octobre ou novembre dé 1804.

Mais, d'autre part, si rapide qu'ait été le « coup de foudre » de l'amour ^our François de Caraman, il n'a pu se déterminer à épouser la belle Tallien comme s'y serait résolu un collégien, car il a trentre-trois ans au moment «ù il commet « cette alliance ».

Aimer, et épouser sont d'ailleurs dèUk choses bien

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distinctes. En admettant qu'il ait aimé brusquement Thérésia et qu'il ait voulu brusquement la posséder, on est forcé d'admetre aussi que la Cabarrus ne l'aurait pas conduit au mariage en se livrant tout de suite.

A cette époque, l'ex-Notre-Dame de Septembre a presque trente et un an — dont quinze années d'expériences masculines intenses — elle connaît le mâle à fond; lé rut et ses prodromes n'ont plus pour elle aucim mystère... Elle sait donc fort bien que se donnet c'est presque toujours se perdre.

Ouvrard est alors im vieux galion qui fait eati de toutes parts; il coule. A tout prix, il convient de l'abandonner pour s'embarquer dans une galère plus sûre...

Puisque François Riquet se présente, va pour cett galère-là ! Mais il ne faut pas y accrocher sa barque de sauvetage par une « remorque de fortune », il faut s'y souder par cent grappins d'abordage, s'y lier par la plus robuste chaîne... il est certain que Thérésia déploya toutes ses ressources pour mener à bien une si difficile et si précieuse conquête.

Il n'est pas excessif d'évaluer à trois ou quatre mois la durée de la lutte qu'elle soutint pour amener François de Caraman à la résolution du mariage, fût-ce contre la volonté de son père obstacle certain d'avance. — Ainsi, par une déduction logique infiniment probable, on remonte au milieu de 1804, ou même un peu au delà, pour arriver au début de l'intrigue de la belle Tallien avec son futur troisième mari.

Ce que sont les Caraman, la baronne d'Oberldch va nous le dire en ses mémoires mieux que ne le sut Thérésia lorsqu'elle eut le premier espoir de cette alliance.

Retournons au XYiii® siècle, Louis XVI et Marie- Antoinette ne sont pas mariés depuis bien longtemps. L'héritier du trône de Russie a épousé une princesse compatriote et amie de la baronne d'Oberkirch. Cette future impératrice traverse la France avec son mari, accompagnée par sa tendre amie la baronne.

Depuis peu, les illustres voyageurs sont arrivés à Paris. On leur adresse des vers, M^^ d'Oberkirch en reçoit aussi, lorsqu'elle paraît en public ou quand elle est en visite.

« On me remit ces vers après l'opéra, chez M^^ la « princesse de Chimay, dame d'honneur de la reine, où « j'allais faire une visite avant de souper chez M"^® ^q « Mackau. La princesse de Chimay était, je l'ai dit, « une femme charmante et bonne, aussi élégante que « distinguée par sa conduite et ses vertus. La princesse « de Chimay, douairière, sa belle-sœur, est dame de « M"^^ Victoire, c'est une Lepelletier de Saint-Fargeau. « Bile est veuve du frère aîné, car ils étaient trois. Le « prince de Chimay, frère du prince d'Hénin, avait « épousé Mlle de Fitz- James, dont le père, M. le duc « de Fitz-James, était gouverneur du Limousin. Ils « sont de la maison d'Hénin-d' Alsace ou d'Hénin- « Liétard. Leur sœur, M}^^ d'Alsace, a épousé le comte

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