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badînage où percent néanmoins comme véritables les défauts que la princesse se prête, persuadée qu'on ne les admettra pas.
Cette façon de « jouer avec le feu » est un travers très commun chez les coquettes, mais elles ne s'y exercent jamais que sur leur personnalité immatérielle.
Jamais elles ne diront : « Je suis maigre » si la maigreur est en effet leur défaut. Mais elles disent fort bien : « Je suis méchante, je suis coléreuse, je suis jalouse. Il n'y a que deux tares morales qu'elles n'avouent jamais : la vanité et la fausseté.
« Chimay, 8 juillet 1819.
« Je crains que par déférence pour vos aimables (( illusions sur mon compte, M. Moyne ne vous ait pas « écrit quel avait été mon accès de colère en voyant « que vous traitiez mieux ma fille que moi, et je veux (( que vous m'aimiez avec mes défauts, et non telle que « votre imagination me voit. Sachez donc que je suis « jalouse, envieuse et colère, et que par conséquent j'ai « fort mal reçu vos douceurs pour ma fille, malgré mon « amour maternel. Tenez-vous donc pour averti, et « n'accordez plus de préférences, fussent-elles données « en cent langues différentes, le temps me joue d'assez (( mauvais tours sans que vous vous en mêliez. »
Ce badinage répond évidemment à un autre badinage de M. de Pougens, par lequel celui-ci taquinait la princesse sur la beauté de sa fille.
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Thérêsîa répond en plaisantant, mais on voit qu'elle a été piquée au vif. La phrase qui termine ce paragraphe est gonflée de désespérance dans l'allusion qu'elle ait à sa beauté que le temps ruine chaque jour davantage.
Tout ce début, par son défaut de clarté même, montre une rédaction personnelle de la princesse, que son secrétaire s'est efforcé de corriger, d'alléger, d'éclaircir et de mettre en un tour galant, sans y parvenir complètement.
La suite, moins personnelle, coule mieux :
(( Maintenant mon ami, je viens vous dire qu'il faut « que vous arrachiez au désespoir, à la mort, un homme ({ de bien, un homme instruit, un homme qui a servi u avec distinction, qui sait parfaitement plusieurs « langues, qui est l'ami de M. Moyne, et qui pourrait « remplir toutes les places qui lui seraient confiées, « soit près d'un homme de lettres, comme traducteur, « copiste, soit dans un collège, soit comme instituteur. « Son unique ambition est d'avoir le pain quotidien et « d'acquérir par un travail assidu les moyens de payer (( à de3 amis un cautionnement qu'ils avaient fait pour « lui, cautionnement qui lui a été enlevé par le chef « de l'administration dans laquelle il était employé. « Ce cautionneent était de huits cent francs.
« Vous voyez que son ambition est bornée, mais il K lui faut du pain, et sans humiliation, car son âme est u élevée. Il se serait détruit, écrit-il à M. Moyne, s'il
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K n'avait point eu d'engagements à remplir. Je ne peux -« rien, victime d'une nouvelle friponnerie, je ne peux K même aller au secours de ma pauvre fille, qui va K accoucher de son quatrième enfant. Il faut donc, mon K ami que par vous ou vos nombreux amis, « M. Bourdeau soit arraché à la misère et à la mort. (( Knvc ez-moi des lettres pour lui, pour toutes les « puissances de l'Université, pour tous les puissants « de l'Institut. Enfin, faites-lui avoir une place quelce conque : je vous proteste que ma reconnaissance « égalera la sienne. Je ne l'ai vu que deux fois, quoi- (( qu'il ait donné des leçons d'écriture à mes enfants, « mais ses lettres sont celles d'un homme distingué et « doué de grandes et nobles qualités, et je souffre de ne « pouvoir l'arracher au désespoir, je compte sur vous.
(( Pvappelez-moi, je vous prie, au souvenir de M"^®de « Pougens, de son aimable compagnon, et croyez, mon « excellent ami, que mon attachement pour vous ne K finira qu'avec ma vie.
« C... P^sse (Je Chimay. »
lyaissons un moment cette forme littéraire qui contraste si fort avec tout ce que nous savons de Thérésia, pour constater, en passant, que la sollicitation de la princesse est au moins étrange.
Comment M"^^ de Caraman qui a train de maison à Bruxelles, château à Chimay, qui fait venir toutes ses toilettes des premières faiseuses de Paris, qui ne cesse
jamais d'étaler un luxe extrême, Houssaye l'affirme d'après les rapports des enfants de la belle Tallien (i), comment Thérésia n'a pas huit cents francs à donner par petits acomptes à ce pauvre M. Bourdeau, professeur d'écriture de ses enfants ? ! C'est inimaginable !
