‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 40 sur 48 · I,A BEI.I<B TAI^LIE^N 42I · texte numérisé non relu

I,A BEI.I<B TAI^LIE^N 42I

le but, rîntention, la vanité, l'égoïsme, en un mot le tréfond de la signataire, quand ce tréfond transperce, car il n'apparaît pas invariablement.

En résumé, si on les raisonne, si on les analyse on voit que ces lettres à M. de Pougens n'ont pas été rédigées par la princesse de Chimay. Elle les a commandées. Elle a dit à un secrétaire sûr et dévoué : « Je veux dire à M. de Pougens telle et telle chose, faites la lettre » ou « faites-moi im projet de lettre que j'arrangerai ».

A qui cette requête? Est-ce à son mari?... au professeur de ses enfants?... à un ami?... à ce M. Moyne dont elle parle dans une des lettres en question? I^e saurat-on jamais? En tout cas, ce n'est pas elle qui rédige, elle se borne à transcrire à peu près exactement ce qui a été rédigé à sa demande.

Parfois, elle se borne à donner à son auxiliaire le but de la missive. Elle dit par exemple : « C'est pour remercier M. de Pougens des livres qu'il m'a envoyés; esquissez une lettre très flatteuse, les écrivains sont des gens qu'il faut encenser. Dites que je lis et relis sa prose sans m'en lasser ».

Sur un thème aussi général, aussi flou, le secrétaire de la princesse peut se donner libre carrière. Alors il rédige une lettre comme pour lui et cela se voit tellement qu'il est impossible de l'attribuer à celle qui l'a signée. C'est le cas de l'épître datée du 7 avril 1820 que nous reproduisons plus loin.

Même si elle n'est pas dépourvue d'instruction.

422 RKINE DU DIRECTOIRE

quelle est la femme correspondant avec mi écrivain qui n'a pas été tentée de faire appel à un autre écrivain pour lui dicter ou lui corriger ses lettres?

Il n'y eut qu'au xvii® et au xviii^ siècle des femmes du monde assez lettrées et assez au-dessus des littérateurs de leur temps par leur caste, pour écrire sans embarras aux prof essionnels de la littérature des lettres fines et spirituelles, bien tournées, mais qui n'étaient pas toujours exemptes d'imperfections grossières.

Quel est l'écrivain qui n'a pas reçu d'une correspondante des lettres dont la forme littéraire l'a surpris et lui a fait soupçonner la collaboration ou la révision d'un confrère ?

Pour envoyer à M. de Pougens, littérateur, des épîtres où sa vanité veut remporter, comme partout, un succès, la princesse de Chimay fait donc exécuter de prétendus brouillons qu'elle recopie simplement et signe d'un C. P^^® de Chimay, qui veut aussi bien dire Cabarrus que Caraman, princesse de Chimay.

Ne faut-il pas, à plus forte raison, cette collaboration littéraire pour adresser au prince d'Orange, en maintes missives, un plaidoyer si capital pour la postulante.

Ces multiples considérations mettent en défiance contre les échantillons de l'art épistolaire de la princesse, et en les examinant avec l'attention qui convient on constate aisément qu'ils n'ont jamais été composés par Thérésia.

I<a première de ces lettres débute par une sorte de

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