ROBESPIERRE
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« ternité fait passer deux nouvelles lettres adressées « à la citoyenne Cabarrus, femme divorcée de De- « vins (sic),
« ly'une, insignifiante, est datée de Bordeaux, « l'autre, même timbre, est signée Manoury. Ce der« « nier est allé à Rouen.
« Note de Robespierre: — Donner une idée prê» « cise de ces lettres et tâcher de découvrir Manoury.
« Le Comité révolutionnaire fait passer au Comité (( dix 'nouvelles lettres adressées à la citoyenne Ca- « barrus, femme Devin, divorcée. Biles ne contiennent (( rien de suspect, les sujets sont tous en amoroso.
« De i^ main de Robespierre: — H faut réunir toutes les 'pièces relatives à la Cabarrus, »
Ainsi, les lettres adressées à Thérésîa sont înter« ceptées, transmises au Comité de salut public, communiquées toutes à Robespierre, qui ajoute à ces pièces des notes de sa main démontrant combien il s'inté» resse à ces moindres correspondances, bien qu'elle» soient exclusivement galantes. Comment n'intercepterait-on pas à fortiori ime correspondance entre Tallien et Thérésia? Comment un geôlier pourrait-il oser favoriser une telle correspondance — à moins qu'elle ne soit piège : c'est-à-dire fausse en ce qui concerne Tallien?
Si le Conventionnel avait eu la folie d'envoyer le
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moindre mot à sa maîtresse, ce mot aurait été immédiatement transmis à Robespierre et serait signalé — oh combien! — dans les notes d'envoi de lettres reproduites ci- dessus.
Examinons à présent la teneur de cette prétendue correspondance. La princesse de Chimay (via Hallay- Houssaye) parle de billets quotidiens reçus pendant huit jours, mais n'en donne qu'un (c'est plus commode).
Eh bien celui-là, par une déplorable malchance, est aussi invraisemblable que l'histoire du geôlier.
Son sens est formel dans les mots : tous les soirs à neuf heures, vous irez dans la cour, je serai près de vous.
Cela veut dire : « je sais que vous irez dans la cour à 9 heures parce que c'est grâce à moi que cette liberté ttocturne, relative, vous est donnée « je veille çur vous ».
Les mots : « je serai près de vous » sont là poui: expliquer les pierres jetées avec billets, et conûrment le « je veille sur vous ».
Avec cela, il y a de quoi faire guillotiner Tallien et le geôlier si l'on saisit cette correspondance, Le Cou» ventionnel (version Chimay, ne l'oublions pas), est donc bien sûr que ses billets ne risquent pa3 d'êtrç saisis?
Alors pourquoi emploie- t-il la deuxième personne du pluriel en parlant ? a ... veille sur vous.,., vous ireaj....
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près de vous... » lorsque cette forme aristocratique n'est ni de sa nature, ni de son éducation, ni des mœurs de juin- juillet 1794? (i)
Pourquoi ce billet du « Lion amoureux » ne contientil pas un mot de tendresse, pas un mot simplement affectueux?
Pourquoi ne fait-il pas l'ombre d'une allusion à la discrétion, à la prudence si nécessaire que Thérégia doit déployer pour ne pas le compromettre ni se compromettre elle-même, dans ses paroles, ses écrits, ses gestes, ses moindres manifestations?
Parce que c'est la princesse de Chimay qui dicte à Mﻫ du Hallay un conte qu'elle imagine, trop longtemps après les événements, pour des personnes et des générations qu'elle préjuge devoir être absolument ignorantes de ce qui s'est passé; des personnes qu'elle préjuge d'une mentalité inférieure à la sienne.
Nous reviendrons plus loin sur les autres prétendues correspondances de Tallien et de Thérésia. Ouvrons une sorte de parenthèse pour y introduire l'anecdote suivante qui se place entre ces huit billets imaginaires de Tallien et la prétendue translation de sa maîtresse de la Petite-Force aux Carmes et des Carmes à la Petite-Force :
(1) Les amants se tutoyaient, la preuve en est donnée par une citation de A. Houssaye lui-môme, à propos des disputes de Tallien et de Thérésia, quand celle-ci se détachait de son mari pour s'unir à Barras.
« Et voici à ce propos une charmante légende de « Notre-Dame de Thermidor, que racontait dans sa « solitude de Chimay Thérésia Cabarrus. Cette his- « toire est imprimée dans les souvenirs de la cour du « roi Guillaume, que je traduis du style brabançon.
« Un jour que M=^e Tallien se trouvait avec plusieurs « détenus, transférée d'une prison à une seconde « prison, l'espèce de tombereau où la jeune Thérésia « et les autres se voyaient entassés fut arrêté près « du quai dans un de ces embarras de Paris si ordi- « naires alors, le tombereau fut presque accroché à la « charrette des condamnés qui passait pour la guillo- « tine. Sur la charrette suprême, il y avait une jeune « fille de seize à dix-huit ans, belle comme un ange, « belle comme une héroïne, qui tenait à la bouche un « bouton de rose. Ses mains et ses bras étaient atta- « chés derrière ses épaules. Elle fixa sur M"^® Tallien a un regard empreint de toute la poésie de la rési- « gnation. lyevant ses grands yeux bleus vers le ciel, « elle semblait indiquer le ciel à celle qui avait les « grands yeux noirs. Ces deux jeunes femmes s'étaient « comprises dans le malheur et dans la pitié, sans se {( parler, ces deux âmes s'étaient entendues, leurs « regards échangèrent comme de graves et sublimes « mystères, dans leur soudaine et sainte amitié. « Deuil, promesse, souvenir, c'était la muette élo- « quence de ces deux adorables créatures qui se M rencontraient pour s'aimer, qui s'aimaient, pour ne