Si sa fille lui demande une liasse de lo ou 12 billets de mille francs, on a déjà peine à concevoir que l'immense fortime de son mari ne lui permette pas de les accorder, mais les 800 francs de Bourdeau, qu'elle pourrait lui donner par 100 francs, par 50 francs? ... (2).
I^a vérité c'est que Thérésia n'est nullement don-
(1) Notre-Dame de Thermidor , p. 486.
(2) N'oublions pas qu'en 1819 la princesse de Chîmay — sans parler de la fortune de son mari qui est immense, d'après Turquan — a hérité en 1810 d'une partie de la fortune de son père et que les immeubles qui lui restent à Paris ont pris une très grande valeur.
Enfin, quelques années plus tard, le V' décembre 1827, elle héritera encore de sa mère, Antoinette Galabert, comtesse de Cabarrus, décédée 23, rue Joubert, à Paris. Pourquoi celle-ci vient-elle alors mourir dans la capitale française ?... Mystère I On conçoit qu'elle a pu quitter l'Espagne après la mort de son mari en 1810, mais pourquoi n'est-elle pas auprès de son fils, Théodore Cabarrus, ou des enfants de celui-ci à Bordeaux? Pourquoi n'est-elle pas en Belgique, près de Thérésia sa fille? Pourquoi n'est-elle même pas dans sa ville natale, Bayonne?... Cela tendrait à confirmer la mésintelligence que nous avons supposée entre les parents de Thérésia, au moment du mariage de celle-ci avec le comte de Caraman, l'an 1805, lorsque François Cabarrus était à Bayonne, sa femme à Valence, et qu'ils envoyaient séparément leur approbation au troisième mariage de la belle Talliea.
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nante avec son argent, elle est charitable en princesse de Chimay par des quêtes, des loteries, des souscriptions, avec l'argent des autres. Personnellement elle vend une harpe plutôt que d'en faire un cadeau, le 8 vendémiaire an IX (i^^ octobre 1800), lorsqu'elle est royalement entretenue par Ouvrard. C'est en 1819, comme en 1794-1795-1796, la femme qui voit mourir de faim sur le passage de son carrosse sang de bœuf sans songer à sortir un écu ou ime poignée d'assignats de sa poche, et qui jette des poignées de cent louis sur une table de jeu.
lya lettre suivante est le type de ces lettres complètement rédigées par son « secrétaire » que nous citions précédemment. Il n'est pas possible de voir quelque chose qui ressemble moins à la tournure d'esprit de Thérésia :
« 7 avril 1820.
« Vous m'avez enrichie, mon excellent ami, par vos « intéressants ouvrages, et je ne vous en remercie pas. « A l'exemple de tant d'autres, je veux être ingrate, « et ne pouvant nier le bienfait, je veux vous le repro- « cher. En effet, vos livres, par leur attrait irrésistible, « par leur lecture que je n'ai pu quitter, m'ont si comc plètement absorbée, et détournée de mes chagrins « et de mes affaires, que je n'ai plus ressenti que les K cuisantes peines des personnages de votre mélanco-
« lique et brûlante imagination. J 'ai dit à tort le monde : « Avez-vous des chagrins, lisez les nouveaux livres de tf M. de Pougens, et vous les oublierez, et vos affaires « iront à la grâce de Dieu ». C'est ce qui m'est arrivé. « Pour me venger, j'ai voulu les relire, pour vous écrire, « pour mêler à mes remerciements quelques petites (f observations critiques, et mes larmes et mes émotions « ont recommencé de plus belle. C'était trop fort. (( Aussi ai- je envoyé bien vite vos livres au relieur, car « je les relirais encore, et tout serait bouleversé au « logis que je ne m'en apercevrais même pas. — Mon « ami, faites imprimer bien vite d'autres ouvrages « qui ne fassent pas pleurer, pleurant bien assez pour « mon propre compte.
« Tout ce qui m'entoure me charge de mille choses « affectueuses pour vous et pour M"^^ de Pougens, poui « moi, qui vous aime depuis quinze ans, je ne peux qut « vous assurer, mon excellent ami, que mon attache « ment ne changera jamais.
« C... Pesse de Chimay. »
Quatre ans plus tard, M. de I^acretelle a publié son histoire de France, où la princesse a été mentionnée à propos des événements de Thermidor, et voici qu'elle s'empresse d'écrire à son ami le chevalier de Pougens, membre de l'Institut, rue des Saints-Pères à Paris, une ettre où s'étale à merveille la vanité qui la pousse à
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mentir pour se vanter avec un aplomb — ou une inconscience — imperturbable.
