‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 42 sur 48 · LA BKI.I.B TAI.I.IEN · texte numérisé non relu

LA BKI.I.B TAI.I.IEN

« favorable, le Prince d'Orange est en Russie, et la Prin- « cesse, plongée dans la plus vive douleur, est inacces- « sile... Cependant elle aime les lettres, son esprit est « éclairé, elle travaille cinq ou six heures par jours à « faire des extraits d'ouvrages les plus abstraits... Peut- « être feriez- vous bien de lui écrire directement... un « hommage de confiance d'un homme tel que vous, « la flatterait et obtiendrait plus que toutes les « recommandations de la Cour qui l'entoure.

« Je n'ai lu aucun des livres dans lesquels vous me (( dites qu'on a parlé de moi avec bienveillance, si ce « n'est toutefois les Mémoires de M^^ de Genlis, qui « m'ont pénétrée de la plus vive reconnaissance... Mais, « mon ami, il est des blessures dont on peut adoucir les « douleurs, mais non effacer les cicatrices... L'atteinte « portée par la calomnie retentit au loin, les eiïets en « ont été funestes, avant que la défense, qui ne plaît (( qu'aux gens de bien et qui fixe leur pensée, en ait atté- « nué l'impression sur la masse. Ne croyez pas cependant « mon ami, que ces tristes réflexions, ces cruelles vérités, ({ aâaiblissent la juste gratitude de mou cœur envers « mes généreux défenseurs, bien au contraire, car ne <X leur trouvant plus aucun intérêt à me défendre, je les a considère comme des bienfaiteurs et comme des amis.

« M. de Chimay, mes enfants et M. Moyne, touchés « comme ils doivent l'être de votre souvenir, se joignent « à moi pour vous en remercier et offrir leurs hommages « à M^^ de Pougens.

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« For my part I hope she will receive the sincère (( assurance of my greatest tenderness, and you also.

« I am for ever your*s. » (i)

Une maladie brusque menace gravement la vie de la princesse après l'envoi de cette lettre, car lorsque M. de Pougens lui en accuse réception elle ne peut lui répondre.

Que s'est-il passé? Thérésîa ne donne aucun détail sur cette maladie. Elle fut peut-être simplement accidentelle — refroidissement ou fièvre — mais peut-être aussi fut-elle provoquée par le chagrin que lui causa la publication des mémoires de Sénart car elle s'en plaint avec une amertume extrême, dès qu'elle peut correspondre avec l'aimable académicien.

a Bruxelles, i8 juin 1826.

« J'étais mourante, mon excellent ami, lorsque votre « première lettre m'est parvenue, et je suis à peine « convalescente lorsque je prends la plume pour ({ répondre à votre seconde. Mais comment résister « aux besoins de vous exprimer ma reconnaissance « pour la constance d'un souvenir qui est un bienfait,

(1) La vanité de 1 hérésia se manifeste encore dans cette terminaison en langue anglaise, car la princesse de Chimay ne parlait pas couramment anglais, comme cette finale tend à le faire croire; mais pour elle, produire, n'importe comment une admiration à son profit est un besoin irrésistible comme celui d'éternuer.

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K une puissante consolation pour mon cœur ? Je déso- « béis aux médecins, qui me défendent d'écrire, pour « vous remercier. N'êtes-vous pas un des meilleurs « médecins de ce triste cœur si ulcéré depuis bien des « années et si cruellement, si nouvellement outragé « par les atroces calomnies d'un reptile nommé Sénart, « qui a trouvé après sa mort un reptile plus inhumain « que lui, un nommé Dumesnil, qui ne voulant que « gagner de l'argent n'a pas craint l'infamie d'attaquer « dans sa tombe celui qui sauva la France au 9 ther- « midor, et une femme mère de famille qui ne peut se « défendre?... Ah ! mon ami, comment supporter une « existence si empoisonnée ? Vous ne pourriez me l'ap- (( prendre, vous que j'ai vu si douloureusement affecté « pour des sujets bien moins graves ! Aussi ne cherchez « point par le charme de votre éloquence à me consoler, « à adoucir l'amertume de ces affreux chagrins, dites- « moi seulement que vdus et M"^^ de Pougens m'aimez, « dites-le, et que quelque bas que vous prononciez ces « mots consolateurs, je les entendrai. Hélas! je suis « dans le désert, je n'entends depuis longtemps que les « hurlements des animaux féroces. Votre voix sera « celle du Seigneur.

