LA BBI.I.E TAI.I,IEN
Comment Thérésia ose- 1- elle dire que M. de Fontenay l'a abandonnée, lorsque leur divorce, fut officiellement, de consentement mutuel?!... Comment accuset-elle Tallien d'être allé en Egypte au lieu de rester à Paris lorsque sa conduite scandaleuse avec Barras était au moins l'un des motifs de ce départ ainsi que le gaspillage de ses rapines, auquel elle avait tant contribué? !... ly'inconscience de la princesse de Chimay est constamment déconcertante !
Une lettre de 1829, adressée, par conséquent, trois ans après, à son fils, le Docteur Cabarrus, va nous la montrer dans un état d'âme peu améliorié.
Comme ces taches grasses qu'on s'efforce en vain de faire disparaître à grand renfort de benzine, et qui reparaissent toujours plus élargies avec le temps, le passé de Thérésia remonte ineffaçable jusqu'à la princesse de Chimay, qui ne s'en peut défaire.
« Je te remercie du fond du cœur, mon ami, de vou- (( loir empêcher la publication des Mémoires dont je « suis menacée. Quand on est assez lâche et assez vil « pour spéculer sur le scandale et attaquer une femme, « une mère de famille, on n'est accessible à aucun :: sentiment, à aucune crainte, et il faut que la victime : se résigne. Ne crois donc pas, mon ami, que tu puisses û' obtenir le sacrifice de ce que de pareils êtres (( appellent une spéculation. Non seulement je n'ai (( point écrit de Mémoires, mais je n'en écrirai même pas. » Je ne voudrais faire à personne le mal que l'on m'a
442 REiNfî DU DIRECI^OIR^
a fait, et des lettres adressées dans un temps qm n'est « plus, publiées maintenant, me vengeraient trop cruel- « lement. J'ai vécu jusqu'à ce jour sans avoir fait « répandre une larme, sans avoir éprouvé un sentiment « de haine ou le désir de me venger. Je veux mourir a telle que j'ai vécu. Je méprise lesgens qui calomnient « pour vivre, et je plains ceux qui s'amusent d'un genre « d'ouvrage destiné à porter le désespoir et souvent la « désimion dans une famille qui, sans la calomnie (( aurait vécu heureuse. Je n'ai point lu Fragoletta et je « ne lis des Mémoires que lorsqu'on m'assure que les « contemporains y sont bien traitées. Quant aux « Mémoires dont on me menace, personne ne croira « qu'aimée et estimée dans ce pays-ci, y jouissant « d'une position honorable, je veuille troubler la tran- « quillité de mon intérieur pour faire parler de moi. « Je dois à M. de Chimay de me laisser calomnier sans « me plaindre, et, quelles que soient les attaques, on (( n'obtiendra de moi que mon mépris et celui des gens (( de bien (i). »
Cette lettre, en dépit des formelles dénégations qu'elle renferme semble bien indiquer que Thérésia tout d'abord, avait eu le dessein de raconter sa vie par écrit, avec le concours de quelque complaisant littérateur ou secrétaire, comme elle la racontait verbalement à qui voulait l'entendre, avec les fallacieuses broderies
(1) PÉTRus DuREL : Mme Tallien, pp. 88-89.