« Bruxelles, 16 novembre 1824.
« Je ne sais pas, mon ami, si vous connaissez M. de « Lacretelle autrement que par son histoire de France, « mais si vous êtes lié avec lui, rendez-moi le service « de lui exprimer ma reconnaissance pour la manière « dont il a bien voulu parler de moi dans le onzième (( volume.
« J ' aurais sans doute voulu qu'il mentionnât ma lettre K du 7 thermidor à M. Tallien, et le dîner anniversaire K du 9, dans lequel j'avais réuni tous les députés mar- ,( quants et exagérés de tous les partis. Voyant que, « par les toasts portés, on allait finir par se jeter les « assiettes à la tête, je me levai, et avec un sang-froid « qui en imposa à la bruyante assemblée, je portai le (( toast qui fit tout rentrer dans le calme le plus parci fait : A ToubU des erreurs ! Au pardon des injures ! « A la réconciliation de tous les Français !
« Aux menaces, succédèrent les applaudissements « et tout le monde parut avoir oublié la divergence des « opinions, à ce point qu'on porta im toast à Notre- « Dame de Thermidor,
(« Ce fut aussi moi qui fis effacer, par des jeunes gens « qui venaient chez moi, dans toute la rue Saint- « Georges, où je demeurais, cette inscription absurde
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K et sanguinaire : ly' Egalité, la Fraternité, la Répu- « blique ou la mort.
« Ce fut aussi moi qui fus dans la rue Saint-Honoré « accompagnée de Fréron et de Merlin (de Thionville) « enlever les clefs de la porte du club des Jacobins, ce « qui empêcha leur réunion ce jour-là et donna ainsi le « temps au parti contraire de provoquer leur clôture « définitive, avant qu'ils ne se fassent concertés pour « l'empêcher.
« Je suis aussi bien affligée qu'il n'ait pas parlé d'tm « fait qui avait conquis à M. Tallien des amis véri- « tables, et le voici : Sortant de la séance où on avait « condamné plusieurs députés et d'autres personnages « à la déportation, en fructidor, et en trouvant un cer- « tain nombre chez moi, il dit en entrant : « Ici, je ne « suis plus représentant du peuple et ne vois que des « amis victimes d'opinions politiques ». En conséquence (( il leur offrit tous les services qu'il dépendait de lui « de leur rendre : un refuge assuré et de l'argent à « pleines mains. M. de Villaret- Joyeuse vit encore et « pourrait attester le fait.
« Je sens bien, mon ami, qu'un historien ne peut ser- « vir l'intérêt des familles en entrant dans tous les « détails qui peuvent les honorer ou adoucir les traits (( de la malveillance, qui n'en épargne aucim, mais « M. de Ivacretelle a été si rigoureux pour M. Tallien, a qu'il eût été digne de lui de chercher à atténuer ses « torts par k récit de ses belles actions.
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« Pardonnez, mon ami, si je me suis laissée entraîner « par mes souvenirs, car je ne voulais, je vous l'atteste, « que vous prier de parler à M. de Lacretelle de ma pro- « fonde reconnaissance. Mais, que voulez- vous? Lors- « qu'on est victime comme moi de la malveillance, on « ne vit que dans le passé, pour en ressaisir les images « qui peuvent adoucir les blessures du présent.
« Adieu, pardonnez-moi, et embrassez, en mon nom, « Mn^e ^e Pougens (i). »
Ne suffit-il pas de comparer le style de cette curieuse gerbe de revendications mensongères avec celui de la lettre précédente, du 7 avril 1820, pour constater qu'elles ne sont ni pensées, ri rédigées par la même personne?
L'année suivante à Bruxelles, la princesse apprend que la Biographie des contemporains, qui n'a pas fait d'elle une sainte comme elle l'aurait souhaité, va publier sa lettre R. où Riquet de Caraman sera certainement l'objet d'un « coup de patte » plus ou moins écorchant au sujet de son fameux mariage avec la belle Tallien. Grand émoi! Voilà qui serait désastreux pour ses espoirs d'accès à la Cour du Roi Guillaume !
En conséquence, on va voir avec quelle bâte elle fait rédiger la lettre qu'elle dicte en grande partie à son secrétaire, pour supplier M. de Pougens de lui venir en aide.
(1) Pktrus Durkl : Mme Tallien, pp. 61-62!