« Les médecins qui ont prolongé ma vie ou pour « mieux dire mon agonie, ont déclaré que les eaux me « seraient funestes, je vais donc m' établir à Chima;/ « pour y suivre un régime rigoureux dont M. de Chimay « et mes enfants, qui ignorent encore cette dernière

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« attaque contre moi, espèrent le plus grand succès. « Ecrivez-moi à Chimay, par Mens (Pays-Bas) et « envoyez-moi à cette adresse l'ouvrage que vous « m'annoncez et qui, sans doute, comme les autres, « me fera oublier pendant quelques moments les douce leurs physiques et morales qui m'accablent.

« Adieu, mon excellent ami, mes forces sont épuisées <( par ce griffonnage. Et la fille de Tallien, celle qui porte « le nom de Thermidor dans son acte àe naissance, (( aujourd'hui M^^ de Narbonne-Pelet, mère de « cinq enfants, quelle douleur elle a dû ressentir !... « Ah t mon cœur est déchiré ! Qu'ai- je fait à ce Sénart, a à ce Dumesnil?... Pardonnez cette longue lamenta- (i tion. Vous êtes mon ami.

t T. C, « princesse de Chimay (i). »

On voit par cette épître désespérée combien la princesse de Chimay s'affecte des attaques dont sa vie passée est l'objet. On serait tenté de la plaindre en voyant à quel point elle souffre si elle faisait acte de franchise et de repentir en avouant qu'elle expie les fautes qu'elle a commises et qu'elle a en quelque sorte aggravées en s'introduisant frauduleusement dans une f amiUe honnête et considérée. Mais sa vanité incorrigible, son défaut de franchise, sa mauvaise foi persistante, empêchent la pitié en rappelant que sa peine

(1) Petrus Durel: Mme Tallien, pp. 89-90.

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est Justice et que ce sont surtout ses illigitimes ambitions déçues qui l'aggravent.

Au lieu de reconnaître loyalement ses torts, elle ne montre que de la haine contre ceux qui dressent son passé en travers des honneurs auxquels prétend son outrecuidance.

Sénart n'est à ses yeux qu'un reptile ; Dumesnil en est un autre.

Elle invoque ses enfants sans avoir conscience qu'elle rappelle ainsi l'oubli de ses devoirs de mère, dont elle fut si longtemps coupable. Elle invoque Tallien libérateur de la France, c'est-à-dire une légende qu'elle sait fausse de tous points.

La même année, quatre mois après, elle revient encore dans une lettre à M. de Pougens sur cet kivariable sujet, le désespoir de sa vie ; ce passé qu'on lui rejette à la face toutes les fois qu'elle veut forcer les portes closes.

Cette lettre montre qu'elle était extrêmement tentée d'écrire ses mémoires mais qu'elle reculait devant ce labeur trop grand pour sa paresse et parce qu'elle savait bien aussi, comme elle l'avouera plus tard, que son mari ne lui permettrait pas cette relation.

« Bruxelles, 25 octobre 1826.

c Oui, mon ami, écrivez vos mémoires, dites la vérité, a faites la lumière. Mais que j'écrive les miens, que je « me donne le ridicule des barbouilleuses de papier

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« qui étaient alors à l'étranger et qui ont la prétention « d'avoir tout vu, non, mon ami. Et d'ailleurs, j'aurais « beau dire moins que la vérité, on dirait que j'écris « un roman. Quel roman que ma vie ! Je n'y crois plua, « Il y a des jours où je me figure que je regarde jouei « une comédie, comme le soir où j'ai vu sur le théâtre « du boulevard annoncer M. de Robespierre chez la « citoyenne Tallien. Quand j'étais sur la paille humide « des cachots à vingt-quatre heures del'échafaud, nous « pensions rêver aussi, tant la jeunesse nous aveuglait « sur l'horrible lendemain. Le lendemain, c'était le a 9 thermidor, le plus beau jour de ma vie, puisque c'est « un peu par ma petite main que la guillotine a été « renversée. Ne rappelons pas ce mot alïreux. Je n'ose « regarder en arrière, car toutes les calomnies dont on « m'accable viennent des passions politiques de la « Révolution. Quand on traverse la tempête, on ne « choisit pas toujours sa planche de salut. Du reste^ « il y a des injures dont on est fier de se glorifier. Si je (( daignais me défendre, je vous dirais à vous mon ami : « Est-ce ma faute si M. de Fontenay m'a trahie et « abandonnée, si M. Tallien, est parti pour l'Egypte (( quand son rôle le retenait à Paris? Mais vous savez « tout cela mieux que moi. Ecrivez-moi et embrassez m M.^^ de Pougens,

« Celle qui fut Notre-Dame de Thermidor (i). » (1) PfiTRUS Durel; Mme Tallien, pp. 71-72.

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