‹ Reine du directoire: la belle TallienChapitre 44 sur 48 · I.A BKI.I,E TAI.I.IBN · texte numérisé non relu

I.A BKI.I,E TAI.I.IBN

improvisées ou méditées à son plus grand avantage.

Mais si sa famille, c'est-à-dire celle du comte de Caraman ne pouvait la bâillonner (i), elle s'appliquait assurément à la détourner d'écrire en lui donnant à entendre qu'elle empêcherait la publication de tous « Souvenirs )). Ce n'est pas pour elle-même ou pour ses enfants qu'elle renonce à son dessein de Mémoires, c'est à cause du Veto formel du comte de Caraman, et elle avoue implicitement ce dessein en même temps que le Veto qui l'entrave lorsqu'elle dit à son fils, le Docteur Cabarrus : Je dois à M. de Chimay de me laisser calomnier sans me plaindre^ etc

Néanmoins, nous avons vu qu'elle a, malgré tout, dicté plus d'une note à ses enfants et notamment à M"^e du Hallay, sa fille, à laquelle A. Houssaye emprunte tant de fantaisistes narrations.

I<a dernière lettre de Thérésia est toujours pleine de cette comédie de douceur, de bonté, de résignation qu'elle joue jusqu'au bout, mais donne encore un démenti à cette attitude par le grand souci qu'elle montre ail sujet des vers pour lesquels elle réclame une note explicative. Tant de vanité devient une petitesse pitoyable.

(1) Les propos vaniteux d© Thérésia durent cause* plus d'une fois des discussions entre elle et le comte de Caraman, et l'on en voit la trace dans cette allusion aux désunions de famille dont elle parle dans cette lettre comme d'une conséquence possible en un cas tel que le sien.

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« Chimay, 30 décembre 1831.

« Votre souvenir, mon excellent ami, arrive toujours ■'. à mon cœur comme une douce consolation, et le :. pénètre de bonheur et de reconnaissance, car c'est « bien moi qui vous en dois. Tout le monde, mon ami « aurais fait pour vous ce que j'eus la satisfaction de « faire, et personne n'en eût conservé comme vous un « souvenir si constant, je dois ajouter si bienfaisant, (( puisque je vous le répète avec sincérité, les témoi- « gnages que vous me prodiguez de votre attachement « me rendent heureuse et fière.

« Vos vers, que j'ai lus avec attendrissement et que « d'autres liront avec admiration, ennoblissent le nom « de Térésa qu'on a voulu si souvent flétrir, consacré, « béni et honoré par vous, qu'aurait-il désormais à « redouter?...

« Mais saura-t-on, par une note, que c'est Térésa « Chimay que vous avez ainsi recommandée à la pos- « térité? Vous voyez bien, mon ami, combien je « tiens à mes titres de noblesse.

« J'espère que vous voudrez bien embrasser bien « tendrement M"^^ de Pougens en mon nom, et « vous dire que personne ne vous est plus sincèrement « attachée et dévouée que votre amie.

, « I^a Pesse de Chimay. »

« M. de Chimay et ma fille lyouise me prient de vous f offrir aussi tous leurs vœux pour 1832. »

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Les maladies de foie étaient considérées, en 1830, comme généralement mortelles. Biles procédaient par crises extrêmement douloureuses et de plus en plus aiguës. Thérésia se tint donc pour condamnée. Elle prévit sa fin et par avance, dès les années 1833-1834, elle s'appliqua, en racontant sa vie à ses enfants, à leur faire prendre les notes dont nous parlions précédemment pour ensevelir dans une légende complaisante les vilaines pages de son histoire.

Quel fut le résultat de cette application, dernière lutte vaniteuse de sa vie? I^e soin que la famille de Chimay apporte à faire disparaître tous les documents nouveaux que Ton découvre sur la belle Tallien donne une réponse nette à cette question.

Si quelque mémorial fut ébauché ou si des notes furent jetées pour l'établir, ces documents n'existent plus, ou bien ils ne sortiront pas de la famille de Caraman-Chimay.

A en juger d'après les mensonges à la fois puériles et impudents qui ont été recueillis par ses enfants, les véritables Mémoires de la belle Tallien n'auraient aucune valeur historique. Si l'on était sûr qu'ils ont existé, il n'y aurait donc pas à les regretter.

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En résumé, le dernier tiers de Texistence de la belle Tallien est en grande partie une expiation cruelle de ses folies et de ses fautes antérieures résultant de la persistance aveugle et de l'exagération maladive de son égotisme.

Parce qu'elle ne se résigne pas au bonheur tranquille et sans éclat qu'elle trouverait dans son inespérable union avec le comte de Car aman, parce qu'elle voudrait à tout prix régner sur l'aristocratie française ou l'aristocratie des Pays-Bas, comme elle a régné sur la truandaille révolutionnaire, ses biens s'effacent à ses yeux, ils disparaissent. Son mari, ses enfants, sa fortune sont trésors qu'elle délaisse pour la poursuite démente d'un hochet insaisissable. EUe se torture, elle se tue elle-même, espérant toujours obtenir le lendemain la reconnaissance officielle de la qualité de prin» cesse qu'elle a détournée au profit de ses charmes, par la force de leur influence, et voyant chaque jour le temps ravager davantage cette beauté consignée dans les coulisses de la scène souveraine pour laquelle l'amour semblait l'avoir couronnée.

Elle s'épaissit, elle se couperose, les rides se dessinent, les cheveux si noirs, si beaux, s'argentent... et l'heure du triomphe ne sonne pas ! EUe n'a pas sonné quand la mort l'emporte, le 15 janvier 1835, à Chimay.

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