On a composé dare-dare une notice qu'on adresse avec la lettre. C'est cette notice qu'il faut faire insérer dans la Biographie des contemporains et nulle autre. Grands Dieux ! Si l'on allait écrire que S. M. Guillaume ne veut pas recevoir I^a Tallien ? !
Ht l'on met tant d'impatience dans l'envoi de cette lettre qu'on y laisse des lapsus calami comme : « j'aurais cru de leur faire injure » au lieu de « j'aurais craint de leur faire injure » et « Excusez mon griffonnage qui est pire que mon dernier de la semaine passée ».
« Bruxelles, 3 janvier 1825.
« Je viens, mon ami, vous demander un service « signalé, et pour lequel je réclame toute la chaleur, « toute l'activité de votre âme, car la chose est urgente.
« lycs auteurs de la Biographie des contemporains « sont à la lettre R, et je voudrais qu'ils consentissent, « à insérer la notice ci- jointe au nom de M. de Chimay, « qu'ils ne me paraissent pas disposés à bien traiter, « quoique assurément personne n'ait plus de droits ({ à l'estime et à la considération publique, par ses opi- « nions, par le généreux emploi qu'il fait de sa fortune « dans le canton de Chimay, où il est adoré, et par « ses vertus domestiques. Retranchez, mon ami, de la « notice tout ce que vous voudrez, mais obtenez-moi « un dédommagement de ces messieurs, et sollicitez-les « en mon nom. Comptant sur l'ancienne amitié de (( MM. Arnault et Norwins, qui venaient beaucoup
Boily pinx.
J. M. Gaillar Scuipt.
CAMBAGERES
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« chez moi autrefois, et sur Tindulgence de tous les « rédacteurs, j'aurais cru de leur faire injure en les « priant de me ménager, si toutefois ils ne voulaient point « me venger, en chevaliers français, des indignes calom « nies dont je suis la victime dans les autres Biogra- « phies. Ils ne l'ont point fait... Qu'ils soient du moins € plus justes envers mon mari, qui ne peut avoir d'autre (( tort à leurs yeux que de m' avoir épousée.
« Adieu, bon ami, agissez avec célérité, je vous en « conj ure et dites-leur que j 'oublierai qu'ils m'ont traitée « en ennemie pour ne penser qu'à la reconnaissance « que je leur devrai.
« Adieu. Excusez mon griffonnage, qui est pire que « mon dernier de la semaine passée.
« Mille vœux et tendresses pour M^^ de Pougens « et pour vous. « C... P^^e de Chimay. »
Deux autres lettres. Tune en 28 mars 1826, l'autre du 30 décembre 1831, ne diffèrent point des précédentes comme forme.
Que le « rédacteur » de la princesse soit son mari, le secrétaire de son mari, M. Moyne ou un secrétaire particulier à elle, ou même une lectrice, il est parfaitement admissible que de 1819 à 1830 ou 1835, il ait prêté pendant 10 ou 15 années son concours à Thérésia. I^a persistance de ce style si étranger à la belle Tallien n'est donc pas une raison pour le lui attribuer personnellement.
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Dans la lettre du 28 mars 1826 on remarquera que M"^^ de Chimay-Cabarrus prend un prétexte pour ne pas se charger de faire remettre les œuvres de M. de Pougens à la princesse d'Orange... le prince s'est peutêtre alors lassé de ses sollicitations pour pénétrer à la Cour?
A propos des mémoires de M"^^ de Genlis, Thérésia montre un peu les ravages que la déception et son exil ont fait en elle. On sent qu'elle souffre déjà physiquement de la maladie de foie que ses constants dépits ont développé.
« Bruxelles, 28 mars 1826.
« Je ne saurais assez vous remercier, mon cher cheva- « lier, de votre aimable souvenir, et de m' avoir confié « un de vos intérêts, je vais essayer de justifier ime (( confiance qui fait du bien à mon cœur.
« J'ai déjà remis à un ami éclairé une des notices m ^ue vous m'avez envoyées, mais j'en voudrais d'au- « très que j'enverrais en Angleterre, en Suède et en « Russie, si je ne peux terminer l'affaire ici sans aucun « sacrifice.
« Je pense, mon excellent ami, que vous feriez bien « d'écrire au Roi de Suède en toute confiance. Vous m'en- « verriez votre dépêche à laquelle j'enjoindrais une très (( pressante pour le Roi et une autre pour la Reine, dont « la bonté ne s*est jamais démentie pour moi.
a I^e moment, pour placer les ouvrages ici, est peu